vendredi 2 décembre 2011

Chapitre 18 de Limonade - Episode 6

Stationnée le long d’une pompe à essence, la moto de Fabrice ignorait les regards noirs que lui jetait Corentin.
— Si ça se trouve, ton artefact essayait de mettre en garde contre cet engin.
— Non, répliqua l’adolescent sans même lever la tête du réservoir qu’il tâchait de remplir. Le pendentif est encore de plus en plus brûlant. Et ton pressentiment ?

L’apprenti magicien secoua la tête.
— Il n’a pas duré très longtemps. Dès que j’ai arrêté de regarder le livre, il a disparu.
— Le golem, c’est ça ?
— Oui.

La combinaison de ces deux manifestations ne lui inspirait rien de bon. Pourtant, en l’absence d’éléments tangibles, il ne pouvait encore rien tenter pour tenir à distance les maléfices qu’il sentait s’amonceler autour d’eux.
— Je n’aime pas ça, marmonna Corentin entre ses dents serrées. Je n’aime pas ça du tout…
— Qu’est ce qu’il y a ?

Alarmé par le ton assourdi de son ami, Fabrice avait cessé de faire le plein de la moto. Dans le silence de la station-service, l’adolescent point du doigt l’entrelacs de néons rouge et jaunes qui éclairaient le parking.
— Les lumières, expliqua-t-il, elles pulsent.

Levant les yeux vers l’enseigne indiquée par le jeune sorcier, Fabrice fronça les sourcils.
— Ça m’a l’air plutôt normal.
— Je ne sais pas…

Corentin répugnait à admettre que son pressentiment venait de réapparaitre. Une migraine intense lui vrillait les tempes tandis que les vapeurs d’essence accentuaient la nausée qui lui tordait l’estomac.

D’un air sombre, Fabrice déclara :
— Je vais me dépêcher de payer comme ça on pourra filer d’ici en vitesse.

En quelques enjambées, l’adolescent pénétra dans la guérite de la station. Pendant ce temps, Corentin s’assit sur un plot de béton maculé de taches d’huiles et de trainées de pneus. La respiration difficile, il s’efforça de rassembler toute sa concentration pour remonter à la source des impressions néfastes qui le harcelaient sans cesse.

mercredi 30 novembre 2011

Chapitre 18 de Limonade - Episode 5

La nuit était déjà tombée lorsque Fabrice et Corentin quittèrent la libraire ésotérique. Une pluie fine mouillait le macadam et les trottoirs humides reflétaient la lumière orangée des réverbères. Le sac en plastique blanc fourni par la table d’Hermès protégeait le livre de la pluie.

En avisant la moto couverte de gouttes froides, Corentin soupira :
— On aurait dû prendre le bus...
— À cette heure, et un dimanche en plus, les bus passent toutes les trente minutes.

L’adolescent admit le bien-fondé de la remarque. Pendant que son compagnon retirait l’antivol de la roue avant, il glissa La magie des minéraux et des végétaux correctement emmailloté sous son blouson.

Au moment d’enfourcher la selle, il remarqua que Fabrice avait une main crispée sur la poitrine.
— Qu’est-ce qu’il y a ? s’inquiéta le benjamin tout en se maintenant en équilibre sur la selle glissante.
— C’est le truc de Charline, il me brûle !

La grimace qui déforma les traits de Fabrice quand qu’il sortit le talisman de sous son tee-shirt était éloquente. L’entrelacs de perles et de fils paraissait aussi chaud que du métal porté au rouge. Il l’exhiba à son ami en le tenant du bout des doigts.

Avec une moue circonspecte, Corentin le manipula en espérant découvrir la cause de sa chaleur. Cependant, le pendentif ne fonctionnait pas pour lui et il rendit à son propriétaire.
— Tu penses que c’est lié à mon pressentiment ?
— Oui. Raison de plus pour ne pas traîner ici !

Sans s’attarder davantage, les deux adolescents quittèrent la ruelle, emportés par le grondement enroué de la moto. Après une centaine de mètres, celle-ci fit une embardée qui manqua de la coucher sur le bitume

Les réflexes de Fabrice suffirent à leur éviter un accident. Hélas, il eut beau pousser les gaz au maximum, elle refusa de reprendre son élan.
— Je crois que le réservoir est à sec ! hurla-t-il à travers la vitre ouverte de son casque.

À ses grands gestes et ses efforts désespérés pour redémarrer, Corentin n’eut aucun mal à comprendre la situation. Il se cramponna à son ami tandis que ce dernier obliquait leur trajectoire vers une station-service.

lundi 28 novembre 2011

Chapitre 18 de Limonade - Episode 4

Ses derniers doutes dissipés, un sourire retroussa la bouche d’Anne-So.
— Je te tiens, chantonna-t-elle en se penchant sur le lit.

Tout ce dont elle avait besoin pour se débarrasser définitivement de son rival se trouvait à portée de main. Avec quelques-uns de ses cheveux et le sortilège adéquat, elle n’aurait plus jamais à se préoccuper de cet exorciste de malheur.

Au moment où la jeune fille tirait l’oreiller de Corentin vers elle, une boule de fourrure noire jaillit de sous la couette. D’un coup de griffe, l’animal lui entailla le poignet jusqu’au sang, puis se réfugia sous le lit en feulant.

— Satanée bestiole, jura-t-elle en se félicitant de ne pas avoir crié sous l’effet de la surprise.

Après avoir pressé un mouchoir contre sa blessure, Anne-Sophie reprit sa tâche là où elle avait été interrompue. Délicatement, elle préleva sur la taie d’oreiller une douzaine de cheveux châtains, tantôt raides ou bouclés. Elle fit attention à ne pas emporter par mégarde de poils de chat afin d’éviter les interférences, puis glissa ses trouvailles dans une pochette de tissu.

Les deux objectifs de sa venue étant remplis, elle passa de nouveau son bracelet autour de son poignet. Le contact du métal froid contre se griffure lui arracha une grimace. Cependant, au contact du sang, les runes gravées vibrèrent d’une énergie nouvelle.

Stupéfaite, Anne-Sophie activa le pouvoir du bijou. En dépit de l’usage qu’elle en avait fait quelques minutes plus tôt, l’enchantement avait retrouvé toute sa puissance.

L’espace d’un court instant, les mains de la jeune fille se couvrirent d’un miroitement chamarré avant de se fondre dans le décor en arrière-plan. La netteté de l’illusion était bien supérieure à celle du début de son intrusion.

Assurée d’être indétectable, Anne-So quitta la chambre comme elle était venue. En passant devant la porte du salon, elle tendit l’oreille afin de surprendre les paroles échangées par Émilie et la voyante.
— Cette carte n’est pas négative en elle-même, expliquait Évelyne Pomarec, mais elle implique de grands changements, une remise en question profonde de ton identité. Par contre, celle-là est beaucoup plus négative…
— C’est la mort.
— Oui, l’arcane treize, celle qui ne porte pas de nom.

Rassurée qu’il s’agisse d’un simple tirage de carte, la jeune sorcière se faufila jusqu’à la porte d’entrée et sortit dans le jardin. Émilie de tarderait pas à la rejoindre et, ensemble, elles pourraient passer à la seconde étape de son plan.

vendredi 25 novembre 2011

Chapitre 18 de Limonade - Episode 3

Tandis que la consultation divinatoire se poursuivait au rez-de-chaussée, Anne-Sophie gravit les marches escarpées jusqu’à la chambre sous les combles. Autour de son poignet, le bracelet en argent gravé de symboles magique perdait graduellement de son pouvoir. Avant que les effets de l’enchantement d’invisibilité ne se dissipent, elle le retira pour le glisser dans le sac rond qui pendait contre sa hanche.

Après avoir refermé la porte derrière elle pour ne pas être dérangée, la jeune sorcière porta un regard critique sur le mobilier qui l’entourait. Persuadée que Fabrice était tombé sous l’influence d’un sorcier inconnu, elle avait utilisé les cheveux accrochés à son casque afin de retrouver la trace de l’exorciste amateur. À présent, elle espérait découvrir des preuves de son intuition ou, à défaut, un moyen de se débarrasser de l’importun.

Au premier abord, la pièce dans laquelle elle se trouvait n’avait rien de l’antre d’un magicien. Le désordre du bureau et les dessins accrochés au mur donnaient à la chambre un côté artiste. D’après les livres de cours étalés parmi les croquis, le garçon qui habitait ici n’était qu’en seconde. Selon les étiquettes collées çà et là, ce dernier se prénommait Corentin.

Une sensibilité familière, presque magique, émanait du bric-à-brac qui encombrait le plan de travail. Anne-Sophie sortit une fine poudre de craie de son sac et en jeta une pincée en l’air. Malgré les paroles magiques qu’elle prononça, la poussière blanche se dispersa dans l’air.
— Aucun objet de pouvoir ! Mais ce n’est pas possible, pesta la jeune fille.

L’absence d’artefact dans cette chambre la laissa perplexe. Chaque sorcier en possédait au moins un, pour l’aider à canaliser son énergie lors des rituels ou pour amplifier ses pouvoirs.

En examinant les livres qui gisaient au pied du lit, Anne-Sophie obtint néanmoins la confirmation que le dénommé Corentin s’intéressait de près la magie. Plusieurs ouvrages traitaient les propriétés magiques des plantes, et d’autres étaient consacrés aux runes.

mercredi 23 novembre 2011

Chapitre 18 de Limonade - Episode 2

L’apprentie sorcière réprima l’inquiétude suscitée par cette disparition. Elle reporta son attention sur la femme qu’elle était venue consulter. Avec ses longs cheveux noirs striés de blanc et sa tunique ample, Évelyne ressemblait davantage à une bohémienne qu’à une adepte des arts occultes. Son regard clair s’animait cependant d’un éclat trahissant une perspicacité au-delà de celle des personnes ordinaires.
— Tout va bien ? s’inquiéta la voyante.

Au ton de sa voix, Émilie comprit que son interlocutrice ressentait son trouble. Tout en tâchant d’imaginer une explication crédible pour son attitude distraite, elle répondit :
— Oui, oui, marmonna-t-elle, j’ai cru entendre quelque chose dans le jardin.
— Ah, ce doit être Lucifer qui se promène.

Pour être déjà venue, la jeune fille savait que ce nom diabolique appartenait à un chat noir aux yeux d’un vert phosphorescent et aux griffes acérées, un vrai chat de sorcière. Elle esquissa un vague sourire destiné à rassurer la femme qui l’invita à entrer.

Avant de franchir la porte, Émilie se remémora les consignes qu’Anne-Sophie lui avait répétées durant tout le trajet. Elle devait retenir la voyante dans son salon pendant une demi-heure, puis repartir en s’efforçant d’avoir l’air naturel. L’emploi d’une formule de silence devant le portillon avait été un ajout de dernière minute de la part de sa compagne, mais jamais il n’avait été question que celle-ci disparaisse.

Un dernier regard au jardin désert assura à la jeune fille qu’elle se retrouvait seule. Elle hésita à rebrousser chemin, puis, finalement, s’engagea dans le couloir baigné d’une lueur orangée.

Au moment de refermer la porte, le battant buta sur quelque chose.
— Laisse-la ouverte, souffla une voix désincarnée semblable à celle qu’Anne-Sophie prenait pour chuchoter ses ordres lors des cérémonies.

Un courant d’air tiède frôla le bras d’Émilie. Affolée, elle le ramena précipitamment contre sa poitrine.
— Anne-So, tu es là ?
— Chut !

L’expression impérieuse pouvait sans mal être attribuée à la sorcière bien que celle-ci soit invisible. Un miroitement de l’air à l’endroit d’où provenait la voix signalait sa présence malgré le sortilège qu’elle employait pour ne pas être vue. Émilie perdit le phénomène optique de vue au détour de l’escalier menant à l’étage.

Déçue du manque de confiance témoignée par Anne-Sophie, elle la laissa à ses activités mystérieuses et pénétra dans le salon. Déjà installée dans son fauteuil, Évelyne Pomarec avait étalé les arcanes de tarot sur la table devant elle.
— Vous n’auriez pas plutôt des runes ? demanda Émilie.

lundi 21 novembre 2011

Chapitre 18 de Limonade - Episode 1

Au moment de pousser le portillon encadré d’hortensia au feuillage doré, les deux filles échangèrent un regard lourd de sens.
— Il est temps de régler les choses à notre manière, déclara Anne-Sophie.
— Oui.

Sa compagne, plus jeune de deux ans, baissa les yeux vers le goudron à ses pieds. Elle s’agenouilla sur le trottoir et, à l’aide d’une craie blanche, traça une série de runes. Une onde de pouvoir parcourut son bras avant d’imprégner les symboles dessinés devant le portail.
— Silence, imposa-t-elle aux runes avant de s’engager dans le jardin.

Lorsqu’Émilie posa le pied sur l’allée recouverte de gravillons, les pierres n’émirent pas le moindre crissement.
— Ça a marché, dit-elle en se retournant vers sa compagne, une étincelle de fierté dans les yeux.
— Bien sûr que ça a marché, je te rappelle que je t’ai donné mon amulette.

La sécheresse de cette réponse serra le cœur de l’adolescente. En temps normal, elle manquait de talent pour insuffler sa volonté aux runes. Le don d’Anne-Sophie lui en donnait désormais la capacité, mais ce cadeau avait un prix : accompagner cette dernière chez une voyante, et, bien sûr, garder cette petite aventure secrète.

Ce fut sur ces pensées qu’elle s’avança à travers le carré de verdure qui séparait le pavillon de la rue Courteline. De part et d’autre de l’allée, la pelouse était recouverte d’un tapis de feuilles mortes allant du jaune pâle au brun, en passant par le rouge écarlate de la vigne vierge dont les vrilles grimpaient le long des murs. Comme laissé à l’abandon, le jardin se parait des couleurs de l’automne.

Distraite de son observation des lieux par un picotement désagréable sur sa nuque, Émilie hâta le pas. Sans un bruit, ses mocassins écrasèrent les feuilles sèches accumulées contre les marches du perron. Alors qu’elle pressait le bouton de la sonnette, une vibration semblable à celle qu’elle avait ressentie en traçant les runes fusa dans son dos.

La jeune fille s’apprêtait à se retourner lorsque le battant s’ouvrit.
— Excuse-moi Émilie, commença la voyante sur le seuil, je ne t’avais pas entendue arriver.

Intriguée qu’Évelyne Pomarec s’adresse exclusivement à elle, Émilie jeta un coup d’œil par-dessus son épaule. À l’exception de la chute des feuilles, aucun mouvement n’agitait la pelouse envahie d’herbes folles ; Anne-Sophie s’était volatilisée.

vendredi 11 novembre 2011

Les 8es rencontres de l'imaginaire de Sèvres

Cette année, j'ai l'occasion de donner un coup de main à l'association Transition sur leur stand des huitièmes rencontres de l'imaginaire qui se dérouleront à Sèvres (près de Paris) le samedi 10 décembre. Je serais donc présente sur le salon pour tenir compagnie aux membres de l'association et vendre des fanzines.

Personnellement, je compte bien en profiter pour me procurer les derniers numéros d’Éveil et de Pénombre. Vous pourrez donc vous attendre à un compte-rendu de mon premier salon de littérature côté exposant, en attendant de faire des dédicaces pour Limonade, et aux critiques des fanzines durant le mois de décembre.

Si vous voulez-vous faire une idée de Transition et de ses publications, leur site a été amélioré récemment (Transition, l'autre réalité) et le forum d'Actu SF donne des informations utiles (les rencontres de l'imaginaire 2011).

mercredi 9 novembre 2011

Le protectorat de l’ombrelle : Sans forme


Une fois n’est pas coutume, je n’ai pas attendu des mois et des mois avant de lire ma dernière acquisition en date : Sans forme, le second tome du protectorat de l’ombrelle. Il s’agit donc du deuxième volet des aventures d’Alexia, qui entretemps a pris le nom de son époux, rédigé par Gail Carriger.

Pas de réels changements depuis le premier tome de la série, l’intrigue est très linéaire et souffre d’une atmosphère bardée de clichés. Les interactions entre les personnages apportent un rythme certain et les rebondissements s’enchaînent à grande vitesse. J’ai néanmoins applaudi l’apparition d’une ombrelle toute neuve, bardée de gadget digne de James Bond (et pour le coup, un brin exagérée) et certains personnages très sympathiques, parmi lesquels une inventrice française et une momie. A mon grand regret, le côté Egypte Ancienne n’a pas été exploité en profondeur et le voyage en dirigeable m’a semblé bien longuet.

C’est d’ailleurs un reproche récurent concernant la plupart des aspects de ce roman : l’auteur se contente de survoler son univers et ses personnages qui, à de rares exceptions, manquent de relief. Pourtant, à travers les éléments qui apparaissent au détour d’un dialogue ou d’une description, l’auteur laisse à penser qu’elle a créé un univers original. Dommage, qu’elle ait une tendance marquée à la rétention d’information.

Je déplore aussi la non-résolution de certains détails qui ne se justifie que par la nécessité d’attiser l’envie des lecteurs d’acheter de tome suivant. Je dois reconnaître que cette technique marche plutôt bien, mais je trouve cela assez déloyal en fin de compte. A mon avis, Le protectorat de l’ombrelle a bien assez de potentiel pour accrocher un public autrement qu’avec des ficelles aussi grossières, et pas toujours très cohérentes.

Je vous laisse juger d’après la quatrième de couverture écrite sur le même ton que le précédent opus :
« Miss Alexia Tarabotti est devenue Lady Alexia Woolsey.
Un jour qu’elle se réveille de sa sieste, s’attendant à trouver son époux gentiment endormi à ses côtés comme tout loup-garou qui se respecte, elle le découvre hurlant à s’en faire exploser les poumons. Puis il disparaît sans explication… laissant Alexia seule, aux prises avec un régiment de soldats non-humains, une pléthore de fantômes exorcisés, et une reine Victoria qui n’est point amusée du tout.
Mais Alexia est toujours armée de sa fidèle ombrelle et des dernières tendances de la mode, sans oublier un arsenal de civilités cinglantes. Et même quand ses investigations pour retrouver son incontrôlable mari la conduisent en Écosse, le repère des gilets les plus laids du monde, elle est prête ! »

Pour finir, je n’irais pas jusqu’à affirmer que ce roman m’a déçue. Cependant, il n’en reste pas moins que, une fois l’effet de surprise passé, l’auteur ne parvient pas donner une profondeur suffisante à cette série. J’attends cependant de mettre la main sur le troisième tome pour être fixée.

lundi 7 novembre 2011

Sometimes, I'm a dragon too...


Voilà, après près d'un an de silence, je parasite une nouvelle fois le limo-blog! Pas de film, mais un livre, again! (Si vous vous demandez si j'ai un problème avec Batman, ma réponse est: "Pas du tout.")

Et donc en cette heure avancée de la nuit , je vais parler d'une petite perle que j'ai lu il y a quelques mois de celà.


Dragon déchu, de Peter Hamilton . Hummm! De la SF spatiale comme on les aime , avec tout pleins de vaisseaux, de nanotech, de nouvelles colonies et de space invaders (qui ne sont pas ceux que l'on croit) dedans! So yummy!

Bon, avant de donner mon avis, un petit résumé, histoire de vous mettre à l'aise.

"Au XXIVe siècle , à l’aide de la technologie des trous de vers , l’humanité a colonisé plusieurs dizaines de systèmes planétaires, dans un rayon d'une centaine d'années - lumière autour de la Terre. Les voyages intersidéraux coûtant très chers, ceux-ci sont devenus le monopole de grandes compagnies. Mais ces compagnies ne retrouvant pas de bénéfice dans la colonisation , le commerce interstellaire étant pénalisé par les coûts prohibitifs des voyages, la colonisation est arrêtée dès 2285.
En cette fin du XXIVe siècle, les compagnies, comme la compagnie Sino-Australienne Z-B, Zantiu-Braun, procèdent à des opérations de « retour sur investissement », consistant en des expéditions militaires de pillage plus ou moins légal sur les planètes colonisées.
Sur la planète Amethi, Lawrence Newton , adolescent et fils d’un des principaux personnages de la planète, ne rêve que de devenir capitaine de vaisseau spatial . Après une trahison qui le hantera toute sa vie , il s’enfuit de son monde natal à la poursuite de son rêve.
Vingt ans plus tard, il est devenu sergent de Zantiu- Braun, ayant échoué à devenir pilote de vaisseau.
Devenu cynique au fil des ans, Lawrence décide de profiter de ce qui est sa seconde mission sur la planète Thallspring pour réaliser son propre retour sur investissement , en exploitant une richesse ignorée de la société.
Cependant, la campagne sur Thallspring se passe beaucoup moins bien que prévu pour Zantiu-Braun, et Lawrence se retrouve impliqué dans un conflit entre deux groupes antagonistes."


Cela vous a-t-il intrigué? Et bien moi, oui. Certes, le titre n'y est pas pour rien ( comment ça, moi? une fixette sur les dragons? tssss!), et le fait qu'on puisse mettre un dragon dans de la SF m'a vraiment titillé la curiosité.

J'ai... tout de suite accroché , ou presque . C'est quand même un petit pavé de près de 950 pages. Le personnage principal est un sergent désabusé, avec un vieux rêve qui, on l'apprend au fur et à mesure des chapitres, n'en est plus vraiment un. Je ne tiens pas à spoiler, donc je ne dirais rien à part:
Lisez le!

Vraiment, c'est bien écrit, avec une ou deux longueurs que l'on pardonnera très facilement au vue des scènes d'actions très bien décrites. Les personnages sont complets, aussi détestables, cyniques, arrogants ou paumés soient- ils. La trame est merveilleusement bien faite, tous les fils se mettent en place pour un final qui m'a fait répéter pendant une dizaine de minutes "Très bien, vraiment très bien!" et c'est vraiment très rare . Mon dernier coup de coeur de cette envergure fut pour les salauds gentilshommes et ce cher Locke Lamora (si Loutre n'en a pas déjà parlé, je blablaterais deux mots dessus un jour!).

Enfin bref, un grand hourra pour Hamilton, et ses autres livres vont bientôt rejoindre ma bibliothèque personnelle.

Jean Charles, pseudo-drake bibliophage, will be back!.

vendredi 4 novembre 2011

Chapitre 17 de Limonade - The end

En dépit d'une mise à jour aléatoire, ce chapitre 17 a fini par être mis en ligne dans son intégralité. Pour mémoire, il a commencé ici, et sur un suspense insoutenable. J'ose espérer que les mystères laissés par le chapitre 16 ont trouvé une réponse satisfaisante.

Le chapitre 18 est actuellement en cours d'écriture, mais j'ai quelques chroniques de livres qui attendent. Il y a aura donc une interruption d'une semaine ou deux, le temps de prendre de l'avance sur le roman et de vous faire partager mes coups de cœurs littéraires du moment.

mercredi 2 novembre 2011

Chapitre 17 de Limonade - Episode 11

Après avoir épuisé sa panoplie de mimiques, Corentin s’adossa contre un rayonnage.
— Sur le moment, je me suis juste senti bizarre, un peu comme si j’allais m’endormir debout. J’ai essayé de me pincer pour rester éveillé, mais ça ne marchait pas. C’est à ce moment que j’ai compris que ma vision était bonne, et que j’avais été stupide de refuser d’y croire.

La gorge sèche, l’adolescent toussota dans son poing, puis poursuivit :
— J’étais dans le bus, alors je ne pouvais pas faire grand-chose. Je me suis focalisé sur la sensation et j’ai essayé de me concentrer pour la faire partir, pour que la torpeur disparaisse. A ce moment, je ne savais même plus pourquoi je faisais ça, mais j’ai continué. Et puis tout à coup, j’ai senti comme une vague de chaleur à l’intérieur de moi.

Le retour du libraire interrompit le récit.
— Vous avez de la chance, dit-il aux deux garçons. Il m’en reste juste un exemplaire de chaque. Lequel voulez-vous ?
— Je ne sais pas trop, hésita Corentin, je peux les feuilleter pour comparer ?
— D’accord, mais faites-y très attention.

Avec précaution, il prit les deux ouvrages des mains du libraire.
— Comment tu comptes trouver le bon ? s’enquit Fabrice.
— Au hasard, en général ça marche plutôt bien.

En guise de démonstration, Corentin ouvrit chacun des volumes en plein milieu. Sur l’un, il tomba sur une double page consacrée aux substances censées préserver des pertes de mémoire et, sur l’autre, un laïus incompréhensible sur la structure électrique du cerveau.
— Je pense qu’on va prendre La magie des minéraux et des végétaux, trancha l’apprenti magicien.

Alors que le libraire replaçait l’ouvrage non-retenu dans le rayonnage, les yeux bleus de Corentin se figèrent sur la couverture d’un roman. Suivant le regard de son ami, Fabrice prit le livre pour l’observer.
— C’est ça qui te met dans un état pareil ? Le golem, mythe ou réalité.

Un hochement de tête nerveux lui répondit alors que le benjamin se détournait.
— J’ai un mauvais pressentiment, avoua-t-il d’une voix blanche, très mauvais.

lundi 31 octobre 2011

Chapitre 17 de Limonade - Episode 10

Dès que le libraire eut quitté les lieux, Fabrice se tourna vers son ami. Un demi-sourire éclairait son visage lorsqu’il demanda :
— Tu ne m’as toujours pas raconté comment Gwen a fait pour t’empoisonner.
— Mais si je te l’ai dit, elle a versé une potion d’oubli dans mon thé.

L’adolescent soupira ostensiblement lorsque le visage de Corentin se rembrunit. Cette réaction lui apporta la certitude que ce dernier ne lui avait pas raconté toute l’histoire.
— Merci, ça j’avais compris.
— Ben alors, pourquoi tu…
— Ce que je veux savoir, l’interrompit-il d’une voix assez forte pour couvrir ses protestations, c’est dans quelles circonstances c’est arrivé. Tu m’avais dit que tu ne la voyais plus depuis la rentrée.
— Elle m’a envoyé un mail, concéda le benjamin du bout des lèvres.
— Et c’est tout ?

En désespoir de cause, Corentin finit par relater ses retrouvailles avec Gwenaëlle en passant sous silence leur conversation en dehors du café. A mesure qu’il parlait, le sourire de son compagnon s’élargit.
— Mais pourquoi tu te marres ?
— Tu avais un rencard avec Gwen !
— Non, c’était un piège, pas un rencard ! Et puis, je te rappelle que c’est ton ex, tu ne devrais pas avoir l’air aussi content pour moi.

Fabrice haussa les épaules. En vérité, il se sentait soulagé que son ami parvienne à tirer ses sentiments pour la jeune fille au clair. Cela atténuait sa culpabilité de l’avoir abandonnée juste avant les vacances alors que deux des membres de sa famille venaient d’être hospitalisés.

Un point demeurait cependant obscur à ses yeux.
— Dis-moi, comment tu as découvert qu’elle avait ajouté quelque chose dans ton verre ?
— J’ai eu une vision.
— Je sais, mais tu m’as aussi raconté que tu n’as pas cru à cette prémonition.

En fin de compte, faire passer Corentin aux aveux se révélait bien plus drôle que Fabrice ne l’aurait imaginé. Bien que ce soit inconscient, son ami faisait tout un cinéma, regard fuyant, rouge aux joues et autres trémoussements, lorsqu’il le questionnait sur des sujets inconfortables.

vendredi 28 octobre 2011

Chapitre 17 de Limonade - Episode 9

En descendant de moto devant la Table d’Hermès, la libraire ésotérique dont le site Internet assurait la présence des ouvrages sur la mémoire, les deux garçons eurent un temps d’hésitation.
— Je ne m’attendais pas vraiment à ça, commença Corentin.
— Moi non plus, renchérit son ami, étonné de la présence d’un présentoir dédié au régime Okinawa juste derrière la vitrine.

Malgré son étonnement, Fabrice franchit la porte en premier. L’odeur d’encens et de tisane qui flottait dans la boutique était si intense qu’elle en devenait écœurante. Ce parfum aurait davantage convenu à une cave obscure qu’à la pièce où il se trouvait.

Au premier plan, une nuée d’ouvrage de diététique promettait une vie plus saine grâce aux plantes tandis qu’une étagère croulait sous les plantes en sachets et les produits d’artisanat tibétain.
— Soyez les bienvenus, le salua depuis le comptoir un homme d’une quarantaine d’année au visage mangé d’une barre poivre et sel.

Vaguement intimidé par le regard méprisant du libraire, l’adolescent marmonna une réponse vague avant de s’enfoncer entre les rayonnages de livres. Lorsque Corentin le rejoignit au fond de la pièce, il ne put s’empêcher de persifler à voix basse :
— Et dire que tu avais peur de tomber sur un repaire de New-Age.
— Chut ! On est venu ici pour les bouquins.

Ravalant ses sarcasmes, Fabrice commença à parcourir les tranches des livres alignés sur tout un pan de mur. Bien que les titres présentés soient davantage portés sur l’occulte que ne le laissait penser la devanture de la boutique, les ouvrages qu’ils cherchaient restaient invisibles.
Le pouvoir des runes, c’est pas un truc qui pourrait t’intéresser ?
— Si, répondit son compagnon en retournant le livre en question, mais il est largement hors de mes moyens.

Avec une expression à la fois méfiante et curieuse, le libraire surveillait les deux adolescents occupés à fouiner parmi sa bibliothèque.
— Vous cherchez quelque chose ? demanda-t-il sans conviction.
— Oui, répondit Corentin en sortant la liste de sa poche. Vous auriez La résilience mémorielle ou La magie des minéraux et des végétaux ?

Devant le regard surpris de son interlocuteur, il ajouta :
— C’est pour l’anniversaire de ma tante, elle est passionnée par tous ces trucs.
— Je vais aller voir si j’en ai encore en réserve.

mercredi 26 octobre 2011

Chapitre 17 de Limonade - Episode 8

La négligence avec laquelle Corentin avait jeté le livre sur l’oreiller en disait long sur le manque d’intérêt de son contenu. Le titre en paraissait pourtant prometteur : Influence des plantes sur la mémoire.
— Tu n’as rien trouvé là-dedans ? demanda son compagnon.
— Non, ils expliquent plus ou moins quels sont les ingrédients à mettre dans une potion et leurs effets. Sauf qu’ils n’expliquent pas comment c’est possible d’y résister.
— Et tu as une autre piste ?

Après un hochement de tête affirmatif, l’adolescent quitta le lit pour ramasser un morceau de papier sur son bureau. Il gribouilla l’une des lignes, puis le tendit à Fabrice.
— Je suis allé faire un tour sur le net, expliqua-t-il, et j’ai trouvé une liste de livres en rapport avec les sortilèges et les élixirs d’oubli.

A son tour, Fabrice examina les titres énumérés sur la feuille.
— Il reste juste deux livres, La résilience mémorielle et Du souvenir à l’oubli, la magie des minéraux et des végétaux que tu n’as pas barré. Tu as lu tous les autres ?
— Oui, et mes recherches n’ont pas été concluantes, soupira Corentin.

D’un regard las, il balaya les ouvrages éparpillés au pied de son lit et sur son bureau.
— J’ai peur que ce soit encore des trucs New-Age…
— Mais s’il y a des infos utiles, tu vas en avoir besoin.

Cette perspective sembla insuffler un peu d’optimisme dans la carcasse dégingandée de l’adolescent. Celui-ci se mit à faire les cent pas dans sa chambre jusqu’à ce que son ami l’arrache à ses réflexions.
— Je suppose que ce n’est pas le genre de bouquins qu’on trouve à la bibliothèque.
— Non. Une librairie dans le centre est sensé en avoir et…
— Je t’y emmène, l’interrompit Fabrice, impatient de se rendre enfin utile.

lundi 24 octobre 2011

Chapitre 17 de Limonade - Episode 7

Un sourire un brin vengeur retroussa la bouche de Corentin.
— De toute façon, je n’avais pas vraiment envie de l’aider, celui-là.
— Sur ce point, on est d’accord !

Plutôt que de laisser la glace se reformer entre eux, Fabrice prit son courage à deux mains.
— J’ai pas non plus été très sympa avec toi. Je n’aurais pas dû parler de tes dessins aux autres.
— C’est pas important…
— Alors qu’est-ce que tu trouves important ?

La question, prononcée sur un ton vibrant d’incompréhension et de colère, fit écarquiller les yeux de l’adolescent. La légère rougeur qui entourait l’iris bleuté de Corentin trahissait des larmes contenues. Il se moucha en silence, puis ramena ses genoux contre sa poitrine.

— Mais, qu’est-ce qui s’est passé ? s’inquiéta Fabrice devant une détresse aussi visible.
— Gwen est vraiment une sorcière, hoqueta son ami.

Au lieu de l’enfoncer en affirmant qu’il s’agissait d’une évidence, l’adolescent lui posa une main sur l’épaule. Il aurait pourtant voulu faire davantage, mais un sentiment de gêne l’en empêchait.
— Elle a essayé de m’empoisonner, continua Corentin en étouffant ses pleurs.
— Comment ça !
— J’ai une vision d’elle en train de verser une potion dans mon thé, mais j’ai pas voulu y croire…
— Et tu as bu la potion ?

Effondré, Corentin hocha la tête.
— Pourtant, tu n’es pas malade ?
— Non, c’était pas un poison. Gwen voulait juste que j’oublie tout ce qu’elle m’avait raconté.

La crise de larmes étant passée, Fabrice s’écarta de son ami. Bien qu’il se réjouisse que son compagnon ait fini par admettre la vérité sur Gwenaëlle, son chagrin faisait peine à voir. Un point restait néanmoins en suspend.
— Comment tu te souviens ce qu’elle a fait si tu as bu sa potion d’oubli ?
— Je ne sais pas, c’est pourquoi j’étais en train de chercher une réponse dans les livres de ma tante.

vendredi 21 octobre 2011

Chapitre 17 de Limonade - Episode 6

De plus en plus surpris, le nouveau venu s’efforça de gommer le masque d’étonnement qui déformait ses traits. Prenant un air dégagé, il entra dans la chambre de Corentin.
— C’est un truc de famille ? demanda-t-il.
— Quoi ?
— Deviner qui est derrière la porte.

Corentin replia ses longues jambes qui occupaient tout l’espace de son lit.
— Ta moto fait un boucan de tous les diables. On l’entend venir de loin, et l’escalier grince.
— Ok, j’ai compris.

Mine de rien, Fabrice dut admettre qu’il était un peu déçu qu’aucune magie ne soit à l’œuvre. Il se laissa tomber aux côtés de son ami sur la couette bleue aux motifs géométriques.
— Fais attention au chat, l’avertit ce dernier.

La mise en garde arriva cependant trop tard. Le renflement sous les couvertures émit miaulement indigné avant de se frayer un passage jusqu’au pied du lit.
— Ca lui apprendra, à cette sale bête, maugréa Fabrice qui n’avait pas échappé à un coup de griffes.

La sale bête en question feula à l’attention de l’intrus, puis s’enfuit par la porte entrouverte.
— Qu’est-ce que tu veux ? s’enquit Corentin en reposant sur l’oreiller le livre qu’il était en train de lire.
— M’excuser pour hier.
— Oh, c’était pas si important.

La désinvolture de l’adolescent ressemblait davantage de l’abattement qu’à de l’indifférence. Curieux d’en connaître la cause, Fabrice insista :
— Quand même, tu t’es fait salement insulter par mon pote.
— Je ne suis pas sûr qu’il pensait vraiment ce qu’il m’a dit. Il y avait une ombre sur lui.
— Tu veux exorciser Moucky ? demanda-t-il, incrédule.

Surpris par le ton de sa voix, Corentin le dévisagea.
— Tu penses que ça serait une bonne idée ?
— Non !

Plus que de faire subir une douche froide à son ancien acolyte, Fabrice craignait que davantage de magie ne répandre des rumeurs déplaisantes sur son ami. Une pointe de jalousie venait se mêler à son inquiétude pour la réputation du garçon.

mercredi 19 octobre 2011

Chapitre 17 de Limonade - Episode 5

L’adolescent avait moins de mal à feindre la colère que l’indifférence. Les sentiments d’Anne-So à son égard étaient évidents et il culpabilisait de les utiliser de la sorte. Il s’était cru assez fort pour arriver à obtenir davantage d’informations sur le fameux club d’histoire et son professeur, mais il n’avait plus le courage de continuer ainsi.

Abandonnant là sa compagne, Fabrice dévala les marches du palais sans un regard en arrière. Il courut presque pour récupérer sa moto, puis se hâta de démarrer. Avec un vrombissement agressif, son véhicule se faufila dans les rues encombrées du centre-ville.

Alors qu’il approchait de l’embranchement en direction de Saint-Jacques, Fabrice hésita. Si rentrer maintenant chez lui revenait à passer une soirée de plus à ruminer son sentiment de culpabilité, il préférait encore rester à Rennes. Il réalisa alors que, en dépit de ses intentions, il n’avait toujours présenté aucune excuse à Corentin pour son comportement de la veille.

D’un coup de volant, il quitta la voie de sortie pour se diriger vers la rue Courteline. Grace à l’habitude, il trouva tout de suite où se garer devant le domicile de la tante de son ami. Pourtant, au moment de sonner à la porte, il s’interrogea sur le bien fondé de sa venue. Après tout, il risquait de déranger les occupants du pavillon.

En guise de réponse, la porte d’entrée s’ouvrit sur la silhouette fine d’Evelyne.
— Mais entre donc Fabrice ! Tu ne vas pas rester planté ici toute l’après-midi.

Impressionné malgré lui, l’adolescent traversa le jardin et referma la porte derrière lui.
— J’avais peur de vous déranger, s’excusa-t-il auprès de la voyante qui, une tasse de café à la main, le regardait en souriant.
— Je ne travaille pas le dimanche, et mon neveu est déjà rentré. Je suppose que c’est lui que tu es venu voir.

Fabrice acquiesça, puis monta directement jusqu’au grenier. Il arriva essoufflé devant la porte close de la chambre de son ami.
— Tu peux entrer, cria celui-ci depuis l’intérieur de la pièce.

lundi 17 octobre 2011

Chapitre 17 de Limonade - Episode 4

La voix de sa compagne ramena immédiatement Fabrice à ses préoccupations initiales.
— Le sortilège peut être brisé. La preuve, même un amateur a réussi à te libérer de son emprise.

L’adolescent se garda bien de la contredire. Il avait la nette impression que, tant que les sorcières du lycée Notre Dame ignoraient l’existence de Corentin et ses pouvoirs, son ami aurait plus de chances de les tenir à distance.

Ravalant ses scrupules, il incita Anne-Sophie à en révéler davantage :
— C’est pas un banal charme d’amour que Gwen a utilisé sur moi. Entortiller deux mèches de cheveux ou écrire un prénom sur un bout de papier, c’est des conneries.
— Oui, elle a utilisé de la vraie magie.
— Comment tu sais tout ça ?

À nouveau, la jeune fille rougit et bafouilla :
— Je l’ai entendu en parler avec sa copine, Émilie. Je ne savais pas ce qu’elles préparaient.

Même si l’innocence d’Anne-So ne faisait aucun doute pour lui, Fabrice haussa un sourcil interrogateur. Si sa compagne avait utilisé un sortilège d’amour sur lui, elle se serait assurée d’en être la bénéficiaire.
— C’est sûr que c’est trop bizarre, gloussa-t-elle. De la vraie magie, c’est n’importe quoi !
— Dommage, répliqua l’adolescent avec une expression grave, je commençais à y croire.

Sur ses mots, il dégagea sa main de l’étreinte de la jeune fille. En silence, il se leva du banc, ramassa les deux casques posés sur le sol et s’apprêta à retrouver sa moto.

Toujours assise, Anne-Sophie lui jeta un regard effaré.
— Attends ! lui cria-t-elle avant qu’il ne sorte de la galerie.

Plusieurs personnes la dévisagèrent, l’air tantôt intrigué et tantôt moqueur, quand elle se leva en vitesse pour rejoindre Fabrice. Sa démarche maladroite et le claquement sec de ses talons firent naître quelques sourires sur les visages des spectateurs.

Lorsqu’elle arriva à proximité, Fabrice déclara, très calme :
— Tu reproches à Gwen de me mentir et de vouloir me manipuler, mais dans le fond tu es pareille. Tes histoires de sortilèges et de vraie magie, ce n’est qu’un tissu de mensonges.
— Pas du tout !
— Je ne veux plus entendre parler de ça ! Je ne sais pas ce que tu essayes de faire, mais ça ne marche pas avec moi !

vendredi 14 octobre 2011

Chapitre 17 de Limonade - Episode 3

Avant même que l’adolescent ne pose sa première question, la jeune sorcière le prit de vitesse.
— Tu m’as proposé ce rendez-vous uniquement pour récupérer ton casque, ou tu avais autre chose en tête ?
— Je pense que ça ne va pas te plaire, répondit-il dans un soupir, mais je crois que je suis encore amoureux de Gwen.

La ruse de Fabrice fonctionna au-delà de ses espérances. Anne-Sophie bondit sur ses pieds, les poings serrés par la colère.
— Mais tu n’as pas encore compris qu’elle se sert de toi !

Il répondit à cette accusation par un regard triste et vaguement interrogateur.
— Pourquoi elle ferait ça ?
— Parce que c’est une petite garce ! Dès qu’elle apprend quelque chose, elle l’utilise pour faire du mal, pour gagner en pouvoir !

Fabrice se permit un léger sourire. D’une main, il saisit le bras de sa compagne pour l’inciter à se rasseoir.
— Anne-So, je ne comprends rien du tout à ce que tu racontes…
— Souviens-toi, bon sang ! Au téléphone, tu m’as dit que tes sentiments pour Gwen avaient disparu quand ce garçon bizarre t’avait jeté un sort.
— J’ai pas envie de parler de ça, se plaignit l’adolescent, sincèrement inquiet à l’idée de mêler Corentin à cette affaire.

Anne-Sophie lissa les plis de sa jupe, puis elle déposa sa bourse sur ses genoux.
— Écoute-moi bien, parce que ce je vais te raconter est un secret, commença-t-elle en baissant la voix. Je suis presque sûre que Gwen a utilisé un charme d’amour sur toi.

Imitant l’air ébahi de circonstance, Fabrice plongea ses yeux dans ceux de la jeune fille. Sur le coup, il n’avait pas réalisé qu’elle avait pris sa main dans la sienne, mais des ongles vernis s’enfonçaient désormais dans sa peau. Désireux de ne pas rompre le fil de confidence, il serra les dents et resta immobile.

Vus de l’extérieur, lui et Anne-So devaient sembler en plein flirt. Cette scène avait pourtant quelque chose d’improbable sous les dorures majestueuses et les murs austères de la galerie des pas perdus.

mercredi 12 octobre 2011

Chapitre 17 de Limonade - Episode 2

Une fois arrivé en haut de l’escalier, Fabrice se retourna pour observer la jeune fille avec davantage d’attention. Il ne devait pas perdre de vue que, bien qu’il la connaisse depuis des années, Anne-So était devenue une sorcière. La chaleur qui émanait de l’attrape-rêve de Charline contre son torse en était une preuve suffisante.

La tenue qu’elle avait revêtue pour leur rendez-vous ressemblait beaucoup à l’uniforme du lycée Notre-Dame, à la différence de sa couleur. Au lieu du bleu marine et du blanc cher à l’établissement catholique, elle ne portait que du noir. Des plis de sa jupe au col rond de son chemisier, aucun de ses habits ne dérogeait à cette règle, pas même le sac à main en forme de bourse qui rebondissait contre sa hanche.

En constatant qu’il la regardait avec intensité, Anne-Sophie battit des cils.
— Tu t’habilles toujours en noir ? demanda l’adolescent.
— Oui, c’est ma couleur préférée.

Fabrice se promit de questionner Corentin à propos de la symbolique des couleurs en magie, mais il avait déjà l’impression de connaître sa réponse. De la même façon, il ne pouvait s’empêcher de s’inquiéter du contenu du sac de sa compagne. La manière dont elle le couvait du regard lui faisait craindre le pire et il n’avait nulle envie de se retrouver engagé dans une seconde relation d’origine surnaturelle.

Le temps qu’ils franchissent les lourdes portes ouvragées du palais du parlement, ses pensées avaient retrouvé toute leur cohérence. Il avait choisi de revoir Anne-So afin d’en apprendre davantage sur Gwenaëlle et le cours de magie du lycée Notre-Dame.

Dès qu’ils furent à l’intérieur, Fabrice se laissa guider vers un banc situé sous l’une des hautes fenêtres de la salle des pas perdus. Bien qu’une faible lumière filtre des nuages, les ors de la galerie étincelaient.