mercredi 30 décembre 2009

Chapitre 1 de Limonade - Episode 7

À travers le velux de la chambre, le ciel commençait à s’obscurcir. Des nuages de plus en plus sombres s’accumulaient à l’horizon.
— Je vais devoir partir si je veux arriver chez moi avant d’être de nouveau trempé, dit Fabrice.
— D’accord. Je vais dire à ma tante que tu y vas. Elle pensait que tu resterais pour le dîner.

Corentin quitta la pièce en courant tandis que Fabrice enfonça ses vêtements en boule au fond de son sac à dos. Il récupéra son casque et descendit à son tour. L’escalier était abrupt et les semelles de ses baskets humides couinaient à chaque pas.

Arrivé sur le palier, il faillit percuter Corentin qui discutait avec une femme aux longs cheveux noirs. Elle devait avoir une cinquantaine d’années. Sa tunique aux motifs indiens et son jean usé la faisaient ressembler davantage à une hippie qu’à une sorcière. Elle cessa de parler à son neveu pour s’adresser au nouveau venu.
— Fabrice, tu ne devrais pas prendre la route ce soir ?
— Pourquoi ? Vous avez vu dans votre boule de cristal que j’allais avoir un accident.
— Non, répondit-elle en riant. J’ai lu dans Ouest France qu’il y avait une alerte à la tempête sur le département.

Devant la figure étonnée de l’adolescent, elle retourna chercher le journal en question.
— Tiens Fabrice. Tu peux vérifier que mes sources ne sont pas surnaturelles.
La une du journal mettait en garde ses lecteurs contre de très violentes intempéries. Comme pour appuyer cette information, la pluie se mit à marteler le toit.

Le journal dans les mains, Fabrice se sentait idiot. Il avait bien failli se retrouver pris sous cette pluie torrentielle si Corentin ne l’avait pas attaqué à coup d’incantations et d’eau bénite. Bien que cela ne l’enchante pas, il devait se résigner à passer la nuit ici.
— Je peux emprunter votre téléphone pour appeler à ma mère, demanda-t-il. Elle va s’inquiéter si je ne rentre pas ce soir.
— Pas de problème Fabrice. Le téléphone est dans mon bureau. Fais juste attention à ne pas marcher sur Lucifer.
— Le chat s’appelle Lucifer, précisa Corentin.

lundi 28 décembre 2009

Chapitre 1 de Limonade - Episode 6

De retour dans la chambre après s’être changé, Fabrice eut la surprise de se retrouver seul. Corentin n’était nulle part en vue. Le bureau couvert de feuilles de papier attira son attention. Au milieu des cahiers de cours et des polycopiés, apparaissait le coin d’un dessin.

Poussé par la curiosité, l’adolescent écarta les feuilles du dessus. Il ne s’agissait pas du gribouillage d’un lycéen désœuvré, mais d’une création fantastique. Un gigantesque serpent ailé enserrait entre ses anneaux un autre reptile plus petit. Une multitude de roses coulaient de leurs gueules en se répandaient sur les bords de la feuille.

Chaque détail de la scène avait été si minutieusement tracé au stylo bleu que l’ensemble paraissait réel. Des écailles des serpents aux pétales des roses, il n’y avait pas la moindre rature. Fabrice resta à contempler le dessin plusieurs minutes.

Il était tellement absorbé par le couple de serpents qu’il n’entendit pas Corentin revenir.
— Tu n’as qu’à le garder si tu le trouves bien, fit-il dans le dos de Fabrice. Personnellement, je n’aime pas trop les serpents, pourtant je n’arrête pas d’en dessiner.
Son invité reposa la feuille sur le bureau, un peu gêné d’avoir été surpris ainsi.

Sous son sourire de façade, Corentin fut déçu que Fabrice n’ait pas gardé le dessin des deux serpents. Même si ces créatures le mettaient mal à l’aise, il ne parvenait pas les jeter. Il l’avait fait le week-end précédent, au lieu de réviser un devoir de mathématiques et depuis il y pensait presque tous les jours.

vendredi 25 décembre 2009

Joyeux Noël

Pour être honnête, je ne suis guère inspirée quand à mon billet de Noël.
Initialement, ce devait un dessin, mais mon matériel à dessin n'est pas accessible en ce moment.

Je souhaite donc à tous mes lecteurs (et même aux autres, qui ne me lisent pas) un excellent Noël avec des cadeaux, de bons petits plats et des chats. J'insiste tout particulièrement sur les chats, car ils sont très importants.

Mon programme de fêtes contient de tout en abondance. C'est l'avantage de multiplier les repas de famille.

Encore joyeux Noël et à lundi pour un nouvel épisode de Limonade.

mercredi 23 décembre 2009

Chapitre 1 de Limonade - Episode 5

Fabrice observa les filets de fumée se faufiler par-dessous la porte. C’était déjà plus conforme à ce quoi il s’attendait, mais il n’en éprouvait aucune joie. Heureusement, la chambre de Corentin ne contenait rien qui soit en rapport avec de la magie. Un lit aux draps bleus, une étagère vide et une armoire dans laquelle Corentin fouillait à la recherche de vêtements susceptibles d’aller à Fabrice.

Les deux adolescents faisaient presque la même taille, mais leurs deux ans d’écart jouaient sur leurs carrures. Alors que Fabrice avait des épaules et des muscles solides, Corentin avait encore une silhouette d’un enfant que sa brusque croissance avait étirée. Leurs différences ne s’arrêtaient pas là.

Bien qu’ayant tous les deux des cheveux châtains, ceux de Fabrice, plus longs et plus sombres, avaient tendance à boucler. Il avait aussi une peau plus mate et des yeux d’un brun tirant sur le doré. En comparaison, Corentin paraissait éteint, presque lunaire, avec ses yeux gris bleutés et ses taches de rousseur.

Sa recherche ayant abouti, Corentin tendit à sa victime un jean et un pull soigneusement pliés.
— Ils sont un peu grands pour moi, donc ils devraient t’aller.
Fabrice prit les vêtements. Ils ne correspondaient peut-être pas à son style habituel, mais ils avaient l’avantage d’être secs.
— La salle de bain est à cet étage ?
— Non, au premier. Fais attention en descendant l’escalier, il est raide.
— J’ai vu ça tout à l’heure.

lundi 21 décembre 2009

Chapitre 1 de Limonade - Episode 4

Pour Fabrice, le trajet jusqu’à la maison de la tante fut un calvaire. À moto, le vent était encore plus mordant que sur le parking. Derrière lui, Corentin lui indiquait les directions à suivre en tirant sur sa manche.

Il dut s’y reprendre à deux fois avant de parvenir à verrouiller l’antivol de sa moto tellement il grelottait. Pendant ce temps, Corentin avait ouvert le portillon encadré d’hortensias mauves. Au bout d’une allée de gravier se dressait un petit pavillon typique de la banlieue rennaise avec ses murs blancs et son toit d’ardoises.

Compte tenu des événements qui avaient précédé, Fabrice se serait attendu à une habitation moins normale. Corentin n’avait pas perdu de temps, il l’attendait devant la porte ouverte.
— Tu vas finir par prendre froid si tu restes planté là.
Presque rassuré par la banalité de ce pavillon, Fabrice remonta l’allée et entra à l’intérieur.

Même si le couloir était faiblement éclairé par un plafonnier en pâte de verre orange, il avait un air normal avec son papier peint rayé. Ce n’était pas le cas des marmonnements et de la fumée d’encens qui filtrait sous la porte du salon.
— Ma tante est en pleine séance de divination, expliqua Corentin un peu gêné. On va plutôt aller directement dans ma chambre pour ne pas la déranger.
— Ta tante fait de la divination !
— Oui, elle est voyante. En général, elle se sert de cartes de tarot, mais de temps en temps ses clients demandent du spectaculaire.

vendredi 18 décembre 2009

Chapitre 1 de Limonade - Episode 3

Son premier acte censé fut donc de présenter ses excuses à l’intéressé. Il réalisa aussi que même si elles étaient acceptées avec le sourire, des excuses n’avaient jamais empêché quelqu’un d’attraper froid.
— Je sais que ça va te paraitre bizarre, mais si tu veux que je te prête des vêtements, tu n’as qu’à m’accompagner chez moi. Encore désolé de t’avoir arrosé.
— C’est la première fois qu’on me prend pour un sorcier maléfique. Je suis juste un peu surpris… et trempé, ajouta-t-il.

Maintenant que Corentin s’était calmé, Fabrice pouvait se préoccuper de l’état de ses vêtements. Son sweat-shirt avait absorbé la plus grosse partie de l’eau bénite, il le retira et le tordit en espérant le sécher un peu. La flaque qui se forma à ses pieds était de belle taille.
— J’ai pris le plus grand seau que j’ai trouvé chez ma tante, expliqua l’apprenti exorciste.
— Le livre aussi était le plus gros que ta tante gardait dans son grenier ?
— Pas dans le grenier, elle le range avec les autres dans le salon.

Corentin prit alors la mesure de l’énormité de ce qu’il venait de dire.
— Tu vas penser que ma tante est folle.
— Pas plus que toi…
À peine l’avait-il prononcée que Fabrice se rendit compte que sa phrase était particulièrement blessante.

Un courant d’air froid lui fit réaliser que son T-shirt était trempé. Il était complètement glacé et allait devoir accepter l’offre de son agresseur.
— Si je pensais que tu étais fou, est-ce que je te demanderais de me prêter un T-shirt ?
— Un pantalon aussi, ton jean est vraiment mouillé.

mercredi 16 décembre 2009

Chapitre 1 de Limonade - Episode 2

Sans vraiment s’en rendre compte, Corentin lui fit alors part des soupçons qu’il nourrissait à son égard. Très vite, son discours devint un mélange incohérent d’événements réels et de croyances infondées. Fabrice l’arrêta :
— J’ai bien tout compris, c’est parce que tu as peur pour Gwenaëlle que tu m’as arrosé. J’ai quand même du mal à comprendre pourquoi tu parles autant de sorcellerie. Tu pourrais reprendre ton histoire depuis le début ?

Rassuré par l’attitude concernée de Fabrice, il reprit alors les événements qui l’avaient amené à le suspecter de pratiquer la magie.
— Au début de l’année Gwen et moi, on était tout le temps ensemble. Elle a commencé à me parler de magie et de quelqu’un qu’elle a rencontré sur Internet. Elle m’en parlait de plus en plus et me disait à quel point il était génial. Elle racontait qu’il la comprenait et allait se servir de ses pouvoirs pour l’aider.
— Je commence à comprendre. Tu penses que puisque je suis le petit ami de Gwen, c’est moi le garçon d’Internet.
— Oui.
— Je suis désolé de te décevoir, mais non. Il n’y a même pas de modem chez moi.

Les espoirs de Corentin de voir sa meilleure amie redevenir comme elle était avant cette entrée au lycée s’évanouirent. À la lumière de cette désillusion, il découvrait horrifié qu’il s’était couvert de ridicule devant un parfait inconnu. Enfin, pas totalement inconnu puisqu’en tant que petit ami de Gwen, Fabrice faisait partie de sa vie.

lundi 14 décembre 2009

Chapitre 1 de Limonade - Episode 1

Quand on a longuement préparé un plan et que l’on s’apprête à le mettre en action, il peut arriver que l’on se sente totalement calme. C’est précisément dans cet état d’esprit que se trouvait Corentin cet après-midi là, sur le parking de son lycée. Dans une main, il tenait un seau d’eau bénite et dans l’autre un livre d’incantations magiques.

Depuis déjà une heure, il attendait derrière un platane. La température avait commencé à baisser rendant l’attente encore plus inconfortable. Corentin commençait à avoir froid, mais pour boutonner son blouson il lui aurait fallu poser soit le seau, soit le livre. Or il tenait à être prêt pour le moment où Fabrice sortirait, il n’aurait pas de seconde chance de le surprendre.

Un grincement métallique alerta l’adolescent. Il jeta un coup d’œil en direction du portail et reconnut Fabrice à son sweat-shirt bordeaux et à son jean trop large. Dès que celui-ci passa à sa portée, il bondit de derrière le platane et lui balança le contenu du seau en pleine figure. Puis il ouvrit son livre à la page des formules d’exorcisme et commença à lire à voix haute.

Au lieu des manifestations démoniaques attendues, Fabrice resta immobile en dépit des gouttes d’eau qui lui coulaient sur le front. Reprenant ses esprits, il prit le livre des mains de Corentin et lui en donna un coup sur le crâne.
— Maintenant, tu vas m’expliquer ce qui se passe au lieu de baragouiner n’importe quoi.

Ces paroles firent à Corentin l’effet d’une douche froide. Sa certitude que Fabrice recourait à des pouvoirs maléfiques pour abuser Gwen vacilla ; Fabrice ne réagissait pas en sorcier. Compte tenu du fait qu’il venait de recevoir un seau d’eau sur la tête, il était même plutôt détendu.

vendredi 11 décembre 2009

Illustration de Fabrice

Et maintenant,voici Fabrice Herant :

mercredi 9 décembre 2009

Illustration de Corentin

Pour commencer,voici le personnage de Corentin Pierre :




lundi 7 décembre 2009

Limonade - Teaser

Après une semaine de blabla, je pense qu'il en temps de me remettre à publier de véritables textes. Mais avant de m'attaquer au découpage du premier chapitre, je voulais vous faire profiter des deux illustrations réalisées par Maïté.

Cette semaine sera consacrée aux dessins de Corentin et Fabrice, les deux héros de Limonade. Pour vous donner envie de revenir, voilà le teaser de Limonade :

" Pour Corentin l'entrée du lycée a été la source de nombreux changements. Il a du aller vivre chez sa tante, une voyante dont le chat le déteste, mais surtout il a perdu le lien qu'il entretenait avec Gwenaëlle, sa meilleure amie. Cette séparation est d'autant plus forte que l'adolescente se pique de magie noire.
Afin de la libérer de l'emprise maléfique de son petit ami, Corentin va jouer le tout pour le tout en se lançant dans l'exorcisme sauvage."

C'est promis, le chapitre 1 débutera le lundi 14 décembre.

vendredi 4 décembre 2009

La meute - Teaser



L'homme-loup illustré (par mes modestes soins) ci-contre est Vague, l'un des principaux personnages d'une nouvelle histoire.

J'ai retrouvé le début dans un dossier oublié et j'ai bien l'intention de me replonger dans ses aventures d'ici quelques temps.

Ça va parler d'humains, de loups, de créatures ailées et bien sûr de monstres. J'ai tout plein d'idées, il n'y a plus qu'à les mettre sur papier.








PS : désolée pour la piètre qualité de mes dessins, les autres seront faits par quelqu'un de bien plus doué, c'est promis...

mercredi 2 décembre 2009

Éveil & Pénombre

Il y a un sujet dont j'ai envie de parler depuis plusieurs semaines déjà, il s'agit du fanzine Éveil et de son jumeau maléfique, Pénombre.

La magnifique couverture que vous voyez là est celle du premier numéro d'Éveil dont le thème est Lucioles.

La ligne directrice ce fanzine est la suivante : "Éveil tourne autour d’un instant lumineux, d’un point de bascule. On y respire la liberté de la chute, la fraîcheur de l’avenir empli de promesses et de possibilités."

Personnellement, je serais plus attirée par Pénombre, mais c'est une question de goût. Je vous en reparlerais lorsque le premier numéro sera sorti, ce qui devrait être une question de jours maintenant.


Pour avoir davantage d'infos sur ces fanzines c'est sur le blog du projet Transition que ça se passe.

Bonne lecture et bon courage au passionnés du projet Transition !

lundi 30 novembre 2009

Chevalier Soleil et Dame Amort

Chevalier en armure Soleil
Tu rêves d’une Princesse
Aux yeux couleur de ciel
Oublié un temps, tu confesses.

Amant d’un amour éternel
Tu te réveilles la nuit finie
La peau couverte de sel
Tes songes étranges s’oublient.

Tu aimes un idéal inaccessible
Hypocrite tu nies jusqu’à ta vie
Pour plonger à travers l’impossible
Tu te noies dans l’envie.

Mais le cœur battant aux vents
Tu salis sa peau d’échardes
Les doigts couverts de sang
Poisseux, elle cauchemarde.

Le temps te tue lentement
Dans cette semi obscurité
Où tu t’enfonces plus avant
La poussant à abandonner.

Mais tu ne sais reconnaître
La douleur lorsqu’elle te broie
Et détruit cet amour à naître
Cette fille invisible te noie.

Cette belle a un goût de fiel
Trop réaliste dans tes rêves
Tu oublies que tout est irréel
Même lorsque ton corps se lève.

La Princesse est trop belle
Et son visage trop parfait
Pour ton regard mortel
Tu veux ce qu’elle défait.

Tu veux son amour sans retour.
Elle veut ta vie à jamais.
Elle t’aura pour toujours.
Tu n’auras rien, elle te hait…

vendredi 27 novembre 2009

Le pendule du vorcier - The end

Ca y est, le dernier épisode de la nouvelle de vampire a été publié.

J'espère que vous avez aimé les aventures du trio Guillaume, Lola et Alex. Pour le moment, je n'ai pas prévu d'écrire une suite, mais il est possible que je m'y remette un jour. Le personnage d'Alex est vrai plaisir à décrire.

Si vous avez des remarques, elles sont les bienvenues. Je préviens cependant que je ne compte pas revenir sur ce qui a été publié (sauf grosse erreur de ma part).

Pour ceux qui aimeraient commencer la lecture maintenant, c'est ici pour l'épisode 1.

Tout est dit.

mercredi 25 novembre 2009

Le pendule du vorcier - Episode 25

Un mois plus tard, Lola n’était toujours par reparue. Pourtant, même si je n’avais plus le moindre sentiment pour elle, je continuai d’espérer la revoir. Sa disparition était passée inaperçue au lycée. Ses parents avaient déménagé et les professeurs avaient reçu un courrier pour confirmer cette version.

Je n’avais pas non plus revu Alex depuis la nuit de l’incendie. Le portail de sa maison était verrouillé et je n’avais pas osé escalader la grille. J’étais persuadée qu’elle savait ce qui était arrivé à ma petite amie, mais je n’étais pas certain d’avoir envie de l’entendre.

Pour moi, il n’était plus question de mener une existence d’adolescent ordinaire. Cette rencontre brutale avec un univers surnaturel m’avait rendu mélancolique et soucieux. Je préférais désormais la solitude et m’étais approprié le parc qui s’étendait derrière le lycée.

J’étais assis sur un banc lorsque Mathilde vint me rejoindre. Mon premier geste fut d’éteindre la cigarette que j’étais en train de fumer. Je préférais rester discret sur cette mauvaise habitude que je devais à Alex.
— J’ai demandé à Rémi où tu étais passé et selon lui tu traines souvent ici, dit-elle en s’asseyant à côté de moi.

Cette visite était des plus surprenantes. Je m’étais mis à éviter tout ce qui pouvait me rappeler l’existence de Lola. Cela faisait plus d’un mois que je ne lui avais plus adressé la parole.

Mon silence la mit mal à l’aise, c’était devenu ma meilleure technique pour éviter les questions. Pourtant, elle n’abandonna pas.
— Je suppose que tu n’as pas eu de nouvelles de Lola.
— Non.
— C’est triste, ce qui lui est arrivé.

Le tour que prenait cette conversation ne me plaisait pas du tout. Je m’apprêtais à me lever, mais Mathilde me retint.
— Personne ne parle de ce qui lui est arrivé, comme si tout le monde avait oublié son existence. J’ai l’impression que mon amie était un fantôme, que j’étais la seule à la voir, à me souvenir d’elle.

J’allais lui répondre que Lola avait simplement déménagé, lorsque je vis les larmes qui perlaient au coin de ses yeux. Les verres de ses lunettes rendaient ses larmes encore plus grosses. Je réalisai qu’il n’y avait rien à répondre, juste à l’écouter et à la rassurer. J’eus envie de déposer un baiser sur ses joues piquetées de taches de rousseur.

Comme elle fixait toujours ses pieds, j’approchai mon visage d’elle. Au dernier moment, elle se tourna vers moi et mon baiser atterrit sur ses lèvres. Je me serais attendu à une gifle, mais Mathilde se contenta de sourire.

lundi 23 novembre 2009

Le pendule du vorcier - Episode 24

Après une nuit de sommeil, j’avais le sentiment que les choses étaient redevenues normales. Je laissai la chaleur de mon lit derrière moi pour descendre dans la cuisine. Avant de passer la porte, je sus que mon père était revenu de son congrès. Il était le seul de la famille à écouter la radio pendant le petit-déjeuner.

J’avais un peu d’appréhension à l’idée de découvrir les conséquences des événements d’hier soir. Alex ne m’avait pas dit ce qu’elle comptait faire de Lola, mais j’espérais qu’elle aurait pu la délivrer de l’influence du sorcier maléfique. Le meilleur endroit pour avoir des informations était le lycée, ce qui m’obligerait à retourner dès ce matin.

Mon père me regarda avec étonnement lorsque j’entrai dans la cuisine.
— Je crois que tu étais malade, s’inquiéta-t-il.
— Oui, mais je pense que c’était un coup de fatigue. Et puis, ça m’embête de rater plus de cours.
— Il te faudra un fortifiant si tu continues à être épuisé comme ça.
C’était tout à fait le genre de phrases auxquelles j’avais droit régulièrement.

Les informations à la radio mirent fin à cette conversation. L’animateur du journal annonça le décès d’un professeur de mon lycée dans l’incendie de son domicile. Mon père s’arrêta de boire son café et me demanda :
— Tu connaissais cet homme, Kaenel ?
— Non, c’était un professeur de littérature et je n’avais pas de cours avec lui.

Je dus faire un effort pour contrôler ma voix et mon attitude. Cette nouvelle m’avait davantage affecté que je ne pensais. Heureusement, mon père ne remarqua rien et je pus terminer mes céréales tranquillement.

Une fois au lycée, j’attendis l’arrivée de Lola avec inquiétude. Le cours de physique commença sans qu’elle soit arrivée, puis ce fut celui de biologie. À la fin de la matinée, je décidai d’aller demander aux professeurs s’ils avaient des informations sur son absence. Ce n’était pas le cas, mais aucun d’entre eux ne fit le lien avec la mort de Kaenel.

vendredi 20 novembre 2009

Le pendule du vorcier - Episode 23

Ma petite amie gisait sur le parquet, les yeux écarquillés. Les carreaux qui la maintenaient au sol avaient déchiqueté ses paumes ; il y a avait des traces de sang partout autour d’elle. Les bougies renversées finissaient de se consumer et le pentacle était presque effacé.
— C’est une sacrée pagaille, commenta Alex dans mon dos.
— Oui. Ça ne va pas être simple à expliquer ?

Je m’imaginais déjà en train de raconter à mes parents que j’avais manqué d’être sacrifié par ma petite amie et un professeur de littérature. Quant à parler de l’intervention miraculeuse du vorcier qui avait les massacrés, je savais que ça n’allait pas arranger les choses. La voix toujours calme d’Alex coupa net mes pensées.
— On ne va rien expliquer du tout.
— Comment ça ?
— Tu vas sortir par l’arrière de la maison et moi je m’occupe de nettoyer.

Bien que je me demande de quelle manière elle comptait remettre cette pièce en ordre, je lui obéis sans discuter. Elle paraissait avoir une certaine habitude des situations étranges.
— Tu peux récupérer ça, dit-elle en me tendant un morceau de papier.
— Qu’est-ce que c’est ?
Alex haussa les épaules.
— Tu verras plus tard. Maintenant, files d’ici !

Je quittai donc le pavillon de Kaenel en passant par une des fenêtres puis traversai le jardin. Je remontais la rue jusqu’à l’arrêt de bus. Par chance, je n’étais pas resté longtemps dans les griffes des sorciers. Je pouvais espérer prendre le dernier bus et rentrer chez moi avant que me mère ne s’inquiète de mon absence.

Puisque j’avais du temps devant moi, je dépliai le papier que m’avait donné Alex. Il s’agissait du mot que j’avais laissé à ma mère avant de partir. J’allais être bon pour des sérieuses de remontrances à mon retour, d’autant plus que j’avais prétendu être malade ce matin.

Soudain, je vis un nuage de fumée s’élever de la rue d’où j’étais arrivé. Des flammes orange illuminaient le ciel nocturne. J’étais à peu près sûr qu’elles venaient de la maison du professeur de littérature. Alex avait une façon radicale de faire disparaître cette scène gênante. C’était probablement mieux que personne ne découvre ce qui était advenu des sorciers.

Une série de camions de pompiers passèrent devant l’arrêt, puis ce fut au tour d’un bus. Je laissai derrière moi le feu qui dévorait les souvenirs de cette soirée. Me faire disputer par mes parents était infiniment moins grave que finir égorgé sur une toile cirée.

En arrivant chez moi, je m’étais résigné à entendre plus de cris que je n’en avais jamais entendus. À ma grande surprise, ma mère me demanda si j’avais pu rattraper mes cours.
— Pas vraiment, répondis-je sur la défensive.
— Lola n’a pas pu t’aider ?

Le mot posé dans vide-poche me fournit toutes les explications dont j’avais besoin. Il prétendait que j’allais chez Lola pour récupérer les cours et que son père me ramènerait à la maison.
— Lola et moi nous sommes disputés.
C’était une version très édulcorée, mais ma mère comprendrait que je n’aie pas envie d’entrer dans les détails.

mercredi 18 novembre 2009

Le pendule du vorcier - Episode 22

J’avais beau être curieux, je n’avais pas l’intention de descendre assister à l’affrontement entre un sorcier et la créature qui avait juré sa perte. Le bruit de leur combat remontait jusqu’à moi, mêlé aux vociférations de Lola.

Je descendis les dernières marches sur la pointe des pieds. Le couloir avait été ravagé par les carreaux d’arbalète et la boule de feu. Seuls un vase décoratif et le guéridon qui le soutenait étaient restés en place. La salle de séjour se trouvait sur ma gauche et deux portes fermées occupaient le mur de droite. Je choisis de tenter ma chance avec la première qui se révéla être un placard rempli de balais et de produits d’entretien.

Pour atteindre la seconde porte, je devais passer devant l’ouverture sombre menant au salon. Je longeai le mur opposé avec le plus de discrétion possible, quand je vis ce qui se passait à l’intérieur de cette pièce.

Kaenel avait invoqué une épée de flammes pour combattre son adversaire. Celle-ci se contentait de sa batte, même si le contact avec l’arme du sorcier l’avait roussie. Pour le moment, le combat était au point mort. À proximité du pentacle, Lola se tortillait sur le sol. Elle avait cessé de crier et tentai de se relever en gémissant. Ses mains étaient clouées au sol par des carreaux.

Je souhaitais aider Alex, mais je craignais de l’encombrer, ou de prendre un mauvais coup. À la recherche d’un moyen de lui prêter main-forte, mon regard se posa sur le vase intact à quelques pas de moi. Je me glissai jusqu’à lui, l’attrapai, puis revins devant l’embrasure.

Une fois en place, j’attendis que Kaenel se place dans l’alignement de la porte. Ayant deviné mon intention, Alex l’attaqua sans relâche pour le forcer à reculer. Le combat prit fin lorsque j’abattis le vase sur le crâne du sorcier. Les éclats de faïence peinte volèrent dans la pièce. La vampire profita du choc pour envoyer un coup violent dans la mâchoire de son adversaire qui s’effondra.

La défaite du sorcier affecta aussi Lola. Elle cessa de hurler, un masque de stupeur collé à la figure. Après s’être assurée qu’aucun d’eux ne risquait de lui poser à nouveau problème, Alex se tourna vers moi.
— Merci pour le coup de main.
J’étais encore trop sonné par les événements qui venaient de se dérouler que je ne lui répondis même pas.

lundi 16 novembre 2009

Le pendule du vorcier - Episode 21

Je montai les marches quatre à quatre. Les pas que j’entendais derrière moi étaient ceux du sorcier, Lola n’aurait pas fait autant de bruit. Arrivé sur le palier, je n’y voyais rien. Je poussai la première porte sur ma droite et entrai dans la pièce. La lumière du réverbère dessinait une ligne orangée sur le sol. Je la suivis jusqu’à la fenêtre en faisant le moins de bruit possible.

Sur le palier, j’entendais les déplacements de Kaenel. Je redoublais de précaution au moment d’ouvrir la fenêtre. Elle pivota en silence sur les gonds. Rassuré par l’absence de bruit, j’entrepris de faire de même avec les persiennes. J’avais l’intention de me laisser tomber dans les roses trémières et de fuir à travers le jardin.

Malheureusement, les volets métalliques grincèrent. Le bruit dut s’entendre dans tout l’étage. Je me hâtai de rabattre le second volet, mais lorsque la lampe s’alluma dans la pièce, je restai figé. Cet instant d’hésitation ne dura pas. J’allais sauter dans le jardin quand un cri retentit.

C’était la voix de Lola, elle hurlait de douleur. Le visage de Kaenel se déforma sous le coup de la surprise, puis, sans un regard pour moi, il quitta la pièce en courant. La perspective d’un atterrissage brutal dans les roses trémières me parut tout de suite moins séduisante. Je décidais de redescendre pour tenter ma chance des fenêtres du rez-de-chaussée.

J’étais arrivé au milieu de l’escalier quand je vis le sorcier tendre le bras vers Alex. Une boule de feu quitta sa main pour exploser sur la jeune femme. De la fumée, ainsi qu’une odeur de chair carbonisée emplit le couloir. Pourtant, la vampire était toujours debout. Son bras gauche était brûlé du coude au poignet, mais elle ne paraissait pas en souffrir.

À l’intérieur du salon, les cris de douleur de Lola s’étaient transformés en insultes et en malédictions. Je n’arrivais pas à croire que ma petite amie puisse hurler de telles horreurs faisant références à l’Enfer et aux tourments qui y attendaient son ennemie.
— Si tu veux récupérer ta femme, il va falloir venir la chercher, cracha Alex au sorcier avant de regagner la pièce.
Ces paroles enflammèrent littéralement Kaenel. Il se lança à la poursuite de la jeune femme entouré d’un halo de flammes crépitantes.