vendredi 5 novembre 2010

Pénombre n°3 : La foule

Comme je m'y étais engagée, je consacre une fois de plus l'un de mes billets d'entre chapitre au fanzine Pénombre. Pour ce troisième numéro, le thème choisi a été "La foule".

A première vue, cette thématique ne colle pas vraiment avec l'esprit féerie urbaine du fanzine. Parmi les cinq textes qui composent la partie "grouillante de monde", les auteurs semblent avoir éprouvé des difficultés à choisir entre la foule et la magie.

Si la très courte nouvelle d'Anthony Boulanger fait preuve d'une incroyable densité, "Suis-je ?" m'aurait semblée plus appropriée dans un recueil de littérature noire.

A l'opposé, Anne Goulard a brossé le voyage d'une lycéenne dans le monde étrange du "Passage éphémère". La magie et la féérie s'entremêlent sous les yeux d'une adolescente d'abord perdue, puis exploratrice. Il y a un peu de conte de fées et une pointe de Doctor Who dans cet univers. L'illustration de Maïté Nicolas qui l'accompagne ajoute encore à l'atmosphère de cette nouvelle.

Le "Transperrance" de Thomas Spok m'a laissée dubitative. De la foule, un monde très ordinaire et un sentiment d'étrangeté, mais le mélange n'a pas pris. Là aussi, le texte m'a paru plus polar que fantastique.

En dépit d'une narration complexe, j'ai vraiment apprécié la nouvelle de Michaël Moslonka. Jacquemards, le héros, est doté d'un charisme incontestable. La suite de chapitres de "Péché capital" manque peut-être de cohérence par moments, heureusement que la chute met tout cela en ordre.

La partie athématique se compose de deux nouvelles. Elle commence par "En scène et en coulisse", un texte de Rémi Billoir qui est désormais un familier des publications de Transition. Une touche de fantastique, légère et exploitée avec talent, donne à cette fable politique un relief inattendu. Un gros coup de cœur pour le duo Paul-Chirine dont la relation cynique est délectable.

"Indicible !", la contribution de Jacques Fuentealba, apporte une dernière touche de noirceur à ce numéro de Pénombre. Il faut néanmoins reconnaître que cette noirceur suinte de sang et de terreur, comme une nouvelle de Lovecraft. La narration à la première personne accentue encore cette ressemblance.

Les textes qui composent ce fanzine sont plus sombres et moins portés sur la féerie que dans les deux précédents opus. La forte présence de certaines nouvelles accentue ce déséquilibre, mais l'ensemble reste agréable. Je déplore cependant que le thème de la foule n'ait pas été abordé d'un point de vue fantastique.

Hormis la très belle quatrième de couverture, l'illustration noir et blanc de Maïté Nicolas et le carnaval en couleur de Ladyyvi, le niveau des graphisme reste constant.

mercredi 3 novembre 2010

Un logotype pour Limonade

Une fois n'est pas coutume, je vais faire un teaser graphique. Dans le cadre du passage de Limonade au format ++, miss Vilie s'est chargée de réaliser un logotype personnalisé.


Entre la police sobre et la rondelle de citron colorée, je trouve que le rendu est très réussi. Bon, il y aura sûrement des ajustements à faire par la suite, mais ça avance.

lundi 1 novembre 2010

La proie - Teaser

En ce pluvieux jour la Toussaint, j'ai décidé de mettre un teaser pour une nouvelle qui n'est pas de moi. Néanmoins, la nouvelle colle avec l'esprit de Limonade.

"À chaque fois que ses semelles touchaient le sol, le sac de Fanny battait contre son dos. Elle ignora la douleur causée par la reliure de son livre de français et ses poumons en feu. Pourquoi fallait-il que son réveil soit resté muet un mardi matin ?

Elle accéléra encore sur les derniers mètres, puis écrasa le bouton qui commandait l’ouverture de la porte d’autobus. Le chuintement pneumatique résonna à ses oreilles comme une délivrance ; elle se hâta de s’engouffrer à l’intérieur. Écarlate et à bout de souffle, elle se faufila jusqu’au fond du véhicule pour trouver une place assise.

Avec un soupir, elle se laissa tomber sur la moquette bleue des sièges de la compagnie de transport. La trop faible épaisseur de rembourrage réveilla la douleur tapie dans ses vertèbres. Afin de s’installer plus confortablement, Fanny retira son sac et le posa sur ses genoux. Elle en profita pour prendre le tube de gloss et le miroir qui ne la quittaient jamais.

Comme elle le craignait, ses joues avaient pris une teinte rouge vif et, sans maquillage, ses yeux noisette ne ressortaient pas du tout sur la peau mate. Elle déplora aussi sa course, car ses cheveux d’un brun terne évoquaient une crinière hirsute. Après avoir coloré ses lèvres de rose pailleté, elle rangea ses affaires et commença à détailler les occupants de l’autobus."

Pour ceux qui en auraient déjà entendu parlé, il s'agit de la nouvelle que j'avais présenté de la façon suivante :
Suivre un garçon que l’on ne connait pas présente toujours un risque. Pas forcément parce que le garçon à plus de métal et d’encre dans la peau qu’un musicien de rock, mais parce qu’on ignore où il va…

vendredi 29 octobre 2010

Chapitre 8 de Limonade - The end

Étant donné que je suis arrivée à prendre de l'avance sur mes chapitres, j'en ai profité pour augmenter (légèrement) la taille des épisodes. Du coup, il n'y en a que onze pour ce chapitre 8. Le suivant devrait arriver très bientôt, après mon habituelle interruption consacrée à mes lectures.

Pour commencer la lecture du chapitre 8, c'est ici. Et pour le chapitre 9, il faudra attendre le 8 novembre.

mercredi 27 octobre 2010

Chapitre 8 de Limonade - Episode 11

Après le repas, Corentin obtint l’autorisation d’utiliser l’ordinateur. Dès qu’il fut connecté à Internet, il se rendit sur sa messagerie avec l’espoir d’y trouver une réponse de Gwenaëlle. Hélas, cette dernière ne lui avait rien envoyé. Par contre, de nouveaux messages avaient été postés sur le forum des jardins de Ceridwen depuis lundi soir.

Afin de se remémorer la discussion sur les runes, il relut l’intégralité des réponses à sa question à propos du sortilège appliqué au poteau de basquet. Parmi les interventions successives des membres du forum, ses soupçons se portèrent très vite sur celle dont le pseudonyme était ChaChina. En effet, son unique intervention avait pour but de savoir s’il était l’auteur des runes.

En allant consulter la section de présentation, il en apprit un peu plus long sur la personne qui se cachait derrière cette identité virtuelle. Son avatar était une calligraphie asiatique en accord avec son prénom, mais elle disait se passionner pour les mythes nordiques et amérindiens. Les sujets auxquels elle participait le plus corroboraient ses dires, puisqu’elle gérait la partie du forum dédiée à la réalisation d’attrapeurs de rêves et secondait WiccaMama sur celle qui traitait des runes.

Bien que ces informations soient pertinentes sur le forum, elles ne permettaient pas à l’adolescent de faire un lien avec une personne de sa connaissance. Il reprit la liste de Fabrice afin de chercher une éventuelle correspondance.

Il renonça après avoir lu tous les noms à voix haute et envisagea une approche différente. Comme lorsqu’il avait tenté de retrouver le forum où Gwenaëlle avait découvert la magie, il s’empara du jeu de tarot posé à côté de l’ordinateur. Il battit les cartes, puis les étala devant lui sur le peu d’espace disponible. Afin de ne pas être limité par la valeur maximale des enseignes, il en piocha deux : le trois de denier et le sept de bâton.

Afin de respecter le tirage, il parcourut la liste jusqu’au trente-septième nom, celui d’une certaine Charline Kim. La ressemblance entre son prénom et le pseudonyme employé sur le forum lui suggéra qu’il tenait là la véritable identité de ChaChina. Il ne lui restait plus qu’à communiquer cette information à Fabrice, à condition que celui-ci accepte encore de lui parler.

lundi 25 octobre 2010

Chapitre 8 de Limonade - Episode 10

Puisqu’il ne disposait d’aucun moyen de poursuivre ses recherches dans cette direction, Corentin rangea la feuille dans l’un de ses tiroirs. Il sortit ensuite de son sac à dos les cours qu’il devait réviser pour le lendemain. Parmi ses exercices de mathématiques, il retrouva le dessin représentant la cité cristalline qu’il n’avait toujours pas achevée.

Avant que la raison qui lui dictait de travailler au lieu de dessiner n’intervienne, il reprit son crayon. Il affina les tours de cristal, ajouta des passerelles et des nuages dans les interstices, puis plongea dans les méandres du labyrinthe. Plutôt que de peaufiner une création artistique, l’adolescent avait l’impression de clarifier la vision d’une scène issue de son esprit.

Sans avoir conscience des déplacements de sa main, il suivait les lignes courbes et le visage déformé qui se reflétait sur les parois translucides. Lorsqu’enfin la personne à l’origine de ces reflets apparut sous la pointe de son crayon, il eut la surprise de la trouver étrangère à son dessin. Sa tenue était celle d’un adolescent comme ceux qu’il croisait tous les jours au lycée et son attitude exprimait son désespoir d’être enfermé dans cette prison de cristal.

Corentin frissonna en se demandant quel sinistre présage il venait de représenter. Le décor ne lui était pas familier, alors il se concentra sur le prisonnier du labyrinthe. Son sang se figea lorsqu’il reconnut Fabrice. La finesse du tracé le rendait clairement identifiable et, bien qu’il ne l’ait jamais vu aussi triste, il n’avait aucun doute sur le fait qu’il s’agisse de son ami.

Il n’eut pas le temps de s’interroger davantage sur ce qu’il devinait être une dangereuse prémonition. L’heure du dîner approchait et il avait pour habitude d’aider sa tante à le préparer. Il descendit dans la cuisine afin de mettre le couvert, mais il garda pour lui-même ses inquiétudes et Évelyne ne lui posa aucune question.

vendredi 22 octobre 2010

Chapitre 8 de Limonade - Episode 9

Pour le moment, il devait se concentrer sur la recherche du sorcier qui avait envoûté Gwenaëlle. Bien qu’il ne dispose que de quelques embryons de pistes, il lui fallait toutes les examiner avec une égale attention. Tout d’abord ses représentations de serpents et ses dessins, tous plus énigmatiques les uns que les autres. Avant de les décrypter, il lui fallait acquérir des connaissances dans le domaine de symbolique des animaux et des mythes.

Ensuite, il devait continuer ses recherches sur "le jardin de Ceridween". Il savait que son amie avait découvert la magie grâce à Internet et que quelqu’un employait des sortilèges à base de runes à proximité du lycée.

Soudain, il associa le souvenir des runes effacées sur le poteau de basket et les questions qu’il avait posées à ce sujet sur le forum. Afin de connaître les effets des runes, il les avait recopiées dans son message. Leur auteur n’aurait eu aucun mal à les reconnaître, puis à les effacer avant que Corentin ne trouve sa signature.

Cette hypothèse impliquait que l’un des élèves du lycée consultait quotidiennement le forum de wicca. Afin de mettre ses suppositions à l’épreuve, il avait besoin de la liste d’élèves que Fabrice lui avait remise avant d’arriver ainsi que de l’ordinateur de sa tante. Comme il ignorait si cette dernière approuverait sa démarche, il préférait ne pas lui en parler.

Il se leva de son bureau et passa la tête dans l’escalier. Il n’eut pas besoin de descendre pour apprendre qu’Évelyne se trouvait dans le bureau ; une musique traditionnelle aux accords de cithare et de flute résonnait derrière la porte close.

Il renonça temporairement à poursuivre ses recherches sur Internet et se contenta de sortir la feuille donnée par son ami. Les soixante-sept noms avaient été recopiés à la main, ce qui avait dû lui prendre beaucoup de temps. Corentin apprécia la lisibilité de son écriture et commença à lire. Aucun des élèves mentionnés ne lui évoqua le moindre souvenir.

mercredi 20 octobre 2010

Chapitre 8 de Limonade - Episode 8

Une fois seul, Corentin bondit sur ses pieds afin d’atteindre l’interrupteur. La vive lumière issue de l’ampoule accrochée au plafond inonda la chambre. Il soupira profondément, puis s’assit à son bureau. Dans le bocal vide qu’il utilisait pour ranger ses stylos, il prit un crayon gris et griffonna quelques spirales afin d’offrir un support à ses pensées.

Les phénomènes survenus durant l’après-midi n’avaient fait que confirmer ses intuitions. Enfant, il avait la capacité à prévoir certains événements à travers ses dessins, puis ses visions avaient emprunté une forme détournée faite de métaphores incompréhensibles. À présent, il découvrait que de son don ne se limitait pas la voyance, mais qu’il s’étendait aux sortilèges d’exorcisme.

Cette perspective avait beau être effrayante, elle n’en demeurait pas moins son meilleur espoir de venir en aide à Gwenaëlle. L’enchantement dont Fabrice avait été victime pouvait aussi avoir affecté la jeune fille, à moins que quelqu’un dans son entourage n’emploie la magie dans des buts plus au moins avouables.

En dépit de ce que sa tante et son ami semblaient sous-entendre, il demeurait persuadé de l’innocence de Gwen. Il n’arrivait pas à concevoir qu’elle ait pu employer un sortilège afin d’attacher Fabrice à elle. Jamais il ne l’avait vue soupirer après l’un des tombeurs du collège, ces garçons qui affichaient une attitude exagérément décontractée et suscitaient l’admiration des autres adolescents plus effacés.

Bien qu’il éprouve un profond désintérêt pour ceux qui ne pensaient qu’à se mettre en avant, souvent aux dépens des plus discrets, Corentin éprouvait une réelle affection pour Fabrice. Il craignait cependant que le rituel auquel il avait été soumis ne l’incite désormais à le fuir.

Sa tante lui avait conseillé d’en parler avec lui, mais il imaginait mal comment présenter la situation de sorte qu’elle ne paraisse pas trop bizarre. Jusqu’à présent, c’était toujours Fabrice qui était venu vers lui et avait pris l’initiative de leurs discussions. Trop timide pour oser l’aborder en plein milieu de la cour du lycée, il résolut d’attendre de le croiser dans un couloir.

lundi 18 octobre 2010

Chapitre 8 de Limonade - Episode 7

Le grincement de l’escalier qui précéda l’arrivée d’Évelyne interrompit ses réflexions. Elle frappa néanmoins à la porte avant d’entrer, puis demanda :
– Tu vas bien ?

Corentin se redressa, mais il ignora la question. Son mutisme ne découragea pas sa tante de venir s’asseoir à côté de lui.
– C’est de ma faute, marmonna-t-il.
– Quoi donc ?
– Tout.

Pour seule réponse, il reçut une claque sur le haut du crâne. Plus surpris que blessé, il se tourna vers sa tante bien qu’il ne puisse que discerner sa silhouette.
– Pourquoi tu m’as frappé ?
– Pour que tu arrêtes de te conduire comme un gamin égocentrique.

Le sérieux avec lequel elle avait prononcé cette réplique le cingla davantage qu’une gifle. Elle acheva de lui remettre les idées en place en déclarant :
– Tu es loin d’être le premier dans la famille à avoir des pouvoirs de ce genre. Tu n’es même pas le plus jeune, ni même le plus malheureux.
– Il y en a d’autres ? Je veux dire dans la famille, à part toi et moi.
– Oui. La majorité des personnes refuse le don ou ne l’exploite pas, mais nous devons être une dizaine.

Corentin ne s’attendait pas à une telle révélation. Jamais il n’aurait imaginé que d’autres membres de sa famille soient des sorciers ou des devins. Sa singularité baissa d’un cran et son angoisse avec. Il pouvait mettre ses pouvoirs sur le compte du sang qui coulait dans ses veines et cesser de s’accuser de cette tare.

Après ce premier pas sur le chemin de l’acceptation, l’adolescent replongea dans ses pensées avec un regard plus lucide. Évelyne se leva du lit et déclara :
– Quand tu auras pris un peu de recul, j’aurais des choses à te montrer.
– Quelles choses ?
– Des archives sur notre famille. Pour que tu saches que, selon les époques, maîtriser les énergies mystiques équivalait à un aller simple pour le bucher ou l’asile d’aliénés.

À la mention de ces châtiments d’un âge révolu, il frissonna. Une nouvelle inquiétude fit son apparition :
– Et que va en penser Fabrice ?
– Il faudra que tu lui demandes. Mais, à ta place, je ne me ferrai pas trop de soucis pour lui.

Elle quitta la chambre de son neveu afin de laisser réfléchir au calme.

vendredi 15 octobre 2010

Chapitre 8 de Limonade - Episode 6

Depuis la fin du rituel, Corentin n’avait pas quitté sa chambre. Assis sur sa couette, il ruminait de sombres pensées à propos des phénomènes étranges auxquels Fabrice et lui avaient assisté dans l’après-midi. Alors que la lecture des influences magiques à l’aide du pendule s’était bien déroulée, le rituel avait basculé dans un maelstrom d’énergies négatives dès que sa tante avait ramené le bracelet.

Quand il se représentait mentalement ce bijou néfaste, il sentait à nouveau tous ses poils se redresser. Au moment où Évelyne avait refermé le bijou autour du poignet du Fabrice, il avait manqué de s’étouffer de peur et de colère.

Il ne comprenait pas qu’elle ait conservé auprès d’elle une chose qui dégageait autant d’énergie malsaine et, surtout, qu’elle y ait exposé son ami. Pourtant, elle l’avait fait avec la certitude que lui, un adolescent jusque-là quelconque, avait lancé un sortilège assez puissant pour l’en protéger.

Une certitude émergea de fatras de sentiments contradictoires : il était responsable des événements qui venaient de se produire. S’il n’avait pas eu l’idée saugrenue d’exorciser Fabrice, rien de tout cela ne serait arrivé.

Abattu, il s’allongea sur son lit. Depuis son retour dans sa chambre, il n’avait pas pris la peine d’allumer la lumière. Cependant, les étoiles fluorescentes au-dessus de sa tête brillaient de leur lueur jaunâtre et artificielle. Le rappel de son environnement familier atténua légèrement l’inquiétude de Corentin, puis elle s’accrut lorsqu’il réalisa les conséquences du rituel.

À présent, il ne pouvait plus nier qu’il possédait des capacités qui dépassaient de très loin celles des personnes normales. Non seulement, son exorcisme avait fonctionné, mais ses effets sur Fabrice étaient permanents. Il ignorait si, dans les semaines suivantes, il n’aurait pas d’autres surprises du même genre, comme le pouvoir de lire dans les pensées, ou celui de déplacer les objets à distance.

L’adolescent ne se sentait pas capable de vivre avec de telles aptitudes. Cet univers qu’il devinait à peine l’effrayait d’autant qu’il imprégnait ses dessins, grouillait sous sa peau et arrachait le peu de contrôle qu’il avait sur son existence.

mercredi 13 octobre 2010

Chapitre 8 de Limonade - Episode 5

Il resta silencieux un instant, puis ne trouva qu’une seule chose à dire :
– Je croyais que vous étiez amies toutes les deux.
– Gwen n’est qu’une petite garce. Ça me fait mal au cœur que tu sois tombé sur une fille comme elle…

Fabrice n’eut aucun mal à comprendre le sous-entendu qu’elle venait de faire. Découvrir qu’Anne-So éprouvait des sentiments à son égard lui fit monter le sang au visage. En dépit de la rougeur qui lui gagnait les joues, il fit mine de ne rien avoir entendu.
– Au moins, tu es franche.
– J’espère que tu ne m’en veux pas. Tu as l’air de beaucoup tenir à elle.
– Il va falloir que je réfléchisse à tout ça.

L’impression de confusion qu’il ressentait devait s’entendre malgré la mauvaise qualité de la ligne, car son interlocutrice s’inquiéta :
– Tu es sûr que tu ne m’en veux pas ?
– Non, j’avais déjà des doutes à propos de Gwen.
– Depuis longtemps ?

Cette question sortait du cadre du bavardage entre lycéens. L’adolescent avala sa salive et hésita avant de déclarer :
– La semaine dernière, un gars m’a balancé un seau d’eau à la figure et chantant des trucs des bizarres. Après ça, j’ai oublié plein de trucs sur Gwen. C’était pareil qu’un rêve dont on oublie tout quand on se réveille.
– Oh, la sale garce !

Le reste des invectives qu’Anne-So proféra à l’encontre de sa soi-disant amie furent étouffées, comme si elle avait plaqué sa paume contre le micro. Fabrice l’appela plusieurs reprises, croyant avoir perdu la communication. Il allait raccrocher lorsqu’il entendit à nouveau sa voix aigüe :
– Quel gars ?
– Je sais pas. Un type que je n’ai jamais vu au lycée, je suppose qu’il doit aller ailleurs…

Il s’apprêtait à donner un faux signalement de Corentin quand la fille l’interrompit :
– Il faut absolument qu’on se voie. Essaye de te rappeler du maximum de choses sur ce gars et surtout, ajouta-t-elle avec un ton de conspiratrice, n’en parle pas à Gwenaëlle.
– D’accord.

Il raccrocha dans la minute suivante et, une fois qu’il eut remis le téléphone en place, il pressa ses mains contre ses joues écarlates. La déclaration implicite d’Anne-Sophie le mettait très mal à l’aise et il ne savait comment réagir.

Sa réaction, aussi violente que surprenante, au moment où avait parlé de l’exorcisme le laissait penser qu’elle savait très bien de quoi il retournait. Il hésita à téléphoner à son ami pour lui faire part de cette découverte, puis il se rappela que celui-ci devait toujours être préoccupé par ses capacités étranges et il retourna à ses devoirs.

lundi 11 octobre 2010

Chapitre 8 de Limonade - Episode 4

Lorsque le téléphone se mit à sonner, Fabrice dévala l’escalier afin de décrocher avant sa mère. Cette dernière ne cacha pas surprise de voir son fils aussi agité, mais elle retourna à ses activités en gardant ses questions pour plus tard.

La déformation du son conférait à Anne-Sophie un timbre plus aigu que d’habitude. Il eut du mal à reconnaître la voix qui résonna dans le combiné :
– Salut Fabrice, j’ai écouté ton message.
– C’est sympa de m’avoir rappelé, Anne-So.

Cet échange de politesses fut suivi par un long silence. L’adolescent hésita à aborder immédiatement le sujet qui le préoccupait, aussi il demanda :
– Tu vas bien depuis lundi ?
– Euh… oui, ça va bien.

Toute l’assurance qu’elle affectait quand il l’avait revue s’était envolée. La lycéenne charismatique avait laissé sa place à la fille timide qu’il avait côtoyée au collège.
– J’ai été très surprise de te revoir, dit-elle sur le même ton timoré.
– Moi aussi. Pourtant, je pensais que Gwenaëlle t’aurait dit que nous sortions ensemble.
– Non, elle est très discrète.

Ses intonations s’étaient faites plus sèches sur cette dernière remarque. Fabrice profita cependant que sa petite amie soit apparue dans la conversation pour demander :
– Anne-So, j’ai une question à te poser ?
– Sur ?
– Gwenaëlle.

Le silence à l’autre bout du fil suintait la déception. Pourtant, l’adolescent avait besoin d’en apprendre davantage sur Gwen.
– Elle ne t’a jamais parlé de moi avant lundi ?
– Non, jamais. Même cette semaine, elle n’a pas dit un mot sur toi.
– Ah.
– Écoute-moi, Fabrice. Pour elle, c’est comme si tu n’existais pas.

Ce n’était plus de la déception qu’il décela dans sa voix, mais un concentré d’amertume et de colère. De telles émotions le surprenaient de la part d’une fille aussi tranquille, elle avait décidément plus changé qu’il ne l’imaginait.

vendredi 8 octobre 2010

Chapitre 8 de Limonade - Episode 3

Fabrice remonta dans sa chambre et ses réflexions retrouvèrent le point où elles avaient été interrompues, à savoir les pouvoirs surnaturels de Corentin et l’implication de Gwenaëlle dans l’enchantement dont il avait été victime.

Il déplorait que la fuite de son ami juste après le rituel ne leur ait pas laissé le temps d’aborder le sujet. Bien que cela se soit produit de façon inconsciente, celui-ci avait créé un lien entre eux avec son exorcisme. À présent qu’il avait surmonté ses réticences à l’égard de la magie, il n’était plus question pour lui d’abandonner Corentin.

Par contre, le comportement et les éventuels sortilèges de Gwenaëlle lui causaient davantage de souci. Il se félicita de ne pas lui avoir parlé de l’exorcisme lorsqu’il était venu la voir à son pensionnat. Il n’avait pas la moindre idée de la manière dont elle aurait réagi en découvrant qu’il n’était plus sous influence magique.

De plus, elle lui avait semblé particulièrement froide lors de leur rencontre, comme si, au fond d’elle-même, elle n’avait aucune affection pour lui. Cette attitude corroborait l’hypothèse selon laquelle la jeune fille était responsable du sortilège. L’adolescent espérait qu’Anne-So serait en mesure de lui donner des informations qui lui permettent de savoir si Gwenaëlle tenait effectivement à lui, ou s’il n’était que la victime d’un enchantement.

Il devrait néanmoins surveiller ses paroles, car il n’était pas question d’impliquer Corentin. Si les circonstances l’exigeaient, il pourrait se risquer à des allusions vagues à propos de son amnésie et ou l’exorcisme, mais rien de plus.

Alors qu’il commençait à tourner à retourner dans sa tête les phrases qu’il pourrait dire à Anne-So, il décida de changer le sujet de ses préoccupations. Sur son bureau, il récupéra les brouillons pour le devoir de physique dont Nicolas lui avait parlé. Avant de le recopier sur une copie double, comme l’exigeait sa professeure, il vérifia les résultats numériques armé de sa calculatrice.

mercredi 6 octobre 2010

Chapitre 8 de Limonade - Episode 2

Cependant, cet échange téléphonique fit naître une idée afin de glaner quelques informations à propos de Gwenaëlle. Il remonta dans sa chambre et, après avoir fouillé dans ses tiroirs, revint dans le couloir, muni du numéro d’Anne-Sophie.

La mère de son ancienne camarade décrocha très vite, mais, quand il demanda à parler à Anne-So, elle répondit :
– Elle n’est pas ici, toute la semaine elle est en pension à Rennes.
– Ah.

Fabrice se traita mentalement d’imbécile. Il savait très bien qu’elle ne pouvait pas vivre chez ses parents et au pensionnat Notre-Dame en même temps.
– Je rappellerais ce week-end dans ce cas. Pardon de vous avoir dérangée.
– Attends, dit la femme au bout du fil. Anne-Sophie ne va pas rentrer ce week-end, elle a une activité prévue avec un club à son école.
– Son club d’approfondissement en histoire ?
– Oui, c’est ça. Elle va visiter une sorte de monument celte avec des amies et leur professeur.

Une fois de plus, le groupe d’adolescentes se rassemblait sous la houlette de leur professeur d’histoire. Le rôle de ce dernier lui parut de plus en plus étrange ; un tel investissement au profit d’une poignée d’élève était extrêmement rare.
– Y a-t-il un moyen de la joindre à Notre-Dame ?

Comme son interlocutrice parut hésiter, il insista :
– C’est très urgent et cela concerne une amie commune. Il faut absolument que je lui parle.
– Nous lui avons acheté un tatou à la rentrée, commença-t-elle.

Fabrice imagina d’abord l’animal d’Amérique du Sud roulé en boule dans sa carapace, puis il se le représenta dans la chambre d’Anne-So. Il se souvint ensuite que le Tatoo était aussi un appareil électronique vendu par Motorola.

Distrait par ces considérations zoologiques, il pria la mère de sa camarade de répéter le numéro qu’il recopia sur un mémo posé à côté du téléphone.
– Si c’est urgent, tu peux essayer de la joindre. Elle te rappela si elle en a le temps, elle très occupé au lycée.
– Merci, madame.

L’adolescent ne prit même pas la peine de reposer le combiné. Dès que le signal eut cessé de résonner dans l’écouteur, il composa le numéro d’Anne-So. La voix artificielle d’une messagerie automatique l’invita à parler après le bip sonore ou à composer un code. Il opta pour la première solution, délivra son message, puis raccrocha.

lundi 4 octobre 2010

Chapitre 8 de Limonade - Episode 1

De retour chez ses parents, Fabrice continuait de penser aux événements de l’après-midi. Au lieu d’éclaircir ses souvenirs, le rituel l’avait plongé dans des abîmes de perplexité. S’il parvenait à accepter que le bracelet se soit détruit à son contact, les phénomènes qui avaient précédé cette destruction lui échappaient toujours. De plus, il n’arrivait pas à comprendre la manière dont Corentin s’y était pris pour le rendre imperméable à ce type de sortilège.

Jamais il n’aurait imaginé que son ami dispose de pouvoirs magiques, ce genre de choses n’était bon que pour les films ou les livres fantastiques. Cependant, celui-ci avait tout de suite compris que le bijou avait des facultés malfaisantes. Ses capacités semblaient plus étendues que l’utilisation de runes et il n’avait pas la moindre ce dont l’adolescent était réellement capable.

Afin de réfléchir tranquillement à qui lui était arrivé plus tôt dans l’après-midi, il monta se terrer dans sa chambre. Ce qui le troublait le plus dans la réaction violente de Corentin, c’était qu’il ait pris la défense de Gwenaëlle. En effet, il lui semblait logique qu’elle soit l’auteure de l’envoûtement qui l’avait attaché à elle. Pourtant, son ami refusait d’envisager cette éventualité, aveuglé par ses sentiments.

La sonnerie du téléphone retentit dans le couloir, mais Fabrice ne prit pas la peine de se lever. Il entendit sa mère décrocher, puis elle l’appela :
– Fabrice, c’est pour toi !

Peu disposé à parler à quiconque, il ne répondit pas. Son mutisme ne découragea pas sa mère qui réitéra ses appels. Au bout de la quatrième fois, il daigna se lever de son lit et descendit prendre le combiné.
– Allo.
– Salut Fab ! C’est Nicolas.
– Qu’est-ce tu veux ?

La brutalité de la question ne découragea pas son interlocuteur qui poursuivit :
– Tu te rappelles du devoir maison de physique ?
– Non, il faut le rendre quand ?
– Demain. Je suppose que tu ne l’as pas encore fait.
– Non, mentit l’adolescent.

Les espoirs de Nicolas d’obtenir les réponses au devoir sans effort furent réduits à néant par ce simple mot. Il n’insista pas, ce qui permit à Fabrice de raccrocher aussitôt.

vendredi 1 octobre 2010

Pénombre n°3 : La foule

Gasp, déjà vendredi !

J’avais prévu de parler du nouvel opus de Pénombre que j’attends avec impatience. Hélas, je ne suis pas arrivée à me le procurer à temps. Pas de critique donc, mais juste une annonce pour dire qu’il est sortit le mois dernier.

Le thème de ce numéro est : La foule. Six nouvelles remplissent ses pages, dont quatre se rattachent au thème défini.

Nous retrouverons donc Anthony Boulanger pour "Suis-je ?" et Anne Goulard pour "Passage éphémère" dans la partie thématique. Les deux autres textes sont "Transperrance" de Thomas Spock et "Péché capital" de Michaël Moslonka.

Dans la partie libre, Rémi Billoir nous racontera ce qui se passe "En scène et en coulisse" et Jacques Fuentealba tentera de décrire ce qui est "Incidible !".

J’espère arriver à mettre la main sur ce fanzine prometteur afin de le chroniquer après le prochain chapitre de Limonade.

mercredi 29 septembre 2010

Black Mamba n°18

Le mois dernier, je n'ai pas eu la surprise de trouver le numéro 18 de la revue Black Mamba. En effet, j'attendais cet opus avec impatience après avoir vu la très belle couverture sur le site des éditions Céléphaïs.

Après survolé l'édito, puis les dossiers consacrés à la micronouvelle et au retour des livres dont vous êtes le héros, je me suis plongée dans la première nouvelle de ce numéro. Il s'agit "Le signal", un mélange de polar traditionnel et de fantastique sur fond de construction de l'Empire State Building. Le héros, mystérieux et baraqué à souhait, se laisse entraîner sa trop belle ex-copine, blonde et mariée à un milliardaire. Dès les premiers paragraphes, j'ai adoré le style impeccable et les références américaines d'une exceptionnelle justesse de Paul S. Klemp. Après investigation, j'ai découvert que ce résultat aussi parfait était l'œuvre de Vincent Corlaix à la traduction et de Jacques Fuentealba à la corrections.

Ensuite venait "La lune mord la queue du chat..." qui, comme son titre ne l'indique pas, est une nouvelle mêlant conquête spatiale façon steam-punk et guerre d'ordre religieux. Il y un chat, il y a des templiers, il y a des aérostats et plein de mots autour pour rendre l'ensemble cohérent. C'est la première fois que je lis un texte de Denis Labbé, mais j'ai adoré ce texte en dépit de son titre discutable.

Dans les premières lignes de "Jusqu'à la dernière goutte de fuel", j'ai pensé à une aventure post-apocalyptique explosive et puis... Et puis, Mark Aiken écrit effectivement une aventure bourrée d'explosions et d'adrénaline avec un style âpre, mais il ne s'est pas limité à cela. Son héros va bien au-delà, ce qui rend cette nouvelle... Allez, je ne vais pas finir ma phrase pour ne pas gâcher la chute, elle le mérite.

Pour finir sur une note acide, "L'employé du mois" est parfait dans son genre. Le peinture réalisée par Patrick Eris de cette multinationale à mi-chemin entre le cauchemar et la caricature est un régal. La vision abominablement cynique du narrateur est très classique, mais une chute intelligente vient relever l'ensemble.

Quelques mots sur les illustrations même si je ne me suis pas attardée dessus. Les dessinateurs ont tous su s'accorder avec les ambiances des nouvelles : du polar sombre aux accents noirs et blanc (avec des très belles touches de vert fluo), des machines astucieusement cadrées et un rendu très artistique du plus bel effet.

Dans l'ensemble, j'ai été enchantée par ce numéro de Black Mamba et les perles qu'il refermait. Il me reste à présent les dossiers à lire et le premier numéro de Héros, lui aussi édité par Céléphaïs.

lundi 27 septembre 2010

Cocon et métamorphose

Je suppose que je n’apprendrais rien à personne en disant que, pour un roman, le premier jet n’est jamais exempt de défauts. Il était donc logique qu’un jour ou un autre, je doive songer à corriger sérieusement les premiers chapitres afin d’éliminer les fautes inattentions, de grammaire et les incohérence.

Eh bien, c’est en cours. Le chapitre 1 a déjà subi les affres de la correction, grâce aux grenouilles de Cocyclics. La première scène a enflé sous l’effet des questions des bêta-lecteurs, ce qui m’a obligée à revoir la composition du chapitre. La seconde scène est en train de se faire tailler en pièces, mais j’espère avoir un premier chapitre d’une bien meilleure qualité d’ici peu.

Il faudra ensuite réécrire une partie du chapitre 2 pour y intégrer les nouveaux éléments et les modifications consécutives au changement de composition des chapitres. Je pense qu’il y aura davantage de travail sur ce chapitre, même s’il est moins ancien.

En effet, mes premiers chapitres datent d’un an et, Sophie soit louée, j’ai fait pas mal de progrès depuis. Il suffit de comparer le style du chapitre 7 à celui du chapitre 1 pour avoir la preuve que la pratique régulière de l’écriture permet de progresser.

Afin de donner une idée des transformations en cours, je vais donner quelques exemples :
  • les points de vue ont été lissés (omniscient, interne…)
  • les dessins de serpents sont remplacés par des scènes fantastiques (je ne savais pas comment exploiter ces reptiles, alors je l’ai remplacés)
  • les descriptions sont plus nombreuses
  • le chapitre 1 s’arrête à la fin de la journée
  • les références temporelles sont explicites

Heureusement que j’ai de l’avance sur les épisodes à publier parce que, dans le cas contraire, j’aurais du mal à gérer les deux en parallèle. Le chapitre 9 approche de ces dernières centaines de mots et le chapitre 10 commence à prendre forme.

vendredi 24 septembre 2010

Pandémonium City

Alors que la sortie de l’anthologie Mystère et Mauvaise Genre approche, il était temps que j’en parle sur ce blog. La raison principale est que la loutre, aussi connue sous le pseudonyme d’Anne Goulard, y participe avec une nouvelle intitulée : Pandémonium City.

Je ne vais pas user mes doigts à vous dire qu’elle est bien, même si un certain nombre de personnes sont de cet avis. Au lieu de cela, je vais juste vous mettre les premiers paragraphes qui sont très représentatifs de cette nouvelle.

"Le paysage enchanteur des prairies de Mealand bordait les voies du chemin de fer reliant Sydhantra, la capitale d’Elfirie, à la ville mortelle de Londres. Derrière les vitres de cristal, les collines herbeuses offraient une vue délassante aux passagers. Les paupières mi-closes, Léopold sommeillait, bercé par la conversation des deux femmes assises en face de lui. La légère luminescence qui émanait de leurs visages bleutés attestait de leur parenté avec le peuple Ellyllon. Fort gracieuses, elles n’en demeuraient pas moins d’une profonde stupidité.

Lorsqu’il daigna enfin accorder un regard à la fenêtre, ce fut pour adresser un rictus moqueur à son reflet prisonnier de ce paysage champêtre. Puis, il plongea la main dans sa veste pour en sortir une paire de lunettes composée d’une monture d’or et d’un double jeu de verres aux reflets irisés. En les mettant, Léopold acquit la capacité de voir à travers les illusions. Les collines riantes se transformèrent en taudis crasseux et délabrés, écrasés sous un ciel malsain. Des cheminées d’usines vomissaient leurs panaches fuligineux, alimentant les nuages sombres qui étouffaient la vie en dessous.

Ce lugubre panorama était, pour les natifs d’Elfirie, synonyme de disgrâce. Dans les masures de part et d’autre du chemin de fer s’entassaient tous les bannis du royaume, ainsi que les humains attirés par leurs pouvoirs déclinants.
— Bienvenue à Pandémonium City, murmura le voyageur.

Il contemplait ces faubourgs sordides, quand une vision plus intéressante se refléta dans la vitre. Il eut à peine le temps de se retourner pour apercevoir la sublime jeune femme qui traversait le wagon. Sa robe couleur de jade, ajustée à la perfection, mettait en valeur ses courbes affolantes. Léopold se maudit de son inattention, une pareille beauté ne se croisait pas tous les jours. Il voulut la suivre, mais percuta l’Ellyllon qui s’était levée en même temps que lui. Elle retomba sur son siège avec un petit cri. Par bonheur, l’inconnue l’entendit et, reconnaissant une amie, revint sur ses pas la saluer.

Sa chute de reins, quoique vertigineuse, supportait la comparaison avec son décolleté. Le ruban de son corsage était légèrement dénoué et, quand elle se pencha vers les deux elfes, il dévoila un peu de dentelle. Un chignon bas retenait ses cheveux blonds qui s’accordaient avec sa peau diaphane et ses yeux céladon."

Pour ceux qui sont impatients de connaître la suite, les souscriptions sont ouvertes sur le sites des éditions Sombres Rets.

Edit : l’illustration ne figure pas dans l’anthologie, c’est un cadeau de Vilie.

mercredi 22 septembre 2010

Premier anniversaire !

L’an dernier, à la même date, j’ai posté le tout premier billet de ce blog. Une nouvelle (le pendule du vorcier) et sept chapitres de Limonade plus tard, il atteint les 155 billets avec une quarantaine de commentaires. Entre temps, mon projet de roman a trouvé son rythme de croisière et s’est développé afin de remplir les objectifs que je m’étais fixés il y a une année.

Je pourrais continuer tranquillement à alimenter ce blog avec ses trois épisodes hebdomadaires et les critiques de fanzines ou alors passer au niveau supérieur. Pas de ralentissement de publication, ni de modifications dans le contenu du blog, il aura des nouveautés sur un autre support. A vrai dire, une publication papier était prévue à l’origine, mais mes journées ne faisant que vingt-quatre heures, ce projet est resté en pause.

Cette année aura servi à me roder, à acquérir de l’expérience dans l’éditions amateur et, surtout, à trouver des personnes motivées pour concrétiser ce projet. Il ne nous reste plus qu’à passer à l’acte, ce qui est une autre paire de manches.

lundi 20 septembre 2010

Éclats de rêves n°18

Comme je le disais en fin de semaine, j’ai découvert récemment le fanzine Éclats de rêves. A l’occasion de je ne sais quelle manifestation des littératures de l’imaginaire, j’avais fait l’acquisition du numéro 18. Le principe de publication ce fanzine est d’alterner numéros thématiques et athématiques. Celui que j’ai lu fait partie de la seconde catégorie ; il contenait donc des textes très variés et d’une excellente qualité.

La première nouvelle est pour le moins classique puisque le Carrefour de la Dame blanche reprend la légende urbaine du même nom. Là où Florent Liau a fait fort, c’est que la mise en place de son intrigue est digne des meilleurs textes d’épouvante. Son écriture réaliste au style oral permet une identification facile au narrateur, ce qui renforce encore l’effet horrifique de la nouvelle. Celle-ci s’achève sur une chute intrigante qui conclut l’ensemble à la perfection.

Après une nouvelle fantastique, Oliver Gechter nous emmène dans un univers de Space-Opéra sur les traces d’un joueur de cornemuse électrique dont les talents musicaux doivent éviter une guerre intersidérale. Le "la" naturel commence fort, très fort dans l’absurde. Pourtant, après un concert désopilant où l’on partage le désarroi du musicien, la conclusion permet de tout expliquer avec une logique absolue. Cette nouvelle est une surprise agréable.

Retour à un texte fantastique contemporain avec Les saules de Frédéric Durand. Cette nouvelle, urbaine et réaliste, met en scène des personnages attachants et traite avec originalité de magie africaine. Le point de vue choisi ne permet hélas pas d’expliquer les tenants et les aboutissants de l’intrigue, ce qui m’a laissé, à la fin du texte, l’impression d’être passée à côté de quelque chose.

Vient ensuite un texte très court : Vertige. J’ai bien faillit me perdre entre les aller-retour temporels, mais la plume onirique de Livia Galeazzi m’a néanmoins accrochée. J’ai juste regretté que la nouvelle soit aussi courte, car les personnages vibraient d’une émotion très juste.

Un autre de mes coups de cœur de ce fanzine est Le monde au bord du rêve écrit par Nicholas Eustache. Cette nouvelle commence comme un conte par la mort d’un roi-créateur et se poursuit par la quête de ses sujets afin de retrouver sa dernière invention, cachée quelque part dans le royaume. Une chute poétique vient conclure cette peinture d’un monde étrange, à la fois humain et mécanique.

Pour conclure, la nouvelle Corps et biens nous ramène dans le fantastique. Nicolas Liau nous relate les premiers jours de veuvage de Léopoldine et les troublantes disparitions dont sa demeure est victime. Il m’est difficile d’en dire davantage sans révéler des pans importants de cette intrigue qui se déroule avec une simplicité élégante. Une conclusion bien amenée vient clore ce texte sur une note optimiste.

Je pense que cette critique reflète tout le bien que je pense de cette publication. Le choix des textes est irréprochable, leur agencement intelligent et une maquette claire, agrémentées d’illustrations de qualité, met l’ensemble en valeur. Même en cherchant bien, je ne trouve rien de négatif à dire sur ce fanzine. C’est d’ailleurs pour cette raison que je m’y suis abonnée.

vendredi 17 septembre 2010

Les petits éditeurs sont bien rentrés

Le samedi 11 septembre, dans le parc des Buttes Chaumont, a eu lieu la troisième édition de la rentrée des petits éditeurs. Je m’y étais rendue l’an dernier et ma visite m’avait laissé un souvenir suffisamment bon pour que je surmonte ma flemme du week-end. L’espace d’une après-midi, j’ai discuté avec des passionnés des littératures de l’imaginaire dans un décor des plus agréables et avec un magnifique soleil.

J’ai aussi profité de la présence de nombreux éditeurs de fanzines pour faire le plein de lecture. Tout d’abord, je suis passée sur le stand de éditions Céléphaïs qui, en plus de Black Mamba, proposaient leur nouvelle revue : Héros. Le concept est original, une revue dédiée aux livres jeux de rôles avec des aventures courtes sur le modèle des « livres dont vous êtes le héros ». J’ai promis une critique de ce numéro, donc je reviendrais dessus lors de ma prochaine pause inter-chapitre.

Juste à côté, il y a l’association Catharsis qui édite le fanzine Borderline. Depuis le temps que j’entends parler de cette publication, j’ai pris un exemplaire du numéro X pour m’en faire une idée. Je suis aussi passée voir Sand et Barsimé, respectivement éditrice et mascotte d’Eclat de rêve. Une critique du dernier numéro est en préparation pour la semaine prochaine, je détaillerait plus tard tout le bien que je pense de ce fanzine.

Malheureusement, pas de Pénombre n°3 lors de cette manifestation, mais le stand de l’association Transition était présent et toujours aussi soigné. Il faudra donc attendre la semaine prochaine avant d’avoir une critique de ce troisième opus dont le thème sera : la foule.

A présent, place à une semaine de critiques de fanzines et autres bavardages limonadesques. La publication du chapitre 8 de Limonade reprendra à partir du 4 octobre.

mercredi 15 septembre 2010

Chapitre 7 de Limonade - The end

Comme je l'avais annoncé dans certains commentaires, ce chapitre 7 se termine sur un retournement de situation que j'espère intriguant. Certains éléments ont été mis en place depuis le début alors que d'autre ouvrent de nouvelles perspectives pour la suite du roman.

Pour ceux qui ne voient pas de quoi je parle, ils peuvent s'attaquer à la lecture du premier épisode ici.

Le chapitre 8 est déjà tout frétillant dans les billets programmés de ce blog. Je vais cependant pour faire profiter de mes dernières lectures en matières de fanzine avant de repartir pour un nouveau chapitre.

Souhaitez-moi bonne chance pour le neuvième chapitre !

lundi 13 septembre 2010

Chapitre 7 de Limonade - Episode 12

Évelyne se baissa afin de ramasser le bracelet qui était tombé à terre. Le métal dont le bijou était constitué continua à se tordre jusqu’à ce qu’il ressemble à un vulgaire morceau de ferraille.
– Il y a forcément un trucage ! s’exclama Fabrice. C’est impossible qu’il se soit cassé comme ça, je n’y ai pas touché.
– Non, cet objet était le dépositaire d’une ancienne malédiction. Il a été détruit par l’exorcisme, ou du moins par ses effets permanents.
– C’est n’importe quoi toute cette histoire !

Cette fois, c’était Corentin qui avait parlé. Toujours agrippé à la table, il continua :
– Gwenaëlle n’aurait jamais jeté de charme d’amour sur Fabrice ! Et, je ne suis pas capable de lancer un sort d’exorcisme. C’est impossible !

Des larmes perlèrent dans ses yeux, puis ses doigts se désolidarisèrent de la table. Il traversa le salon en coup de vent, sans un regard pour son ami. Ce dernier voulut le rejoindre, mais Évelyne l’en empêcha :
– Il vaut mieux qu’il reste seul un moment.
– Pourtant, c’est moi qui suis victime d’un sortilège.

Elle soupira, tout en conservant un air amusé :
– Oui, mais ça sera probablement la seule expérience surnaturelle de toute ta vie. Par contre, Corentin va devoir s’habituer à ce genre de phénomènes pour le reste de son existence.
– Dur.

Fabrice aurait aimé trouver des mots plus justes que ce commentaire laconique. À côté de ce que son ami allait vivre, ses inquiétudes des jours précédents étaient dérisoires. Le pire à ses yeux était de ne pas être capable de l’aider, même si la seule chose qu’il pouvait faire était de rester près de lui.
– Je vais rentrer chez moi. Merci pour le machin de purification, même si c’était vachement bizarre.
– De rien. Tu es toujours le bienvenu ici.

Lorsque la porte se referma derrière lui, il expira profondément. Rien ne s’était déroulé comme prévu durant cet après-midi. Bien qu’Évelyne lui ait assuré qu’il ne serait plus jamais confronté à d’autres événements magiques, il ne se séparait pas de cette impression étrange.

vendredi 10 septembre 2010

Chapitre 7 de Limonade - Episode 11

De plus en plus surpris, Fabrice demanda :
– Qu’est-ce qui s’est passé ?
– Je n’en ai pas la moindre idée.

Comme son ami insistait, Corentin se pencha à son tour sur le plateau couvert de sable et de lignes.
– Le pendule aurait dû être perturbé par les énergies néfastes. Or, le dessin a l’air normal, comme si tu n’avais subi aucun maléfice.

Cette constatation suscita un sentiment de soulagement mêlé de déception. S’il n’était pas victime d’un mauvais sort, il ignorait toujours la cause de son amnésie.
– J’ai une autre théorie, dit Évelyne quand elle revint dans le salon.
– Laquelle ?

Les deux garçons sourirent, car ils avaient posé simultanément la même question. La voyante posa un bracelet aux pierreries clinquantes, mais dont le métal était piqueté de rouille, puis elle s’adressa à Fabrice :
– Tu as été victime d’un sortilège et l’exorcisme de mon apprenti magicien de neveu a vraiment fonctionné. Il a annulé le sortilège qui obscurcissait ta mémoire.
– Ça veut dire que mes souvenirs avec Gwenaëlle étaient dus à un envoûtement ?
– C’est l’hypothèse la plus probable.

Déboussolé, il se tourna vers Corentin. Cependant, alors qu’il avait besoin de son soutien, l’adolescent fixait le bracelet avec horreur. Ses doigts crispés sur le rebord de la table semblaient prêts à s’enfoncer dans le bois. D’une voix blanche, il murmura :
– D’où sort ce truc ?
– C’est un moyen de vérifier que tu as bel et bien un don pour l’exorcisme.

Avant que l’un des deux réagisse, elle saisit le poignet de Fabrice et lui mit le bracelet. La température baissa d’un coup dans la pièce, puis toutes les bandes de papiers se décrochèrent. Le cristal du pendule irradia d’une vive lumière bleue et émit un bourdonnement d’insecte.

Tous ces phénomènes surnaturels tournaient autour du bracelet. Pourtant, son porteur ne ressentit aucune impression désagréable, comme si ces maléfices ne pouvaient pas l’atteindre. Finalement, les pierres ornant le bijou s’éclatèrent les unes après les autres, puis le fermoir se disloqua, libérant le poignet de Fabrice.
– C’est quoi ce truc ! cria Corentin qui s’était levé dès le début des manifestations magiques.
– On appelle ça un exorcisme permanent, répondit sa tante avec un franc sourire. Le plus puissant de tous les sorts de protection.

mercredi 8 septembre 2010

Chapitre 7 de Limonade - Episode 10

Du premier coup d’œil, il reconnut les glyphes dessinés par Corentin sur des bandelettes de papier suspendues au-dessus des fenêtres et de la porte. Le bric-à-brac ésotérique qui encombrait la pièce avait été repoussé dans un coin. Hormis le pendule monté sur un socle de métal argenté qui se trouvait sur la table et le parfum âcre de l’encens, ce salon n’avait rien d’un antre de sorcière.
– Assieds-toi là, dit Évelyne en désignant la chaise placée dos à la fenêtre.

Elle s’installa ensuite en face de lui, puis déposa un plateau rempli de sable sous le pendule. Corentin s’assit à sa gauche sans faire le moindre bruit.
– Pose tes mains de chaque côté du socle, le guida la voyante.

Il s’exécuta et sentit le contact glacé du métal sous ses doigts. Les mains d’Évelyne se placèrent sur les siennes et les mirent en contact complet avec le socle. Elle ferma les yeux et, immobile sur sa chaise, murmura des sons graves dépourvus de signification.

Sans comprendre quel était son rôle, Fabrice chercha un soutien dans le regard de son ami. Celui-ci répondit à ses questions muettes par un sourire, puis articula en silence :
– Regarde le pendule.

En effet, le cristal bleuté suspendu au socle par une chaîne d’argent commençait à osciller doucement. À chaque mouvement, sa pointe effleurait la surface du sable et y creusait des rainures courbes. Peu à peu, l’amplitude des déplacements du cristal augmenta. Le plateau se couvrit de lignes incurvées qui se croisaient sans la moindre signification.

À la fin de la séance, Évelyne ouvrit les yeux. Elle débarrassa la table du dispositif entourant le pendule, puis examina le dessin qu’il avait tracé dans le sable.
– Rien ! s’exclama-t-elle.

Les deux adolescents restèrent silencieux, comme hypnotisés par les reflets bleus du cristal. Elle ajouta :
– Je vais essayer autre chose.

Sur ces mots, elle se leva de sa chaise et quitta la pièce en toute hâte.

lundi 6 septembre 2010

Chapitre 7 de Limonade - Episode 9

Dès qu’ils pénétrèrent dans le couloir, l’odeur d’encens les prit à la gorge. Évelyne passa la tête par l’embrasure de la porte.
– Bonjour les garçons. J’en ai encore pour un bon quart d’heure de préparatifs, ne laissez pas sortir le chat.

Avant qu’ils n’aient le temps de répondre, elle était retournée dans le salon et avait refermé la porte. Les miaulements à l’intérieur de la pièce signalaient que Lucifer était enfermé avec elle alors qu’il aurait préféré être ailleurs.

Inquiet pour la suite des événements, Fabrice demanda :
– Tu sais ce que ta tante est en train de préparer ?
– Un rituel de purification.
– Mais encore…

Son ami lui fit signe de le suivre dans l’escalier. Ils montèrent dans sa chambre sous le toit, puis Corentin lui donna une feuille couverte de symboles bizarres.
– J’ai aidé à préparer des glyphes et, même si je n’y ai rien compris, c’était marrant à faire.
– Ce rituel, c’est juste dessiner des lettres bizarres ?
– Non, il y a tout un truc avec des énergies et les courants astraux. Mais je ne connais absolument rien à ces trucs-là.

Fabrice soupira, il n’était guère avancé avec ces explications lacunaires. Il voulait néanmoins faire confiance à Corentin. Devinant sa nervosité, celui-ci engagea la conversation sur un tout autre sujet :
– Tu viens tous les jours en moto ?
– Oui, je n’habite pas très loin du lycée, mais c’est super galère avec les bus. Et puis, je ne conduis pas vraiment une moto.

Devant l’air étonné de son ami, l’adolescent expliqua les différences entre les motos et son véhicule qui n’était doté que d’un moteur de cent-vingt-cinq centimètres cubes. Durant les dernières minutes d’attente, il s’efforça de réprimer son appréhension. Quand, finalement, Évelyne les appela du salon, il bondit ses pieds et dévala l’escalier jusqu’au salon.

vendredi 3 septembre 2010

Chapitre 7 de Limonade - Episode 8

Dans le calme retrouvé, Corentin demanda :
– Et ta mémoire, elle est revenue ?
– Non, c’est comme si je n’avais jamais connu Gwenaëlle.

Mis mal à l’aise par cet aveu, Fabrice changea de sujet :
– Parle-moi d’elle.
– De Gwen ?
– Oui.

Comme à chaque fois qu’il devait s’exprimer à propos de son amie, l’adolescent se tut. Ses yeux clairs balayèrent le paysage, puis se fixèrent sur la pâtisserie qu’il tenait à la main. Habitué à ce comportement, son compagnon attendit qu’il ait grignoté la moitié de son cookie. En fin de compte, ses réflexions aboutirent et il commença à raconter :
– C’est à partir de la sixième que Gwen et moi sommes devenus très amis. À partir du jour de la rentrée pour être précis. Je m’étais perdu dans les couloirs du collège, alors je suis arrivé très en retard dans ma classe.

Compte tenu du tempérament de Corentin, cette situation n’avait rien de surprenant. Fabrice s’abstint néanmoins d’en faire la remarque et le laissa continuer son récit.
– Le professeur principal m’a demandé de me présenter au tableau, devant tous les élèves. Sauf que j’étais tellement stressé que je n’arrivais pas à parler.
– Gwenaëlle est intervenue ?
– Oui. Elle était au premier rang et m’a soufflé toute ma présentation.

Durant le reste du trajet jusqu’au pavillon, Fabrice ne dit rien. Cette anecdote avait renforcé son impression de s’immiscer dans une relation à la fois ancienne et sincère. Le simulacre d’affection qui existait entre lui et Gwenaëlle ressemblait à une copie terne de ce sentiment. Il culpabilisait de se placer en obstacle entre son ami et la fille dont il était visiblement amoureux. Pourtant, Corentin ne manifestait aucune jalousie à son égard.

Après une vingtaine de minutes de marche silencieuse, ils atteignirent la rue Courteline, puis traversèrent le jardin de la maison. Quand ils furent devant la porte, l’adolescent s’arrêta.
– Tant que j’y pense.
– Quoi ?

Il fit glisser les bretelles de son sac afin d’accéder à son contenu, puis tira une liasse de feuilles pliées en quatre de l’un des poches.
– C’est la liste des élèves appartenant aux classes qui se sont rendues sur le terrain de basket hier matin. Peut-être que l’un des noms te dira quelque chose.

Corentin prit les papiers et les rangea dans son blouson, puis ils franchirent la porte.

jeudi 2 septembre 2010

Des daims de surveillance. Je les déteste.


Aujourd'hui, l'humble chauve souris que je suis ne va pas vous parler d'un livre. Non. Plutôt d'un film, en fait.


Attention les yeux, ça va piquer.


Tadada dada!


Gentlemen Broncos est projeté dans un seul cinéma à Paris. N'écoutant que mon courage (et l'atroce bande annonce de ce film) je suis allé payer ma place (tarif étudiant, merci!) et profiter du spectacle.

Je l'ai regretté très vite. Mes yeux ont fondu, j'étais atterré. Mon esprit vacillait entre l'ahurissement total et le black out violent.


Ce film est un navet.

Ce film a été conçu comme un navet.

Ce film est une bouse magnifique!

Je dis ça, et pourtant, je suis très loin d'aimer les navets. J'ai souffert dans ma petite enfance de séries Z et de films cheap, donc les navets, habituellement, je dis non, spas possible.

Mais là, la bande annonce était juste trop magnifique!


Tous les personnages sont cheaps. Le pire, c'est que ce n'est pas mal joué (l'acteur qui joue Bronco est Sam Rockwell, le président de la galaxie de H2G2! Si c'est pas une référence, ça...).

De plus, contrairement à ce que tout laisse penser... il y a un sacré budget pour ce film. Il suffit juste de regarder la bande originale!


Soyons sérieux deux minutes. Ce film est bien entendu une critique ouverte pour tous les auteurs de Sci Fi cheap, leurs adaptations en film, l'engouement pour des livres au scénario improbable et aux personnages caricaturaux. Les effets spéciaux ont été réalisé par le studio The Asylum, papa de nanards sublimes, dont le principe est de reprendre des blockbuster et d'en faire... des nanards. Encore une critique.


Petit résumé (honteusement tiré d'Allociné, oui, c'est mal): Benjamin, 17 ans, n’a pas d’autre atout que son imagination débridée. Il adore écrire des histoires qui l’entraînent loin de sa petite vie morne. Quand il apprend que son idole, le légendaire auteur de science-fiction Ronald Chevalier, donnera un cours au Cletus Festival, il y voit la chance de sa vie. Il emporte son meilleur manuscrit, "Yeast Lords : The Bronco Years" et part à la rencontre de son destin.

Sur place, Benjamin fait la connaissance d’autres originaux comme lui, dont la jeune romancière Tabatha, et Lonnie, un cinéaste adolescent qui a déjà plus de 80 "films" à son actif.
Ces rencontres vont changer la vie du jeune homme : Lonnie lui achète son roman pour en faire un long métrage à budget minuscule, et le célébrissime Ronald Chevalier est tellement impressionné par son travail qu’il n’hésite pas à lui voler son manuscrit pour le publier sous son nom…
L’histoire de Bronco se raconte alors selon trois points de vue : le roman original de Benjamin, la version "bâtarde" de Chevalier et la version "cinéma" de Lonnie. Ces trois visions rendent un hommage très spécial au monde des films de science-fiction cultes tout en racontant l’histoire à peine moins incroyable de leurs trois auteurs…


Je recommande Gentlemen Broncos pour qui n'a pas peur de souffrir, qui veut rigoler pendant une bonne heure et demi et ressortir du cinéma en faisant attention aux daims de guerres qui sont partout!


Pour la petite information, oui, j'ai été traumatisé par ce film. Oui, je vais aller le revoir. Je vous laisse, au plaisir de vous revoir!

Jean Charles, ninja aux graves troubles filmographiques.

mercredi 1 septembre 2010

Chapitre 7 de Limonade - Episode 7

Après s’être procuré des sandwiches dans une boulangerie en chemin, ils décidèrent de passer devant le pensionnat Notre-Dame. Il leur restait presque une heure et demie à attendre qu’Évelyne s’occupe du cas de Fabrice et il ne tenait pas à la passer enfermé dans le pavillon.
– Je suis passé par là, dit-il en désignant le mur qu’il avait escaladé l’avant-veille.
– Comment tu as fait ? C’est vraiment haut.

L’adolescent haussa les épaules, puis poursuivit le récit de son aventure :
– Grâce aux indications que tu m’avais données, j’ai trouvé la chambre de Gwenaëlle. Sa copine Émilie m’a ouvert. Elles étaient cinq à l’intérieur dont une que je connaissais au collège : Anne-So. Les deux autres s’appellent Aude et Laure.

De l’autre côté du mur montait le brouhaha de dizaines de discussions et de jeux d’enfant. Il hésita un instant, les yeux baissés sur le trottoir afin de ne pas se laisser distraire.
– Non. En fait, c’est Audrey et Laurie. Elles se ressemblent beaucoup, comme un genre de jumelles.
– Qu’est-ce que toutes ces filles faisaient avec Gwen ?
– Aucune idée. Elles ont essayé de me faire croire qu’elles bavardaient, mais elles n’avaient pas l’air d’être franches.

Puisant dans ses souvenirs, Fabrice retrouva une information qui lui sembla intéressante.
– Elles font toutes les cinq parti d’un cours d’histoire. Un peu comme une option pour apprendre plus de choses dans une matière spécifique, on doit en choisir en terminale.
– Sauf que Gwen n’est pas en terminale et Émilie non plus.
– Exact, c’est un peu bizarre cette histoire de cours d’approfondissement en histoire. Elles sont toutes dans les sections différentes, alors elles n’étudient pas les mêmes époques.

Le temps que dura cette conversation, les deux adolescents avaient dépassé l’enceinte du pensionnat. Les hauts bâtiments de briques disparurent derrière les immeubles bas qui occupaient le reste de la rue et bruit de la cour de récréation s’atténua.

lundi 30 août 2010

Chapitre 7 de Limonade - Episode 6

Le lendemain matin, il quitta la maison silencieuse pour prendre sa moto. Bien qu’il ait modifié l’heure de son réveil en lui ajoutant dix minutes, il était en retard de presque un quart d’heure. Il enfila son vieux casque et ses gants, puis démarra en trombe.

Afin de rattraper le temps perdu, il se faufila entre les voitures dans les embouteillages. Ce comportement exaspérait les automobilistes, mais il réussit à entrer dans le parking du lycée quelques minutes avant le début des cours.

Comme souvent, il fut le dernier à arriver en classe. Heureusement, son professeur de mathématique ne lui en tint pas rigueur. Monsieur Joly savait faire de preuve de patience envers ses élèves, même si, comme Fabrice, ils affichaient une attitude désinvolte en contradiction avec des résultats brillants.

Les deux heures de mathématiques passèrent plus rapidement que celles d’histoire et de philosophie. Dans ces deux matières, l’adolescent se taillait une réputation de fauteur de troubles agité et moqueur. Sa dernière pique à l’attention de Kant lui valut d’ailleurs de se faire mettre à la porte.

S’il n’avait pas dû attendre que Corentin termine ses cours de la matinée, il serait volontiers rentré chez lui. Au lieu de cela, il s’installa sur un banc de béton d’où il pouvait surveiller l’ensemble de la cour du lycée.

Ses appréhensions concernant son rendez-vous avec la tante de son ami refirent surface. Il ignorait ce qu’il avait voulu dire en parlant d’envoûtement ou de malédiction. La connotation maléfique de ces deux termes l’amenait à se demander s’il ne s’agissait pas d’une mauvaise blague. Il était cependant résolu à continuer toute cette histoire jusqu’à ce qu’il obtienne une explication valable pour son amnésie.

Quand la sonnerie retentit dans les bâtiments, les lycéens se précipitèrent dehors. Comme à son habitude, Corentin traversait tranquillement la bousculade. Il discutait avec un garçon de son âge et ne prêtait aucune attention à la foule autour de lui. Arrivé en bas des escaliers, il salua son copain et se dirigea vers Fabrice.
– Tu vas bien ?

L’adolescent hocha la tête et proposa :
– On va directement chez ta tante ou on prend des sandwiches avant ?
– Elle doit être en consultation toute la matinée. Je pense qu’il faudra acheter à manger.
– OK.

Ils patientèrent encore cinq minutes dans la cour, puis quittèrent le lycée déserté.

vendredi 27 août 2010

Chapitre 7 de Limonade - Episode 5

La pagaille qu’il avait laissée tout à l’heure se rappela à son bon souvenir quand il voulut s’allonger sur son lit pour lire. Il hésita à transférer le tas de feuilles sur son bureau, mais celui-ci en était déjà recouvert. Avec un soupir, il rassembla tous les papiers et les livres qui traînaient, puis il entreprit de les trier.

Entre les cours de mathématiques qu’il suivait actuellement au lycée et ceux qui provenaient de livres empruntés à la bibliothèque, il avait l’intégralité des sujets abordés durant l’année de terminale. Afin de trouver ses problèmes plus consistants, il était à présent obligé de se tourner vers les programmes de math sup. Les annales du bac ne présentaient que la reproduction d’exercices type avec de légères variations.

À la fin de sa séance de ménage, son bureau était impeccable. Par effet de contraste, le reste de sa chambre paraissait avoir été ravagé par une tornade. Plusieurs strates de vêtements sales ou froissés recouvraient le fauteuil qui occupait l’un des coins de la pièce. Des boules de papiers ou des emballages de chewing-gum à la menthe jonchaient le sol autour d’une corbeille au bord de l’indigestion. Depuis la veille, la radio gisait en morceau sur l’étagère, victime d’une curiosité éphémère pour son fonctionnement.

En prévision de sa visite du lendemain, il s’assura que les habits qu’il devait rendre à Corentin se trouvaient toujours dans son sac. Au milieu de ses affaires de lycéen, il tomba sur son paquet de cigarettes. Les gouttes de pluie qu’il apercevait sur sa vitre le découragèrent de sortir en fumer une.

Il ôta ses chaussures et s’assit en tailleur sur son lit, un livre sur la physique atomique posé sur les tibias. Les premières pages consacrées à structure des atomes faisaient l’objet d’un chapitre de son livre de cours, il le passa pour s’attaquer à des sujets plus complexes avant d’aller se coucher.

mercredi 25 août 2010

Chapitre 7 de Limonade - Episode 4

Lorsque sa mère l’appela du bas de l’escalier, Fabrice était toujours partagé entre l’appréhension et la curiosité. De toute manière, il avait accepté de se rendre chez Corentin le lendemain. Il aurait aimé avoir plus de temps pour s’y préparer, mais la perspective de découvrir le fin mot de l’histoire le remplissait d’excitation.

Il prit appui sur ses bras, puis se redressa brusquement. Son mouvement dérangea les affaires posées au pied du lit. La pile de livres s’affaissa sur la paire de baskets délabrées qu’il utilisait pour faire de l’escalade. Elle rencontra ensuite son porte-clés orné d’anneaux de cannettes qu’elle ensevelit sous des cours de mathématiques.

L’adolescent ramassa les feuilles éparpillées pour les poser sur son lit. La voix de sa mère résonna une nouvelle fois à l’étage inférieur. Après un regard au désordre familier de sa chambre, il sortit et dévala l’escalier avant qu’elle ne perde patience.

Sur la table de la cuisine, deux assiettes de soupe refroidissaient.
– Papa ne rentre pas ce soir ?
– Si, mais il a une réunion très tard.

Fabrice haussa les épaules, à la fois soulagé et déçu. Il avala son dîner sans décrocher un mot en dépit des regards inquiets que lui lançait sa mère. Une fois leur repas terminé, il mit les couverts et les assiettes dans le lave-vaisselle.

Il s’apprêtait à remonter dans sa chambre quand une question l’arrêta.
– Tu as une petite amie, en ce moment ?
– Qu’est-ce qui te fait dire ça ? répliqua-t-il sur la défensive.
– Je suis ta mère, je peux deviner ce genre de chose.

La futilité de cet argument lui arracha un sourire ironique. Il ne prit pas la peine de répondre et gravit les marches quatre à quatre.

lundi 23 août 2010

Chapitre 7 de Limonade - Episode 3

Dès que la porte fut refermée, l’adolescent se laissa tomber à plat ventre sur son lit. Il ne comprenait rien à toutes ces histoires de runes, d’envoutement et d’exorcisme. Tout ce qu’il désirait, c’était poursuivre son existence normale, avec ses copains, sa moto et, éventuellement, une petite amie.

Cette réflexion ramena avec elle des souvenirs de son intrusion au pensionnat bien plus précis que ceux qu’il avait confiés à Corentin. Tout d’abord, les cinq filles qu’il y avait rencontrées entretenaient un goût pour le mystère supérieur à ses attentes. Quant à Gwenaëlle, la froideur dont elle avait fait preuve à son égard ne lui donnait aucun indice concernant l’état de leur relation avant la disparition de ses souvenirs.

Plus que son amnésie, c’était le comportement étrange de son nouvel ami qui l’intriguait. Avec ses grands yeux clairs, sa silhouette toute en longueur et son comportement lunaire, l’adolescent semblait tomber du ciel. La manière décontractée dont il abordait les problèmes surnaturels avait quelque chose de fascinant ; ils donnaient l’impression de faire partie de son quotidien depuis toujours.

Fabrice n’aurait jamais pensé que la magie pouvait se loger dans des détails aussi insignifiants que des graffitis ou des trous de mémoire. Bien que sa première confrontation ait manqué d’effets pyrotechniques, la présence du grimoire et celle du seau d’eau bénite lui conféraient une aura d’étrangeté plutôt rassurante. À présent, il en venait à guetter autour de lui des traces infimes de magie, comme de minuscules fêlures dans la vitre de la réalité.

Il se prit à espérer qu’Évelyne possède une formule grâce à laquelle son existence redeviendrait normale, identique à ce qu’elle était avant sa rencontre avec Gwenaëlle. Pourtant, il doutait que les choses soient aussi simples. Il ne sentait pas prêt à être confronté à davantage d’événements pour lesquels son esprit rationnel échouait à trouver des explications.

vendredi 20 août 2010

Chapitre 7 de Limonade - Episode 2

Après un long silence, son interlocuteur changea de sujet :
– Tu as réussi à voir Gwen ?
– Oui.

Ce brusque écart dans la conversation obligea Fabrice à rassembler ses souvenirs de la veille, lorsqu’il s’était rendu au pensionnat Notre-Dame.
– Elle partage la chambre avec une fille qui s’appelle Émilie et dont ta tante avait parlé. Je n’ai pas pu parler avec Gwen, toutes ses copines étaient avec elle.
– Tu n’as rien remarqué de bizarre ?
– Pas spécialement, elles avaient peur que je me fasse choper.
– Et ?
– Et heureusement que je cours vite…
– Tu as failli te faire prendre !

Après cette exclamation, Corentin demeura silencieux, comme s’il attendait davantage d’explications. Cependant, l’adolescent n’avait pas envie de revenir sur sa fuite du pensionnat et la conversation retomba à nouveau. Mal à l’aise, il proposa :
– Ça serait plus facile si on en discutait demain au lycée.
– OK. Il y a juste un truc que je dois te dire avant.

Le ton de son interlocuteur suggérait l’importance du truc en question. Fabrice attendit qu’il le révèle, mais un léger bruit de déplacement et de paroles remplissait le combiné.
– Qu’est-ce qui se passe ? demanda-t-il.

La voix de son ami finit par lui répondre :
– C’était ma tante, elle voulait savoir si tu peux venir mercredi après-midi.
– Demain.
– Oui, à partir de quatorze heures.
– Pourquoi faire ?
– Vérifier si tu n’as pas été victime d’une malédiction, ou d’un autre truc du style envoutement. Ça expliquerait le coup de l’exorcisme.

Sous l’effet de la stupeur, Fabrice resta bouche bée. Apercevant quelqu’un dans le couloir, il se hâta de mettre un terme à cette discussion avant qu’elle ne devienne trop ésotérique.
– C’est parfait. On se voit demain après les cours. J’en profiterai pour te rendre tes vêtements.

Il lui souhaita une bonne soirée, puis raccrocha sous le regard intrigué de sa mère. Cette dernière haussa un sourcil interrogateur, mais n’insista pas, de peur de voir son fils se braquer. Toujours déstabilisé par l’étrange proposition de Corentin, il se hâta de remonter dans sa chambre afin d’y réfléchir au calme.

mercredi 18 août 2010

To the Batmobile, let's go!

Encore un passage éclair de chauve-souris ninja.

En fouillant dans la pile de mes livres, je suis retombé sur Perdido Street Station, un de mes coups de cœur de 2007.

Par coup de cœur, j'entends parler d'un roman qui a chamboulé ma vision des livres. Il m'arrive de temps en temps de tomber sur de très bons ouvrages, et qui, malgré quelques faiblesses, se transforment en véritables petites merveilles sous mes yeux. Ce fut le cas avec Perdido.

L'univers en lui même était assez inhabituel pour moi, lecteur assidu de Sci-Fi et de Fantasy. Voilà un roman Steam-Punk. Un vrai, un pur, un dur. Dedans se croisent allègrement magie, thaumaturgie, mécanique quantique et hybridations folles. Nouvelle-Crobuzon est une ville monstre dans laquelle les espèces se mêlent avec plus ou moins de joie. Où le moindre crime est puni par une sanction qui transforme l'être plus profondément dans sa chair qu'aucune prison ne pourra jamais en rêver.

L'histoire se résume à un mot : « voler ». Une joyeuse bande de rufians poètes et de savants fous, d'hommes oiseaux et de femmes insectes se font un devoir de faire voler ce qui en est incapable. Et déclencher ainsi une des plus grosses catastrophes que la ville ait jamais connu.

En deux tomes, Perdido Street Station, de China Miéville, est dur à lire. Je ne cache pas qu'il est loin d'être simple. L'histoire est très prenante, mais souffre de quelques longueurs. Isaac Dan der Grimnebulin, notre héros obèse, se passionne pour la théorie de la Crise, et l'auteur nous le fait bien comprendre en nous exposant la dite théorie. Bien que la mécanique quantique ne me fasse plus trop peur, j'ai dû lutter pour arriver à saisir tous les concepts (qui me semblent un peu fumeux quand même...)

Les intrigues sont rondement menées, et tiennent en haleine, les personnages attachants, malgré, ou grâce à leur étrangeté. La science et l'horreur s'entremêlent doucement pour vous servir un roman de qualité, que vous pouvez poursuivre dans une autre partie du monde de Nouvelle-Crobuzon avec les Scarifiés. Ces livres sont disponibles en poche, ce qui fait du bien au porte-monnaie!

Sur ce, je vous abandonne, et m'en retourne errer sur la Toile.

(L'image est l'illustration utilisée pour les couvertures de l'édition poche française.)

lundi 16 août 2010

Chapitre 7 de Limonade - Episode 1

Lorsque la quatrième sonnerie résonna dans le combiné, Fabrice perdit espoir. Sa recherche dans l’annuaire téléphonique se soldait par un échec bien qu’il se soit souvenu que Corentin vivait chez une voyante prénommée Évelyne. Le numéro qu’il venait de composer était de dernier de sa liste et ses trois précédentes tentatives n’avaient pas abouti.
– Allo ?

Une voix juvénile remplaça la cinquième sonnerie, ce qui était bon signe.
– Bonsoir, répondit-il. Excusez-moi de vous déranger, mais pourrais-je parler à Corentin ?
– C’est moi.

Cette réponse lui ôta un poids, il détestait les longues minutes d’attente où il ne savait que dire. Comme un lourd silence s’installait à l’autre bout de la ligne, il amorça la conversation :
– C’est Fabrice. J’ai lu ce que tu as écrit sur les runes.
– Tu as compris le truc ?
– Plus ou moins, mais on sait pourquoi la personne qui les a mises ici est venue les effacer.
– Parce qu’elle ne voulait pas que je tombe sur sa signature ?
– Oui. Et vu que ce terrain est surtout utilisé par les élèves du lycée, je me suis dit que ce doit être un élève qui a dessiné ces runes.

Il poursuivit :
– Comme les runes ont été effacées entre hier midi et ce matin, je suis allé au bureau de la vie scolaire pour regarder les emplois du temps.
– Ils t’ont laissé faire ?
– J’ai raconté que j’avais oublié mon casque de moto sur le terrain. Ça a marché impec.
– Ah.

Assis sur la première marche de l’escalier, l’adolescent sortit une liste de sa poche. Il coinça le combiné contre son épaule afin de pouvoir déplier la feuille. Le cordon du téléphone lui passait devant le visage, mais il l’ignora et lut :
– Les premières L1 et S3 sont allées sur le terrain, il y avait aussi les secondes G5.
– Ça va nous faire du monde à suspecter.
Un rapide calcul lui permit d’évaluer le nombre d’élèves susceptibles de s’adonner à la magie runique.
– Au total, ils sont soixante-sept.

vendredi 13 août 2010

Déjà le quart !

En général, je calcule toujours l’avancée de Limonade à partir du chapitre en cours (actuellement, le chapitre 8). Pourtant, avec la fin du chapitre 6, j’ai découvert que j’avais atteint de premier quart du roman. Eh oui, je n’écris pas (seulement) à l’instinct ! Derrière mes chapitres, il y a des tas de choses comme un plan général de l’intrigue, des fiches/listes de personnages et même un synopsis détaillé.

Lorsque je sais dans quelle direction je vais, c’est plus facile de ne pas se perdre dans des détails pour les parties importantes, ou au contraire de savoir quand délayer sur les moments plus tranquilles. J’ai lu une (très bonne) explication du phénomène sur un blog où l’auteur parlait de « syndrome du Nutella ». Ca devait être celui de Paul (Tonton) Beorn, si mes souvenirs sont exacts.

Donc tout ça pour dire qu’il n’y a pas à s’inquiéter, Limonade ne va pas virer « roman à rallonge ». Une vraie intrigue, avec tous les rebondissements qui vont bien, se profile à l’horizon 2012. Promis, je finirai Limonade avant la fin du monde, ça serait idiot de laisser le suspens dans de telles circonstances.

mercredi 11 août 2010

Les démons de Paris


Je ne me souviens plus de la manière dont j'ai entendu parler de ce livre, mais cela devait être en bien. En effet, j'ai très vite fait le projet de me le procurer, même s’il m’a fallu attendre les Futuriales d’Aulnay-sous-Bois en juin. J’ai néanmoins profité de ce festival pour obtenir une chouette dédicace de la part de l’auteur : Jean-Philippe Depotte.

Dès que « Les démons de Paris » sont entrés en ma possession, j’avais déjà un à priori très positif sur ce livre. J’adore les romans qui mélangent aventure et enquête dans un contexte historique, surtout quand il y a une bonne dose de fantastique. Celui-ci ne m’a pas déçue avec son intrigue mêlant nécromancien (un prêtre qui parle au mort) et démonologie (un caïd parisien démon). De plus, le contexte est extrêmement documenté et politiquement très riche.

Pour autant, il s’agit vraiment d’un roman d’aventures. Les péripéties s’enchaînent à un rythme effréné, à la fois dans le monde des morts et dans celui des vivants, jusqu’à un gigantesque dénouement dans le métro parisien.

Une fois de plus, je ne vais pas citer la quatrième de couverture et me plier moi-même à l’exercice.

« La vie de Joseph Stirbling est toute tracée : il sera prêtre et continuera d’exercer son observation à la morgue de l’Hôtel de Ville. En effet, le jeune homme dispose d’un talent très particulier : il peut entendre les morts et aussi leur parler afin de guider leurs premiers dans l’au-delà. Il ignore cependant que ce don fait de lui un implexe et un sujet d’inquiétude pour le gouvernement.

Son attachement pour Lucille Bienvenüe, la fille du créateur du métropolitain, pourrait faire vaciller ses certitudes concernant son avenir. À moins qu’Eloïs, le frère jumeau de celle-ci, récemment engagé dans le ministère aux Affaires implexes ne lui complique la tâche et que ses observations sur le monde des morts ne l’emmènent sur des chemins périlleux. »

En dépit d’une fin que j’ai trouvée légèrement décevante, ce roman est l’un de mes coups de cœur de l’année 2010.

lundi 9 août 2010

Chapitre 6 de Limonade - The end

Le plus long chapitre écrit à ce jour vient d'être terminé. Pour rejoindre le premier des quatorze épisodes, c'est .

Comme d'habitude, le chapitre suivant commencera après une pause de quelques jours. A moins qu'une chauve-souris ninja ne prenne, une fois de plus, possession du blog. En tout cas, j'ai déjà rédigé mon chapitre 7, donc pas d'inquiétude, il arrivera dans des délais raisonnables.

vendredi 6 août 2010

Chapitre 6 de Limonade - Episode 14

Le temps que Corentin termine de décrire à sa tante le rituel d’exorcisme ainsi que ses fâcheuses conséquences, le thé dans leurs tasses était devenu tiède. Évelyne en but la moitié, puis elle fixa son neveu avec une gravité.
— Tu es sûr que c’est ton exorcisme qui a rendu ton ami amnésique ?

L’adolescent hocha la tête, une expression de culpabilité inscrite sur le visage.
— Ce n’est absolument pas logique. Le sortilège que tu as utilisé n’a aucun effet sur les personnes, hormis celle de les délivrer des maléfices.
— Tu peux quand même l’annuler ?
— Non. Je ne suis même pas capable de lancer ce sort, alors l’annuler…

Une vive déception se joignit à la culpabilité de Corentin. Afin de le rassurer, sa tante changea de sujet :
— Je ne suis pas très surprise que tu sois mis à la magie. Tu as toujours eu un don pour ce genre de choses et je pensais que, tôt ou tard, tu l’exploiterais.
— Mais pas en faisant du mal autour de moi.
— À mon avis, tu n’as pas causé de tort à Fabrice.

Cette phrase le poussa à relever la tête, le regard soudain allumé d’une lueur d’intérêt. Le sourire d’Évelyne derrière le bord de sa tasse reflétait sa confiance.
— Bois ton thé avant qu’il ne refroidisse. Je t’expliquerai ma théorie ensuite.

L’adolescent vida sa tasse en clin d’œil, puis fixa sa tante avec impatience.
— Alors ?
— Je pense que ton ami était victime d’un sortilège et que ton exorcisme l’en a libéré.
— Comment ça ?
— Je l’ignore, mais peut-être que quelqu’un dans son entourage lui a lancé un mauvais sort. En disparaissant, il a probablement effacé les souvenirs qui s’y rattachaient.

Avant que Corentin n’ait le temps de peser ces paroles, la sonnerie du téléphone retentit à l’étage. Il se précipita dans le couloir, puis gravit l’escalier à toute allure.

Quand il eut passé la porte, Évelyne finit sa boisson en murmurant :
— Mon cher petit, dans quel pétrin es-tu allé te fourrer ? Si je te disais la vérité, tu ne serais sans doute pas prêt à l’entendre.

mercredi 4 août 2010

Chapitre 6 de Limonade - Episode 13

Il ouvrit la fermeture éclair de son sac et le vida sur son bureau. Les livres et les cahiers se répandirent sur la planche de bois, accompagné de stylos oubliés ainsi que des morceaux d’une règle et de boulettes jaunâtres pleines de saleté. Il en ramassa une et, après l’avoir malaxée entre ses doigts, reconnut la texture souple de la pâte fluorescente.

Satisfait de sa trouvaille, il décolla les morceaux de pâte collés à ses livres et récupéra ceux qui trainaient encore au fond de son sac. Il les nettoya, puis reconstitua de nouvelles étoiles qu’il fixa au plafond au-dessus de son lit.

Pour finir, il transforma le dernier bout de pâte en un croissant de lune qu’il accrocha avec les étoiles fluorescentes. Il était encore debout sur son lit quand la porte d’entrée claqua.
— Ma cliente est partie, hurla sa tante en bas de l’escalier.

Corentin ne se le fit pas dire deux fois. Il sauta de son lit, puis rejoignit Évelyne au rez-de-chaussée. Il n’avait toujours pas trouvé de quelle manière aborder le sujet de l’exorcisme, mais il n’avait plus l’intention de reculer.

Le gargouillement de l’eau en train de bouillir salua son entrée dans la cuisine. Le nez dans les placards, sa tante demanda :
— Tu voudras du thé ?

Contrairement à son habitude, l’adolescent accepta. Il prit deux tasses qui séchaient au bord de l’évier et les posa sur la table.
— Alors ta journée ? demanda-t-elle en versant le liquide bouillant dans une théière d’où dépassait l’étiquette de papier coloré de l’infusette.
— Ça allait.

Il se tut et rassembla son courage pour continuer :
— J’ai une question à te poser.

lundi 2 août 2010

Chapitre 6 de Limonade - Episode 12

Il monta dans le premier bus de ville en direction d'Alma. À cause de l’affluence, il s’accrocha aux poignées pour conserver son équilibre. Tassé contre les autres passagers qui oscillaient selon les virages, il laissa ses pensées dériver.

La promesse qu’il s’était faite de questionner sa tante à propos des effets indésirables de son exorcisme lui revint en mémoire. La perspective de devoir justifier cet acte qu’il considérait désormais comme exceptionnellement stupide suffit à doucher son enthousiasme.

Il résolut néanmoins d’aborder le sujet dès son retour. S’il attendait davantage, il passerait la soirée à ruminer dans son coin pour, finalement, regretter son silence lorsqu’il recroiserait Fabrice au lycée.

Corentin mit à profit les dernières minutes du trajet pour remettre ses souvenirs en ordre. Bien que cela ne fasse qu’une semaine qu’il avait arrosé Fabrice d’un seau d’eau bénite, de nombreux événements s’étaient déroulés entre-temps.

D’abord, il avait revu Gwenaëlle telle qu’il l’a connaissait les années précédentes : énergique, volontaire et dotée d’un redoutable sens de la répartie. Ensuite, il avait découvert les runes sur le panier de basket, puis leur disparition. Il devait aussi prendre en compte les conséquences de l’exorcisme qu’il avait imposé à Fabrice, à savoir son amnésie concernant sa relation avec Gwen.

L’enchaînement de phénomènes étranges suscitait chez lui un maelstrom de sentiments contradictoires. Le décor familier de la rue de Courteline le sortit de son introspection. Il joua des coudes dans la foule pour s’approcher des portes et descendit le premier.

Le trajet pour regagner le domicile de sa tante ne lui prit guère plus de cinq minutes. Lorsqu’il arriva devant le portail grinçant, les rideaux tirés du salon l’informèrent qu’Évelyne était encore en consultation.

Il se fit donc le plus discret possible afin de ne pas perturber la séance et monta immédiatement dans sa chambre.

vendredi 30 juillet 2010

Chapitre 6 de Limonade - Episode 11

À la fin de la pause du midi, Corentin se rendit à son second cours d’histoire de la journée. Madame Floumeule poursuivit son cours sur les prémisses de la chrétienté et la chute de l’Empire romain. Les descriptions, particulièrement macabres, des supplices auxquels furent soumis les martyrs éveillèrent la curiosité d’une large partie de la classe.

L’animation dura jusqu’à la fin du cours, mais le sujet fut repris par les élèves entre eux pendant le trajet vers les cours de français. Un garçon, dont le prénom échappait à l’adolescent, lui demanda son avis sur les jeux du cirque.

Surpris qu’un de ses camarades s’intéresse à lui, il eut du mal à trouver ses mots :
— C’était quelque chose de vraiment terrible pour les gens. Je veux dire, ils sont morts d’une façon vraiment horrible.
— Oui, comme Saint-Félix. Pendu à l’envers, torturé plusieurs jours et, pour finir, décapité.
— D’un autre côté, je pense que les persécutions les ont aidés à se rendre populaires.

Cette remarque déclencha l’incompréhension du garçon. Celui-ci sembla néanmoins le trouver sympathique, car il s’assit à côté de lui au cours suivant et, quand leur professeur de français fit l’appel, il découvrit qu’il se prénommait Aurélien.

La compagnie de ce nouveau voisin réduisit l’impression que le temps s’étirait à l’infini durant les cours de Marie-Louise Guimbert. Aurélien avait la capacité de trouver des détails amusants dans les textes qu’ils étudiaient, ou dans l’intitulé des exercices.

Cette journée au lycée se termina sur une note bien plus optimiste que la veille, même si le mystère entourant les runes du panier de basket s’était grandement épaissi. Pressé de regagner le domicile de sa tante et de consulter ses messages électroniques, Corentin déclina la proposition d’attendre le bus d’Aurélien en sa compagnie.