Une vingtaine de minutes plus tard, les deux garçons se trouvaient devant le lycée Notre-Dame. Selon les indications de Fabrice, ils contournèrent l’enceinte jusqu’à l’arbre qui leur permit de passer par-dessus.
Moins à l’aise avec ce genre d’acrobaties, Corentin dut s’y reprendre à trois fois avant de s’accrocher au sommet du mur, puis de se laisser tomber dans l’herbe à côté de son ami.
– Tout va bien ? s’inquiéta ce dernier.
– Oui. J’ai l’impression qu’il n’y a personne dans les parages.
En effet, la cour et les bâtiments alentour ne présentaient pas le moindre signe d’activité. Les fenêtres du dortoir étaient closes, de même que celles du laboratoire à quelques mètres d’eux.
En dépit de ce calme apparent, les adolescents se hâtèrent de rallier leur objectif et de se mettre à couvert.
– Comment on va faire pour entrer ? demanda le plus jeune.
Fabrice fit mine de ne pas entendre la question. Ce détail lui avait échappé lorsqu’il avait échafaudé son plan et il maudissait son manque prévoyance. Cependant, il refusait de s’avouer vaincu.
Alors qu’il s’apprêtait à forcer la serrure, son ami arrêta son geste.
– S’il y a des objets magiques à l’intérieur, je suis sûr qu’ils ont jeté un sort sur la porte.
– Alors, on aura l’occasion de constater si ton super-exorcisme fonctionne.
Sur ces mots, il abaissa la poignée et la poussa de toutes ses forces. Un éclair de couleur mauve jaillit de la serrure, mais il s’évanouit avec un crépitement dès qu’il entra en contact avec la peau de Fabrice.
Corentin fixa la porte ouverte avec un regard ahuri.
– Ils avaient juste installé une serrure magique !
– Oui. C’est un coup de chance, non ?
Il s’abstint de répondre, néanmoins son regard étincelant trahissait une vive réprobation envers ce comportement désinvolte.
– Tu ne devrais pas trop compter sur ce sortilège, le mit-il en garde. Je n’ai aucune idée de la manière dont il fonctionne.
lundi 30 mai 2011
vendredi 27 mai 2011
Chapitre 14 de Limonade - Episode 3
Aiguillonné par ces pensées sombres, Fabrice poursuit son raisonnement jusqu’à aboutir à l’idée suivante : trouver des preuves que Kaenel se livrait à des cérémonies magiques et le dénoncer.
– Qu’est-ce que tu racontes ? demanda Corentin.
L’adolescent réalisa avec stupeur que, absorbé par ses réflexions, il avait évoqué ses intentions à voix basse. Satisfait d’avoir piqué la curiosité de son ami, il présenta sa démonstration de manière détournée :
– À ton avis, comment réagirait le proviseur du lycée Notre-Dame s’il apprenait que l’un de ses professeurs enseigne la magie noire à des élèves ?
– C’est un établissement catholique, alors je suppose qu’il mettrait le professeur à la porte.
Un sourire rayonnant apparut sur le visage de Corentin. Il poursuivit :
– Si on arrive à prouver que Kaenel pousse Gwenaëlle et ses amies à pratiquer de la magie, ça va barder pour lui.
– Exactement. Il arrêtera d’être une menace.
– Mais, ça risque de causer des ennuis à Gwen ?
Encore une fois, la jeune fille occupait le cœur des préoccupations de son ami d’enfance. Bien qu’il soit possible qu’elle subisse de plein fouet l’éviction de son professeur d’Histoire, son compagnon expliqua :
– Au pire, elle va se faire exclure quelques jours du lycée et, crois-moi, ce n’est pas la mort. Mais, si on ne fait rien, elle va continuer dans son délire et ça risque de mal finir.
– Tu as raison.
Le ton déprimé qu’il venait d’employer reflétait son inquiétude. Craignant qu’il ne renonce ou se mette à sangloter, Fabrice posa une main sur son épaule dans un geste empli de maladresse.
En fin de compte, l’adolescent affirma :
– Dans ses cahiers, Charline racontait que les exercices et les cérémonies se déroulaient dans une salle de classe au dernier étage.
– Vu que les vacances ont commencé, il n’y aura personne, intervint son ami.
– Attends, j’ai pas fini. Si on veut des preuves, c’est pas là qu’il faudra aller les chercher.
– Ah ?
– Tout le matériel d’alchimie est conservé dans le laboratoire du pensionnat. Seul le professeur y a accès et il y garde aussi les affaires les plus encombrantes.
L’image d’une maison de briques rouges au milieu des pelouses émergea de sa mémoire tandis qu’il répondait :
– Je vois où se trouve le labo. On n’a plus qu’à aller y jeter un œil.
– D’accord, déclara Corentin en repoussant la main de son ami. On va aller voir ce truc.
– Qu’est-ce que tu racontes ? demanda Corentin.
L’adolescent réalisa avec stupeur que, absorbé par ses réflexions, il avait évoqué ses intentions à voix basse. Satisfait d’avoir piqué la curiosité de son ami, il présenta sa démonstration de manière détournée :
– À ton avis, comment réagirait le proviseur du lycée Notre-Dame s’il apprenait que l’un de ses professeurs enseigne la magie noire à des élèves ?
– C’est un établissement catholique, alors je suppose qu’il mettrait le professeur à la porte.
Un sourire rayonnant apparut sur le visage de Corentin. Il poursuivit :
– Si on arrive à prouver que Kaenel pousse Gwenaëlle et ses amies à pratiquer de la magie, ça va barder pour lui.
– Exactement. Il arrêtera d’être une menace.
– Mais, ça risque de causer des ennuis à Gwen ?
Encore une fois, la jeune fille occupait le cœur des préoccupations de son ami d’enfance. Bien qu’il soit possible qu’elle subisse de plein fouet l’éviction de son professeur d’Histoire, son compagnon expliqua :
– Au pire, elle va se faire exclure quelques jours du lycée et, crois-moi, ce n’est pas la mort. Mais, si on ne fait rien, elle va continuer dans son délire et ça risque de mal finir.
– Tu as raison.
Le ton déprimé qu’il venait d’employer reflétait son inquiétude. Craignant qu’il ne renonce ou se mette à sangloter, Fabrice posa une main sur son épaule dans un geste empli de maladresse.
En fin de compte, l’adolescent affirma :
– Dans ses cahiers, Charline racontait que les exercices et les cérémonies se déroulaient dans une salle de classe au dernier étage.
– Vu que les vacances ont commencé, il n’y aura personne, intervint son ami.
– Attends, j’ai pas fini. Si on veut des preuves, c’est pas là qu’il faudra aller les chercher.
– Ah ?
– Tout le matériel d’alchimie est conservé dans le laboratoire du pensionnat. Seul le professeur y a accès et il y garde aussi les affaires les plus encombrantes.
L’image d’une maison de briques rouges au milieu des pelouses émergea de sa mémoire tandis qu’il répondait :
– Je vois où se trouve le labo. On n’a plus qu’à aller y jeter un œil.
– D’accord, déclara Corentin en repoussant la main de son ami. On va aller voir ce truc.
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mercredi 25 mai 2011
Chapitre 14 de Limonade - Episode 2
Fabrice intégra ces informations en silence avant de suggérer :
– Il faudrait qu’on découvre plus de choses sur ce type. Il est vraiment louche.
– C’est surtout sa volonté d’apprendre la magie à des filles qui est bizarre. Il ne demande rien en échange de ses enseignements.
– En quoi c’est bizarre ?
– Ma tante m’a dit que les connaissances sont la richesse d’un magicien et que les céder à n’importe qui réduit leur valeur.
Ce principe sembla très nébuleux au lycéen, mais il se tut et attendit la suite.
– D’après ce que j’ai lu, Kaenel apprend beaucoup de choses à ses élèves. Donc, son savoir perd très vite de sa valeur.
– Et tu en déduis qu’il cache quelque chose ?
Le benjamin hocha la tête sans rien ajouter. Perdu dans ses réflexions, il laissa ses yeux bleus quitter les pages carrelés pour fixer le portail devant lui. Bien que Fabrice ait moins de mal à concevoir l’influence néfaste d’un professeur plutôt que celle des forces maléfiques, il admettait que les deux puissent être liées.
Il hésita néanmoins à s’en ouvrir à son compagnon et relança la conversation sur un autre sujet :
– Tu ne m’as pas raconté comment ça s’est passé avec Charline.
– L’exorcisme a fonctionné.
– Merci, ça j’avais compris quand elle est venue te voir.
Cette réponse laconique, et le silence embarrassé qui suivit, lui firent penser qu’il venait de toucher un point sensible, beaucoup plus sensible que son idylle supposée avec la jeune gothique.
Finalement, Corentin reconnut qu’il n’avait pas envie d’en parler pour le moment, puis il ajouta :
– Tu n’es pas le seul à faire des cachoteries.
La réplique arracha à son ami une grimace de culpabilité, mêlée de curiosité déçue et d’une pointe de jalousie.
Lorsqu’il avait décidé de renouer le contact avec Anne-Sophie, Fabrice avait dû composer avec sa conscience. Une part de lui-même trouvait abjecte l’idée de profiter de ses sentiments, surtout aussi peu de temps après avoir quitté Gwenaëlle. Il avait la certitude que le jugement de Corentin serait sans appel et préférait ne pas aborder la question.
Cependant, il n’appréciait pas pour autant que son compagnon fasse cavalier seul, ou pire, qu’il le mette délibérément à l’écart et recherche l’aide de Charline. Même si cette dernière disposait de capacités magiques infiniment supérieures aux siennes, elle refusait de s’impliquer. Jamais elle ne se serait risquée à se faufiler dans l’enceinte du pensionnat Notre-Dame.
– Il faudrait qu’on découvre plus de choses sur ce type. Il est vraiment louche.
– C’est surtout sa volonté d’apprendre la magie à des filles qui est bizarre. Il ne demande rien en échange de ses enseignements.
– En quoi c’est bizarre ?
– Ma tante m’a dit que les connaissances sont la richesse d’un magicien et que les céder à n’importe qui réduit leur valeur.
Ce principe sembla très nébuleux au lycéen, mais il se tut et attendit la suite.
– D’après ce que j’ai lu, Kaenel apprend beaucoup de choses à ses élèves. Donc, son savoir perd très vite de sa valeur.
– Et tu en déduis qu’il cache quelque chose ?
Le benjamin hocha la tête sans rien ajouter. Perdu dans ses réflexions, il laissa ses yeux bleus quitter les pages carrelés pour fixer le portail devant lui. Bien que Fabrice ait moins de mal à concevoir l’influence néfaste d’un professeur plutôt que celle des forces maléfiques, il admettait que les deux puissent être liées.
Il hésita néanmoins à s’en ouvrir à son compagnon et relança la conversation sur un autre sujet :
– Tu ne m’as pas raconté comment ça s’est passé avec Charline.
– L’exorcisme a fonctionné.
– Merci, ça j’avais compris quand elle est venue te voir.
Cette réponse laconique, et le silence embarrassé qui suivit, lui firent penser qu’il venait de toucher un point sensible, beaucoup plus sensible que son idylle supposée avec la jeune gothique.
Finalement, Corentin reconnut qu’il n’avait pas envie d’en parler pour le moment, puis il ajouta :
– Tu n’es pas le seul à faire des cachoteries.
La réplique arracha à son ami une grimace de culpabilité, mêlée de curiosité déçue et d’une pointe de jalousie.
Lorsqu’il avait décidé de renouer le contact avec Anne-Sophie, Fabrice avait dû composer avec sa conscience. Une part de lui-même trouvait abjecte l’idée de profiter de ses sentiments, surtout aussi peu de temps après avoir quitté Gwenaëlle. Il avait la certitude que le jugement de Corentin serait sans appel et préférait ne pas aborder la question.
Cependant, il n’appréciait pas pour autant que son compagnon fasse cavalier seul, ou pire, qu’il le mette délibérément à l’écart et recherche l’aide de Charline. Même si cette dernière disposait de capacités magiques infiniment supérieures aux siennes, elle refusait de s’impliquer. Jamais elle ne se serait risquée à se faufiler dans l’enceinte du pensionnat Notre-Dame.
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lundi 23 mai 2011
Chapitre 14 de Limonade - Episode 1
Fabrice et Corentin se retrouvèrent devant leur lycée le samedi suivant. Ils avaient tous les deux prétendu que leurs cours de mathématiques débordaient sur les vacances de la Toussaint alors leur professeur, dans un éclat de lucidité, avait annulé la session de soutien.
Quelques rares élèves dépités franchirent le portail, sous le regard des deux garçons appuyés contre un platane.
– Tu as trouvé des informations intéressantes dans le cahier de ta copine ?
– Oui. Elle a noté tous les détails des séances de magie, le matériel, les participants… Il y a même plusieurs paragraphes consacrés à Anne-Sophie.
L’aîné grimaça ; toutes ses tentatives pour taquiner son compagnon se soldaient par échec, car celui-ci ne paraissait s’apercevoir de rien. Par contre, il ne manquait pas une occasion de répliquer avec une innocence désarmante.
– Qu’est-ce que Charline a raconté sur elle ?
– Plein de choses. C’est la sorcière la plus douée du groupe et la préférée du prof. Elle n’a pas de domaine où elle est particulièrement forte, mais elle est très bonne dans toutes les formes de magie.
– Quelles sont-elles ? demanda-t-il pour éloigner la discussion de la jeune fille.
– L’alchimie, la divination, la lithomancie et l’occultisme.
– Rien que ça !
Suite à ce commentaire, Corentin ouvrit son propre cahier et lut :
– En fait, j’ai oublié de citer la radiesthésie et la cartomancie.
– Et les runes ?
– Ce sont des supports utilisés en divination et pour les enchantements.
Il leva les yeux de ses notes en entendant le cliquetis d’un briquet. Il regarda avec un air surpris son compagnon qui approchait la flamme de l’extrémité d’une cigarette.
– Ça te dérange ? s’inquiéta celui-ci en interrompant son geste.
– Un peu, j’aime pas la fumée. Ça me fait tousser.
Le briquet et la cigarette regagnèrent la poche de son blouson.
– Tu as lu des choses sur Gwenaëlle ?
– Non. Elle n’était pas encore au pensionnat l’an dernier. Ça parle surtout des trois autres filles, et de leur professeur bien entendu.
À la demande de son ami, Corentin résuma ce que Charline avait appris sur Kaenel au cours de l’année qu’elle avait passée à Notre-Dame. Les cours et les sorties qu’il proposait à ses élèves les plus douées avaient pour objectif de développer leur potentiel magique. Comme Charline en avait fait partie, elle décrivait avec une foule de détail les cérémonies. Cependant, rien ne perçait à propos des motivations du professeur.
Quelques rares élèves dépités franchirent le portail, sous le regard des deux garçons appuyés contre un platane.
– Tu as trouvé des informations intéressantes dans le cahier de ta copine ?
– Oui. Elle a noté tous les détails des séances de magie, le matériel, les participants… Il y a même plusieurs paragraphes consacrés à Anne-Sophie.
L’aîné grimaça ; toutes ses tentatives pour taquiner son compagnon se soldaient par échec, car celui-ci ne paraissait s’apercevoir de rien. Par contre, il ne manquait pas une occasion de répliquer avec une innocence désarmante.
– Qu’est-ce que Charline a raconté sur elle ?
– Plein de choses. C’est la sorcière la plus douée du groupe et la préférée du prof. Elle n’a pas de domaine où elle est particulièrement forte, mais elle est très bonne dans toutes les formes de magie.
– Quelles sont-elles ? demanda-t-il pour éloigner la discussion de la jeune fille.
– L’alchimie, la divination, la lithomancie et l’occultisme.
– Rien que ça !
Suite à ce commentaire, Corentin ouvrit son propre cahier et lut :
– En fait, j’ai oublié de citer la radiesthésie et la cartomancie.
– Et les runes ?
– Ce sont des supports utilisés en divination et pour les enchantements.
Il leva les yeux de ses notes en entendant le cliquetis d’un briquet. Il regarda avec un air surpris son compagnon qui approchait la flamme de l’extrémité d’une cigarette.
– Ça te dérange ? s’inquiéta celui-ci en interrompant son geste.
– Un peu, j’aime pas la fumée. Ça me fait tousser.
Le briquet et la cigarette regagnèrent la poche de son blouson.
– Tu as lu des choses sur Gwenaëlle ?
– Non. Elle n’était pas encore au pensionnat l’an dernier. Ça parle surtout des trois autres filles, et de leur professeur bien entendu.
À la demande de son ami, Corentin résuma ce que Charline avait appris sur Kaenel au cours de l’année qu’elle avait passée à Notre-Dame. Les cours et les sorties qu’il proposait à ses élèves les plus douées avaient pour objectif de développer leur potentiel magique. Comme Charline en avait fait partie, elle décrivait avec une foule de détail les cérémonies. Cependant, rien ne perçait à propos des motivations du professeur.
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vendredi 20 mai 2011
A comme association (4)
Comme dans le premier diptyque de la série, les intrigues concernant Ombe et Japser sont liées par des points de contacts. Dans "Le subtil parfum du souffre", nous savions par avance que notre héroïne affronterait du troll familier et qu'il serait question de loup-garou.Le début de l'histoire tient ses promesses ; le rythme est haletant et, même si Ombe est devenue plus réfléchie depuis le tome 2, elle préfère cogner que bavasser. J'ai beaucoup aimé que l'histoire de "Le subtil parfum du souffre" fasse suite à une autre ouvrage de la série. Cela renforce la cohérence de l'univers.
Je ne vais pas m'étendre sur le début du roman, car je trouve que la quatrième de couverture en dévoile déjà trop. Pour en donner quand même quelques éléments, Ombe est chargée par l'association d'enquêter sur un entrepôt où des loups-garous gardent la drogue produite par un vampire. Une intrigue au parfum de polar qui se veut à la fois sombre et... sensuelle.
Mon principal regret dans cette aventure trépidante est que certains mystères qui trainent depuis le premier tome ne fassent que se renforcer au lieu d'aller vers un éclaircissement bienvenue. Pour le coup, ça a un peu gâché mon plaisir de lecture.
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mercredi 18 mai 2011
A comme association (3)

Après mon enthousiasmante lecture des romans croisés d'Erik L'Homme et Pierre Bottero, j'ai sauté sur les derniers opus parus. Cette fois, je vais donc commencer dans l'ordre avec le personnage de Jasper.
Nous retrouvons Jasper, jeune magicien de talent, adepte des jeux de mots foireux et raide dingue de sa camarade Ombe, alors qu'il a été mis en vacances forcées par l'association. Sauf que, bien évidemment, les vacances de Noël ne vont pas du tout être aussi normale qu'il l'espérait.
Tout commence par un concert annoncé dans le tome 1, puis un coup de fil passé à Ombe à propos d'étranges personnes qui semblent la rechercher. Comme la jeune fille semble dans une mauvaise posture, Jasper enterre en moins de deux sa mise à pieds pour voler à son secours.
Cette mission de sauvetage, loin de lui donner l'occasion de briller aux yeux de la belle, va lui permettre de faire une rencontre inoubliable avec Erglub, le troll du tome 2 (vous suivez toujours ?).
De même que pour les précédents opus de la série, la maîtrise de l'auteur fait plaisir à lire. L'humour qui suinte de chaque réplique entre Jasper et le troll est un régal. J'ai tout autant apprécié l'évolution des personnages et la découverte du monde des trolls.
Bref, "L'étoffe fragile du monde" ne fait que confirmer tout le bien que je pensais des livres précédents de la série.
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lundi 16 mai 2011
Dracula (le seul, l'unique)
Après de longues heures de lecture pas toujours passionnantes, je suis enfin venue à bout d’un monument de la littérature fantastique : Dracula, de Bram Stocker. Ce n’est pas la première fois que je m’intéresse à la littérature vampirique, et ce n’est sûrement pas la dernière non plus. Il était cependant essentiel de revenir à la source.
Je vais passer très vite sur l’histoire car le roman est excessivement connue et qu’il en existe de brillantes adaptations. En ce qui concerne les films sur Dracula, je recommande vivement celui de 1931, réalisé par Tod Browing. Juste pour vous donner envie, le rôle titre est tenu par Bela Lugosi (l’acteur qui a voulu être enterré avec sa cape de vampire) et les effets spéciaux sont tellement datés qu’ils en deviennent poétiques.
« Le clerc de notaire Jonathan Harker est invité par le compte Dracula afin de l’aider à préparer son installation à Londres. Jonathan réalise très vite l’étrangeté de son hôte et, avant d’avoir pu avertir sa fiancée Mina, il est emprisonné au château tandis que le comte se rend en Angleterre. Par malchance, le comte touche terre dans la ville où Mina et Lucy passent leurs vacances. La charmante Lucy devient, sous hypnose, la proie du vampire. Alors que Mina part retrouver Jonathan, Lucy succombe aux morsures de Dracula, en dépit des efforts du professeur Van Helsing et de ses trois prétendants.
Les quatre hommes sont donc obligés de se rendre dans la tombe de Lucy afin de lui enfoncer un pieu dans le cœur. Ils se mettent ensuite en quête du vampire qui l'a transformée et qui se cache à Londres. Leur enquête progresse d’un grand pas le jour où ils rencontrent Jonathan et Mina Harker ; ils parviennent à acculer Dracula qui se venge en asservissant Mina. Afin de sauver la vie et l’âme de Mina, les cinq hommes se lancent à la poursuite du vampire qui a quitté l’Angleterre pour regagner les Carpates. Ils arrivent le retrouver pendant son voyage et le tuent. »
Voilà pour l’intrigue. Si vous avez déjà l’impression de la connaître, c’est normal. J’aime autant vous dire que tout effet de surprise étant éventé à ce niveau, tout le roman repose sur le reste, le style et les personnages.
D’après mon résumé, il parait assez évident que les personnages manquent de complexité alors qu’en fait pas du tout. Certes, c’est un roman qui date de l’époque victorienne, ce qui implique une morale rigide et une faible liberté pour l’auteur. Les gentils doivent être gentils, pieux et dignes dans leur affliction, et le vampire est l'incarnation du mal. Pourtant, les héros passent par toute une palette d'émotions, parfois chevaleresques et parfois emplis de fureur.
Le style mérite tout autant de commentaires, car le format choisi est atypique : une suite de comptes-rendus, de courriers et de journaux personnels. Ce genre, assez proche du roman épistolaire, laisse la part belle aux émotions et à la subjectivité, heureusement contrebalancée par la multiplicité des sources. Par contre, il rend la lecture longue et fastidieuse. Difficile de replonger dans le texte si on a eu le malheur de le poser plusieurs jours d'affilée. Le mieux reste de tout lire d'un bloc, de se laisser emporter par une quête pleine de rebondissements (hélas éventés).
L'une des forces de l'auteur est aussi d'avoir réussi à donner une voix propre à chacun des personnages. Jonathan Harker, prisonnier du château de Dracula, ne s'exprimera pas de la même façon que le docteur Seward qui étudie le cas de Renfield, ni que sa fiancée languissante, Mina Murray.
Je suis sincèrement convaincue que ce roman est une œuvre majeure du courant fantastique, mais, en tant que telle, la lecture n'en ai pas des plus agréables. Ma suggestion serait donc un compromis entre livre et film ; lire "L'invité de Dracula" qui est une nouvelle écrite par Bram Stoker et qui a été retirée du roman avant sa publication, et regarder une bonne adaptation.
Je vais passer très vite sur l’histoire car le roman est excessivement connue et qu’il en existe de brillantes adaptations. En ce qui concerne les films sur Dracula, je recommande vivement celui de 1931, réalisé par Tod Browing. Juste pour vous donner envie, le rôle titre est tenu par Bela Lugosi (l’acteur qui a voulu être enterré avec sa cape de vampire) et les effets spéciaux sont tellement datés qu’ils en deviennent poétiques.
« Le clerc de notaire Jonathan Harker est invité par le compte Dracula afin de l’aider à préparer son installation à Londres. Jonathan réalise très vite l’étrangeté de son hôte et, avant d’avoir pu avertir sa fiancée Mina, il est emprisonné au château tandis que le comte se rend en Angleterre. Par malchance, le comte touche terre dans la ville où Mina et Lucy passent leurs vacances. La charmante Lucy devient, sous hypnose, la proie du vampire. Alors que Mina part retrouver Jonathan, Lucy succombe aux morsures de Dracula, en dépit des efforts du professeur Van Helsing et de ses trois prétendants.
Les quatre hommes sont donc obligés de se rendre dans la tombe de Lucy afin de lui enfoncer un pieu dans le cœur. Ils se mettent ensuite en quête du vampire qui l'a transformée et qui se cache à Londres. Leur enquête progresse d’un grand pas le jour où ils rencontrent Jonathan et Mina Harker ; ils parviennent à acculer Dracula qui se venge en asservissant Mina. Afin de sauver la vie et l’âme de Mina, les cinq hommes se lancent à la poursuite du vampire qui a quitté l’Angleterre pour regagner les Carpates. Ils arrivent le retrouver pendant son voyage et le tuent. »
Voilà pour l’intrigue. Si vous avez déjà l’impression de la connaître, c’est normal. J’aime autant vous dire que tout effet de surprise étant éventé à ce niveau, tout le roman repose sur le reste, le style et les personnages.
D’après mon résumé, il parait assez évident que les personnages manquent de complexité alors qu’en fait pas du tout. Certes, c’est un roman qui date de l’époque victorienne, ce qui implique une morale rigide et une faible liberté pour l’auteur. Les gentils doivent être gentils, pieux et dignes dans leur affliction, et le vampire est l'incarnation du mal. Pourtant, les héros passent par toute une palette d'émotions, parfois chevaleresques et parfois emplis de fureur.
Le style mérite tout autant de commentaires, car le format choisi est atypique : une suite de comptes-rendus, de courriers et de journaux personnels. Ce genre, assez proche du roman épistolaire, laisse la part belle aux émotions et à la subjectivité, heureusement contrebalancée par la multiplicité des sources. Par contre, il rend la lecture longue et fastidieuse. Difficile de replonger dans le texte si on a eu le malheur de le poser plusieurs jours d'affilée. Le mieux reste de tout lire d'un bloc, de se laisser emporter par une quête pleine de rebondissements (hélas éventés).
L'une des forces de l'auteur est aussi d'avoir réussi à donner une voix propre à chacun des personnages. Jonathan Harker, prisonnier du château de Dracula, ne s'exprimera pas de la même façon que le docteur Seward qui étudie le cas de Renfield, ni que sa fiancée languissante, Mina Murray.
Je suis sincèrement convaincue que ce roman est une œuvre majeure du courant fantastique, mais, en tant que telle, la lecture n'en ai pas des plus agréables. Ma suggestion serait donc un compromis entre livre et film ; lire "L'invité de Dracula" qui est une nouvelle écrite par Bram Stoker et qui a été retirée du roman avant sa publication, et regarder une bonne adaptation.
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lundi 9 mai 2011
Morte saison
Je ne sais pas ce qui se passe en ce moment, mais au niveau des publications de fanzines c'est la morte saison. J'ai tout juste le second numéro des Soupirs de Ligeia à chroniquer, mais je vais avoir un peu de mal à remettre la main dessus.
Histoire de patienter un peu, je vais donc me remettre à chroniquer quelques livres en attendant que le numéro 20 d'Éclats de rêves pointe le bout de son nez. Il devrait aussi y avoir un prochain numéro d'Éveil à paraître dans les prochains mois et peut-être un Black Mamba.
Histoire de patienter un peu, je vais donc me remettre à chroniquer quelques livres en attendant que le numéro 20 d'Éclats de rêves pointe le bout de son nez. Il devrait aussi y avoir un prochain numéro d'Éveil à paraître dans les prochains mois et peut-être un Black Mamba.
mercredi 4 mai 2011
Chapitre 13 de Limonade - The end
Et voilà, un chapitre supplémentaire que j'espère dense en péripéties et rebondissements. C'est la seule manière que j'ai trouvé afin d'éviter au rythme du roman de ralentir aux alentours de sa moitié.
Pour ceux qui arriveraient en cours de route, le début du chapitre 13 se trouve là.
Quant à la suite, elle devrait vous réserver quelques scènes du même ordre. Cependant, les choses vont se calmer pour nos héros durant les vacances de la Toussaint.
J'avoue qu'il va être difficile d'instaurer une ambiance feuilles mortes, pluies et champignons vu que nous sommes en plein cœur du printemps, mais je compte bien relever le défi.
Bonne lecture pour les 11 prochains chapitres !
Pour ceux qui arriveraient en cours de route, le début du chapitre 13 se trouve là.
Quant à la suite, elle devrait vous réserver quelques scènes du même ordre. Cependant, les choses vont se calmer pour nos héros durant les vacances de la Toussaint.
J'avoue qu'il va être difficile d'instaurer une ambiance feuilles mortes, pluies et champignons vu que nous sommes en plein cœur du printemps, mais je compte bien relever le défi.
Bonne lecture pour les 11 prochains chapitres !
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lundi 2 mai 2011
Chapitre 13 de Limonade - Episode 10
Il s’agissait de Charline qui marchait d’un pas vif. Lorsqu’elle se trouva à proximité, ils aperçurent l’immense sourire qui se dessinait sur ses lèvres maquillées. Avant qu’ils ne l’interpellent, elle sauta au cou de Corentin. Trop gêné pour savoir comment réagir, celui-ci se laissa embrasser sur la joue.
– Qu’est-ce qui t’arrive ?
Le ton sec de Fabrice mit fin aux effusions de la jeune fille. Elle cessa d’étreindre sa victime qui arborait une marque prune par-dessus la rougeur de ses pommettes, mais elle paraissait toujours aussi euphorique. Son affection débordante se déversa ensuite sur l’autre adolescent.
– L’exorcisme a fonctionné ! expliqua-t-elle avec allégresse.
– À quoi tu l’as vu ?
Elle se tourna vers le plus jeune du groupe, puis haussa les épaules.
– Je n’ai plus cette impression étrange, comme si j’étais constamment surveillée. Les cauchemars aussi ont disparu.
– C’est lui qu’il faut remercier, pas moi, protesta Fabrice en essuyant les traces de maquillage sur sa joue.
– Je ne voulais pas que tu sois jaloux.
– Ne t’embête pas pour ça.
– Ta copine te garde à l’œil ?
Il secoua la tête avec une moue chagrinée. La pause étant déjà bien entamée, son ami demanda :
– Tu as pu relire ton cahier ?
– J’ai fait mieux, je te les ai apportés.
La jeune fille lui confia un cahier à la couverture brillante orné d’autocollants en forme de tête de mort.
– Ça ne parle pas que de magie, mais je n’avais pas le temps de recopier juste les passages qui t’intéressent.
– OK. Combien de temps je peux le garder ?
Elle hésita, puis finit pas répondre avec résignation :
– Toutes les vacances, si tu veux.
Il la remercia, porté par une confiance envers l’avenir qu’il n’avait pas éprouvée depuis des mois. Quand la sonnerie signala de façon assourdissante la fin de la récréation, Charline fit demi-tour. Les deux garçons s’apprêtaient à l’imiter, mais Fabrice retint son compagnon par la manche.
– Tu as toutes tes chances avec la sorcière.
– Mes chances de quoi ?
– Sortir avec elle.
– N’importe quoi. Elle t’a embrassé aussi, je te rappelle.
Cet échange suscita un court instant de malaise qui se dissipa aussitôt qu’ils eurent regagné les bâtiments du lycée.
– Qu’est-ce qui t’arrive ?
Le ton sec de Fabrice mit fin aux effusions de la jeune fille. Elle cessa d’étreindre sa victime qui arborait une marque prune par-dessus la rougeur de ses pommettes, mais elle paraissait toujours aussi euphorique. Son affection débordante se déversa ensuite sur l’autre adolescent.
– L’exorcisme a fonctionné ! expliqua-t-elle avec allégresse.
– À quoi tu l’as vu ?
Elle se tourna vers le plus jeune du groupe, puis haussa les épaules.
– Je n’ai plus cette impression étrange, comme si j’étais constamment surveillée. Les cauchemars aussi ont disparu.
– C’est lui qu’il faut remercier, pas moi, protesta Fabrice en essuyant les traces de maquillage sur sa joue.
– Je ne voulais pas que tu sois jaloux.
– Ne t’embête pas pour ça.
– Ta copine te garde à l’œil ?
Il secoua la tête avec une moue chagrinée. La pause étant déjà bien entamée, son ami demanda :
– Tu as pu relire ton cahier ?
– J’ai fait mieux, je te les ai apportés.
La jeune fille lui confia un cahier à la couverture brillante orné d’autocollants en forme de tête de mort.
– Ça ne parle pas que de magie, mais je n’avais pas le temps de recopier juste les passages qui t’intéressent.
– OK. Combien de temps je peux le garder ?
Elle hésita, puis finit pas répondre avec résignation :
– Toutes les vacances, si tu veux.
Il la remercia, porté par une confiance envers l’avenir qu’il n’avait pas éprouvée depuis des mois. Quand la sonnerie signala de façon assourdissante la fin de la récréation, Charline fit demi-tour. Les deux garçons s’apprêtaient à l’imiter, mais Fabrice retint son compagnon par la manche.
– Tu as toutes tes chances avec la sorcière.
– Mes chances de quoi ?
– Sortir avec elle.
– N’importe quoi. Elle t’a embrassé aussi, je te rappelle.
Cet échange suscita un court instant de malaise qui se dissipa aussitôt qu’ils eurent regagné les bâtiments du lycée.
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vendredi 29 avril 2011
Chapitre 13 de Limonade - Episode 9
Le lendemain matin, Corentin faillit arriver en retard au lycée. Il s’engouffra entre les portes, juste avant que le surveillant ne les referme. Les joues écarlates, il s’adossa à une colonne carrelée pour reprendre son souffle.
– Salut Cory !
Il releva les yeux et reconnut Fabrice qui souriait largement bien qu’il soit davantage en retard que lui.
– Salut, dit-il d’une voix faible. Il faut que je file en cours.
Sur ces mots, il détala tandis que son ami prenait la direction du CDI d’un pas tranquille.
Deux heures plus tard, ils se retrouvèrent au même endroit. La gêne éprouvée par Fabrice la veille en parlant de sa rupture avec Gwenaëlle s’était évaporée.
– Je lui avais fait passer un message par Anne-So, une copine du collège. On s’est retrouvé tous les deux vers quatre heures dans un café. Je lui ai dit que c’était vraiment galère pour la voir et que je commençais à me demander pourquoi nous sortions ensemble.
– Elle a répondu quoi ?
– Rien, elle avait l’air très surprise. Elle n’arrêtait pas de tortiller une mèche autour de ses doigts en buvant son chocolat.
– Elle fait souvent ça quand elle réfléchit, expliqua Corentin.
– J’ai continué à jouer mon numéro de petit ami inquiet, mais elle avait l’air ailleurs. Alors, j’ai fini par lui dire que je préférais qu’on arrête de sortir ensemble.
Son ami cessa de raconter cet épisode lorsqu’ils arrivèrent au pied de leur escalier préféré. En dépit du froid humide qui s’était abattu sur la cour, une douzaine de lycéens marchaient autour des arbres décharnés.
Corentin souffla sur ses mains pour les réchauffer.
– Gwen t’a semblé triste ?
– Non, pas vraiment. Pourquoi ?
– Hier, je suis allé voir sa demi-sœur et son beau-père à l’hôpital. Ils sont tombés malades et les médecins ne savent pas ce qu’ils ont.
Cette information figea le visage de l’adolescent dans un masque stupéfait. Une ombre de remords traversa ses yeux. Corentin poursuivit :
– Je pense que leur maladie a un lien avec la magie noire.
Il n’eut pas le temps d’approfondir son raisonnement, car une fille en parka violette se dirigeait vers eux.
– Salut Cory !
Il releva les yeux et reconnut Fabrice qui souriait largement bien qu’il soit davantage en retard que lui.
– Salut, dit-il d’une voix faible. Il faut que je file en cours.
Sur ces mots, il détala tandis que son ami prenait la direction du CDI d’un pas tranquille.
Deux heures plus tard, ils se retrouvèrent au même endroit. La gêne éprouvée par Fabrice la veille en parlant de sa rupture avec Gwenaëlle s’était évaporée.
– Je lui avais fait passer un message par Anne-So, une copine du collège. On s’est retrouvé tous les deux vers quatre heures dans un café. Je lui ai dit que c’était vraiment galère pour la voir et que je commençais à me demander pourquoi nous sortions ensemble.
– Elle a répondu quoi ?
– Rien, elle avait l’air très surprise. Elle n’arrêtait pas de tortiller une mèche autour de ses doigts en buvant son chocolat.
– Elle fait souvent ça quand elle réfléchit, expliqua Corentin.
– J’ai continué à jouer mon numéro de petit ami inquiet, mais elle avait l’air ailleurs. Alors, j’ai fini par lui dire que je préférais qu’on arrête de sortir ensemble.
Son ami cessa de raconter cet épisode lorsqu’ils arrivèrent au pied de leur escalier préféré. En dépit du froid humide qui s’était abattu sur la cour, une douzaine de lycéens marchaient autour des arbres décharnés.
Corentin souffla sur ses mains pour les réchauffer.
– Gwen t’a semblé triste ?
– Non, pas vraiment. Pourquoi ?
– Hier, je suis allé voir sa demi-sœur et son beau-père à l’hôpital. Ils sont tombés malades et les médecins ne savent pas ce qu’ils ont.
Cette information figea le visage de l’adolescent dans un masque stupéfait. Une ombre de remords traversa ses yeux. Corentin poursuivit :
– Je pense que leur maladie a un lien avec la magie noire.
Il n’eut pas le temps d’approfondir son raisonnement, car une fille en parka violette se dirigeait vers eux.
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mercredi 27 avril 2011
Chapitre 13 de Limonade - Epsiode 8
Évelyne revint dans le bureau peu après. Comme le chat ne la suivait pas, son neveu supposa qu’elle venait de le nourrir. Avant qu’il n’ait le temps de quitter le fauteuil, elle lui demanda :
– Fabrice va bien ?
– Oui.
Ce disant, Corentin essaya de se persuader que son ami prenait sa rupture avec sérénité. Après tout, c’était sa décision et il était assez grand pour savoir ce qu’il faisait. Pourtant, il avait l’intuition que les choses étaient plus compliquées, notamment à cause de l’implication de cette Anne-Sophie.
Une remarque de sa tante le sortit de ses réflexions.
– Ça ne le dérange pas que tu l’aies exorcisé ?
– En fait non. Il a l’air de trouver ça normal, voire marrant.
– Gwenaëlle a de la chance d’avoir un petit ami comme lui. Elle va avoir besoin de soutien avec ce qui est arrivé à sa famille.
Afin de faire taire la culpabilité née de son omission volontaire, il s’enquit :
– Tu penses que la maladie de George et Sandra a un rapport avec de la magie ?
– Peut-être. J’ai essayé de faire quelques exercices de divinations, mais ça n’a rien donné. S’il y a un magicien derrière tout ça, il doit être très fort et très dangereux.
La voix d’Évelyne avait pris des intonations tristes, presque inquiètes, en évoquant cette hypothèse. Elle secoua la tête, puis s’intéressa à un tout autre sujet :
– Je n’ai pas eu le temps de faire les courses, donc, pour le dîner, ça sera juste des pâtes.
L’adolescent hocha la tête, puis regarda sa tante redescendre afin de préparer le repas. Dès qu’il eut la certitude qu’elle était trop occupée pour faire attention à lui, il récupéra le grimoire sous son lit et le remit à sa place sur l’étagère.
La fatigue consécutive aux chocs de la journée rattrapa Corentin après le dîner, alors qu’il s’apprêtait à faire ses devoirs. Ses yeux se fermaient tous seuls devant ses cours. Il abandonna ses cahiers sans regret et s’endormit.
– Fabrice va bien ?
– Oui.
Ce disant, Corentin essaya de se persuader que son ami prenait sa rupture avec sérénité. Après tout, c’était sa décision et il était assez grand pour savoir ce qu’il faisait. Pourtant, il avait l’intuition que les choses étaient plus compliquées, notamment à cause de l’implication de cette Anne-Sophie.
Une remarque de sa tante le sortit de ses réflexions.
– Ça ne le dérange pas que tu l’aies exorcisé ?
– En fait non. Il a l’air de trouver ça normal, voire marrant.
– Gwenaëlle a de la chance d’avoir un petit ami comme lui. Elle va avoir besoin de soutien avec ce qui est arrivé à sa famille.
Afin de faire taire la culpabilité née de son omission volontaire, il s’enquit :
– Tu penses que la maladie de George et Sandra a un rapport avec de la magie ?
– Peut-être. J’ai essayé de faire quelques exercices de divinations, mais ça n’a rien donné. S’il y a un magicien derrière tout ça, il doit être très fort et très dangereux.
La voix d’Évelyne avait pris des intonations tristes, presque inquiètes, en évoquant cette hypothèse. Elle secoua la tête, puis s’intéressa à un tout autre sujet :
– Je n’ai pas eu le temps de faire les courses, donc, pour le dîner, ça sera juste des pâtes.
L’adolescent hocha la tête, puis regarda sa tante redescendre afin de préparer le repas. Dès qu’il eut la certitude qu’elle était trop occupée pour faire attention à lui, il récupéra le grimoire sous son lit et le remit à sa place sur l’étagère.
La fatigue consécutive aux chocs de la journée rattrapa Corentin après le dîner, alors qu’il s’apprêtait à faire ses devoirs. Ses yeux se fermaient tous seuls devant ses cours. Il abandonna ses cahiers sans regret et s’endormit.
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lundi 25 avril 2011
Chapitre 13 de Limonade - Episode 7
Au bout d’une demi-heure, il avait compilé dans le cahier de brouillon tout ce qui lui semblait relatif au surnaturel. Sur les cinq pages, les manifestations de ses propres capacités magiques en occupaient presque deux. Cette constatation ne l’enchantait pas le moins du monde.
La sonnerie du téléphone interrompit ses réflexions. Il leva les yeux des lignes mauves du papier de mauvaise qualité, puis y replongea quand il entendit que sa tante avait décroché.
La minute suivante, elle l’appela du couloir :
– Corentin ! Fabrice veut te parler.
Surpris, l’adolescent dévala l’escalier pour récupérer le combiné.
– Allô, Fabrice ?
– Oui.
– Tu as un truc à me demander ?
Un silence embarrassé précéda la réponse de son ami.
– J’ai quitté Gwenaëlle, annonça celui-ci.
Corentin savait qu’il aurait dû éprouver de la tristesse en apprenant cette rupture. Cependant, il ne pouvait s’empêcher de ressentir une forme de soulagement coupable. Pour donner le change, il déclara :
– C’est dommage.
– Non, notre relation était un mensonge, un sortilège.
Avant de poursuivre la conversation, l’adolescent s’assura que sa tante ait quitté le bureau. Bien qu’elle soit au courant de la majeure partie de l’affaire, il ne tenait pas à en faire étalage devant elle.
– Qu’est-ce qui s’est passé ?
– J’avais rendez-vous avec Anne-So, l’une des filles du club de magie. On a pas mal discuté de Gwenaëlle, de mon amnésie et notre histoire.
– Tu lui as parlé de moi ?
– Tu plaisantes ! Je ne fais pas confiance à cette sorcière. Je n’allais pas prendre le risque de lui dire que tu as des pouvoirs d’exorciste.
Cette interruption agaça Fabrice qui reprit sur un ton plus agressif :
– Elle a vraiment insisté sur le fait que Gwenaëlle n’avait pas l’air de tenir à moi. Elle n’a pas fait la moindre allusion à un envoutement, mais elle m’a semblé soupçonner Gwen.
– Gwen n’a rien à voir avec tout ça !
– Arrête de te faire des idées ! À part elle, personne n’avait le moindre intérêt à me jeter un sort.
Ce fut au tour de Corentin de rester silencieux. Son honnêteté et l’affection pour son interlocuteur l’obligeaient à reconnaître le bienfondé de ses paroles. Pour éviter de s’empêtrer dans un échange houleux, il proposa :
– On devrait en parler demain.
Fabrice acquiesça avec un soulagement qui transparaissait à travers le combiné du téléphone. D’une voix radoucie, il changea de sujet :
– Comment ça s’est passé avec Charline ?
– Pas trop mal, on va en discuter à la pause de dix heures.
N’ayant plus de raison de bavarder avant de lendemain, les deux garçons raccrochèrent. Encore troublé par la brutale séparation, Corentin se laissa tomber dans le fauteuil. L’un des coussins émit un piaulement aigu, puis secoua sa fourrure noire. Les yeux entrouverts, Lucifer le foudroya du regard avant de filer en direction de la cuisine.
La sonnerie du téléphone interrompit ses réflexions. Il leva les yeux des lignes mauves du papier de mauvaise qualité, puis y replongea quand il entendit que sa tante avait décroché.
La minute suivante, elle l’appela du couloir :
– Corentin ! Fabrice veut te parler.
Surpris, l’adolescent dévala l’escalier pour récupérer le combiné.
– Allô, Fabrice ?
– Oui.
– Tu as un truc à me demander ?
Un silence embarrassé précéda la réponse de son ami.
– J’ai quitté Gwenaëlle, annonça celui-ci.
Corentin savait qu’il aurait dû éprouver de la tristesse en apprenant cette rupture. Cependant, il ne pouvait s’empêcher de ressentir une forme de soulagement coupable. Pour donner le change, il déclara :
– C’est dommage.
– Non, notre relation était un mensonge, un sortilège.
Avant de poursuivre la conversation, l’adolescent s’assura que sa tante ait quitté le bureau. Bien qu’elle soit au courant de la majeure partie de l’affaire, il ne tenait pas à en faire étalage devant elle.
– Qu’est-ce qui s’est passé ?
– J’avais rendez-vous avec Anne-So, l’une des filles du club de magie. On a pas mal discuté de Gwenaëlle, de mon amnésie et notre histoire.
– Tu lui as parlé de moi ?
– Tu plaisantes ! Je ne fais pas confiance à cette sorcière. Je n’allais pas prendre le risque de lui dire que tu as des pouvoirs d’exorciste.
Cette interruption agaça Fabrice qui reprit sur un ton plus agressif :
– Elle a vraiment insisté sur le fait que Gwenaëlle n’avait pas l’air de tenir à moi. Elle n’a pas fait la moindre allusion à un envoutement, mais elle m’a semblé soupçonner Gwen.
– Gwen n’a rien à voir avec tout ça !
– Arrête de te faire des idées ! À part elle, personne n’avait le moindre intérêt à me jeter un sort.
Ce fut au tour de Corentin de rester silencieux. Son honnêteté et l’affection pour son interlocuteur l’obligeaient à reconnaître le bienfondé de ses paroles. Pour éviter de s’empêtrer dans un échange houleux, il proposa :
– On devrait en parler demain.
Fabrice acquiesça avec un soulagement qui transparaissait à travers le combiné du téléphone. D’une voix radoucie, il changea de sujet :
– Comment ça s’est passé avec Charline ?
– Pas trop mal, on va en discuter à la pause de dix heures.
N’ayant plus de raison de bavarder avant de lendemain, les deux garçons raccrochèrent. Encore troublé par la brutale séparation, Corentin se laissa tomber dans le fauteuil. L’un des coussins émit un piaulement aigu, puis secoua sa fourrure noire. Les yeux entrouverts, Lucifer le foudroya du regard avant de filer en direction de la cuisine.
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vendredi 22 avril 2011
Chapitre 13 de Limonade - Episode 6
En arrivant chez sa tante, Corentin se fit le plus discret possible. Il monta les escaliers en silence jusqu’au bureau afin d’y remettre le grimoire. Hélas, le rai de lumière qui filtrait sous le battant signalait qu’Évelyne était en train de lire. Il espéra qu’elle n’avait pas tenté de consulter l’ouvrage qui se trouvait toujours dans son sac à dos, puis il gravit les marches abruptes menant à sa chambre.
Contraint d’attendre un moment plus propice, il retira les marques-pages colorées. Avant de glisser le livre sous son lit, il s’assura qu’il n’avait oublié aucun morceau de papier entre les pages jaunies. Il se laissa ensuite tomber sur sa couette, évidemment couverte de poils noirs.
Les cahiers posés sur son bureau attendaient qu’il daigne s’occuper d’eux, mais il n’en avait aucune envie. Les événements de l’après-midi l’avaient suffisamment secoué pour lui ôter toute volonté d’étudier. Pourtant, il se leva pour aller s’installer sur sa chaise, face à la pile de cours. Il les repoussa d’un geste, puis sortit de son tiroir un simple cahier de brouillon à la couverte indigo.
Bien qu’il trouve un peu ridicule l’idée de tenir un journal de magie, le conseil de Charline ne lui semblait pas dénué d’intérêt. Sur la troisième page, il fit une liste de tous les phénomènes mystérieux survenus depuis la rentrée.
L’exorcisme de Fabrice et son amnésie, les runes gravées sur le poteau de basket, les différents dessins qu’il avait réalisés et les conclusions que son ami en avait tirées ; toutes ces entorses à la réalité telle qu’il la percevait jusqu’à présent. Dans ce fatras d’action et de coïncidences, l’influence du cours de magie de Gwenaëlle était flagrante.
L’approche du dénouement tant espéré rendait l’adolescent nerveux, presque fébrile. Il s’efforça de calmer son esprit, déjà enfiévré par son combat contre les vers d’ombres.
Pour l’instant, il n’avait encore rien de tangible, les révélations de Charline viendraient demain. Il regretta de ne pas avoir réclamé toutes les réponses lorsqu’ils étaient ensemble, puis il se raisonna et se remit à écrire.
Contraint d’attendre un moment plus propice, il retira les marques-pages colorées. Avant de glisser le livre sous son lit, il s’assura qu’il n’avait oublié aucun morceau de papier entre les pages jaunies. Il se laissa ensuite tomber sur sa couette, évidemment couverte de poils noirs.
Les cahiers posés sur son bureau attendaient qu’il daigne s’occuper d’eux, mais il n’en avait aucune envie. Les événements de l’après-midi l’avaient suffisamment secoué pour lui ôter toute volonté d’étudier. Pourtant, il se leva pour aller s’installer sur sa chaise, face à la pile de cours. Il les repoussa d’un geste, puis sortit de son tiroir un simple cahier de brouillon à la couverte indigo.
Bien qu’il trouve un peu ridicule l’idée de tenir un journal de magie, le conseil de Charline ne lui semblait pas dénué d’intérêt. Sur la troisième page, il fit une liste de tous les phénomènes mystérieux survenus depuis la rentrée.
L’exorcisme de Fabrice et son amnésie, les runes gravées sur le poteau de basket, les différents dessins qu’il avait réalisés et les conclusions que son ami en avait tirées ; toutes ces entorses à la réalité telle qu’il la percevait jusqu’à présent. Dans ce fatras d’action et de coïncidences, l’influence du cours de magie de Gwenaëlle était flagrante.
L’approche du dénouement tant espéré rendait l’adolescent nerveux, presque fébrile. Il s’efforça de calmer son esprit, déjà enfiévré par son combat contre les vers d’ombres.
Pour l’instant, il n’avait encore rien de tangible, les révélations de Charline viendraient demain. Il regretta de ne pas avoir réclamé toutes les réponses lorsqu’ils étaient ensemble, puis il se raisonna et se remit à écrire.
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mercredi 20 avril 2011
Chapitre 13 de Limonade - Episode 5
Corentin n’avait pas la moindre envie de s’attarder. Tout ce qu’il désirait, c’était de regagner le pavillon de sa tante et sa chambre sous les toits. Pourtant, il patienta dans le couloir que la sorcière finisse de se sécher.
Lorsqu’elle ouvrit la porte, vêtue d’un chemisier piqueté de fleurs mauves qui jurait avec son style habituel, il réprima un sourire ; habillée ainsi, elle paraissait avoir une douzaine d’années.
– Tu penses que l’exorcisme a fonctionné ? demanda-t-il en reprenant son sérieux.
– Je ne sais pas. Avec toutes ses choses bizarres, je suis un peu chamboulée…
Il baissa la voix pour chuchoter :
– Les vers n’en faisaient pas partie ?
– Oui et non. Kaenel me les avait montrés pour me faire peur si j’essayai de retirer la malédiction qu’il a lancée sur moi.
– Qu’est-ce que tu peux me dire sur lui ?
Charline prit une grande inspiration puis déclara :
– C’est un professeur d’histoire au lycée Notre-Dame. Lors de son arrivée dans l’établissement, il a commencé à organiser un cours d’histoire spécial.
– Un cours de magie ?
– Pas au début. On a commencé par apprendre les runes ou la mythologie. Beaucoup de filles sont parties, il était très exigeant.
– Pourquoi ?
– Il voulait faire de nous des magiciennes.
Bien qu’elle n’ait encore fait aucune révélation, l’adolescent buvait ses paroles. Après une courte pause, elle proposa :
– Je pourrais te donner plus de détails, mais il faudrait que je relise mon cahier.
– Ton cahier ?
– Je tenais un cahier où je racontais toutes mes expériences magiques. Ça m’a aidée à comprendre ce que je vivais, à me dire que je n’étais pas en train de devenir folle.
Corentin hésita à la prier de poursuivre. Cependant, il s’estimait trop fatigué pour comprendre toute la portée des déclarations tant espérées.
– On peut en discuter demain au lycée. Tu n’auras qu’à nous retrouver à l’escalier pour la pause de dix heures.
– D’accord.
Ils traversèrent le salon, sans que le jeune frère de Charline ne fasse attention à eux, fasciné par son jeu vidéo.
Devant la porte, la jeune fille sortit de sa poche le bracelet qu’il avait abandonné dans la baignoire.
– Tu avais oublié ça.
Il la remercia et remit le grigri à son poignet. Juste avant qu’il ne parte, elle lui conseilla :
– Tu devrais commencer un cahier. À mon avis, tu vas encore être confronté à des choses étranges…
– J’aimerai mieux éviter, répondit-il sans grande conviction.
Il lui souhaita une bonne soirée, puis la porte de l’entrée se referma derrière lui. Il prit ensuite le chemin de la rue de Courteline.
Lorsqu’elle ouvrit la porte, vêtue d’un chemisier piqueté de fleurs mauves qui jurait avec son style habituel, il réprima un sourire ; habillée ainsi, elle paraissait avoir une douzaine d’années.
– Tu penses que l’exorcisme a fonctionné ? demanda-t-il en reprenant son sérieux.
– Je ne sais pas. Avec toutes ses choses bizarres, je suis un peu chamboulée…
Il baissa la voix pour chuchoter :
– Les vers n’en faisaient pas partie ?
– Oui et non. Kaenel me les avait montrés pour me faire peur si j’essayai de retirer la malédiction qu’il a lancée sur moi.
– Qu’est-ce que tu peux me dire sur lui ?
Charline prit une grande inspiration puis déclara :
– C’est un professeur d’histoire au lycée Notre-Dame. Lors de son arrivée dans l’établissement, il a commencé à organiser un cours d’histoire spécial.
– Un cours de magie ?
– Pas au début. On a commencé par apprendre les runes ou la mythologie. Beaucoup de filles sont parties, il était très exigeant.
– Pourquoi ?
– Il voulait faire de nous des magiciennes.
Bien qu’elle n’ait encore fait aucune révélation, l’adolescent buvait ses paroles. Après une courte pause, elle proposa :
– Je pourrais te donner plus de détails, mais il faudrait que je relise mon cahier.
– Ton cahier ?
– Je tenais un cahier où je racontais toutes mes expériences magiques. Ça m’a aidée à comprendre ce que je vivais, à me dire que je n’étais pas en train de devenir folle.
Corentin hésita à la prier de poursuivre. Cependant, il s’estimait trop fatigué pour comprendre toute la portée des déclarations tant espérées.
– On peut en discuter demain au lycée. Tu n’auras qu’à nous retrouver à l’escalier pour la pause de dix heures.
– D’accord.
Ils traversèrent le salon, sans que le jeune frère de Charline ne fasse attention à eux, fasciné par son jeu vidéo.
Devant la porte, la jeune fille sortit de sa poche le bracelet qu’il avait abandonné dans la baignoire.
– Tu avais oublié ça.
Il la remercia et remit le grigri à son poignet. Juste avant qu’il ne parte, elle lui conseilla :
– Tu devrais commencer un cahier. À mon avis, tu vas encore être confronté à des choses étranges…
– J’aimerai mieux éviter, répondit-il sans grande conviction.
Il lui souhaita une bonne soirée, puis la porte de l’entrée se referma derrière lui. Il prit ensuite le chemin de la rue de Courteline.
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lundi 18 avril 2011
Chapitre 13 de Limonade - Episode 4
Une violente gifle le ramena à la réalité. Sa joue le cuisait et des pointes de douleurs lui transperçaient la main. Cinq petits arcs rouges marquaient sa peau aux endroits où Charline avait enfoncé ses ongles.
– Tu vas mieux ?
La question mobilisa toute la concentration de Corentin. Petit à petit, son désir de chasser les vers d’ombre reflua, remplacé par une profonde lassitude. Il força ses mâchoires contractées à articuler :
– Oui. Et toi ?
Elle hocha la tête.
– Les choses ont toutes explosé, les unes après les autres.
L’adolescent balaya la salle de bain du regard, mais il ne vit aucun résidu de ces créatures. Hormis son grimoire abandonné sur la machine à laver et le seau vide qui gisait sur le tapis, rien ne trahissait le combat qu’il avait mené.
Devinant sans effort ses pensées, la sorcière déclara :
– Tout a disparu. Les monstres, les lignes de baves et les morceaux…
– C’était une illusion ?
– Non, des créatures magiques. C’est un des sortilèges de Kaenel. Il peut donner une forme aux ombres et les contrôler.
Bien que cette affirmation ne lui apporte aucune certitude qu’un pareil incident ne se reproduirait pas, Corentin éprouva un vif soulagement. S’il était parvenu à mettre en déroute une armée de vers magiques, il pourrait arracher Gwenaëlle des griffes de son professeur.
– Ça va ?
La question de Charline l’arracha à ses réflexions. Il acquiesça, puis reporta toute son attention sur elle. À cause de l’eau bénite, son mascara avait dégouliné, dessinant des larmes noires sur ses joues. Des gouttes tombaient de ses mèches qui, dépourvues de gel, paraissaient lisses comme une étoffe.
Mal à l’aise d’être ainsi dévisagée, elle recula et serra ses bras autour de son torse. Son T-shirt gris adhérait à son corps trop mince et lui conférait une allure de chat mouillé. Comprenant sa gêne, le garçon quitta l’abri de la baignoire pour aller lui chercher une serviette.
Ensuite, il récupéra le livre de magie et le remit dans son sac à dos. Celui-ci pesait de tout son poids sur ses épaules crispées. Il quitta la pièce en silence, afin que la jeune fille puisse se changer.
– Tu vas mieux ?
La question mobilisa toute la concentration de Corentin. Petit à petit, son désir de chasser les vers d’ombre reflua, remplacé par une profonde lassitude. Il força ses mâchoires contractées à articuler :
– Oui. Et toi ?
Elle hocha la tête.
– Les choses ont toutes explosé, les unes après les autres.
L’adolescent balaya la salle de bain du regard, mais il ne vit aucun résidu de ces créatures. Hormis son grimoire abandonné sur la machine à laver et le seau vide qui gisait sur le tapis, rien ne trahissait le combat qu’il avait mené.
Devinant sans effort ses pensées, la sorcière déclara :
– Tout a disparu. Les monstres, les lignes de baves et les morceaux…
– C’était une illusion ?
– Non, des créatures magiques. C’est un des sortilèges de Kaenel. Il peut donner une forme aux ombres et les contrôler.
Bien que cette affirmation ne lui apporte aucune certitude qu’un pareil incident ne se reproduirait pas, Corentin éprouva un vif soulagement. S’il était parvenu à mettre en déroute une armée de vers magiques, il pourrait arracher Gwenaëlle des griffes de son professeur.
– Ça va ?
La question de Charline l’arracha à ses réflexions. Il acquiesça, puis reporta toute son attention sur elle. À cause de l’eau bénite, son mascara avait dégouliné, dessinant des larmes noires sur ses joues. Des gouttes tombaient de ses mèches qui, dépourvues de gel, paraissaient lisses comme une étoffe.
Mal à l’aise d’être ainsi dévisagée, elle recula et serra ses bras autour de son torse. Son T-shirt gris adhérait à son corps trop mince et lui conférait une allure de chat mouillé. Comprenant sa gêne, le garçon quitta l’abri de la baignoire pour aller lui chercher une serviette.
Ensuite, il récupéra le livre de magie et le remit dans son sac à dos. Celui-ci pesait de tout son poids sur ses épaules crispées. Il quitta la pièce en silence, afin que la jeune fille puisse se changer.
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vendredi 15 avril 2011
Chapitre 13 de Limonade - Episode 3
Son regard embrassait toute la salle de bain et les monstres qui la peuplaient. Elle murmura à voix basse :
– Voilà le cauchemar qu’il m’avait promis.
Corentin supposa qu’elle faisait référence au professeur Kaenel. L’espace d’un instant, il la soupçonna d’être complice de ce mage maléfique. Cependant, le désespoir qu’il lisait sur ses traits effaça ses doutes.
– Ces… choses vont nous dévorer ! glapit-elle.
Sur ces mots, elle se laissa glisser à genoux. Des larmes amères perlèrent le long de ses cils tandis que les vers se tortillaient pour franchir le rebord. Refusant de s’avouer vaincu, l’apprenti exorciste s’accroupit à côté d’elle et lui prit la main.
Sous l’effet de la peur, elle manqua de lui écraser les doigts. Pour en alléger la pression, il remua le poignet. Il éprouva brusquement une brûlure ; la piécette de son bracelet venait d’entrer en contact avec sa peau. De sa main libre, il arracha le grigri qui tinta contre le fond de la baignoire.
La malveillance émanant des horribles asticots le percuta de plein fouet. Pendant une poignée de secondes, il eut l’impression de suffoquer. Il se reprit et, sans le support d’une quelconque formule ou d’un glyphe runique, il concentra sa volonté afin de les repousser.
Le premier vers qui s’aventura sur l’émail blanc reçut de plein fouet l’énergie émise par l’adolescent. Il commença par l’absorber, se gonflant davantage chaque seconde, puis explosa tel un pétard de fête. Ses semblables qui s’approchèrent subirent le même sort. Le bruit des détonations ainsi que les débris projetés sur les murs emplirent la pièce.
Enhardi par cette première victoire, Corentin étendit sa volonté jusqu’aux tréfonds des canalisations afin d’éradiquer la vermine magique.
Il perdit peu à peu conscience de son environnement. Le carrelage bleu maculé d’éclaboussures noires et brillantes se brouilla devant ses yeux. Son cœur qui jusque-là battait à tout rompre se calma, de même que sa respiration, tandis que les sensations provenant de son corps décroissaient.
– Voilà le cauchemar qu’il m’avait promis.
Corentin supposa qu’elle faisait référence au professeur Kaenel. L’espace d’un instant, il la soupçonna d’être complice de ce mage maléfique. Cependant, le désespoir qu’il lisait sur ses traits effaça ses doutes.
– Ces… choses vont nous dévorer ! glapit-elle.
Sur ces mots, elle se laissa glisser à genoux. Des larmes amères perlèrent le long de ses cils tandis que les vers se tortillaient pour franchir le rebord. Refusant de s’avouer vaincu, l’apprenti exorciste s’accroupit à côté d’elle et lui prit la main.
Sous l’effet de la peur, elle manqua de lui écraser les doigts. Pour en alléger la pression, il remua le poignet. Il éprouva brusquement une brûlure ; la piécette de son bracelet venait d’entrer en contact avec sa peau. De sa main libre, il arracha le grigri qui tinta contre le fond de la baignoire.
La malveillance émanant des horribles asticots le percuta de plein fouet. Pendant une poignée de secondes, il eut l’impression de suffoquer. Il se reprit et, sans le support d’une quelconque formule ou d’un glyphe runique, il concentra sa volonté afin de les repousser.
Le premier vers qui s’aventura sur l’émail blanc reçut de plein fouet l’énergie émise par l’adolescent. Il commença par l’absorber, se gonflant davantage chaque seconde, puis explosa tel un pétard de fête. Ses semblables qui s’approchèrent subirent le même sort. Le bruit des détonations ainsi que les débris projetés sur les murs emplirent la pièce.
Enhardi par cette première victoire, Corentin étendit sa volonté jusqu’aux tréfonds des canalisations afin d’éradiquer la vermine magique.
Il perdit peu à peu conscience de son environnement. Le carrelage bleu maculé d’éclaboussures noires et brillantes se brouilla devant ses yeux. Son cœur qui jusque-là battait à tout rompre se calma, de même que sa respiration, tandis que les sensations provenant de son corps décroissaient.
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chapitre 13,
limonade
mercredi 13 avril 2011
Chapitre 13 de Limonade - Episode 2
Ses propres paroles raffermirent la volonté du garçon. Du revers de la main, il lissa le papier où était inscrit le sortilège afin de s’en imprégner une dernière fois. Il s’empara ensuite du seau, puis fit signe à Charline d’entrer dans la baignoire.
Lorsque le liquide froid l’atteignit en pleine face, elle ferma les yeux avec un gémissement. Sans prendre le temps de s’excuser, Corentin lâcha l’anse de plastique pour se ruer sur son grimoire. Il lut les symboles du sort tout en surveillant la sorcière du coin de l’œil.
À mesure qu’il égrainait les syllabes en essayant de leur insuffler de la magie, il remarqua que les ombres de la pièce gagnaient en substance. D’abord normales, celles-ci prirent peu à peu assez d’épaisseur pour se détacher des recoins où elles étaient tapies.
Des espèces de vers noirs et boursouflés surgirent de derrière la machine à laver ou du rideau de douche. Les paupières toujours closes, Charline ne les voyait pas ramper sur le carrelage bleu pâle en direction de la baignoire. Ils abandonnaient derrière eux des traînées sombres qui brillaient sous les lampes comme de la bave d’escargot.
Son compagnon, pétrifié par cette manifestation inattendue, abandonna son sortilège. Il tourna la tête de tous côtés afin de découvrir la source de cette invasion qu’il devinait malfaisante. Soudain, la bonde du lavabo se mit à vomir un flot d’insectes répugnants qui se répandaient sur le sol avec un bruit humide.
L’adolescent réprima un cri, puis il se précipita vers la sorcière aux habits détrempés. Les vers tendirent des tentacules gluants sur son passage. À chacun de leurs contacts, il se sentit dépossédé d’une infime partie de son énergie vitale. Il bondit par-dessus le rebord de la baignoire pour les éviter et percuta Charline.
Étrangement calme, celle-ci sembla se réveiller d’un mauvais rêve. Son sourire inquiet se changea à une grimace affolée dès qu’elle aperçut les vers noirâtres qui recouvraient le carrelage. Les yeux exorbités, elle retint elle aussi un hurlement de terreur.
Lorsque le liquide froid l’atteignit en pleine face, elle ferma les yeux avec un gémissement. Sans prendre le temps de s’excuser, Corentin lâcha l’anse de plastique pour se ruer sur son grimoire. Il lut les symboles du sort tout en surveillant la sorcière du coin de l’œil.
À mesure qu’il égrainait les syllabes en essayant de leur insuffler de la magie, il remarqua que les ombres de la pièce gagnaient en substance. D’abord normales, celles-ci prirent peu à peu assez d’épaisseur pour se détacher des recoins où elles étaient tapies.
Des espèces de vers noirs et boursouflés surgirent de derrière la machine à laver ou du rideau de douche. Les paupières toujours closes, Charline ne les voyait pas ramper sur le carrelage bleu pâle en direction de la baignoire. Ils abandonnaient derrière eux des traînées sombres qui brillaient sous les lampes comme de la bave d’escargot.
Son compagnon, pétrifié par cette manifestation inattendue, abandonna son sortilège. Il tourna la tête de tous côtés afin de découvrir la source de cette invasion qu’il devinait malfaisante. Soudain, la bonde du lavabo se mit à vomir un flot d’insectes répugnants qui se répandaient sur le sol avec un bruit humide.
L’adolescent réprima un cri, puis il se précipita vers la sorcière aux habits détrempés. Les vers tendirent des tentacules gluants sur son passage. À chacun de leurs contacts, il se sentit dépossédé d’une infime partie de son énergie vitale. Il bondit par-dessus le rebord de la baignoire pour les éviter et percuta Charline.
Étrangement calme, celle-ci sembla se réveiller d’un mauvais rêve. Son sourire inquiet se changea à une grimace affolée dès qu’elle aperçut les vers noirâtres qui recouvraient le carrelage. Les yeux exorbités, elle retint elle aussi un hurlement de terreur.
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limonade
lundi 11 avril 2011
Chapitre 13 de Limonade - Episode 1
Lorsque la porte de l’appartement de la famille Kim s’ouvrit, Corentin hésita à y entrer.
– Tu comptes rester planté là ? demanda Charline sur le seuil.
Il secoua la tête comme pour chasser ses doutes, puis franchit la porte.
Un parfum d’encens flottait dans le salon et des bruits électroniques provenaient de la télévision. Son regard s’attarda sur les créatures de pixel multicolores. Un enfant aux cheveux aussi noirs et lisses que ceux de la jeune fille pressait avec frénésie les boutons de la manette.
– C’est mon frère, ne fais pas attention à lui.
– D’accord.
– Il ne va pas nous déranger, il joue à Castelvania.
Le ton entendu sur lequel elle prononça ces mots laissait penser qu’elle avait l’habitude de cette situation. L’apprenti exorciste la suivit jusque dans la salle de bain. Sous le poids de l’épais grimoire rangé dans son sac à dos, les bretelles lui écrasaient les épaules.
Il le posa sur le couvercle de la machine à laver, tandis que Charline verrouillait la porte derrière eux. Elle sortit un seau de jardinage rempli à ras bord d’une eau limpide.
– Tu penses que ça suffira ? s’inquiéta-t-elle.
– Oui. Pour Fabrice, j’avais utilisé à peu près cette quantité.
– Super. Alors, on peut commencer ?
Corentin temporisa en ouvrant le livre à la page signalée d’un marque-page rose. Il relut deux fois d’affilée la formule qu’il avait employée sur son ami, puis s’accorda un moment de réflexion. Bien que l’effet final ait été de délivrer Fabrice de l’emprise d’un enchantement, le but initial de ce sort était de le priver de ses pouvoirs magiques. De telles préconisations n’étaient peut-être pas indiquées dans le cas de Charline qui était une authentique sorcière wiccante.
Il feuilla son grimoire à la recherche d’une formule plus appropriée, mais, dans son dos, l’adolescente s’impatientait :
– Tu en as pour longtemps ?
– Je cherche un autre sort. Celui qui a fonctionné sur Fabrice risque d’annuler tous tes pouvoirs.
Après quelques secondes de silence, elle répondit :
– Ça m’est égal…
Corentin n’osa pas lever les yeux de son livre de peur de surprendre les larmes qu’il devinait dans la voix de son interlocutrice. Il retourna à la première page, puis déclara :
– On y va.
– Tu comptes rester planté là ? demanda Charline sur le seuil.
Il secoua la tête comme pour chasser ses doutes, puis franchit la porte.
Un parfum d’encens flottait dans le salon et des bruits électroniques provenaient de la télévision. Son regard s’attarda sur les créatures de pixel multicolores. Un enfant aux cheveux aussi noirs et lisses que ceux de la jeune fille pressait avec frénésie les boutons de la manette.
– C’est mon frère, ne fais pas attention à lui.
– D’accord.
– Il ne va pas nous déranger, il joue à Castelvania.
Le ton entendu sur lequel elle prononça ces mots laissait penser qu’elle avait l’habitude de cette situation. L’apprenti exorciste la suivit jusque dans la salle de bain. Sous le poids de l’épais grimoire rangé dans son sac à dos, les bretelles lui écrasaient les épaules.
Il le posa sur le couvercle de la machine à laver, tandis que Charline verrouillait la porte derrière eux. Elle sortit un seau de jardinage rempli à ras bord d’une eau limpide.
– Tu penses que ça suffira ? s’inquiéta-t-elle.
– Oui. Pour Fabrice, j’avais utilisé à peu près cette quantité.
– Super. Alors, on peut commencer ?
Corentin temporisa en ouvrant le livre à la page signalée d’un marque-page rose. Il relut deux fois d’affilée la formule qu’il avait employée sur son ami, puis s’accorda un moment de réflexion. Bien que l’effet final ait été de délivrer Fabrice de l’emprise d’un enchantement, le but initial de ce sort était de le priver de ses pouvoirs magiques. De telles préconisations n’étaient peut-être pas indiquées dans le cas de Charline qui était une authentique sorcière wiccante.
Il feuilla son grimoire à la recherche d’une formule plus appropriée, mais, dans son dos, l’adolescente s’impatientait :
– Tu en as pour longtemps ?
– Je cherche un autre sort. Celui qui a fonctionné sur Fabrice risque d’annuler tous tes pouvoirs.
Après quelques secondes de silence, elle répondit :
– Ça m’est égal…
Corentin n’osa pas lever les yeux de son livre de peur de surprendre les larmes qu’il devinait dans la voix de son interlocutrice. Il retourna à la première page, puis déclara :
– On y va.
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vendredi 8 avril 2011
Pénombre n°4 : Cages, barreaux et barbelés
Cela fait déjà un mois que j’ai récupéré mon exemplaire du quatrième opus de Pénombre sur le stand de l’association Transition au festival Zone Franche de Bagneux. Cette fois, le thème retenu est « Cages, barreaux et barbelés ».La première partie, celle consacrée au thème précité, donne le ton. Dans « La Cave aux mille orbes » d’Alazaïs Clénié, il est question d’une fillette qui s’amuse dans la cave paternelle. Au lieu d’un indescriptible bazar, elle y trouve des sphères lumineuse fort étranges. L’atmosphère sombre et enfantine rend très bien dans cette nouvelle, mais la fin est un peu abrupte.
Ensuite, on découvre un autre type de prison inventé par Kira Nagio. L’intrigue de « Viviane » se base sur le lien intense qu’entretiennent deux enfants, et le monde de contes inventé par le garçon pour sa petite sœur aveugle. La narration éclatée, bien que parfois difficile à suivre, permet de comprendre tous les rouages de l’histoire. Les références à la mythologie arturienne ajoutent un relief supplémentaire à ce texte déjà très riche.
Un sonnet d’Anne-So Deligny intitulé « Fugace » vient couper en deux la partie thématique. Rien à redire sur cette poésie qui colle parfaitement avec l’ambiance du fanzine et qui s’offre même une pirouette finale des plus réussies.
Changement d’univers avec « Le Geôlier des plantes » de Julie Conseil. Le héros n’est plus un enfant, mais un cantonnier appelé à devenir le gardien des plantes de la région. Hélas son apprentissage ne se fera pas sans heurts et péripéties cocasses. J’ai trouvé que l’idée centrale, déjà d’une originalité remarquable, a été traitée avec brio.
En conclusion de cette partie, Blanche Saint-Roch nous livre une nouvelle sombre qui rend à merveille l’atmosphère des catacombes parisiennes. « Les Âmes geôlières des catacombes » suit les pas d’une guide capable de voir les fantômes et qui ne peut s’empêcher de répondre à l’appel d’une créatures prisonnière. Bien que la fin soit prévisible, ce texte reste une lecture très agréable.
Le fanzine se poursuit avec la partie athématique composée de deux nouvelles et d’un article.
Le premier texte est une nouvelle d’Anne Goulard, « Les Cadavres se mettent au vert », qui assure le quota vampirique de ce numéro. Un adolescent, contraint de passer ses vacances à la campagne, fait la connaissance d’une jeune femme qui traîne dans son sillage des aventures nocturnes.
La seconde nouvelle, « De lune et de rêve », se déroule aussi la nuit. Sous la plume de Marthe Machorowski, un homme des îles se souvient de son passé, de ses espoirs déçus et de la magie de ses ancêtres. Une promenade onirique qui s’achève de façon très étrange, sans que cela nuise à l’harmonie du texte.
Afin de compléter cette partie, Tsaag Valren nous narre un récit traditionnel à propos des légendaires cavales du diable. Cet ajout s’intègre parfaitement à la ligne éditoriale de Pénombre et je serais contente de revoir cet auteur dans les pages du fanzine.
Les illustrateurs sont aussi des habitués, je pense notamment à Maïté Nicolas et Miss Gizmo dont j’aime toujours autant le travail. Le travail de mise en page effectué sur la couverture la rend originale et attractive, ce qui n’est pas un luxe pour attirer le chaland.
En effet, la sortie de ce numéro a nécessité une souscription car les ventes sont trop étalées dans le temps et provoquent des trous dans le trésorerie de l’association Transition. Heureusement, le troisième prix décerné par le festival de Bagneux à la nouvelle « Un fauve poids-plume » parue dans les pages d’Éveil (chronique) ainsi que la cinquième place obtenue par « Passage éphémère » parue cette fois dans Pénombre (chronique) ont apporté une visibilité bienvenue.
Pour finir, je dirais que ce numéro est le meilleur de la série. Aucune nouvelle ne m’a semblé en décalage et la qualité des illustrations s’est vraiment améliorée. Je croise les doigts pour que le suivant consacré aux « Horloges et engrenages » sera du même niveau.
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