mercredi 28 juillet 2010

Chapitre 6 de Limonade - Episode 10

Il quitta la salle de cours pour se rendre à la cantine. Une fois de plus, il déjeuna seul, perdu dans ses pensées. La couleur jaune du riz qui accompagnait un rectangle de poisson ne parvenait pas à faire oublier son absence de saveur. Seule la crème au chocolat releva le niveau du repas, mais elle laissa l’adolescent sur sa faim. Même en vidant consciencieusement son assiette, il trouvait les portions scolaires trop réduites.

Avant de se lever, il avisa la longueur de la queue qui s’étendait derrière les rails métalliques du self. Il était inutile d’espérer obtenir un supplément de nourriture comme c’était le cas à la fin du service.

Résigné à ce que son estomac gronde dès trois heures de l’après-midi, il emporta son plateau vers le service. En chemin, il manqua d’être percuté par un groupe d’élèves de terminale. Par réflexe, il allait s’excuser lorsqu’il vit que Fabrice faisait partie de la bande.
— Tu as deux minutes ? lui demanda-t-il.
— Seulement si c’est important, dit-il en jetant un regard en coin à ses copains.
— C’est sur les runes.

Un sourire sans joie apparut sur les lèvres de Fabrice, puis il se retourna vers le groupe.
— Je vous rejoins dans deux minutes. Alors, ne restez pas plantés là comme des idiots.

La bande s’éloigna à la recherche d’une table assez grande pour les accueillir. Corentin en profita pour appuyer son plateau contre le mur et tenter d’accéder à son sac. Son compagnon saisit le plateau qui menaçait de tomber et demanda à voix basse :
— Qu’est-ce que tu as à me dire sur les runes ?
— Tout est là-dedans, répondit-il en lui donnant le mot rédigé en cours de mathématique.

Il récupéra ensuite son plateau pour l’apporter au nettoyage tandis que Fabrice rejoignait son groupe de copains.

lundi 26 juillet 2010

Chapitre 6 de Limonade - Episode 9

Au lieu de recopier la correction des exercices, l’adolescent préféra écrire un résumé de ses découvertes sur les runes à l’attention de Fabrice. Sans entrer dans les détails sur la manière dont il l’avait découvert, il donna une description succincte du forum de magie wiccante. Il aborda ensuite les enchantements à base de runes et la signature qui devait y être associée.

Le temps que Corentin termine ses explications, son professeur de mathématique avait repris sa place. Le cours proprement dit débuta et, bien qu’il ait consacré plus d’une heure la veille aux équations, il ne réussit pas à s’accrocher. Dès les premières lignes, son esprit dériva et fut absorbé par des réflexions sur les événements des jours précédents.

Au fur et à mesure que sa sensibilité pour la magie augmentait, il réalisait l’étendue de son ignorance. En dépit de la soirée passée sur Internet, il n’avait pas l’impression de connaître quoi que ce soit aux croyances wiccantes.

S’il désirait vraiment aider Gwenaëlle, il devrait se mettre à étudier avec sérieux les différentes formes de magie qui avaient pu retenir l’intérêt de son ami. Face à ses inquiétudes pour la jeune fille, les préoccupations scolaires de ses parents ne pesaient pas grand-chose.

Lorsque le cours toucha à sa fin, l’adolescent regarda avec dépit la page où il avait noté quelques bribes de la leçon. Il manquait la moitié des explications de monsieur Joly, ce qui l’obligerait à réviser à partir de son livre.

En triant les feuilles volantes, il eut la surprise de retomber sur les édifices cristallins qu’il avait dessinés la veille. L’espace d’un instant, il crut distinguer l’esquisse d’une silhouette perdue entre les bases des tours. Cette image s’évanouit aussitôt, remplacée par une impression d’inachevée.

Corentin effleura l’endroit où aurait dû se trouver le prisonnier de ce décor de cristal. La fine poudre de graphite s’accrocha à ses doigts, puis il remit le dessin dans son cahier et rangea le tout dans son sac à dos.

vendredi 23 juillet 2010

Chapitre 6 de Limonade - Episode 8

Corentin poursuivit ses recherches, en vain. Il s’apprêtait à abandonner pour retourner au lycée quand son compagnon demanda d’un ton suspicieux :
— Tu savais que c’était des runes ?

Cette question le surprit, puis il réalisa que Fabrice ignorait tout du forum sur lequel il avait passé sa soirée. Ses pensées passèrent du jardin de Ceridwen, à ses exercices de mathématiques, puis finir sur les cours qui allaient reprendre très bientôt. Il s’exclama :
— Il faut que j’aille en maths !

Sans prendre le temps de répondre à son ami, il tourna les talons et repartit en direction du lycée. Inquiet à l’idée d’être signalé comme absent, il courut encore plus vite qu’à l’aller. Ses efforts furent couronnés de succès, il réussit à atteindre le portail juste avant que les surveillants ne le referment, puis il monta les escaliers quatre à quatre jusqu’à sa salle de cours.

Son retard lui valut une remontrance du professeur, ainsi qu’une obligation de corriger l’exercice au tableau. Les réponses qu’il avait griffonnées dans son cahier durant le cours d’espagnol l’aidèrent à démarrer, mais il fut perdu dès la quatrième question. Monsieur Joly fit taire les commentaires désobligeants de ses camarades et, constatant qu’il ne parvenait pas à avancer, il envoya l’un des élèves moqueurs le remplacer.

Une fois retourné à sa place, Corentin sentit la chaleur quitter peu à peu son visage. Il avait les joues et les oreilles en feu, autant à cause de sa course pour regagner le lycée que de sa timidité. Soudain, il réalisa que, non seulement, il avait abandonné Fabrice sur le terrain de basket, mais qu’en plus, il n’avait même pas répondu à sa question sur les runes.

mercredi 21 juillet 2010

Chapitre 6 de Limonade - Episode 7

Un long moment de silence ponctua ses explications enthousiastes. Devant le regard perdu de Fabrice, l’adolescent s’inquiéta :
— Tu as compris quelque chose ?
— Que dalle ! J’ai juste compris que c’était un truc magique, comme la disparition de mes souvenirs.

Bien qu’il soit involontaire, le rappel de cet épisode plongea Corentin dans sa culpabilité. Afin de dissimuler son trouble, il dirigea vers le poteau où il avait décrypté les runes. Son compagnon sur les talons, il s’accroupit sur le goudron à la recherche des symboles.

Il observa avec attention chacun des gribouillages inscrits dans la peinture bleue, mais ne vit de runes nulle part.
— J’ai pas rêvé, marmonna-t-il. Ils étaient bien là hier.

Derrière lui, Fabrice avait préféré allumer une cigarette plutôt que de l’aider. Néanmoins, son comportement finit par l’intriguer, car il lui demanda :
— Tu n’arrives plus à les retrouver ?
— Non. Je me rappelle vaguement des endroits où elles étaient, mais il n’y a plus rien.

Afin de prouver son affirmation, il désigna une zone où la peinture avait été grattée jusqu’au métal.
— Ici, il y avait une espèce de lettre qui ressemblait à un B.
— Maintenant, il n’y a plus rien. On dirait que ça a été effacé récemment.
— Tu crois ?

Fabrice opina.
— Je vois mal qui se serait amusé à gratter uniquement les runes, à part la personne qui les a dessinées.

Cette hypothèse mit les deux garçons mal à l’aise. En effet, cela pouvait signifier qu’ils avaient fait l’objet d’une surveillance quand ils avaient joué sur ce terrain la veille. Leur disparition rendait ses runes d’autant plus intrigantes, bien qu’ils ignorent si elles avaient un lien quelconque avec le sujet qui les préoccupait tous les deux : Gwenaëlle.

lundi 19 juillet 2010

Chapitre 6 de Limonade - Episode 6

La matinée se poursuivit avec un cours d’espagnol assuré par un professeur remplaçant. Il mit à profit les longs monologues dans lesquels celui-ci s’égarait pour sortir ses exercices de mathématiques. Bercé par les intonations monotones, bien qu’hispaniques, du jeune homme, il réussit à répondre aux trois premières questions avant de jeter l’éponge.

Il passa le reste du cours, le regard dans le vague, à fixer la silhouette qui s’agitait devant lui et dont le pull beige, porté sur une chemise orange, tranchait sur le fond vert sombre du tableau. La sonnerie qui retentit dans le couloir l’arracha à cette torpeur. Il remballa ses affaires en vitesse, puis quitta la salle pour se rendre sur le terrain de sport.

Au niveau du portail, il fut englouti par la marée des lycéens venus fumer leur cigarette à l’extérieur. Il en ressortit quelques instants plus tard, au bord de l’asphyxie et les yeux larmoyants. Dès qu’il eut dépassé l’établissement, il courut afin de ne pas perdre de temps en chemin.

Lorsqu’il arriva devant les terrains, il constata avec satisfaction qu’ils étaient vides. Soudain, il entendit une voix dans son dos.
— Qu’est-ce que fais là ? lui demanda Fabrice.

Les deux adolescents, essoufflés d’avoir couru, se retrouvèrent sur les bandes de couleurs superposées qui correspondaient aux délimitations des terrains de handball et de basket. Corentin étant arrivé le premier, il n’éprouva aucune difficulté à expliquer sa présence. Seules ses joues rougies trahissaient son activité physique.
— J’ai découvert que les symboles gravés sur le poteau sont des runes celtiques, expliqua-t-il.

Son compagnon haussa un sourcil dubitatif, puis demanda :
— Est-ce que ça explique tes aptitudes à mettre des ballons dans le panier ?
— Oui ! En recopiant les runes, je me suis approprié l’enchantement. Normalement, seul le créateur peut l’utiliser.

vendredi 16 juillet 2010

Chapitre 6 de Limonade - Episode 5

Une secousse marqua l’arrêt du bus devant le lycée. Les portes s’ouvrirent dans un chuintement pneumatique pour laisser le passage aux élèves qui se trouvaient à l’intérieur. Les sièges et les allées se vidèrent d’une grande partie de leurs occupants. Ceux-ci se dispersèrent sur le trottoir qui bordait l’établissement.

Corentin regarda sa montre. Un détour par le terrain de sport afin d’aller jeter un œil aux runes le mettrait irrémédiablement en retard. Il dut donc décaler son examen attentif du panier de basket et prit la direction des salles de classe.

Après une vérification machinale du tableau des absences, il fouilla dans son sac à la recherche de son emploi du temps. Il parcourut le tableau coloré, hésita sur le fait d’être dans une semaine paire ou impaire et, finalement, se rendit au cours d’histoire dispensé par madame Floumeule.

Il arriva dans la salle avec quelques minutes d’avance et en profita pour s’installer contre un mur dans la rangée de tables située au milieu de la salle. D’expérience, il savait que les professeurs n’accordaient qu’une très faible attention aux élèves qui se trouvaient à cet endroit. À condition de ne pas chahuter, il bénéficiait là d’une invisibilité presque parfaite.

Le cours débuta et se termina à l’heure dite, sans que l’adolescent se soit fait remarquer. Il s’était contenté de garder les yeux ouverts en direction du tableau, de recopier ce que madame Floumeule y écrivait et de se taire.

mercredi 14 juillet 2010

Piratation intempestive par une chauve souris ninja...

Je suis au regret de vous informer que ce blog a été piraté.

Un nouveau programme est mis en place.

Ceci n'est pas un régime totalitaire.

En fait, ça serait plus littéraire.

(Mais nous n'oserions employer ce terme.)




La Critique Géniale du Docteur Jean-Charles.


Je me présente, Jean-Charles, chauve-souris à tendances psychotropes, Maitre du monde ès armée de cookies ninjas et pseudo critique littéraire à mi temps. Et apprenti pirate de blog.


J'ai été "engagé" par Magali pour parler un peu de ce que je lis... Je bouquine un peu, et j'ai une nouvelle carte d'abonnement à la médiathèque en face chez moi, je vais donc me faire un plaisir de vous en faire profiter.


Par quoi commencer? Un classique? Ou une petite perle? Ou encore, un sombre roman découvert à l'ombre d'une étagère branlante?


Pour être totalement objectif, je laisserait le choix au hasard, qui se manifeste souvent par le premier bouquin qui fait la connaissance de mon pied. Aujourd'hui, ce sera donc la Trilogie Axis, de Sara Douglass.


Tout d'abord, c'est un roman de trilogie, qui comporte trois petits pavés d'environ 700 pages chacun. Ça peut rebuter, je l'admets, mais la lecture est d'une facilité déconcertante. (Je ne vous dirais pas en combien de jours je les ai lu, je ne suis pas un bon référentiel).


On débute le récit avec Axis, jeune neveu du roi à l'avenir prometteur qui rencontre une jolie jeune fille lors d'une réception en l'honneur de son oncle. Bon, c'est sur, le début est basique, voire chiant, surtout que le héros est beau, et la fille, aussi (surprise!). Tout aurait pu aller très bien si le vilain cousin d'Axis n'avait pas voulu se méler de la partie.


Bon, jusque là, je dois avouer m'être emmerdé, maaaais, un bon lecteur ne doit pas s'arrêter aux premières impressions, j'ai donc continué. Et là, surprise, ce roman « pour passer le temps » acheter dans la grande surface la plus proche se révèle être un roman « agréable et ayant quelques rebondissements sympas ».

On découvre un monde de fantasy assez bien ficelé, avec trois races principales, les humains, les Icarii et les Achars, plus les méchants Skraelings. S'en suit un passe passe entre amour, guerre et politique, où les méchants ne sont pas si méchants que ça, et les gentils, et bien, gentils, mais pas tout à fait. Des personnages attachants (je pense surtout à Faraday, qui souffre comme une héroïne de tragédie grecque) et détestables (là, je pense à Axis, qui est un homme après tout, et qui, comme tout les hommes, préfère penser avec autre chose que ses neurones) sont au menu. Et c'est un petit régal!


Bien que n'étant pas transcendant, la trilogie Axis est un roman agréable pour bronzer sur la plage ou étayer de longues soirées d'hiver. A ne pas mettre dans toutes les mains non plus, certains passages sont assez crus et ne conviendraient pas à de jeunes personnes.


Sur ce, je rends le limo-blog à Magali, et retourne explorer ma nouvelle médiathèque.


(Nous reviendrons, sachez le.)

lundi 12 juillet 2010

Chapitre 6 de Limonade - Episode 4

Les graviers crissèrent sous ses pas quand il traversa le jardin, puis le portillon grinça et il se retrouva sur le macadam du trottoir. Les toits d’ardoises des pavillons du voisinage, mouillés par une averse nocturne, brillaient sous les timides rayons de soleil.

Le vent vif repoussait les nuages vers l’est et apportait le froid ainsi qu’un ciel dégagé. Corentin remonta la fermeture éclair de sa veste et regretta de ne pas avoir mis de vêtements plus chauds en s’habillant.

Soudain, la silhouette familière d’un bus apparut de l’autre côté de la rue. Corentin n’arrivait pas à distinguer son numéro, mais il préféra se mettre à courir afin d’arriver devant l’arrêt avant lui.

Après ce sprint d’une cinquantaine de mètres, Corentin n’eut pas le temps de reprendre son souffle. Le véhicule s’immobilisa à côté de lui et il se faufila avec soulagement parmi les autres usagers pour atteindre le fond du véhicule.

Le trajet qui l’amena au lycée ne durait qu’une dizaine de minutes, ce qui n’était pas suffisant pour qu’il tente de continuer les devoirs de mathématiques qu’il avait négligés la veille. Il replongea donc dans le souvenir des informations sur les runes qu’il avait découvertes sur le forum.

Il regretta de ne pas être allé voir si son dernier message avait obtenu une réponse, mais il tenait d’abord à observer une nouvelle fois les symboles gravés sur le panier de basket. Il espérait y trouver des indices sur la personne qui les avait dessinées là.

En effet, WiccaMama prétendait que, pour être efficace, l’enchantement devait contenir la signature de son auteur. Or, aucune des runes qu’il avait recopiées ne s’apparentait à une quelconque signature. Elle devait lui avoir échappé parmi les innombrables gribouillages qui zébraient la peinture bleue des poteaux.

vendredi 9 juillet 2010

Chapitre 6 de Limonade - Episode 3

Comme par magie, Lucifer apparut derrière elle et miaulant de toutes ses forces pour attirer son attention.
— Je pense qu’il a faim, dit Corentin lorsqu’il reposa son bol vide sur la table.

Les miaulements appuyèrent ce commentaire. Sa maîtresse ignora néanmoins sa détresse et jeta trois cuillerées de café en poudre dans le filtre de son antique cafetière.
— Il est encore trop tôt pour que je lui donne de la boîte, expliqua-t-elle. Ce chat n’est qu’un ventre sur pattes.

L’adolescent se retint d’ajouter que les crocs du félin lui servaient tout autant à manger qu’à mordre. Cependant, il avait encore la bouche pleine de pain et il n’avait pas le temps de bavarder avec sa tante.

Cette dernière ne se formalisa pas de son silence, elle-même n’étant pas une créature très sociable au saut du lit. Le café améliorait les choses, mais elle demeurait somnolente jusqu’à neuf ou dix heures et ne prenait aucun rendez-vous avant cet horaire.

Corentin quitta la cuisine après avoir débarrassé la table de ses affaires. Le nez dans sa tasse de café sa tante marmonna des paroles qu’il interpréta comme étant un souhait de bonne journée.

Le reflet qu’il croisa dans le miroir de l’entrée, juste avant de sortir, le poussa à perdre quelques secondes afin d’aplatir ses mèches de cheveux désordonnées. À peine disciplinés par la douche, ses épis châtains continuaient de pointer à la verticale. Peu satisfait du résultat obtenu, l’adolescent soupira, puis chaussa une paire de tennis blanches dépourvues de marque. Il enfila ensuite sa veste, ramassa son sac de cours et sortit de la maison.

mercredi 7 juillet 2010

Chapitre 6 de Limonade - Episode 2

Pendant ce temps, Corentin avait dévalé l’escalier abrupt afin de se rendre dans la salle de bain. Il se dépêcha de sauter sous la douche, en ressortit cinq minutes plus tard et se sécha.

Avant de descendre, il avait pioché des vêtements au hasard dans son armoire. L’absence totale de fantaisie vestimentaire lui offrait l’avantage de le dispenser de choisir sa tenue. Ce matin, il enfila un T-shirt de sport gris légèrement trop court par-dessus un pantalon bleu marine. Le pull de la veille, abandonné en boule sur sa chaise, compléta son habillement.

Il remonta ensuite dans sa chambre afin de récupérer son sac à dos qu’il déposa dans l’entrée en redescendant. Un regard à sa montre l’informa que, bien qu’il ait expédié ses préparatifs matinaux, il restait en retard d’une dizaine de minutes. Il accéléra encore la cadence pour préparer son petit déjeuner.

Il mit à profit le délai imposé par la minuterie du four à microondes pour découper des tranches de pain, puis il récupéra son bol de lait chaud et y ajouta le chocolat en poudre. Il termina par l’étalage de la confiture de prunes trop liquide fabriquée par sa mère sur ses tartines. Le pain de veille avait ramolli à cause de l’humidité et la confiture acheva de le détremper, laissant des marques poisseuses sur la toile cirée.

Un bruit de pas à l’étage lui apprit que sa tante venait de se lever à son tour. Elle fit son entrée dans la cuisine un peu plus tard, vêtue d’une tunique indienne et d’un sarouel en guise de pyjama et les cheveux hirsutes. Après avoir marmonné un bonjour à son neveu, elle ouvrit la porte du réfrigérateur afin d’y prendre sa boîte de café.

lundi 5 juillet 2010

Chapitre 6 de Limonade - Episode 1

De même que l’immense majorité des radioréveils, la sonnerie de celui que Corentin avait apporté chez sa tante était des plus désagréables. Néanmoins, il ne réussit à sortir de ses draps qu’après un quart d’heure de hurlements stridents.

L’adolescent se redressa, mais il fut incapable de bouger ses jambes. Il tendit la main vers le bouton situé sur le dessus du réveil afin de l’arrêter. Malheureusement, ses doigts étaient gauches et engourdis par le sommeil. Il alluma la radio par erreur et, en essayant de l’éteindre, il poussa le volume au maximum.

Toujours incapable de se lever, il tritura les boutons dans tous les sens jusqu’à ce qu’enfin le silence revienne dans la pièce. Un rai de lumière terne filtrait à travers le velux et tombait sur lit, à quelques centimètres de la forme sombre qui immobilisait Corentin.

Il remua les pieds afin de déloger Lucifer, couché en rond sur ses tibias. Lassé de cette agitation, l’animal ouvrit ses yeux d’un vert presque phosphorescent dans la faible lueur matinale.
— Allez, Lucifer descend de là !

Le chat traita cette injonction par le mépris et, telle une menace, étira ses pattes et les griffes qui les terminaient. Hélas pour lui, l’adolescent était déjà en retard et il ne prit aucune précaution pour s’extraire du lit.

En dépit des griffes enfoncées dans la housse, Lucifer ne put conserver son équilibre. Le félin fut secoué et se retrouva relégué dans un recoin du lit, un pan de couette replié sur lui. Il gronda, puis, trouvant cette cachette tiède à son goût, il s’y blottit pour poursuivre sa sieste matinale.

vendredi 2 juillet 2010

Éveil n°2 : Au fil de l'eau


Pour ce second numéro du fanzine Éveil, le thème choisi a été "Au fil de l'eau". Sept nouvelles ainsi que des illustrations couleur ou noir et blanc mettent en avant l'eau sous toutes ses formes.

Au sommaire de ce numéro, j'ai eu le plaisir de reconnaître quelques plumes familières (Léa Silva, Vanessa Terral, Marie-Anne Cleden, Stéphane Pihen et Hans Delrue) qui sont déjà apparues dans les précédentes publications de Transition.

Pour les nouvelles thématiques, Magali Couzigou commence avec "Cela ne me regarde pas". Cette nouvelle raconte la vengance contrariée d'une fée envers un individu des plus malfaisants. En dire davantage ne ferait que gacher l'intrigue que j'ai trouvée originale et bien construite.

Vient ensuite "Sourcicette", un autre très bon texte relatif aux fées écrit cette fois par Léa Silva. Ici, il n'est pas question de vengeance, mais plutôt d'un dette à payer à une lavandière évanescente. Bien qu'agréable, ce texte n'est pas exempt d'incohérences et j'aurais aimé que la question de la grand-mère ne soit pas évacuée aussi brutalement.

Tout d'abord, le titre de "Bridge over Troubled Water", la nouvelle de Rémi Billoir, m'a intrigué. En effet, je ne suis pas une adepte des titres en anglais (sauf si le texte entier est en anglais) et après la lecture, je ne comprends toujours pas la raison qui a motivé ce choix. Par contre, le lecture en elle-même a été un véritable régal. Dès les premières lignes, j'ai été saisie par les aventures de Damien, un adolescent capable de voir les morts qui suivent les cours d'eaux.

Le poème "Edwine Au-fil-de-l'eau" est la contribution de Vanessa Terral à ce numéro (en plus du travail éditorial). J'ai vraiment aimé le ton mélancolique de ses vers et la référence aux selkies-loutres.

Avec"Un fauve poids plume", Marie-Anne Cleden fait, une fois de plus, preuve de son talent pour raconter de belles histoires. Cette fois-ci, il s'agit des aventures d'une paruline jaune, un oiseau des montagnes rocheuses, qui a décidé de choisir un animal totem afin d'échapper à sa condition de volatile. Bourrée d'humour et de poésie, cette nouvelle est un très bon moment de lecture.

Le très réussit "Il Benedante" de Stéphane Pihen nous ramène à un univers mêlant réalisme et féérie. Le paysage écrasé de chaleur convient à la perfection avec la température actuelle où on recherche en vain un peu de fraîcheur. C'est d'ailleurs le besoin d'eau fraîche qui pousse Mario à se mettre en quête d'une source pour sauver sa grand-mère.

La partie thématique se termine avec "In Memoriam", une nouvelle d'Alice Louyot. Si le thème choisi n'est pas aussi original que les autres, ce texte est empreint d'une tristesse lancinante qui suit le cours paresseux d'une rivière. Le lien complexe qui unit l'héroïne à la rivière de son enfance donne toute sa force à ce récit.

La nouvelle "Une femme de lettres" est la dernière de ce numéro est c'est aussi la seule qui soit athématique. Elle a été écrite par Hans Delrue, un auteur dont j'avais beaucoup apprécié le style dans l'Éveil n°1. Il reprend dans celle-ci le thème de la vieillesse avec son regard à la fois doux et amer. L'incompréhension entre un père âgé, qui ne vit plus qu'à travers son amour pour une femme inisible, et son fils, que cette démence sénile déespère, est le point central et fort bien exploité de ce texte.

Mon avis général sur ce numéro d'Éveil est que la qualité des nouvelles qu'il contient s'est améliorée. Sur les sept textes, il m'a été difficile de trouver ceux qui m'ont le plus séduite, car leurs auteurs ont tous réussi à me faire voyager.

mercredi 30 juin 2010

Les mensonges de Locke Lamora


Les mensonges de Locke Lamora est le premier tome de la série de Scott Lynch intitulée : Les Salauds Gentilshommes. Doté d'une belle illustration, mais d'une quatrième de couverture qui laisse croire à un Robin des Bois sauce fantasy, ce livre m'a attirée par les bonnes critiques dont il bénéficie.

Malgré l'investissement (grand format oblige), je n'ai pas été déçue. La cité-état de Camorr où se déroule l'intrigue est un enchantement, que ce soit dans les édifices magiques de la noblesse ou dans les taudis des malandrins. Les chapitres consacrés aux entourloupes de Locke sont prétexte à visiter cette ville sous ses différentes facettes et l'auteur parvient à restituer la beauté des lieux à travers ses descriptions.

Si la lecture est des plus agréables, ce livre n'est pas dépourvu de faiblesses. J'ai trouvé que l'intrigue est longue à se mettre en place, mais que son dénouement est trop brusque. Cette impression est, à mon avis, due aux interludes qui s'insinuent entre les chapitres. Leur objectif évident est d'offrir au lecteur des explications sur les événements passés et, fort heureusement, ils sont intéressants. Cependant, les incessants aller-retours deviennent agaçant dès la moitié du roman.

A propos de l'histoire, il est assez difficile d'en donner un aperçu, car il faut être patient pour en découvrir les rouages. Je vais quand même m'y essayer alors je demande un brin d'indulgence :
"Depuis son enfance, Locke Lamora est un filou de la pire espèce. Retors et convaincu de sa grande intelligence, il met ses compétences aux services de sa bande : Les Salauds Gentilshommes. Afin de préserver leur indépendance vis-à-vis du roi de la pègre, ainsi que leurs vies, ils sont contraints d'agir dans le plus grand secret. Le jour où le mystérieux roi en gris commence à semer la pagaille dans les bas-fonds, l'équilibre des forces se redessine et pas forcement dans les intérêts de Locke."

C'est une lecture que je conseille vivement aux amateurs de fantasy d'intelligente, mais attendez quand même la sortie en format poche.

lundi 28 juin 2010

Révélations !

Cela fait un bon moment que je réfléchis/nous réfléchissons à la pertinence de ce billet. En effet, derrière le nom de Magali Coudrain, nous sommes en réalité deux auteurs : Evilie et Scribo Loutre.

L'idée (assez fumeuse) d'écrire Limonade provient d'une longue conversation estivale et de l'envie de mener un projet commun. Nous nous sommes donc mises toutes les deux au scénario, mais c'est la loutre qui a écopé de la partie rédaction. Bien entendu, Evilie conserve le droit de taper sur la loutre en cas de délire rédactionnel. En contrepartie, la loutre peut couiner pour avoir de l'aide lorsqu'elle tombe en panne d'inspiration.

Comme vous pouvez le constater, cette association fonctionne depuis plus de six mois. Nous sommes contentes du travail accompli, mais nous prévoyons déjà la prochaine étape dans notre plan de contamination.

Ces révélations ne devraient rien changer en terme de mises à jour ou de contenu. En effet, Magali reste notre vitrine, même si, en coulisse, il nous arrive d'intervertir les rôles.

Sur ce, la loutre retourne bosser le chapitre 6 de Limonade...

vendredi 25 juin 2010

Les aventures de Robert

Lors de mon billet consacré aux aides à l'écriture, j'ai réalisé que j'avais omis un guide d'importance : Robert. Ses aventures sont le prétexte à un manuel qui décrypte les techniques d'écriture de façon claire et directement appliquées (et applicables) aux littérature de l'imaginaire.

Vous pouvez le trouver sur le blog de Syven, son auteur : les aventures de Robert.

Sinon, il existe aussi un autre article des plus intéressant et qui commence à être très connu : Comment ne pas écrire des histoires, publié par la revue Solaris. La plume brillante d'Yves Meynard rend cette lecture savoureuse.

mercredi 23 juin 2010

Ma pile à lire de juin


J'avais abordé le sujet lundi matin, mais il me semble que c'est une bonne idée d'y revenir. Comme l'indique le titre, je vais détailler le contenu de ma pile à lire actuelle.

En cours :
  • Les mensonges de Locke Lamora (Les Salauds Gentilshommes - tome 1)
  • Servant of the Underworld
  • le second numéro d'Éveil


En tas au pied de mon lit :

  • Les sombres romantiques
  • Les dents de l'amour
  • Archnae
  • Sorcières et sortilèges
  • Les démons de Paris

Je ne manquerais pas de vous tenir au courant de mes lectures via les critiques de livres que je compte écrire sur certains d'entre eux.

lundi 21 juin 2010

Chapitre 5 le Limonade - The end

Déjà la fin du cinquième chapitre qui a été un peu longue à venir pour cause de vacances (et de panne d'inspiration). Pour ceux que cela intéresse, le chapitre 5 commence ici : épisode 1.

Ces derniers jours, ma pile à lire a atteint des sommets. Il donc temps que je me remette à lire, ce qui risque de mettre en pause l'arrivée du chapitre 6 de Limonade. Cependant, même si je me consacre moins aux aventures de Corentin et Fabrice, elles continuent de progresser dans mon crâne et j'ai bien l'intention de vous en faire profiter jusqu'au bout.

vendredi 18 juin 2010

Chapitre 5 de Limonade - Episode 11

De retour dans sa chambre sous le toit, l’adolescent jet a un coup d’œil au réveil qui indiquait une heure douze, puis enclencha la sonnerie pour le lendemain matin. À la faible lumière de la lampe de chevet, il vida son sac à dos et le remplit avec les livres et les cahiers dont il aurait besoin de lendemain.

Il se déshabilla ensuite en vitesse, enfila son pyjama et se glissa sous les draps. Pourtant, une fois la lumière éteinte, il ne trouva pas le sommeil. Bien qu’il ait découvert la nature des graffitis qu’il avait montrés à Fabrice, il avait complètement oublié de chercher une solution à la disparition de ses souvenirs.

Trop excité par la perspective de retrouver la trace de Gwenaëlle sur Internet, il avait même omis d’avouer sa tentative d’exorcisme à sa tante. Une ombre de culpabilité entachait la satisfaction que lui procurait sa découverte du forum de magie wiccante.

Corentin se remémora la conversation qu’ils avaient eue à la pause de l’après-midi, à peine plus d’une dizaine d’heures auparavant. Ils avaient convenu de se retrouver le mercredi, ce qui lui laissait la journée de mardi afin d’informer sa tante de son erreur.

Sa promesse intérieure de régler ce problème au plus tôt dissipa quelque peu ses inquiétudes. Cependant, ce furent ses nouvelles interlocutrices du jardin de Ceridwen qui occupèrent ses pensées. L’attitude dédaigneuse de ChaChina et celle compréhensive de WiccaMama esquissaient des personnalités qu’il peinait à deviner entre les lignes des messages du forum.

Le sommeil surprit l’adolescent alors qu’il s’interrogeait sur ces deux personnes et les motivations qui les avaient amenées sur Internet.

lundi 14 juin 2010

Chapitre 5 de Limonade - Epsiode 10

Une fois qu’il eut réussi à les identifier parmi ceux présentés sur le forum, il posta un nouveau message dans lequel il demandait des explications sur la combinaison qu’il avait recopiée.

Sa description des symboles s’appuyait sur ses notes ; il préféra néanmoins rester évasif sur l’endroit où il les avait découverts ainsi que sur leurs effets. Il n’avait encore aucune certitude concernant le véritable but de ses gravures et ce serait une excellente manière de s’assurer de la compétence des membres du forum.

La fatigue le rattrapa alors qu’il fermait la fenêtre du navigateur Internet. Il était maintenant minuit passé ; ses yeux le brûlaient et il ne cessait de bâiller. Avec une pointe de regret, il songea qu’il n’avait toujours pas terminé ses exercices de mathématiques.

Il s’apprêtait à se déconnecter, lorsqu’un nouveau message électronique arriva. Celui-ci l’informait que quelqu’un du forum avait répondu à sa question sur les symboles. Poussé par la curiosité, il retourna sur « le jardin de Ceridwen ».

En effet, une dénommée WiccaMama avait posté un message en réponse au sien. Elle y disait notamment que les symboles étaient d’anciennes runes celtes et que leur combinaison transformait l’objet ensorcelé en aimant.

Il la remercia, puis en profita pour demander de plus amples informations sur le fonctionnement des runes. Le temps qu’il écrive son message, une seconde membre de la communauté avait ajouté sa propre question. Il s’agissait de ChaChina qui s’inquiétait de savoir s’il était l’auteur de ce sortilège.

Une demi-heure plus tard, il avait échangé une dizaine de messages supplémentaires avec WiccaMama. Il en savait désormais assez sur les runes pour comprendre comment il était parvenu à les activer alors qu’elles n’étaient censées fonctionner que pour leur créateur.

En recopiant le dessin, il avait récupéré une partie de leur pouvoir. Son exercice de visualisation mentale avait encore augmenté la force du sortilège, ce qui expliquait pourquoi le ballon était entré dans le panier alors qu’il avait tiré n’importe comment. Cela expliquait aussi pourquoi Fabrice n’était pas parvenu à de tels résultats.

ChaChina avait quitté la conversation dès qu’il avait reconnu ne pas avoir réalisé cet enchantement lui-même. Néanmoins, le nombre de messages qu’elle avait postés dans la section du forum consacré aux runes prouvait sa connaissance du sujet.

L’épuisement finit par avoir raison de Corentin. Il abandonna ses recherches magiques, éteignit l’ordinateur et sortit en laissant la porte entrouverte pour que Lucifer puisse vaquer à ses activités nocturnes. L’animal redressa la tête lorsqu’il se faufila dans le couloir, puis se rendormit aussitôt.

vendredi 11 juin 2010

Chapitre 5 de Limonade - Episode 9

Quand il reçut le message électronique de confirmation, il était presque vingt-trois heures. Impatient, il renonça à quelques heures de sommeil supplémentaires afin de poursuivre ses investigations. Il parcourut rapidement les sujets consacrés aux rituels magiques et aux célébrations des fêtes wiccantes.

Une série de messages en particulier attisa sa curiosité. Elle présentait les symboles à utiliser pour attacher un sortilège à un objet. Les explications étaient illustrées par des dessins parmi lesquels il reconnut certains des symboles gravés sur le poteau de basket.

Pour la première fois depuis la rentrée, Corentin se sentit plein d’une confiance nouvelle. Il sortit du bureau en silence, sans allumer la lumière du couloir de peur que sa tante ne l’aperçoive. À pas de loup, il remonta dans sa chambre et en referma la porte avec précaution.

La faible lueur de sa lampe de chevet lui permit de retrouver son sac de cours abandonné sous le bureau. Il défit la fermeture éclair de la poche avant, puis en tira le morceau papier sur lequel il avait griffonné les symboles du poteau. C’était bien les mêmes symboles que ceux du forum.

Il redescendit tout aussi discrètement l’escalier. Malheureusement, une forme sombre se précipita dans ses jambes alors qu’il traversait le couloir. De petites dents pointues s’attaquèrent à ses chevilles. Les feulements du fauve étaient assourdis par le tissu de son pantalon, mais l’adolescent craignit que cette agitation ne réveille sa tante.

Il saisit Lucifer par la peau du cou, évita ses coups de griffes furieux et l’emporta avec lui dans le bureau.
– Tiens-toi tranquille où je te fiche dehors.
La menace sembla faire son effet : l’animal cessa de se débattre et ses oreilles se redressèrent.
– C’est bien, dit-il en le posant sur le fauteuil à côté de la bibliothèque. Maintenant, laisse-moi tranquille et ne fais pas de bruit.

Le chat se roula en boule et, quelques minutes plus tard, il ronronnait aussi fort que l’ordinateur. Pendant ce temps, Corentin avait allumé la lampe qui se trouvait sur le bureau et déchiffrait ses gribouillis.

mercredi 9 juin 2010

Chapitre 5 de Limonade - Episode 8

S’en remettre au hasard, ou mieux à la magie lui parut être la meilleure option possible. L’adolescent ouvrit l’un des tiroirs du bureau où il trouva un jeu de tarots.
– Je vais prendre une carte dans le paquet, expliqua-t-il à voix basse pour ne pas alerter sa tante. Le numéro de la carte que je vais tirer sera le numéro du forum sur lequel Gwenaëlle a découvert la magie.

Un frisson descendit le long de son bras lorsqu’il piocha une carte. Il retourna en vitesse l’arcane sur le bureau, un six était inscrit en chiffre romain dans le coin supérieur de la carte. La coïncidence l’étonna, car cet arcane avait pour nom : l’amoureux.

Le personnage au centre de la carte était encadré par deux femmes. La symbolique de cette carte échappait à l’adolescent, mais il promit de demander des précisions à sa tante le lendemain. Pour l’instant, seul le chiffre six l’intéressait.

Fébrile, il rechercha le sixième site de la liste renvoyée par le moteur de recherche. Il s’agissait du forum le jardin de Ceridwen. Corentin cliqua et, après un temps de chargement bien trop long, une page aux couleurs douces s’afficha sur l’écran de l’ordinateur.

Il commença par lire le texte de bienvenue, puis, voyant que celui-ci semblait sérieux, il se dirigea vers la rubrique de présentation des membres. Sa lecture attentive des profils des différentes personnes inscrites sur ce forum lui permit d’identifier celui d’une certaine Gwenny14. Malheureusement, elle ne semblait pas avoir posté de message depuis le mois de septembre.

Afin d’accéder aux autres parties du forum, il lui était nécessaire d’être identifié et donc de créer sa propre page de présentation. D’après ce qu’il avait lu, rien ne l’obligeait à donner sa véritable identité. Il n’avait pas envie de se faire remarquer, pas plus qu’il n’avait envie d’alerter Gwenaëlle s’il s’agissait bien d’elle derrière le pseudo de Gwenny14.

Il opta pour un pseudo sobre, inspiré de son prénom avec une touche féminine pour ne pas se démarquer au milieu du forum presque exclusivement féminin. À présent, il s’appelait Cora et faisait partie d’une communauté wiccante virtuelle.

lundi 7 juin 2010

Chapitre 5 de Limonade - Episode 7

Seuls le lent cliquetis des touches du clavier et le ronronnement de l’ordinateur rompaient le silence qui régnait dans le bureau. Avec application, l’adolescent poursuivait l’écriture du message destiné à sa meilleure et unique amie.
« Dans ma classe, il n’y a personne que je connaissais avant. Je n’ai pas discuté avec grand monde, à part le premier jour. Ça va un peu mieux maintenant grâce à mes dessins, mais je reste presque toujours tout seul. Tu me manques. »

Il hésita une dernière fois avant d’envoyer le message.
– Pourquoi je me prends autant la tête, c’est juste un email pour Gwen, murmura-t-il.
Ces paroles n’eurent pas l’effet escompté, elles ne firent qu’accroître sa nervosité. Pourtant, Corentin, lassé de ses hésitations, cliqua sur le bouton d’envoi.

La lumière bleutée de l’écran se reflétait sur son visage, lui donnant une teinte encore plus pâle que d’ordinaire. Ses yeux commencèrent à le picoter, il n’avait pas l’habitude de passer autant de temps sur un ordinateur.

Retournant sur la page du navigateur, il accéda à un moteur de recherche dans lequel il saisit mes mots « forum magie ». Une liste de sites impressionnante apparut, cependant certains n’avaient qu’un vague rapport avec le sujet qui l’intéressait.

Il fouilla dans les souvenirs des conversations qu’il avait eues avec Gwenaëlle à la fin de l’été, avant qu’ils n’aillent tous les deux au lycée et qu’elle s’éloigne de lui. Le terme wicca lui revint en mémoire, cette forme de magie avait été la première à retenir l’attention de son amie.

Cette fois, la recherche se révéla plus fructueuse. Parmi les forums, plusieurs semblaient proposer une approche sérieuse de la magie. Néanmoins, ils restaient trop nombreux pour que Corentin puisse tous les consulter durant la soirée, d’autant plus qu’il était maintenant vingt-deux heures passées.

vendredi 4 juin 2010

Chapitre 5 de Limonade - Episode 6

Une fois seul devant la machine, Corentin commença par déballer le modem de son carton. Il examina avec soin les différents câbles, ainsi que leurs embouts, puis il fit une première tentative de branchement et alluma l’ordinateur.

Il obéit aux instructions qui apparurent sur l’écran et introduisit le disque d’installation. Après plusieurs minutes durant lesquelles l’ordinateur crépita, puis émit une sorte de grésillement sur plusieurs tons, l’adolescent pu ouvrir la page d’accueil du navigateur Internet.

Il commença par se connecter à sa messagerie où l’attendait l’unique email que lui avait envoyé Gwenaëlle l’été dernier. Depuis, il n’avait rien reçu d’autre, car personne dans son entourage n’était au courant qu’il disposait d’une adresse électronique.

Pendant un long moment d’hésitation, il fixa l’icône associée à la fonction répondre du message. Les questions qu’il aurait aimé poser à Gwenaëlle se bousculaient sans qu’il parvienne à déterminer lesquelles étaient pertinentes. Quand il finit par se décider à cliquer, il ne savait toujours pas ce qu’il allait mettre dans cet email.

Il hésita, écrivit « Coucou Gwen ! », puis il faillit refermer sa messagerie. Il se leva de sa chaise afin d’évacuer la tension insupportable qu’il ressentait.

Le bureau de sa tante était la pièce qu’il préférait. Situé au premier étage du pavillon, il donnait sur le jardin et ses fleurs. C’était là qu’Evelyne entreposait ses livres. Seulement une petite partie d’entre eux était consacrée à la voyance, les autres parlaient de voyages, d’aventure et de légendes anciennes.

Plus jeune, Corentin avait passé des heures plongé dans la contemplation des multiples bibelots, souvenirs de voyages autour du monde, qui étaient disposés au milieu des ouvrages accumulé sur les étagères.

Finalement, il se rassit, mais les mots suivants furent longs à apparaître.
« J’espère que tu vas bien et les choses se passent bien dans ton lycée. »

mercredi 2 juin 2010

Chapitre 5 de Limonade - Episode 5

Un miaulement déchirant, accompagné d’une bonne dose de grattage frénétique signala la présence de Lucifer à la fenêtre de la cuisine. Évelyne se leva de sa chaise pour lui ouvrir, puis revint à table avec une pomme.

Le chat ne s’intéressa pas au fruit et se rua dans les jambes de l’adolescent. Pas dupe pour deux sous, celui-ci comprit que l’animal convoitait le yaourt qui restait au fond du pot. Il le lui abandonna sans regret et s’adressa à sa tante :
– Pour commencer, il faudrait que tu aies une ligne Internet.
– Ne me prend pas une vieille imbécile, plaisanta-t-elle. J’ai déjà contacté France Télécom, la ligne est installée et je suis allée chercher le modem ce matin.

Une étincelle jaillit dans l’esprit de Corentin ; il disposait désormais d’un moyen de se lancer à la poursuite du mystérieux magicien qui avait promis son aide à Gwenaëlle. Absorbé par ses propres réflexions, il n’écouta pas les détails techniques de la connexion choisie par sa tante.

Il ne raccrocha la conversation que lorsqu’elle parla de modem.
– La dernière chose à faire, disait-elle, c’est de brancher le modem et l’ordinateur. Ensuite, il n’y aura qu’à vérifier que l’Internet fonctionne.
– Tu vaudras que je m’en occupe, proposa-t-il.

L’aspect intéressé de cette offre échappa à la perspicacité de la voyante. Sa journée à jouer les néophytes crédules l’avait épuisée. Elle consentit à son neveu le droit d’essayer les nouvelles possibilités de son ordinateur.
– Ne te couche pas trop tard, recommanda-t-elle avant de poser la vaisselle dans l’évier.

L’adolescent ne l’entendit même pas, il était déjà monté à l’étage et avait refermé la porte du bureau derrière lui.

lundi 31 mai 2010

Chapitre 5 de Limonade - Episode 4

Le résumé de la personnalité de la consultante aurait difficilement pu être plus éloigné de la vérité. Elle était en effet décrite comme une personne pondérée et sérieuse, sachant mettre sa rigueur au service de son travail. La dernière phrase concluait en beauté ce portrait, car elle lui conseillait de travailler sur elle afin d’être davantage à l’écoute des autres.
– C’était un truc de charlatan, ces tarots andalous.
– Je le crois bien. À ranger dans la même catégorie que l’influence des avions gros porteurs ou des vols d’oiseaux migrateurs sur le thème astral.
– Il y avait des choses intéressantes ?
– Oui, une en particulier. Mais je préférai attendre d’avoir dîné pour t’en parler. Au fait, tu as déjà mangé ?

Bien que ce fût déjà le cas, Corentin en profita pour grignoter en compagnie de sa tante. Depuis son entrée au lycée, il avait amorcé une phase de croissance accélérée. Il avait beau manger deux fois plus, il grandissait tellement qu’il paraissait chaque jour plus frêle.

L’argent que les parents de l’adolescent proposaient d’offrir en guise de dédommagement s’était systématiquement vu refuser. Même si Évelyne ne portait aucun intérêt à la vie de famille, elle manifestait une vive affection pour le plus rêveur de ses neveux.

Elle le fixa un long moment tandis qu’il terminait son yaourt aux fruits. Quand il eut fini, elle demanda :
– Tu y connais quelque chose à l’Internet ?
– Un peu, j’ai appris l’informatique au collège, en cours de technologie. Et puis, ajouta-t-il, Gwen m’a créé une boîte mail et elle m’a montré comment faire des recherches.
– C’est parfait, s’exclama sa tante. Tu vas pouvoir m’apprendre à m’en servir.

Cette brusque passion pour les nouvelles technologies intrigua l’adolescent.
– Pourquoi tu veux apprendre ça ?
– Mon chou, commença-t-elle. L’Internet est l’avenir de la voyance. Les gens commencent à peine à s’y intéresser, mais d’ici cinq à dix ans, tout le monde utilisera Internet.

Corentin en resta bouche bée. Cependant, il partageait le sentiment que cette idée n’était pas aussi insensée qu’elle n’y paraissait au premier abord. Après tout, Gwenaëlle avait bien découvert la magie noire grâce à un ordinateur.

vendredi 28 mai 2010

Chapitre 5 de Limonade - Episode 3

Évelyne profita du silence pour se décharger des affaires qui lui encombraient les bras. Elle arrangea le tas sur la commode de l’entrée, puis entreprit de raconter sa visite au congrès de voyance. À en croire sa tenue, qui évoquait davantage la mère de famille que la voyante professionnelle, elle y était allée dans le but d’observer les méthodes de ses concurrents.
– Je suis arrivée à l’ouverture du salon et, en moins de vingt minutes, trois experts en numérologie et deux autres plus orientés profils astraux m’ont proposé une consultation d’essai.
– Ils ont vu des choses intéressantes ?
– Ah ça, oui. Ils en ont vu de toutes les couleurs.

Le large sourire et les yeux pétillants d’Évelyne témoignaient de l’amusement que lui procurait le fait de mener en bateau tous ces soi-disant experts en arts divinatoires. Elle farfouilla dans la pile de papiers et tendit une fiche à Corentin.
– Celui-là est vraiment désopilant, commenta-t-elle.

Effectivement, dès les premières lignes, l’adolescent de ne put s’empêcher de sourire. La lecture des tarots andalous, une méthode de divination tzigane, informait sa tante qu’elle allait bientôt accomplir le projet longtemps reporté de visiter la ville de Venise. La curiosité le poussa à demander :
– Tu es allée en Italie il y a combien de temps ?
– Au moins quinze ans et je ne compte pas y retourner de ci-tôt, et surtout pas à Venise. Ce que j’ai pu détester cette ville, ces hordes de touristes, ces pigeons par centaine, cette atmosphère humide !

Son neveu poursuivit sa lecture. Il faillit éclater de rire en voyant les mots « mariage convivial » et « nombreux enfants » imprimés noir sur blanc.
– Elle était vraiment à l’ouest. Tu n’as jamais voulu te marier, ni avoir d’enfants.
– Non, j’ai laissé ces ambitions à mes sœurs.

Les sœurs en question, à savoir la mère de Corentin et ses autres tantes, émettaient une profusion d’hypothèses concernant cette absence de désir de vie familiale à chacune de leurs réunions de famille. Elles avaient même essayé de lui présenter des amis ou des collègues espérant une rencontre romantique, mais Évelyne ne s’y laissait pas prendre.

mercredi 26 mai 2010

Chapitre 5 de Limonade - Episode 2

Le hurlement de la sonnette arracha Corentin à ces édifices cristallins alors qu’il s’apprêtait à coucher sur le papier la personne à l’origine de ces reflets. Il lâcha le portemine, puis appuya ses paumes fraîches contre ses paupières. La migraine avait quelque peu relâché son emprise, néanmoins la tension qui lui avait inspiré ce dessin persistait.

Un second coup de sonnette retentit plus longuement, suivit de plusieurs autres. Ce bruit horripilant contraignit l’adolescent à trouver l’énergie de quitter le calme de sa chambre. Il était épuisé et aurait préféré rester à se reposer, mais en l’absence de sa tante il se devait d’ouvrir aux visiteurs.

Il descendit l’escalier abrupt qui menait au premier étage, puis dévala les marches jusqu’au rez-de-chaussée. Avant même d’avoir ouvert la porte, il eut la certitude qu’il s’agissait de sa tante qui, une fois de plus, avait oublié ses clés avant de partir.

Il constata que son intuition ne l’avait pas trompé quand, après qu’il eut déverrouillé la serrure, Évelyne pénétra dans l’entrée, les bras chargés de prospectus, de livres et de gadgets divinatoires. Sans prendre la peine de se débarrasser de ses affaires, elle demanda à son neveu :
– Alors, comment c’est passé ta journée ?
– Normal, comme un lundi.

À peine avait-il prononcé cette réponse automatique qu’il réalisa qu’elle était fausse. Il se remémora sa conversation avec Fabrice et l’engagement qu’il avait pris. Afin de préparer le terrain à propos de la tentative d’exorcisme et de ses conséquences, il ajouta :
– J’ai déjeuné au parc avec Fabrice.
– Le garçon qui est rentré avec toi la semaine dernière.

Il acquiesça, puis resta silencieux. Il ignorait comment présenter l’amnésie de son ami sans dévoiler les changements survenus dans le comportement de Gwenaëlle. Partager ses inquiétudes concernant son amie d’enfance revenait à admettre l’étendue de l’affection qu’il avait pour elle. Pour le moment, il s’y refusait et s’accrochait à ce secret avec obstination.

lundi 24 mai 2010

Chapitre 5 de Limonade - Episode 1

À peu près à la même heure, Corentin leva les yeux des feuilles éparpillées et du livre de mathématiques ouvert devant lui. Il avait beau insister, le programme de révision que monsieur Joly lui avait demandé de préparer en vue du cours du samedi matin demeurait incroyablement obscur. Quel que soit le temps qu’il y consacrait, il était incapable de trouver la moindre bribe de solution à ces exercices.

En revanche, des images se bousculaient dans son esprit et le distrayaient sans cesse de ses cours d’algèbre. Il refusa de s’abandonner à ses visions de cités évanescentes, mais celles-ci s’imposèrent jusqu’à lui donner la migraine.

Résigné, il sortit un crayon gris de sa trousse et le laissa glisser sur une feuille de brouillon. Sous la pointe de graphite, de fantastiques tours cristallines apparurent, dressées vers le ciel tandis que leurs bases se perdaient dans un flou grisâtre, à peine esquissé.

Corentin considéra un moment sa création avec le sentiment qu’elle n’était pas achevée. Il rangea le crayon et opta pour un portemine afin de dissiper le brouillard qui recouvrait le niveau inférieur du dessin.

Alors que les premiers traits lui étaient venus spontanément, il hésitait à présent sur la manière de procéder. Il fit l’effort de poursuivre les visions qui s’imposaient à lui, après avoir tenté de les repousser pendant des années.

Peu à peu, les détails apparurent avec une précision tranchante dans les brumes crayonnées d’une mine trop épaisse. L’architecture fabuleuse des tours se poursuivait plus bas, toujours aussi translucide. Cependant, les formes dessinées devinrent plus tortueuses, plus hésitantes. Elles finirent par former un véritable labyrinthe cristallin dans lequel se perdaient les reflets indistincts de visages.

vendredi 21 mai 2010

Pénombre n°2 : Gouttières, toits et greniers


Je ne préfère même pas compter le nombres de jours (semaines ou mois) que le numéro 2 de Pénombre a passé dans ma pile à lire. Pourtant, son thème est des plus alléchant : "Gouttières, toits et greniers (et autre fays d'en haut)".

J'ai néanmoins fini par le lire en quelques jours avant de mettre la main sur le numéro 2 d'Éveil dont le thème sera "Au fil de l'eau".

Revenons à nos toits, puisque c'est là le thème retenu pour le fanzine dédié aux "Créatures de la nuit" et à la "Féérie urbaine" comme le proclame à la très belle couverture de Cécile Guillot.

Cet opus débute avec la nouvelle d’Élisabeth Swanston intitulée "Sur les toits de Paris". Comme son titre le laisse présager, cette histoire se déroule parmi les cheminées de la Ville lumière, mais côté sombre. Épaulée par un ami improbable, une jeune femme se construit sa propre existence dans une alternance de jours et de nuits sans repères. Bien que déroutante, dans les premiers paragraphes, cette histoire se révèle captivante et très agréable à lire.

Déjà publié dans le précédent numéro, Frédéric Vasseur revient avec "Le protecteur". La touche de SF féline en début du texte est des plus classiques, peut-être même un peu trop classique. Elle s’efface cependant au profit d’événements dans la plus pure lignée du fantastique. Plus que la narration ou le héros à quatre pattes, c’est la structure du récit que j’ai trouvé séduisante et originale.

Dans "L’ange de l’arche", Anne Goulard se penche sur les transformations subies par une créature tenant à la fois de l’ange et de la gargouille. À travers le regard de cet ange, elle donne au lecteur un aperçu du quartier d’affaire de la Défense et de son passé.

La nouvelle suivante est l’œuvre de Marie-Anne Cléden, il s’agit de "Sur une pente glissante". Pour connaître l’auteure, je m’attendais à un texte doux, teinté de mélancolie et d’optimisme. L’évocation de la relation entre Mary et de Riv, un ondin qui s’installe sur son toit les jours de pluie, correspond à mes attentes. Néanmoins, l’écriture précise de Marie-Anne rend ses personnages accrocheurs et terriblement réels.

Si jusqu’à présent les auteurs se sont passionnés par ce qui se déroulait sur les toits, Stéphane Pihen se glisse dessous pour nous entraîner dans un grenier. Avec "Petites dents effilées", il faut se préparer à frémir devant les minuscules créatures qui peuplent les sombres recoins remplis de poussière. Personnellement, cette nouvelle m’a rappelé un passage de Malpertuis (histoire d’une maison fantastique) et, vu que c’est un de mes livres préférés, j’ai adoré.

Pour conclure la partie thématique, Maxime Bernard nous parle de chat, mais pas uniquement, dans "Samarobrivam Tectum". Sous prétexte de faire découvrir le monde des toits et des gouttières à un héros cloitré dans son appartement, l’auteur nous promène dans un Amiens fantastique et ténébreux à souhait. Les personnages sympathiques et le décor réaliste réussissent presque à faire oublier le style maladroit.

Cette fois-ci, la partie athématique est un peu chétive puisqu’elle ne comporte qu’un article et une nouvelle. Je vais rapidement passer sur le premier, une critique de l’Encyclopédie amoureuse des vampires, car il ne présente guère d’intérêt à mes yeux. La seconde, quant à elle, a été écrite par Vanessa Terral et porte un titre prometteur : "Orage dans le métro". Dès les premières lignes, j’ai été scotchée par la justesse des descriptions et le charisme de l’héroïne : Hélianthe Palisède. L’ambiance est prenante, le style à la fois riche et limpide et les péripéties ne manquent pas.

La qualité des illustrations est moins homogène dans ce numéro que dans le précédent. Cette impression est probablement due à l’omniprésence de Nemo dont le trait demeure très amateur. À côté de ça, des textes comme "L’ange de l’arche" ou "Sur une pente glissante" se retrouvent avec de très belles réalisations, respectivement de Maïté Nicolas et de ABeardyMan.

mercredi 19 mai 2010

Conseils d'écriture donnés par des gens qui savent de quoi ils parlent

Désolée pour le titre du billet, mais je ne suis pas du genre à donner mes propres conseils d'écriture. Surtout que des personnes bien meilleures que moi s'y sont risquées et ont réussi le pari d'écrire des choses vraiment intéressantes.

Je ne vais pas présenter le collectif Cocyclics en long et en large, puisque la gazette Tintamare le fait très bien. De plus, il y a d'autres sources d'informations que je pense être moins connues.

Un site de super conseil d'écriture, en français qui plus est : Jusqu'au dernier mot. Malheureusement, il n'y a plus de mises à jours depuis 2008. Les archives restent cependant une mine d'articles à propos de l'écriture.

Du coup, pour trouver d'autres informations de qualité, je suis remontée à la source : Fiction Factor. Cette fois, c'est un site en anglais et très professionnel de surcroît. Il comporte une multitude de dérivés consacrée à la Science-Fiction (Sci-Fi Factor), à la littérature romantique (Romance Factor), à la fantasy (Fantasy Factor)...

N'hésitez pas y faire un tour, il y a des tas de choses à découvrir là-bas. C'est aussi valable pour les personnes qui n'écrivent pas, car c'est agréable de comprendre comment sont construites les intrigues dans nos genres de prédilection.

lundi 17 mai 2010

Et de 100...

C'est avec un brin d'émotion que je vous annonce que ceci est le centième billet publié sur le blog depuis le 22 septembre 2009. Mine de rien, ça en fait des choses que je raconte ici, même si je me concentre essentiellement sur Limonade.

Un peu plus de 6 mois est, à mon avis, une durée trop courte pour faire un bilan. Le rendez-vous est donc pris pour le 22 septembre 2010 pour voir où je suis arrivée en terme d'écriture, mais aussi de chroniques de lectures.

D'ici là, j'espère que vous continuerez d'apprécier Limonade et que les commentaires remarcherons. En effet, depuis deux semaines, je suis dans l'impossibilité de répondre au messages que vous laissez ici (désolée Nessae...).

vendredi 14 mai 2010

Magali : future scénariste ?

Eh oui, quand j'ai envie de faire des choses différentes, je n'y vais pas avec le dos de la cuillère. Je me suis donc lancée dans la rédaction de scénario de courtes histoires dans un style manga (et plutôt shojo).

Ma complice dans ce plan machiavélique n'est autre que l'illustratrice qui a réalisé ceci et cela. Si nous arrivons à mener ces projets en parallèle de nos vies déjà bien remplies, ça sera vachement bien.

Première histoire (la plus courte) : Comme si de rien n'était...

Un garçon voit une année s'écouler au rythme de ses rencontres avec la fille qu'il aime et dont il ne sait presque rien. Quels secrets se cachent derrières ses lunettes en forme de cœur ?



Deuxième histoire : Le jour du serpent

"La journée commença par une sonnerie stridente, une suite ininterrompue de bipbip électroniques qui vrillèrent les tympans de Myriam. D’un geste ensommeillé, elle envola valdinguer le radioréveil posé sur un tabouret. La sonnerie ne cessa pas, bien que l’appareil fût désormais hors d’usage.
Elle réalisa alors que le bruit provenait de l’autre côté de la cloison.
« Tu peux pas l’éteindre, connard ! » cria-t-elle à l’attention de son voisin, un étudiant qu’elle croisait de temps à autre dans le couloir ou les escaliers.
Comme le réveil continuait à lui casser les oreilles, amenuisant à chaque seconde ses espoirs de se rendormir, elle glissa sa tête sous sa couette. Malheureusement, l’épaisseur n’était pas suffisante pour atténuer le bruit et elle finit par se lever.
A peine avait-elle quitté son lit que la sonnerie cessa.
"

mercredi 12 mai 2010

Black Mamba n°17

J'avais découvert cette revue à l'occasion d'un salon où leurs chouettes couvertures avaient attirées mon regard. Après avoir acheté (et pleinement apprécié) le numéro 11, j'ai fini par prendre un abonnement.

Le mois dernier, c'est le numéro 17 qui est arrivé dans ma boîte aux lettres (avec en cadeau le tome 1 du manga Doubt). Pour la couverture, je vous laisse juger par vous même, mais personnellement, je l'ai adorée.

Par contre, j'ai eu un peu plus de mal avec le sommaire qui a très vite viré dans le gore que ce soit pour les nouvelles ou les bandes-dessinées.

Par chance, j'ai commencé par la nouvelle de Karim Berrouka, "Ad fixam aeternam" et je me suis régalée. D'un autre côté, une nouvelle qui commence par "Chaque fois que j'écoute un disque de death metal, Belzébuth apparaît [...]", c'est du bonheur assuré. En dire plus me semble superflu, d'autant plus que l'atmosphère étrange qui imprègne cette nouvelle se met en place petit à petit.

Ensuite, je suis passée à "La divine comédie" de Jan Thirion et mon ressenti a été très différent. Cette nouvelle n'est pas faite pour laisser le lecteur indifférent que ce soit par son style embrouillé et onirique ou dans les scènes décrites. Là non plus, je n'en dirais pas plus, mais cette fois c'est parce que j'essaye d'oublier avoir lu cette nouvelle, décidément trop choquante à mon goût.

Les deux autres nouvelles "Mardi Grave" et "Papy Martin" ont en commun de parler de la vieillesse, un sujet assez inhabituel en SFFF (pour ce que j'ai pu en lire, je n'ai pas une connaissance exhaustive de ce courant). Néanmoins, j'ai préféré le seconde, en grande partie pour la tendresse des zombis de Laurent Million. Celle de Claude Ecken est plus dure, ce qui s'accorde avec le point de vue choisi et le ton tranchant de la nouvelle.

Pas de gros coup de cœur pour des illustrations en particulier, j'ai apprécié celle de "Ad fixam aeternam" (réalisées par TIIB), mais aussi celle qu'à faites Anaïs Depommier pour "La divine comédie".

Niveau BD, la qualité des dessins et des scenarii ainsi que diversité des styles m'ont plus que satisfaite. Cela dit, l'une des histoires courtes avait un air de déjà vu et je suis incapable de me souvenir où je l'ai lue.

Mon avis général sur la revue reste néanmoins positif. En effet, je n'ai pas accroché sur la thématique macabre de ce numéro, mais cela n'ôte pas la très grande qualité du travail des auteurs et de l'équipe éditoriale. Tous les textes et les bandes-dessinées apportent un éclairage différent sur des thèmes semblables.

lundi 10 mai 2010

Chapitre 4 de Limonade - The end

En dépit d'une perte tragique dans les deux derniers épisodes, ce chapitre s'achève dans la joie et la bonne humeur. Depuis le mois de décembre, j'ai déjà publié quatre chapitres sur les vingt initialement prévus (il risque d'y en avoir un peu plus, au final).

Pour le début du chapitre 4, c'est ici. Et pour le début du chapitre 5, il va falloir un peu de patience. J'ai des chroniques en retard et surtout l'envie d'écrire autre chose de temps en temps.

Bon, je ne vais pas vous laisser sans nouvelles de mon duo Corentin&Fabrice pendant des semaines. Le chapitre suivant est déjà bien entamé. Je devrais bien arriver à le finir sous peu et donc à avoir quelques billets d'avance.

vendredi 7 mai 2010

Chapitre 4 de Limonade - Episode 10

Une fois libéré de cette obligation familiale, il verrouilla la porte de sa chambre. Il commença par allumer le poste de radio posé sur son bureau au milieu des livres de cours et des brouillons. Les paroles en mauvais anglais de quelque groupe de pop à la mode lui arrivèrent au milieu des grésillements. Il inclina davantage l’antenne pour améliorer la réception, puis vida son sac sur le bureau.

Après avoir vérifié son emploi du temps, il procéda à l’échange des cahiers et remit les vêtements de Corentin soigneusement pliés à l’intérieur. Il récupéra le paquet de Marlboro light dissimulé dans sa trousse et en tira une cigarette.

Savourant par anticipation ce moment de détente, Fabrice ouvrit la fenêtre et s’assit sur le rebord. Les pieds dans le vide, juste au-dessus de la voiture de son père, il contempla le ciel nocturne teinté d’orange par les ampoules au sodium des lampadaires rennais.

Il alluma sa cigarette et en aspira une profonde bouffée. Il prit quelques minutes pour se remémorer sa journée et plus particulièrement sa visite au pensionnat Notre-Dame. Retourner là-bas ne l’enchantait guère, la surveillante risquait de ne pas l’avoir oublié. Pourtant, il lui faudrait bien récupérer son casque un jour ou l’autre.

Bien que Fabrice ne soit pas porté sur le mélodrame, les baisers échangés avec Gwenaëlle avaient un goût de trahison. Il était désormais convaincu que la relation qu’il entretenait avec elle n’était qu’un amusement passager. Cependant, il éprouvait des scrupules à l’avouer à Corentin. Celui-ci risquait fort de ne pas apprécier une attitude aussi désinvolte vis-à-vis de sa meilleure amie.

De plus, le mystère entourant la perte de ses souvenirs demeurait entier. Sans son aide, Fabrice craignait de ne jamais découvrir ce qui lui était arrivé.

Sa cigarette terminée, l’adolescent l’écrasa au fond d’une canette vide qu’il conservait à cet usage dans la pagaille de sa chambre. Il ferma ensuite la fenêtre et, après s’être assuré que ses parents de l’entendraient pas, descendit dans la cuisine se chercher à manger.

mercredi 5 mai 2010

Chapitre 4 de Limonade - Episode 9

Comme il s’y attendait, ses parents l’accueillirent plutôt fraîchement. Sa mère termina d’arroser les plantes vertes avant de remporter le pulvérisateur dans la véranda. Quant à son père, enfoncé dans son fauteuil, il leva les yeux des documents qu’il consultait.
– Tu n’étais pas censé rentrer à dix-neuf heures ?
– Si, répondit Fabrice du tac au tac. Mais je devais aussi passer rendre les vêtements que mon copain m’avait prêtés la semaine dernière.

Cette affirmation n’était qu’en partie fausse. L’adolescent avait bel et bien l’intention de rendre ses affaires à Corentin quand il était parti le matin. Cependant, leur conversation lui avait ôté cette idée de la tête et les vêtements se trouvaient toujours dans son sac à dos.
– Je connais ce garçon ? demanda sa mère lorsqu’elle revint dans le salon.
– Non, il n’est jamais venu à la maison.

Si sa mère ne rechignait jamais à ce qu’il invite des amis chez eux, c’était en grande partie pour garder un œil sur ses fréquentations. Fabrice n’était pas dupe de l’hospitalité maternelle et en profitait, tout en restant le plus évasif possible quand elle le questionnait.

Il se tourna ensuite vers son père qui continuait de l’observer par-dessus la monture de ses lunettes en demi-lune. La question qu’il attendait ne tarda plus.
– Quelles sont tes notes de la semaine ?
– Un quatorze en biologie, un treize en histoire et un dix-neuf et demi en maths.
– C’est bien.

D’aussi loin que Fabrice s’en souvienne, le rituel des notes avait toujours existé. Dès l’école primaire, son père lui réclamait le détail de ses résultats plusieurs fois par semaine. Ces comptes-rendus avaient perdu de leur fréquence quand la famille avait déménagé en province, mais ils restaient ancrés dans leur relation.

À présent que la discussion était close, son père replongea dans sa lecture. L’adolescent s’adressa donc à sa mère afin de l’avertir qu’il comptait travailler dans sa chambre et qu’il n’avait pas faim. Sans attendre la réponse maternelle, il tourna les talons et remonta l’escalier à toute allure.

vendredi 30 avril 2010

Interruption technique

Désolée pour l'absence de post aujourd'hui. J'ai égaré la fin de mon chapitre 4 et, en toute honnêteté, j'ai la flemme de la réécrire ce week-end. Ça sera donc silence radio jusqu'au début de la semaine prochaine, d'ici là je pense que j'arriverai à remettre la main sur la fin des aventures de Fabrice.

En attendant, je vais commencer le chapitre 5 afin de rattraper mon retard. J'ai aussi quelques chroniques de fanzines à préparer et des paquets de nouvelles à écrire.

mercredi 28 avril 2010

Chapitre 4 de Limonade - Episode 8

Son trajet sur les routes plus dégagées de la périphérie s’effectua avec davantage de fluidité. Il se permit même une brève, mais grisante pointe de vitesse quand il longea la zone industrielle avant d’arriver à Saint-Jacques.

Il ralentit en apercevant les premières villas modernes construites en bordure du village. Il mit son clignotant pour avertir la vieille Peugeot verte qui roulait derrière lui, puis tourna afin d’entrer dans le lotissement des Bruyères.

La maison familiale se trouvait au cœur des demeures récemment construite pour abriter les cadres lassés de la vie urbaine et leurs familles. Avec une maitrise due à l’habitude, Fabrice roula à vive allure dans les ruelles goudronnées et s’engagea dans l’allée menant au garage. La rutilante Audi de son père occupait toute la place sur les graviers. Il la contourna avec soin afin de ne pas la rayer et rentra sa moto à l’intérieur.

En dépit de l’obscurité, il réussit à se déplacer parmi les outils de jardinage et les cartons d’objets divers et variés. Ses doigts rencontrèrent l’interrupteur sur lequel il ne prit pas la peine d’appuyer, puis la poignée de la porte.

Fabrice déboucha au fond du couloir qui traversait le rez-de-chaussée de la maison. Il marcha en essayant de faire le moins de bruit possible, traversa l’entrée et monta à l’étage. La voix de sa mère retentit alors qu’il venait de pénétrer dans sa chambre.

Les chiffres rouges du radioréveil indiquaient dix-neuf heures vingt, soit plus de quinze minutes après l’horaire auquel il se devait impérativement d’être de retour à la maison. En temps normal, sa mère n’aurait pas fait de scandale pour un malheureux quart d’heure. Cependant, la présence de son père risquait de ne pas arranger les choses.

L’adolescent décida de redescendre avant que les choses ne s’enveniment. Il prit néanmoins le temps de sortir le devoir surveillé que son professeur de mathématiques lui avait rendu dans la matinée pour le laisser traîner négligemment sur son bureau. Il connaissait les petites manies paternelles et ce nouveau dix-neuf et demi sur vingt saurait le contenter.

lundi 26 avril 2010

Chapitre 4 de Limonade - Episode 7

En arrivant là où il avait garé sa moto, il réalisa que son casque était resté au pensionnat. La perspective d’y retourner était exclue, compte tenu des difficultés qu’il avait eues à en sortir. Il décida donc de laisser son casque à la garde de Gwenaëlle. Elle pourrait toujours le cacher quelque temps et le lui rendre plus tard.

Le souvenir de la jeune fille ramena celui de sa bande d’amies. Fabrice ne savait que penser d’elles ; leur conversation l’avait mis mal à l’aise. Il comprenait cependant qu’elles ne souhaitent pas parler librement devant lui, puisqu’il était à la fois un garçon et un étranger à leur lycée. Pourtant, il avait l’impression que leurs sous-entendus recouvraient bien plus de choses que des secrets romantiques de lycéennes.

La frustration de ne rien avoir découvert de concret commençait à lui titiller les nerfs. Il décida de remiser ses réflexions de côté jusqu’à ce qu’il soit revenu chez ses lui. Quand il était préoccupé, il avait tendance à rouler trop vite et, sans casque, cela pouvait se révéler tragique.

Il remonta sur sa moto et démarra. Les rues à sens unique, bordées de bâtiments tantôt en pierres grises tantôt en briques ocre le conduisirent jusqu’à une large avenue. Par précaution, Fabrice emprunta la piste cyclable sur le côté de la chaussée, ce qui lui valut les insultes d’un couple à roller qu’il dépassa.

Il pila au feu rouge et s’arrêta au milieu des voitures, avec une telle circulation l’absence de son casque se faisait sentir. Il respirait directement les gaz d’échappement et rien ne venait atténuer le vrombissement des moteurs au ralenti. Lorsque le feu repassa au vert, il effectua un virage serré pour prendre la direction de Nantes. À partir de là, il suivit la nationale jusqu’à sortir de la ville.

vendredi 23 avril 2010

Chapitre 4 de Limonade - Episode 6

Sur le pas de la porte, Fabrice réussit à dérober un baiser supplémentaire à sa petite amie.
— J’espère te revoir bientôt, dit-il.
— Moi aussi.

Une fois de plus, il ressentit l’absence flagrante de sentiments entre lui et Gwenaëlle. Cette fille avait beau être adorable avec ses traits harmonieux et ses petites manières, elle n’en demeurait pas glaçante. Cette impression était à des kilomètres de ce qu’éprouvait Corentin pour elle, ce qui fit naître une pointe de remords dans le cœur de l’adolescent.

Il songea un instant à l’avouer à Gwen, mais se ravisa. Il lui manquait encore trop de souvenirs afin de prendre une décision.
— Je vais y aller.

Elle acquiesça avec un soulagement visible, puis ferma la porte. Fabrice retourna vers l’escalier quand une voix perçante retentit dans son dos, immédiatement suivie par le bruit de talons sur le carrelage du couloir.
— Arrêtez-vous immédiatement !

Il ne prit pas le temps de regarder ce qui se passait, il espérait juste que Gwenaëlle saurait se faire discrète. D’un regard, il identifia le panneau vert qui signalait la porte menant à l’escalier de secours.
— Je vous ai dit de vous arrêter, jeune homme !

Soudain, un jappement rauque, presque un aboiement, couvrit le bruit des talons de la femme. Ensuite, ce fut un lourd silence qui s‘abattit dans le couloir. La curiosité de Fabrice l’emporta et, juste avant de s’engager dans l’escalier, il jeta un coup d’œil derrière lui.

La femme qui lui avait crié de s’arrêter était étendue sur le carrelage noir et blanc. Gwenaëlle était courbée sur elle, comme pour la ranimer. Lorsqu’elle aperçut son petit ami qui la regardait, elle lui fit signe de partir. Il dévala les escaliers à toute vitesse, craignant que les hurlements n’aient ameuté les surveillants.

Il réussit néanmoins à rejoindre le laboratoire de chimie sans encombre. Afin de remonter, il dut se hisser à la force des poignets jusqu’à pouvoir poser un genou sur le rebord. Les semelles de ses basquets ripèrent sur le crépi qui recouvrait le mur d’enceinte, mais il parvint finalement à passer par-dessus.

mercredi 21 avril 2010

Chapitre 4 de Limonade - Episode 5

La conversation repartit de plus belle sur la vie quotidienne au lycée Notre-Dame. Fabrice apprit que la cantine, à l’instar celle de n’importe quel établissement scolaire, y était désastreuse. Les pensionnaires étaient donc obligées de se ravitailler en friandises au supermarché le plus proche chaque semaine.

Plutôt que de faire semblant de se passionner pour ces propos inconsistants, il essaya de rassembler les bribes d’informations sur chacune des filles ainsi que de mémoriser leurs visages. En effet, l’objectif secondaire de sa visite au pensionnat était de découvrir les identités des amies de Gwenaëlle.

L’attitude d’Anne-Sophie ne correspondait pas avec les souvenirs qu’il gardait d’elle. De brunette timorée, elle dégageait maintenant une aura magnétique qui concentrait l’attention sur elle. Pourtant, elle conservait la même tignasse presque noire et, physiquement, n’avait rien d’une princesse.

Audrey et Laurie, qu’il était incapable de différencier tant elles accentuaient leur ressemblance, appartenaient à la même classe de terminale que la meneuse du groupe. Leur proximité et la façon dont elles la mettaient en scène avait quelque chose de troublant.

Elles portaient des barrettes aux couleurs vitaminées, orange pour l’une et turquoise pour l’autre, pour maintenir leurs franges en arrières et leurs chevelures impeccablement lissées. Les détails de leurs tenues obéissaient à la même règle, leurs lunettes et leurs bijoux étaient eux aussi similaires sans être identiques.

Le dernier membre de ce quintet féminin ne lui évoqua rien jusqu’à ce qu’il se rappelle des paroles de la tante de Corentin lorsqu’il avait dîné chez elle. Elle avait parlé d’une amie de Gwenaëlle aux jolis yeux verts et la bouche pincée. Cette description s’accordait à la perfection à Émilie.

Au bout de dix minutes, la conversation retomba à nouveau. Gwenaëlle murmura alors à l’oreille de Fabrice :
— Elles ont toutes peur que tu te fasses surprendre ici.
— Tu es en train de me demander de partir.
— Oui, souffla-t-elle.

Ne voyant pas comment justifier son envie de rester, il dut se plier à la volonté de l’adolescente. Il salua donc ses amies, puis se laissa entrainer vers la sortie.

lundi 19 avril 2010

Chapitre 4 de Limonade - Episode 4

— Eh les amoureux ! dit Anne-Sophie en se plantant juste à côté du couple. Vous n’êtes pas obligés de vous cacher dans un coin pour vous embrasser.
— OK, répondit Fabrice.
Il ajouta à l’attention de Gwen qui paraissait ennuyée de se donner ainsi en spectacle :
— Je suis très heureux de rencontrer tes amies.

L’installation du couple nécessita quelques échanges de places orchestrés par Anne-Sophie. Fabrice se retrouva entre elle et Gwenaëlle. Ensuite, elle procéda aux présentations. La fille qui lui avait ouvert se prénommait Émilie et les deux autres étaient Audrey et Laurie.

En dépit de leurs sourires polis, elles donnaient toutes l’impression de trouver sa présence hors sujet. Là encore, l’ascendant d’Anne-Sophie sur le groupe transparaissait dans leurs attitudes. Sous son impulsion, elles firent mine de reprendre une discussion normale.

Cependant, Fabrice n’était pas dupe. Il se doutait bien qu’elles ne décrivaient pas en détail les matières et les devoirs à rendre à l’instant où il avait frappé. Entre celles qui allaient passer leur bac à la fin de l’année et les deux nouvelles arrivantes, le dialogue n’était pas évident.

Soudain, une question traversa son esprit. Il n’hésita pas longtemps avant de la poser tant il s’ennuyait.
— Comment est-ce que vous vous êtes connues toutes les cinq ? Vous n’êtes ni dans les mêmes classes, ni des mêmes collèges.

Cette question fit cesser les bavardages. Tous les regards se tournèrent vers Anne-Sophie qui, d’un haussement de sourcil, délégua la réponse à Gwenaëlle.
— Nous participons à des cours d’approfondissement en histoire.
— C’est bien, ça doit vous aider pour les épreuves.
— Pas vraiment, nous traitons des thèmes en rapport avec les civilisations anciennes.

Il hocha la tête pour signifier qu’il adhérait à cette idée, mais qu’il ne chercherait pas aller plus loin. La vague de soulagement qui parcourut le groupe lui mit la puce à l’oreille. Cette espèce de club de passionnées d’histoire devait cacher autre chose.

vendredi 16 avril 2010

Chapitre 4 de Limonade - Episode 3

Une haute fenêtre donnait sur la pelouse entourant le laboratoire de chimie. Sur les lits installés de chaque côté de l’ouverture, quatre filles avaient pris place. Fabrice réussit sans mal à reconnaître sa petite amie, néanmoins elle n’était pas le seul visage familier dans la chambre.

Il mit quelques secondes à mettre un prénom sur les cheveux d’un brun et les yeux d’un noir intense qui le dévisageaient.
— Bonjour Anne-So. Je ne savais pas que tu étais une amie de Gwen.
— Et moi, j’ignorai que vous sortiez ensemble.

Cette remarque contenait une pointe de sarcasme davantage destinée à Gwenaëlle qu’à lui. Durant les années qu’ils avaient passées ensemble au collège, elle s’était toujours montrée très gentille avec lui. Visiblement, elle était aussi la seule personne présente dans la chambre qui soit contente de le voir.

Le contraste entre le regard glacial de sa petite amie et son sourire timide l‘intrigua. Il aurait souhaité pouvoir lui parler seul à seule. Malheureusement, aucune des filles ne manifestait l’intention de s’en aller.

L’ambiance dans la chambre était d’une lourdeur oppressante, comme si Fabrice avait interrompu une conversation importante. Il se pencha donc sur Gwenaëlle afin de lui demander s’il pouvait lui parler. La moue de la jeune fille lui évoqua un soupir ennuyé avant de se transformer en sourire.

Afin de s’éloigner le plus loin possible du groupe, ils se retrouvèrent coincés entre la porte et les deux placards.
— Qu’est-ce que tu fais ici ?

C’était la deuxième fois en cinq minutes que Fabrice entendait cette phrase. Il ne prit même pas la peine de répondre et déposa un baiser sur les lèvres de Gwen.
— J’ai le droit d’avoir envie de passer du temps avec toi. Après tout, tu es ma copine.
— Depuis un mois seulement, objecta-t-elle. Tu ne dois pas venir me voir ici, c’est interdit aux garçons. Si quelqu’un te voit, je vais avoir de gros ennuis.
— On n’a qu’à se voir en dehors du lycée.

Sa proposition ne suscita aucun enthousiasme chez la jeune fille. Elle se contenta d’enrouler l‘une des mèches blondes qui encadraient son visage autour de son index.

mercredi 14 avril 2010

Chapitre 4 de Limonade - Episode 2

Après s’être assuré qu’il n’y avait pas de surveillant en vue, il traversa la pelouse qui le séparait du bâtiment. Il entra en trombe dans l’escalier. Une fois que la porte se fut refermée derrière lui, il sortit de la poche de son jean le papier que lui avait donné Corentin. En effet, l’adolescent connaissait le numéro de la chambre de Gwenaëlle et le lui avait transmis.

Grâce à cette précieuse indication, Fabrice monta les marches de tôle grinçantes jusqu’au troisième étage. Il entrouvrit la porte de secours afin de s’assurer que le couloir était vide, puis il s’y engagea.

La chambre dont le numéro correspondait à celui inscrit sur le morceau de papier n’était distante que de quelques mètres. Il jeta un dernier coup d’œil aux alentours avant de frapper à la porte.

Dans le silence qui suivit, il réalisa que son cœur battait la chamade. Maintenant que ses souvenirs s’étaient envolés, il ignorait comment se comporter avec Gwen. Il essaya une nouvelle fois d’interroger sa mémoire, mais elle refusa de lui offrir la moindre piste.

Peu à peu, son inquiétude augmenta jusqu’à en devenir insupportable. Il finit par espérer que la porte resterait close et qu’il pourrait rentrer chez lui. Cependant, il n’avait pas envie de devoir avouer un échec à Corentin quand il retrouverait.

Lorsque la porte s’ouvrit sur une brunette au visage carré, Fabrice resta interloqué. Il avait au moins la certitude que cette fille n’était pas sa petite amie.
— Qu’est-ce que tu fais ici ? demanda-t-elle avec un air contrarié.
— Je suis venu voir Gwenaëlle.

Elle hésita un long moment. À l’intérieur de la chambre, Fabrice devinait la présence de plusieurs filles dont les voix venaient juste de se taire. Finalement, elle le laissa entrer, plus par crainte d’être surprise avec un garçon plutôt que par sympathie.

lundi 12 avril 2010

Chapitre 4 de Limonade - Episode 1

Fabrice stationna sa moto à proximité du lycée Notre-Dame. Il attacha l’antivol à une barrière, puis son casque sous le bras, se dirigea vers l‘entrée. À la différence de l’établissement qu’il fréquentait, les élèves de ce lycée n’avaient pas pour habitude de se rassembler devant le portail.

Il avait beau être dix-sept heures, seules trois lycéennes bavardaient sur le trottoir. Elles portaient la tenue réglementaire, une jupe plissée et une veste bleu marine. L’allure revêche de la surveillante postée derrière la grille incita Fabrice à passer son chemin.

Lorsqu’il avait dit à Corentin qu’il retournerait voir Gwenaëlle, il avait omis un détail. Le lycée Notre-Dame était un pensionnat réservé aux filles. Par conséquent, il risquait d’avoir des difficultés à y entrer et de sérieux ennuis s’il se faisait surprendre à l’intérieur.

Néanmoins, il ne se laissa pas intimider par l’enceinte quasi pénitentiaire qui entourait les bâtiments. Il continua de suivre le trottoir jusqu’à être hors de vue de la surveillante. En prenant appui sur un arbre, il réussit à jeter un œil dans la cour. Comme il ne vit personne, il posa son casque sur le rebord du mur, puis s’aida à nouveau de l’arbre afin de passer par-dessus.

Il atterrit avec souplesse dans l’herbe. À quelques mètres sur sa droite, il remarqua une sorte de maison à un étage construite en brique rouge. Une déplaisante odeur de produits chimiques s’échappait de la fenêtre ouverte. Il s’approcha du laboratoire et se tapit contre le mur.

Le plan auquel obéissait le lycée était d’une grande simplicité. Les deux ensembles de salles de classe se faisaient face de part et d’autre de la cour. Avec leur peinture terne et leurs fenêtres à meneaux disproportionnées, ils n’avaient rien d’agréable.

Le bâtiment abritant les chambres des pensionnaires se trouvait juste devant lui et formait le troisième côté du carré encadrant la cour. Son architecture aussi austère et vieillotte que celles des classes ne le rendaient guère accueillant. La première chose que Fabrice remarqua fut l’escalier métallique dont les spirales s’enroulaient à l’arrière de l‘internat.

vendredi 9 avril 2010

Les crocs du varou - Teaser

Voici une annonce qui ne manquera pas de faire plaisir à certains, Guillaume et Alex reprennent du service pour une seconde aventure intitulée "Les crocs du varou".

Dans les premiers paragraphes, un nouveau personnage fait son apparition et elle va bien embêter ce pauvre Guillaume. Tout ce que je peux dire, c'est que l'intrigue sera du même genre que celle de l'opus précédent. Il y aura des nouveaux personnages (humains et monstres) ainsi que des révélations à propos d'Alex et de ses pouvoirs de vorcier.

Bon, j'arrête de parler et je vous met le début :

"Ma première impression en voyant Coralie se présenter à la classe fut que je n’aurais jamais à lui adresser la parole. Rien qu’à sa manière de s’habiller, je sus que ce n’était pas le genre de personne avec lequel j’avais des atomes crochus. Son jean était couvert de mouchetures faites à l’eau de javel et les manches de son pull léopard disparaissaient sous les bracelets métalliques.

L’expression de son visage allait avec sa tenue. Elle paraissait sûre d’elle tandis qu’elle parlait de sa passion pour la musique rock. Elle s’attarda moins sur les raisons de son arrivée dans notre classe en cours d’année.

La réaction de Mathilde m’intéressait davantage que le discours du professeur de biologie. Son regard pour la nouvelle venue était explicite, elle ne l’aimait pas tellement. Il fallait dire que Coralie semblait se donner beaucoup de mal pour se faire remarquer, tout le contraire de ma petite amie."

mercredi 7 avril 2010

Marina et la bête - Teaser

À l’abri du vent, la douceur du soleil d’octobre rappelait les mois d’été. Les prunus n’avaient pas encore perdu leur feuillage pourpre, laissant planer sur les pelouses du parc de la faculté un air de vacances. Pourtant, après cinq semaines de cours, l’oisiveté estivale n’était plus qu’un souvenir pour Marina.
Sa quatrième année de droit s’annonçait difficile, entre les partiels et les travaux dirigés. Plongée dans un exemplaire du *livre* emprunté à la bibliothèque, elle ne vit pas le garçon s’approcher d’elle. Elle ne leva les yeux vers lui que lorsque son ombre obscurcit les pages du livre.
« Salut Marina. Toujours en train de bosser ?
— Eh oui, Thomas. Tout le monde n’est pas comme toi.
— Arrête de penser que je ne fiche rien, je bosse aussi.
— La veille des exams. »
Il haussa les épaules avec désinvolture. Le regard résigné de Marina exprimait son découragement face à cette attitude. Elle se replongea dans les textes de loi, mais ses ongles qui pianotaient sur la couverture de son livre trahissaient un manque de concentration. La présence de Thomas la distrayait trop pour qu’elle parvienne à travailler.
Elle observa à la dérobée les colliers enroulés autour de ses poignets. Les perles de bois peintes juraient avec son T-shirt aux couleurs d’une compétition sportive. Parmi les sages étudiants de droit, son allure négligée détonnait autant que les tenues fantaisistes de Marina.

lundi 5 avril 2010

Mécanique de l'écriture

Je trouve que ressentir une histoire qui se met en place dans mon esprit est une chose très agréable. Les scènes m’apparaissent dans leurs moindres détails, de la couleur du vernis à ongle de l’héroïne, jusqu’aux essences d’arbres du parc dans lequel elle se trouve. Je découvre l’âme des personnages au fur et à mesure que l’intrigue se déroule.

Le moment où les idées affluent est extrêmement plaisant. Les choses se compliquent en suite, lorsque je décide de mettre des mots sur ces idées. Il arrive que je ne sache pas par quel bout prendre mon histoire, que mes envies grippent la mécanique. Alors les idées restent à l’intérieur de ma tête, faute d’avoir un moyen de s’exprimer.

Elle s’appelle Marina. Elle va vivre des choses extraordinaire, mais, pour l’instant, je suis la seule à le savoir.

vendredi 2 avril 2010

Chapitre 3 de Limonade - The end

Une fois n'est pas coutume, il n'y aura pas de critiques de fanzines ou de livres durant cette interruption. En effet, ma productivité est au top, alors j'en profite pour avancer de nouveaux projets. Il va donc y avoir du teaser en pagaille, histoire de vous tenir au courant.

Quant aux péripéties de nos deux héros, Corentin et Fabrice, elles reprendront le lundi 12.

Pour ceux qui veulent lire le chapitre 3 depuis le début, c'est ici.