lundi 21 mars 2011

Mystères et Mauvais Genres

Dire que j’ai beaucoup parlé de l’anthologie « Mystères et Mauvais Genres », mais je ne l’avais toujours pas critiquée. Eh bien, c’est chose faite et je vous invite à commencer par sa première partie intitulée : « Quand l’inconnu s’invite dans le quotidien… ».

L’anthologie s’ouvre sur « Latombe, victime professionnelle » que l’on doit à Guillaume Suzanne. Cette nouvelle est plaisante dans son déroulement, les relations entre les personnages ne manquent pas de piquant et l’idée qu’elle supporte est des plus originales. Cependant, la manière de rattacher ce texte au fantastique dans les dernières lignes ne m’a pas convaincue, car elle a un côté trop « deus ex machina ». Il s’agit néanmoins d’une lecture agréable.

La tonalité plus sombre du texte suivant, « Le Marchand de Secrets » m’a séduite. Le parti-pris d’entremêler deux trames temporelles pour aboutir à une double révélation, l’une donnant les clés pour comprendre l’autres est astucieux. J’ai aimé la construction méthodique mise en place par P.R. Tohril dans sa nouvelle, un magnifique exemple de texte à chute à la fois mélancolique et intriguant.

« La mélodie du malheur » est sans le moindre doute le texte qui m’a le plus dérangée dans cette anthologie. Dans cet univers suintant d’une macabre étrangeté, Michaël Moslonka introduit une enfant aussi innocente qu’intelligente au milieu d’une galerie de personnages prisonniers d’un village campagnard au bord de la folie collective. Sur le moment, j’ai pensé à un épisode de Torchwood particulièrement angoissant, mais la nouvelle est encore pire. Ne connaissant pas l’Enfer de Dante, je pense être passée à côté de la plus part des références, ce qui n’empêche pas l’histoire d’être écrite avec un réel talent.

Le nom de Gabriel Féraud ne m’est pas inconnu, mais c’est, à ma connaissance, la première fois que je lis un de ses textes. Pour « Les larmes du Poète », le lecteur est plongé dans l’antre mystérieux d’une sorte de détective privé pour le moins surnaturel. Je serais bien en peine de qualifier davantage le narrateur, car celui est très peu décrit et les mystères qui l’entourent ne se dissipent pas à la fin de l’histoire. C’est selon moi le point faible de cette nouvelle. Le client du détective et la manière dont il résout l’enquête sont quant à elles largement à la hauteur. Une mention spéciale pour l’ambiance et les références sur lesquelles s’appuient le texte, et que j’ai trouvées brillantes.

Cette première partie s’achève sur l’un des textes les plus courts de l’anthologie. En dépit de sa faible profondeur, « La flaque à côté de l’arrêt d’autobus » recèle bien des secrets. Avec une économie de moyens, mais un luxe de détails impressionnant, Christophe Nicolas nous raconte l’intrusion du fantastique dans l’existence d’un personnage ordinaire. Pas une fausse note dans cette petite aventure aux frontières de la logique.

La partie suivante délaisse en partie le fantastique pour explorer des thèmes plus variés. Le titre donné par l’anthologiste est évocateur, dans les textes regroupés sous l’étiquette « En quête de vérité… », il sera question d’enquêtes.

Le changement d’ambiance est radical avec « Le corail d’Altawyris ». Le mélange entre polar sombre et science-fiction lumineuse prend dès les premières scènes écrites par Bruno Grange. Pour ne rien gâter, le côté futuriste de la nouvelle est bien plus qu’un superbe décor. En effet, les personnages et l’intrigue étant extrêmement traditionnels, il revient à la force d’évocation de l’auteur de nous surprendre. Je dois reconnaître qu’il y est très bien parvenu, ce qui rend ce texte très agréable à lire.

On passe ensuite au polar classique dans la nouvelle de Sébastien Ruche, « En l’honneur d’Emily ». Ce récit de vengeance, perpétrée par un homme dont la mémoire effacée lui souffle de venger la mort d’une certaine Emily. L’histoire commence de façon simple, mais heureusement une chute astucieuse, inattendue et fantastique vient relever l’ensemble. A mon avis, ce revirement arrive trop tard pour compenser la linéarité du texte.

Encore un nom familier dans cette anthologie, celui de Lucie Chenu pour « La brigade des Enquêtranges ». C’est encore de la science-fiction, même si l’histoire se déroule sur notre bonne vieille terre, avec de bons vieux policiers qui disposent habituellement de la capacité à voyager dans le temps pour résoudre les crimes. Autant dire que l’univers est sympathique et que le récit est construit avec une précision clinique. Pourtant, je suis restée sur ma faim en raison du manque de développement de l’intrigue.

Comme le laisse supposer le titre « Vade retro Satanas ! », il est question d’exorcisme dans cette nouvelle. Celle-ci relate la traque menée par un duo d’exorcistes afin de chasser le démon qui hante une maison bourgeoise. Bien que ce soient les deux héros, une jeune exorciste et un étrange chien doué de parole, qui retiennent l’attention, l’ambiance dix-neuvième et les personnages secondaires apportent une ambiance tantôt sombre et tantôt ironique. Le souci du détail qui transparait dans les situations et la manière de les décrire rend l’ensemble extrêmement accrocheur. Un vrai coup de cœur pour la plume d’Aurélie Wellenstein !

J’aimais déjà beaucoup « L’inspecteur Bernère contre la mort » avant sa parution en anthologie. En effet, cette nouvelle avait fait un tour sur le forum de Cocyclics et j’avais effectué quelques commentaires. Je suis heureuse de voir qu’ils ont été utiles à David Osmay. Encore une fois, il est question d’une enquête traditionnelle dont le héros est Werbar Bernère, un inspecteur convaincu de la supériorité de son intellect qui doit retrouver le meurtrier d’un zombi dévot sous peine de prendre sa place. L’intrigue parait assez absurde, et même drôle, mais le texte est en plus complètement barré et bourré d’humour.

Pas évident de commenter une nouvelle que l’on connait par cœur. Pourtant, je me suis replongée avec plaisir dans la ville de « Pandémonium City » décrite par Anne Goulard. Afin de résoudre le meurtre d’un ami, le héro dispose d’une capacité bien utile, celle de faire parler les morts. Hélas, il doit composer avec les méthodes traditionnelles de la police, peu versée dans les arts occultes, et les mensonges des vivants. Entre l’ambiance victorienne et la présence des fées, ce texte tire son épingle du jeu grâce à son univers original. Quant au charisme du héro, il aide à rendre crédible la légèreté de l’intrigue.

Pour clore cette anthologie, on retombe dans une partie alternant fantastique et réalisme. J’ai hélas trouvé que « Ces témoignages qui font l’histoire… » manquait un peu de cohérence et c’est celle que j’ai le moins apprécié, en dépit de quelques bons textes.

A première vue, le récit de « L’âme damnée de Yeun » que nous livre Arnaud Cabanne est une sordide histoire à cheval sur la psychiatrie et la légende de l’Ankou. Pourtant, la manière dont l’auteur parvient à entraîner le lecteur dans son histoire la rend très prenante. Son allure de conte d’horreur et la chute la rendent intéressante à défaut d’être vraiment originale.

Je ne me suis pas attardée sur « Quinte Flush », la nouvelle de Richard Mesplède car elle a déjà fait l’objet d’une critique détaillé lorsque j’ai commenté le numéro 19 de Black Mamba.

La mauvaise surprise de cette anthologie a été « Samba Luna ». Non pas que j’aie quelque chose contre le style d’Ombeline Duprat, plutôt chargé et évocateur, mais je ne suis pas attirée par la littérature érotique, et même rebutée par la littérature pornographique. L’intrigue trop légère n’est pas parvenue à m’embarquer et ne m’a semblé qu’un prétexte pour décrire les ébats des protagonistes. J’ai conscience que mon avis est extrêmement tranché, mais il reflète ma propre sensibilité et je comprends que certains puissent y trouver leur compte.

Pour conclure cet ouvrage, la nouvelle de la fin revient à Cyril Carau. Sa nouvelle, « Un homme fort », mélange les narrateurs et les époques pour narrer la vie d’un truand d’honneur américain et ses faits de gloire lors de la libération de l’Italie, puis de Marseille. Au-delà de l’aspect historique, l’émotion qui se dessine entre les lignes rend cette histoire douce-amère particulièrement poignante.

Comme ce commentaire est déjà très long, je donnerais mon avis général sur l'anthologie dans mon prochain billet.

See you soon...

vendredi 18 mars 2011

Bilan de milieu de roman

Alors, pour commencer ce bilan sur l'avancée de Limonade, je vais sortir quelques chiffres de mon chapeau :
- 12 chapitres, soit près de 275 000 signes (en comptant les espaces)
- 16 mois, sans compter les poses d'inter-chapitres qui me permettent de rendre ce blog un peu plus interactif
- 1 histoire courte
- 10 fanzines chroniqués ainsi que quelques livres
- 200 billets et des poussières pour raconter tout ça

Pour en revenir au roman, je suis en plein dans une période de remise en question. Les projets qui pointent le bout de leur nez sont alléchants, mais nécessitent de reprendre les chapitres les uns après les autres pour en extirper les coquilles, maladresses de style et incongruités flagrantes. Au passage, merci à ceux et celles qui m'en ont signalé.

Les épisodes publiés sur le blog ne changeront pas, autant par choix assumé que par paresse, assumée elle aussi. Les modifications seront, je l'espère, transparentes pour les nouveaux lecteurs, les autres ayant eu le temps d'oublier mes débuts pas toujours très brillants.

Concernant la progression du roman, elle va continuer à son rythme. Pour le moment, je publie toujours des chapitres écrits à l'avance, mais je vais renouer très prochainement avec ma (mauvaise) habitude de l'épisode écrit le dimanche, le mardi ou le jeudi soir.

Au programme, un basculement plus marqué vers le monde surnaturel et une atmosphère plus sombre, déjà amorcée dans le chapitre 12. La seconde partie de Limonade ne sera pas une partie de plaisir pour Fabrice et Corentin.

A très bientôt pour la suite de leurs aventures.

lundi 14 mars 2011

Chapitre 12 de Limonade - The end

Ce chapitre est déjà fini ! J'en suis la première étonnée puisqu'il marque le milieu de l'aventure. Pour revenir au début (et comprendre ce qui va se passer par la suite), c'est ici.

Cette étape mérite de plus amples développements, je ne vais donc pas m'attarder sur ce billet et en préparer un plus complet en cours de semaine.

vendredi 11 mars 2011

Chapitre 12 de Limonade - Episode 11

La nature des émotions qu’il percevait ici était subtilement différente de celles du couloir. L’atmosphère contenait une majorité de tristesse, mais des ondes de colère pulsaient autour des malades et les enveloppaient d’un cocon délétère.

De plus, il eut beau observer du coin de l’œil tous les recoins de la chambre, aucune créature noire n’y avait trouvé refuge. Il eut l’impression qu’une autre forme de magie était à l’œuvre, plus nuisible que de simples persistances.

Mal à l’aise, il finit par demander à sa tante la permission de l’attendre à l’extérieur. Avec un vif soulagement, il quitta la chambre. Il dut ensuite se contraindre à ne pas courir pour traverser les couloirs.

Une fois dehors, il respira un air propre. La senteur des feuilles d’automne broyées sous les pas des visiteurs chassa les relents hospitaliers. Alors qu’il tentait d’oublier les perceptions inquiétantes qui l’avaient assailli dans la chambre, il se rappela de son rendez-vous avec Charline.

Il avait promis de pratiquer un exorcisme en fin d’après-midi. Bien qu’il n’ait aucune idée sur la manière de procéder, il ne pouvait rejeter sa demande. Avec la malédiction qui s’était abattue sur les membres de sa famille, Gwen avait plus que jamais besoin de son aide.

Tandis que sa tante s’efforçait d’apporter un peu de réconfort aux malades, il se remémora le sortilège qui avait eu le bonheur de fonctionner pour Fabrice. Par chance, le livre prélevé dans la bibliothèque ésotérique se trouvait encore sous son lit. Il avait même laissé les marques-pages à l’intérieur, ce qui faciliterait ses recherches.

mercredi 9 mars 2011

Chapitre 12 de Limonade - Episode 10

Une fois à l’intérieur, l’odeur qu’il avait remarquée à l’accueil se fit plus présente. Les vapeurs chimiques des médicaments lui piquaient les narines. Toujours précédé de sa tante, il parcourut les couloirs le regard rivé sur le linoléum moucheté de brun.

À la périphérie de son champ de vision, il crut apercevoir des créatures d’ombre qui rampaient sur les murs beiges. Il se sentit écrasé par l’intensité des énergies néfastes qui envahissaient cet hôpital. Elles lui vrillaient le crâne, alors il posa sa main gauche sur le bracelet.

Une légère amélioration l’aida à relever les yeux vers le dos de sa tante qui avançait au milieu des patients et des infirmières. Il la vit emprunter un couloir perpendiculaire, puis entrer dans une chambre. Les perles de jades s’incrustaient dans sa paume, mais il avait la certitude que, s’il lâchait son grigri, il partirait en courant.

Deux lits métalliques occupaient chacun un côté de la pièce. Bien qu’elle soit inconsciente à cause de la maladie, Corentin reconnut la petite sœur de Gwenaëlle. Elle portait une blouse d’hôpital aux discrets motifs mauves et une barrette dorée retenait une mèche châtaine sur son front.

Les cernes sombres qui entouraient ses paupières closes et l’absence de couleur sur ses joues lui donnaient un air macabre. Pourtant, les appareils aux écrans bicolores et aux diodes clignotantes auxquels elle était reliée paraissaient fonctionner normalement.

Son père reposait à quelques mètres, juste sous la fenêtre de la chambre. La lumière du jour faisait ressortir sa barbe naissante et son nez volumineux. Il semblait lui aussi dormir, mais son sommeil n’avait rien de naturel.

Alors qu’il s’attardait sur les circonvolutions du tube d’un cathéter, l’adolescent sursauta. Les pièces de cuivre de son bracelet étaient devenues brulantes. Comme sa tante n’avait rien remarqué, il réprima ses questions et poursuivit son examen.

lundi 7 mars 2011

Chapitre 12 de Limonade - Episode 9

En ce début d’après-midi ensoleillée, les routes qui menaient à l’hôpital Pontchaillou dans le nord de Rennes étaient dégagées. Évelyne et son neveu traversèrent le centre-ville sans ralentissement, puis stationnèrent sur le parking.

Bien qu’ils soient protégés du vent par les bâtiments hauts de quatre étages, les arbres avaient perdu l’intégralité de leur feuillage. Les débris brunâtres crissèrent sous les pas de l’adolescent qui observait les alentours. Avec leurs murs de crépi blanc décorés de lignes de peinture verte ou bleue, cet hôpital paraissait récent. Cependant, l’impression néfaste persistait à la manière d’une énergie sombre crépitant autour de lui.

Absorbé par ses réflexions, Corentin dut courir pour rattraper sa tante qui se dirigeait vers l’accueil. Dès qu’ils eurent franchi les portes coulissantes du sas, une odeur désagréable l’assaillit ainsi qu’une impression de plus en plus inquiétante. Il resta à distance le temps qu’Évelyne se renseigne sur la chambre où se trouvaient Sandra et Georges Mariot.

D’abord réticente, la secrétaire médicale finit par se laisser convaincre. Elle lui indiqua le bâtiment concerné sur le plan punaisé à droite du comptoir, puis elle décrocha le téléphone qui venait de se mettre à sonner.
– Tous les hôpitaux sont comme ça ? demanda Corentin.

Sa tante ralentit l’allure et se tourna vers lui.
– Qu’est-ce que tu veux dire par là ?
– Une impression bizarre. Un truc sombre et triste, sans être malveillant.

Il s’efforça de trouver de meilleurs mots pour exprimer son ressenti, mais il manquait d’expérience dans ce domaine.
– Beaucoup de gens meurent et souffrent ici. Ça laisse des traces qui perturbent les médiums…
– Tu les sens ?
– Non. Contrairement à toi, je n’ai pas plus besoin du bracelet pour atténuer mes perceptions.

Cette information raviva les inquiétudes de l’adolescent à propos de ses pouvoirs. Il décréta néanmoins que se préoccuper de cela à cet instant précis était un comportement égoïste. Sur les talons d’Évelyne, il pénétra dans le bâtiment indiqué.

vendredi 4 mars 2011

Chapitre 12 de Limonade - Episode 8

Dans l’obscurité de sa chambre, Corentin écarquilla les yeux. La bouche ouverte, il aspira une grande goulée d’air. Ses doigts enserraient la couette avec une telle force qu’il craignit de déchirer le tissu. Il décontracta les muscles de ses bras et de ses épaules qui étaient tétanisés, puis fixa le plafond.

Les étoiles fluorescentes au-dessus de lui étaient réduites à de faibles étincelles jaunâtres. Toute une nuit s’était écoulée jusqu’à cet éveil brutal. Il était incapable de se souvenir des images effrayantes qui avaient mis fin à son sommeil. Quelque part, il supposa qu’il valait mieux les oublier.

Les chiffres rouges de son radioréveil lui apprirent qu’il était bientôt l’heure de se lever. Il attendit dans son lit que la sonnerie de se mette en marche, puis débuta sa journée d’une humeur maussade.

Le fond de café à l’intérieur d’une tasse abandonnée sur la table de la cuisine trahissait que sa tante avait veillé très tard. De toute manière, il n’avait pas envie de lui parler. Un message sur la porte du réfrigérateur l’informa qu’elle se rendrait à l’hôpital aux alentours de quatorze heures. Il ajouta qu’il l’accompagnerait, sans préciser que c’était avec l’espoir que Gwenaëlle soit au chevet de sa famille.

Son trajet jusqu’au lycée, puis les cours qui occupèrent sa matinée ne parvinrent pas à le distraire de ses préoccupations lugubres. Il n’eut de cesse de triturer le lien écarlate qui lui enserrait le poignet. Le bracelet se composait de douze fils distincts sur lesquels étaient enfilées six perles de jade ainsi que deux pièces cuivrées.

L’adolescent supposa que les propriétés de ce bijou étaient similaires à celles des attrapes-rêves de Charline. Cependant, ses pensées se détournèrent de la jeune fille pour se tourner vers Gwenaëlle, comme l’aiguille d’une boussole vers le nord.

Il ne chercha pas à voir Fabrice et regagna le domicile de sa tante au plus vite. Évelyne l’accueillit avec un pauvre sourire :
– Tu veux vraiment venir avec moi à l’hôpital ?

Corentin confirma sa décision et, après un repas rapide, ils montèrent tous les deux dans la voiture.

mercredi 2 mars 2011

Chapitre 12 de Limonade - Episode 7

Lorsqu’elle redescendit au bout d’une dizaine de minutes, elle arborait une face lugubre.
– Tu avais raison, il est arrivé malheur à la famille Mariot-Gennec.

L’emploi du nom de la mère de Gwen accolé à celui de son nouvel époux intrigua l’adolescent. Il n’eut néanmoins pas le courage de réclamer des explications. Sa tante poursuivit :
– Sandra et Georges Mariot sont tombés gravement malades. Ils ont été hospitalisés dans l’après-midi. Monique Gennec était bouleversée, j’ai promis que j’irais les voir demain.
– Et Gwenaëlle ? l’interrompit-il.
– Elle va bien. Les médecins ne savent pas ce dont ils souffrent. Mais, comme ton amie n’est pas rentrée depuis des semaines, elle a dû échapper à la contagion.

Un soupir de soulagement échappa des lèvres de Corentin, puis il se reprit. Si sa prémonition se révélait exacte, le beau-père et la sœur de sa meilleure amie courraient un grave danger. Contrairement à ce que semblait croire sa tante, leur maladie n’était peut-être pas naturelle. Sinon, il ne parvenait pas à expliquer l’intensité des sensations qu’il avait éprouvées ; elles relevaient sans le moindre doute de la magie.

Il garda néanmoins ces considérations pour lui-même et s’enferma dans un mutisme volontaire. La nouvelle avait ébranlé sa tante qui, au lieu de passer la soirée à lire ou à bavarder, s’enferma dans la pièce dédiée aux arts occultes dès la fin du repas.

Son neveu ignorait ce qu’elle fabriquait derrière la porte close. Il regagna sa chambre et s’effondra sur le lit où il dérangea Lucifer en plein milieu d’une profonde sieste.
– Fiche le camp, sale matou ! lâcha l’adolescent en réponse au miaulement contrarié du félin.

Celui-ci darda sur lui des prunelles vertes emplies de dédain, puis se roula en boule sur l’oreiller. Corentin le porta sur la première marche de l’escalier abrupt avant de fermer la porte. Par automatisme, il prépara son sac pour le lendemain. Il fit ensuite un détour par la salle de bain et s’allongea. Les poils de chat sur sa taie d’oreiller le firent éternuer, mais il trouva bien vite le sommeil.

lundi 28 février 2011

Chapitre 12 de Limonade - Episode 6

Évelyne se déplaça dans son antique Peugeot jusqu’au lycée Jean Lurçat. Elle récupéra son neveu complètement ensommeillé à l’infirmerie, puis le ramena à son domicile. En chemin, elle s’inquiéta :
– Qu’est-ce qui t’arrive ?
– Je me sens mal. Comme si ma tête allait exploser ou ma peau se déchirer…
– Mets ça, dit-elle en désignant un bracelet accroché au rétroviseur intérieur.

Trop sonné pour réfléchir, Corentin obéit. Il eut un mouvement d’hésitation en se rappelant le bracelet maudit que sa tante avait donné à Fabrice. Cependant, il passa quand même l’entrelacs de fils de couleur et de perles vert pâle à son poignet droit.

Il se sentit soudain beaucoup mieux. La part rationnelle qui subsistait dans son esprit attribua sa guérison au remède de l’infirmière, mais il avait la certitude que le grigri en était la cause réelle. Avec un sourire aux accents inquiets, Évelyne demanda :
– Ça va mieux ?

Il acquiesça et profita de la fraîcheur de la vitre contre son front. Sans intérêt particulier, il observa les véhicules immobilisés dans les embouteillages de la fin de journée. À sa gauche, sa tante ne cessait de marmonner tandis qu’elle s’efforçait de slalomer entre les voitures.

Lors d’un virage brusque, l’adolescent nota qu’elle portait un bracelet similaire au sien. Il comprit alors qu’il n’était pas le seul à percevoir les mauvaises vibrations qui l’entouraient.
– Qu’est-ce qui s’est passé ?
– Je ne sais pas encore. Quelqu’un dans notre entourage court un grave danger.

Cette affirmation assécha en un instant la bouche de Corentin.
– Qui ? demanda-t-il.
– Je l’ignore, mais comme c’est une personne que nous connaissons tous les deux, le recoupement sera plus rapide.

Oppressés par ce sentiment de malheur indéfinissable, ils achevèrent le trajet dans le silence le plus complet.

Une fois dans son pavillon, Évelyne laissa Corentin reprendre ses esprits dans la cuisine tandis qu’elle épluchait son carnet d’adresses.
– Appelle les Gennec, la supplia-t-il.

Elle monta à l’étage afin de téléphoner aux voisins de sa sœur pendant que son neveu sirotait une tisane de thym au goût déplaisant.

vendredi 25 février 2011

Chapitre 12 de Limonade - Episode 5

La vive satisfaction que Corentin éprouvait suite au revirement de Charline se teintait néanmoins d’inquiétude. Les ombres qu’il avait couchées sur le papier lui avaient paru menaçantes ; il ignorait la méthode à employer pour les faire disparaître. Pourtant, il n’avait guère le choix. Comme l’avait déclaré la jeune fille, il devait réussir un second exorcisme afin de sauver son amie.

Quand son professeur de mathématique débuta la leçon consacrée aux fonctions, il ne put s’empêcher de fixer le tableau. Aux explications de monsieur Joly se superposaient celles de Fabrice et, pour la première fois depuis septembre, elles lui parurent limpides. Il s’efforça de compléter ses connaissances, puis de résoudre les exemples.

Ce cours se déroula à une vitesse peu commune, mais les suivants retrouvèrent un rythme ennuyeux.

Au fur et à mesure de l’avancée de la journée, une impression désagréable envahit Corentin. Ce malaise était trop diffus pour lui apporter davantage qu’un sentiment lugubre. Pendant son cours de français, il essaya en vain de mettre des traits sur ce qu’il percevait de façon indistincte. Hélas, il n’obtint qu’un fatras de lignes qu’il réussit à transformer en un dragon, à la joie d’Aurélien qui récupéra le dessin.

La dernière heure de la journée fut la pire. Son pressentiment s’accentuait, tout en restant hors de portée. Des frissons parcouraient sa peau comme des arcs électriques, hérissant tous les poils de son corps. Son crâne lui semblait s’alourdir de minute en minute et il finit par demander à son professeur la permission de se rendre à l’infirmerie.

Il devait avoir l’air véritablement malade, car Aurélien fut prié de l’accompagner. Ce dernier porta même son sac, tellement l’adolescent paraissait à bout de force. Ne sachant que faire de lui, l’infirmière lui ordonna de s’allonger.
– Si tu es malade, dit-elle, il vaut mieux que tes parents viennent te chercher.
– Je peux rentrer en bus.
– Je refuse de te laisser partir, si tu dois t’évanouir dès que tu auras fait un pas dehors. Maintenant, repose-toi !

La femme referma le rideau. Le claquement de ses talons sur le sol carrelé l’accompagna jusqu’à son bureau. Les pages du carnet de correspondance tournées sans précaution crissèrent, puis une conversation étouffée suivit le cliquetis des touches du téléphone.

L’infirmière revint le prévenir que sa tante viendrait le chercher. Elle lui proposa ensuite un cachet d’aspirine et un verre d’eau qu’il accepta sans conviction.

mercredi 23 février 2011

Chapitre 12 de Limonade - Episode 4

Elle s’assit en biais sur les marches de béton froid avant de préciser ses intentions :
– Il est hors de question que je vous révèle quoique ce soit à propos du cours d’approfondissement en histoire et du professeur Kaenel.
– Dans ce cas, tu peux t’en aller.

La réplique de Fabrice figea son compagnon. Ce dernier lui adressa un regard à la fois inquiet et furieux qui disparut face à son sourire en coin. Corentin haussa les épaules, laissant à son ami la conduite de la discussion.
– Je ne vais pas m’en aller parce que j’ai un marché à vous proposer.
– Un marché ?
– Oui. Ton ami muet est exorciste ?

Les deux garçons échangèrent un regard, puis l’intéressé lui répondit :
– Je suis arrivé à annuler un envoûtement. Je ne sais pas si j’arriverais à recommencer.
– Si tu veux sauver ta meilleure amie, il va falloir que tu réussisses. C’est ma condition.
– En gros, je te débarrasse des ombres et tu me dis tout ce qui s’est passé au pensionnat ?

Les lèvres de Charline s’arrondirent de surprise.
– Tu peux voir les ombres ?
– Pas exactement, mais je sais qu’elles sont autour de toi. Tous tes attrapes-rêves, c’est pour les tenir à distance.

Elle acquiesça, plus soulagée que terrifiée.
– Je croyais devenir folle, confessa-t-elle dans un souffle.

Avant que Corentin ne puisse esquisser un geste de réconfort, elle bondit sur ses pieds.
– C’est d’accord ? demanda-t-elle d’une voix trop aiguë.

L’adolescent réfléchit un instant, bien qu’il ait la certitude de ne pas avoir le choix. Les bras de Fabrice entourèrent soudain ses épaules.
– Si tu veux un exorciste, tu n’as qu’à en trouver un autre, dit-il sur un ton espiègle.

Sa joue tiède et à peine piquante appuyait contre l’oreille de Corentin. Ce dernier pouvait sentir la respiration de son ami dans son dos et le sourire qui déformait sa bouche.

La scène arracha Charline à ses sombres pensées. En dépit de ses yeux brillants, elle plaisanta à son tour :
– Sois pas jaloux !
– On essaye le rituel demain après-midi ? proposa l’apprenti exorciste.
– Plutôt le soir, quand mes parents seront au travail.
– J’apporterai mon livre, mais ça serait plus simple si tu t’occupais de l’eau bénite.
– OK. Il en faut combien ?
– Un grand seau, répondit Fabrice du haut de son expérience.

La jeune fille salua ses compagnons, puis tourna les talons. Elle regagna les bâtiments du lycée à grandes enjambées.
– Tu peux me lâcher maintenant, dit Corentin en se tortillant.

Son ami obtempéra, au bord de l’hilarité. Il parvint à retrouver son sérieux au moment où la sonnerie retentit dans la cour. Ils se séparèrent afin de retourner dans leurs salles de classe respectives.

lundi 21 février 2011

Chapitre 12 de Limonade - Episode 3

Au lieu de répondre, Fabrice désigna une silhouette qui traversait la cour afin de les rejoindre. Il murmura :
– Sorcière en approche.

Son ami se retourna pour faire face à Charline Kim qui s’avançait en direction de leur escalier. Elle se trouvait encore trop loin pour les entendre ; il en profita donc pour dire à voix basse :
– Je me demande ce qu’elle nous veut ?
– Nous dire la vérité sur le cours de magie du pensionnat Notre-Dame.
– Ça serait trop beau pour être vrai.

La jeune fille était à présent toute proche. Ils reconnurent les piques de métal plantées dans les bretelles de son sac et sa coiffure ébouriffée à grand renfort de gel. Sa parka violine s’ouvrait sur un top noir orné d’une illustration de chatte aux griffes ensanglantées.
– Sympa ton t-shirt, persifla l’aîné des garçons.

Avec une grimace, Charline écarta les pans de sa veste pour dévoiler le motif dans son intégralité. Un message proclamait « Dress to kill » en lettres de sang et un collier à pointes donnait au félin un air punk.
– C’est une copine parfaite pour ton chat, fit remarquer Fabrice.
– C’est vrai, Lucifer l’aimerait beaucoup.

Bien que cet échange lui demeure hermétique, la nouvelle venue resta debout devant l’escalier. Elle fixait les deux garçons en silence, sans parvenir à les mettre mal à l’aise.
– J’ai une proposition à vous faire, déclara-t-elle.
– Alors, installe-toi.

En réponse à la suggestion de Fabrice, elle fit glisser son sac à terre, puis s’étira. La lisière de son top remonta jusqu’à son nombril et dévoila une bande de peau bistre. Sa poitrine menue déforma légèrement l’illustration qui paraissait hésiter entre le mignon et le gothique.

vendredi 18 février 2011

Chapitre 12 de Limonade - Episode 2

Les garçons s’installèrent à l’écart, sur les marches qui menaient à la cantine. Un ciel gris dans lequel apparaissaient ça et là des trouées bleues recouvrait la ville. En l’absence de vent, les feuilles brunes des arbres de la cour s’accumulaient autour des troncs entourés de grillage.
– Vivement les vacances, dit Fabrice sur un ton maussade.
– Oui. Vendredi soir, on sera tranquille…

La perspective d’une semaine de congés pour la Toussaint était des plus alléchantes. Débarrassé de ses obligations scolaires, Corentin pourrait consacrer davantage de temps à l’étude de la magie wiccante et aux tarots. Il conservait aussi l’espoir de passer du temps en compagnie de Gwenaëlle.

Une vague de nostalgie lui serra le cœur, puis il retourna à ses préoccupations immédiates.
– Tu te souviens du dessin de la ville de cristal ?
– Oui, celui que tu as sorti au cours de maths. Tu m’as représenté dans un genre de labyrinthe.
– Il avait quelque chose de spécial ?
– Pas vraiment, mais j’aimerais savoir si tu as une idée sur ce qu’il signifie. Tu sais, le truc de métaphore…

Fabrice examina la feuille tendue par son compagnon.
– C’est bien moi. Par contre, tout ce qu’il y a autour ne me dit rien du tout.

Avec une pointe d’inquiétude, Corentin récupéra sa création. Il l’observa quelques secondes, puis la remit dans son sac et déclara :
– En général, je dessine lorsque je pense à un truc précis, mais pour celui-là, c’était différent. J’avais l’impression que les images voulaient absolument sortir de ma tête et…
– Continue, l’encouragea son ami.
– J’avais très mal à la tête au début. Je n’arrivais pas à arrêter d’y penser, jusqu’à ce que je le termine.
– Tu as terminé par quoi ?
– Toi.

Devenir le sujet d’un présage ne paraissait pas être au goût de l’adolescent. Ses efforts pour rester calme et détaché n’échappèrent pas à son compagnon quand il suggéra :
– Ce dessin était peut-être une mise en garde.
– Une mise en garde contre quoi ?
– Comment veux-tu que je le sache ! C’est toi le…

Il s’interrompit tout à coup. La confusion qui se lisait sur son visage trahissait ses regrets de s’être laissé emporter. Il s’apprêta à s’excuser, mais Corentin lui sourit.
– Je ne sais pas très bien ce que je suis. Alors, je pense qu’on devrait en rester là.

mercredi 16 février 2011

Chapitre 12 de Limonade - Episode 1

La perspective d’entamer une exténuante journée de cours suffisait à démotiver Corentin. Cependant, la soirée lui avait permis de surmonter la déception causée par le refus de Charline. Il n’avait pas l’intention d’abandonner la première piste sérieuse dont il disposait afin de comprendre ce qu’il était advenu de Gwenaëlle.

Il préférait néanmoins parler à Fabrice de son intention de harceler la lycéenne jusqu’à ce qu’elle lui révèle les mystères auxquels elle avait assisté. Les deux heures de cours qui le séparèrent de la pause lui semblèrent s’étirer en longueur.

La présence d’Aurélien à côté de lui le dissuada de sortir le dessin qu’il désirait soumettre à la sagacité de son ami. La curiosité de son camarade serait impossible à satisfaire s’il apercevait les tours de cristal ou le labyrinthe. De plus, l’adolescent ignorait ce qu’il serait capable d’imager s’il reconnaissait Fabrice au milieu de ce décor fantastique.

Lorsqu’enfin, Corentin put quitter le cours d’espagnol, il s’engouffra en trombe dans l’escalier. Ses yeux bleus arrivaient juste au-dessus des crânes des autres lycéens, il réussit donc à voir son ami arriver de loin. Comme à son habitude, celui-ci portait un sweat-shirt de couleur et un jean aux revers élimés à force de marcher dessus.

Ils échangèrent d’abord un sourire, car le brouhaha autour d’eux les empêchait de parler à moins de se trouver côte à côte.
– Du nouveau ? commença le plus âgé.

L’adolescent haussa les épaules.
– Qu’est-ce que tu aurais voulu qu’il arrive ?
– Charline n’est pas revenue sur sa décision ?

Il secoua la tête en signe de dénégation, puis il lui fit part de son intention de réclamer des explications à la jeune fille. En conclusion, il déclara :
– Pour l’instant, elle est la seule personne qui puisse nous aider à savoir ce qui est arrivé à Gwen.
– J’ai une autre piste, affirma son ami.

Avant que Corentin n’exige des précisions, il poursuivit :
– Je m’occupe de ça mercredi après-midi. Promis, je te dirais ce qu’il en est demain soir.
– D’accord.

lundi 14 février 2011

Un Léo pour la Saint-Valentin

A ma base, je ne comptais pas faire de billet spécial pour la Saint-Valentin. Et puis Vilie m'a envoyé cette très jolie illustration et j'ai eu de la partager sur ce blog. Elle représente le personnage principal de la nouvelle Pandémonium City, Léopold le nécromancien.



Pour ceux qui s'en rappellent, Vilie avait aussi illustré ce billet consacré à l'anthologie Mystère et Mauvais Genres.

vendredi 11 février 2011

Recherches et autres blagues

Une fois n'est pas coutume, je vais faire appel à la science de mes lecteurs. En effet, dans le cadre de la correction des premiers chapitres de Limonade, je me suis rendue compte que je manque de connaissance dans des domaines comme la cartomancie, la magie wiccante ou encore les runes.

Je sais qu'il faut que je me documente sur le sujet, mais je ne sais pas par où commencer. Donc, si vous avez quelques pistes ou connaissances sur le sujet, cela m'aiderait beaucoup.

Merci d'avance et désolée pour l'absence de billet de mercredi dernier.

lundi 7 février 2011

Rue Farfadet

Cette nouveauté des éditions Mnémos faisait partie de mes cadeaux de Noël et, pour une fois, il n’a pas eu le temps de rejoindre ma pile à lire. Après la décevante lecture du roman de space-fantasy « Les yeux d’Opale », j’avais besoin de quelque chose de plus original.

Dès les premières lignes, j’ai été emballée par la féerie urbaine qui imprègne « Rue Farfadet ». La ville qui a servi de modèle est identifiable sans le moindre doute possible et il est amusant de chercher de quels lieux sont inspirés les noms des rues et des quartiers où se déplace le héros. En parlant du héros, celui a pour seul originalité d’être un non-humain : un elfe banni de sa forêt pour un crime dont le lecteur ignore tout (et qui ne sera pas révélé).

Si l’intrigue policière et la manière dont se déroule le récit sont des directement inspirées roman noir. Pourtant, l’ambiance XIXe est suffisamment bien rendue pour ne pas se laisser éclipser et apporter une touche d’originalité au roman. Les elfes et autres créatures qui peuplent cette cité sont variées et sympathique. Cela ne m’a pas surpris de trouver un mot de remerciement à Pierre Dubois pour la qualité de ses ouvrages sur le Petit Peuple.

Pour une fois, je n’ai rien à redire à la quatrième de couverture mise à disposition par l’éditeur. Je vous la livre donc telle quelle :
« Panam, dans les années 1880 : les humains ont repris depuis longtemps la main sur les Peuples Anciens. Sylvo Sylvain a posé son havresac dans la rue Farfadet, gouailleuse à souhait. Chapeau melon vissé sur le crâne, clope au bec, en compagnie de son fidèle ami Pixel, il exerce la profession exaltante de détective privé et les affaires sont nombreuses ! Des adultères à photographier, des maris jaloux, des femmes trompées, etc. Ni très rémunérateur, ni très glorieux que tout ceci. Alors, Sylvo fréquente assidûment les bars, les cafés et les lieux de plaisir en tout genre où son charme envoûte ces dames...
Jusqu’au jour où, lors d’une banale enquête de routine, il se trouve mêlé à une machination dépassant l’entendement. Le voilà, bien malgré lui, chargé de l’affaire par l’un des trois puissants ducs de Panam. Saura-t-il tirer son épingle de ce jeu compliqué et dangereux ? »

En conclusion, je dirais que ce livre est une vraie réussite pour peu que l’on aime les romans policiers classiques. Tellement classique selon moi que l’un des rebondissements majeurs est tombé à plat.

vendredi 4 février 2011

Chapitre 11 de Limonade - The end

Pour une fois, le chapitre s'est focalisé sur Gwenaëlle et ses consoeurs. J'ai pensé que son point de vue éclaircirait pas mal de choses, même s'il détonne à côté de ceux de Corentin et Fabrice. J'espère que la différence est visible, tout en restant dans la continuité du roman.

C'est le moment de réclamer des chapitres consacrés aux autres personnages, puisque mon avance s'est considérablement réduite cet hiver. D'ailleurs, les commentaires sont toujours les bienvenus si vous avez des remarques (bonne/mauvaise) ou des erreurs à signaler.

Et comme d'habitude, vous pouvez retrouver le début de ce chapitre en cliquant ici. Le chapitre 12 débutera le 14 février, alors en attendant je vais poster quelques morceaux de blabla et des critiques de livres.

mercredi 2 février 2011

Chapitre 11 de Limonade - Episode 8

Anne-So mit fin à l’examen du schéma et s’excusa avec tant de détours que, en fin de compte, il ne s’agissait même plus d’excuses.
– Tu as dû être mal informée, susurra Gwenaëlle avec des intonations aussi sucrées que perfides.
– Ça me surprendrait beaucoup.

La confiance que son aînée témoignait à son rapporteur était des plus intrigantes. La plus jeune des sorcières se promit d’investiguer dans cette voie. Elle n’eut pas le temps de passer en revue des mouchards potentiels, car la porte de la salle s’ouvrit dans un grincement.

Sur le seuil se tenait une silhouette masculine.
– Maître, saluèrent simultanément les deux lycéennes.

Il leur répondit par une inclinaison de la tête. Les mèches mi-longues qui encadraient son visage lui glissèrent devant les yeux. Il les remit en place avec une négligence raffinée, puis s’adressa à Gwen :
– Tu as fait bon usage de la coupe de vision ?
– Oui. Je peux vous la rendre dès maintenant, si vous la voulez.
– Non, c’est bon. Tu peux la garder encore quelque temps.

La jeune fille savoura l’attention que lui portait leur professeur aux dépens de sa rivale. Lorsque celui-ci la pria de le suivre, sa fierté augmenta encore d’un cran. Elle quitta la pièce sous le regard courroucé d’Anne-So à laquelle incombait désormais la tâche de remettre les tables et le pendule à leurs places respectives.

lundi 31 janvier 2011

Chapitre 11 de Limonade - Episode 7

Gwenaëlle baissa les yeux sur le sable, puis acquiesça. Les toutes premières lignes qui étaient apparues l’accusaient, mais elles étaient désormais invisibles. Cela pouvait signifier qu’une magie supérieure à la sienne avait détruit son œuvre, ou qu’elle bénéficiait d’une chance insolente.

Le reste du dessin se tordait sous l’effet de pouvoirs variés, sans permettre d’en dégager un schéma précis. Aussi, elle demanda :
– Tu as trouvé la réponse que tu cherchais ?

Le silence de son interlocutrice équivalait à une dénégation. Elle retira le socle et faillit le jeter à terre de rage ; un bruit métallique résonna dans la salle. Pourtant, Anne-Sophie ne distingua guère plus de signes d’une quelconque infraction aux règles du convent.

La jeune fille la laissa s’user les yeux sur le sable grisâtre. À présent plus sereines, ses pensées revinrent sur le visage de Corentin dans la coupe de divination. La question qu’elle avait posée à l’élixir ne contenait aucune ambigüité, mais elle éprouvait le besoin de s’en assurer.

Plutôt que de prendre le risque de préparer une nouvelle potion, elle décida de trouver la première occasion pour lui parler de Fabrice. Au cas où la rupture du sortilège qu’il avait opérée serait involontaire, elle devrait faire preuve d’astuce pour lui soutirer des informations. Il n’était pas question pour elle de révéler quoi que ce soit à propos de ses activités magiques.

Ces préoccupations ramenèrent les bribes de souvenirs qu’elle conservait de sa relation avec l’adolescent. Elle avait éprouvé un agréable frisson lors des instants qu’ils avaient passés ensemble. Pourtant, elle attribuait ce bien-être à la satisfaction de damner le pion de sa rivale et non à d’éventuels sentiments pour ce garçon.

La perte de l’emprise qu’elle maintenait sur lui représentait néanmoins un affront à ses talents de magicienne qu’elle n’envisageait pas une seule seconde de laisser impunie. Le fait que Corentin soit parvenu à briser le sortilège l’intriguait tout autant qu’il la contrariait.

vendredi 28 janvier 2011

Chapitre 11 de Limonade - Episode 6

Tout au fond du couloir, une salle de dimensions modestes avait été réservée au cours d’approfondissement en histoire. Précédée d’Anne-So, la jeune fille y pénétra avec une boule d’inquiétude au fond de la gorge.

Les tables, rassemblées au centre de la pièce, étaient surmontées d’un pendule monté sur un socle de métal argenté. Cet objet était employé lors de séances collectives, pourtant aucune des autres membres du convent n’était présente. Gwenaëlle s’en inquiéta :
– Où sont les filles ?
– J’ai quelque chose à vérifier avant de les faire monter.

Cette fois, la voix de son interlocutrice avait perdu toute trace d’amabilité. De moins en moins à son aise, la jeune fille s’assit. Elle fit semblant de lisser les plis de sa jupe afin d’essuyer ses paumes humides contre ses cuisses. Anne-So prit place à son tour devant le pendule, puis annonça :
– J’ai appris que tu as utilisé un envoutement afin de manipuler un être humain.
– Ce sont des mensonges ! s’exclama Gwen avec tous les accents de vérité possibles.
– C’est ce que j’ai l’intention de découvrir.

L’assurance de la terminale dissimulait en partie la certitude de sa victoire. Cependant, face à elle, Gwenaëlle ne s’avouait pas vaincue ; elle avait confiance en ses capacités.

Elle plaça ses mains sur les tiges métalliques du socle de façon exactement symétrique à celles de sa compagne. Au lieu de fermer les yeux, cette dernière les gardait grands ouverts et fixés sur elle. L’éclat qui brillait au cœur de ses iris bruns trahissait une colère qu’elle s’efforçait de dissimuler.

Cet aveu involontaire réjouit la jeune sorcière. Elle avait visé juste en ensorcelant Fabrice ; la colère affaiblissait sa rivale. Pourtant, lorsque le cristal de roche s’anima, elle réprima un frisson. Les premières lignes que le pendule traça dans le sable blanc reflétaient des perturbations magiques. Elle fronça les sourcils pour tâcher de les déchiffrer, mais d’autres marques se superposèrent à celles qui l’incriminaient.

À la fin de l’examen magique, le tracé était complètement embrouillé. Anne-So le contempla, perplexe.
– Il y a beaucoup d’influences très fortes autour de toi.

mercredi 26 janvier 2011

Chapitre 11 de Limonade - Episode 5

Après avoir remis en ordre le laboratoire, elles verrouillèrent la porte, d’abord avec une clé, puis avec un enchantement. Elles traversèrent ensuite la pelouse pour rejoindre les bâtiments qui abritaient les classes. Le gravier de la cour crissa sous les semelles souples de leurs mocassins.

Sans s’en rendre compte, Gwenaëlle trainait des pieds ; elle tâchait de deviner la raison de cette convocation. Plutôt que se ronger les sangs, elle évoqua une possibilité :
– Le professeur a demandé à me parler ?
– Non, pas encore.

Cette réponse sèche laissait planer une désagréable menace, ce qui incita la jeune fille à ralentir le pas. Dans la poche de son blazer, elle effleura le cristal que lui avait confié le professeur. Grâce à celui-ci, elle serait en mesure de lancer un unique sort. Ses pouvoirs étaient encore trop faibles pour lui permettre de se passer de ce support magique, mais son maître lui avait assuré qu’elle deviendrait vite autonome.

La confiance qu’il lui témoignait apaisa ses inquiétudes ; Anne-Sophie n’oserait pas s’en prendre directement à elle. Pour cela, elle serait d’abord obligée de prouver qu’elle avait volontairement enfreint les lois du convent.

L’envoutement de Fabrice représentait sa seule entorse à la règle qui stipulait que l’usage de la magie était interdit dans le but de manipuler l’esprit des êtres humains. Les précautions dont elle s’était entourée afin de réaliser ce sortilège lui garantissaient qu’elle resterait dans l’ombre, même dans le cas où la magie cesserait d’opérer. Les autres sorcières ne pouvaient donc pas être au courant de son infraction.

Les deux filles gravirent les escaliers en silence jusqu’au dernier étage. Les salles qui s’y trouvaient avaient été aménagées récemment pour accroître la capacité du lycée. À la différence des autres classes, elles ne disposaient pas des hautes fenêtres qui transformaient la pièce en fournaise sous l’effet du soleil et en glacière dès les premiers frimas. Les étroites ouvertures pratiquées dans la toiture d’ardoise apportaient toute la lumière nécessaire et évitaient les regards indiscrets.

lundi 24 janvier 2011

Chapitre 11 de Limonade - Episode 4

Gwenaëlle termina sa vaisselle, puis elle essuya avec soin le matériel de chimie. Son attitude désinvolte et innocente ne masquait qu’en partie l’inquiétude que la présence de la terminale suscitait chez elle. Elle s’efforça de garder le contrôle ; le professeur ne lui avait pas interdit de s’exercer à l’alchimie en dehors des heures de cours.

Après l’avoir observée des pieds à la tête, Anne-Sophie demanda :
– Tu préparais une potion ?
– Oui, j’avais besoin d’un élixir de vision.
– Pourquoi faire ?

Plutôt que de répondre directement, la jeune fille prit un air gêné. Elle passa une main dans ses cheveux et accrocha une mèche qu’elle tritura.
– Je voulais être sûre que mon copain n’était pas avec une autre fille. Je l’ai trouvé bizarre tout à l’heure, minauda-t-elle.

Le visage de son interlocutrice se décomposa, en dépit de la maitrise qu’elle exerçait sur ses sentiments. Gwenaëlle avait vu juste en séduisant Fabrice ; les années n’avaient pas amoindri l’affection que la sorcière nourrissait pour lui.

Au prix d’un immense effort, Anne-So reprit le contrôle de ses émotions.
– Tu devrais faire plus attention. Il faut éviter de nous faire surprendre en train de faire des choses que les autres ignorent.

Une pointe de mépris transparaissait dans sa manière de prononcer « les autres ». En revanche, sa sollicitude à l’égard de Gwen étonna cette dernière. À présent qu’il y avait un garçon entre elles, elle aurait parié que la terminale lui vouerait une haine profonde.

Elle se contraignit à une amabilité de façade pour mieux dissimuler la convoitise qu’elle entretenait vis-à-vis de l’ascendant de sa rivale sur le convent.
– Personne ne vient ici après les cours.
– Ce n’est pas une raison, nous devons être très prudentes. À cause de toi, il a fallu jeter un sort à la surveillante générale.

Elle se mordit les joues pour ne pas rejeter la faute de cet incident sur Fabrice. Une fille amoureuse ne se comporterait pas ainsi et il lui fallait donner l’illusion d’une relation sincère.
– Je suis désolée, murmura-t-elle, le regard baissé sur le carrelage.
– Heureusement, ta potion d’oubli lui a effacé la mémoire. Tu es vraiment douée pour l’alchimie.

Gwenaëlle fit passer sa grimace pour un sourire ; elle pressentait que ce compliment n’était là que pour enrober une perfidie. Lorsqu’Anne-So lui annonça qu’elles devaient se rendre toutes les deux dans la salle dévolue à l’apprentissage de la magie, elle craignait déjà le pire.

vendredi 21 janvier 2011

Chapitre 11 de Limonade - Episode 3

Gwenaëlle n’eut pas le temps d’approfondir le sujet. La porte du laboratoire s’ouvrit dans un grincement épouvantable. La silhouette d’Émilie se découpa dans l’embrasure.
– Gwen, appela la nouvelle venue, aveuglée par la faible luminosité.
– Qu’est-ce qu’il y a ?

Contrariée d’être surprise à pratiquer la magie en solitaire, la jeune fille préféra dissimuler ses runes et ses graphiques. Lorsque son amie la rejoignit, tous ses accessoires magiques avaient regagné son sac. Elle profita qu’Émilie traverse une bande de lumière pour apercevoir son expression pincée.
– Anne-So est venue pour te voir, annonça cette dernière.
– Pourquoi ?
– Elle n’a rien dit, mais elle avait l’air furieuse. Elle a envoyé les deux autres à ta recherche.
– Tu lui as dit que j’étais là ?

Le ton sec de sa question encouragea une réponse rapide. Gwenaëlle se radoucit lorsque son amie lui affirma avoir gardé le secret.
– Je pense qu’elle est allée chercher son pendule. Elle ne va pas tarder à te trouver ici.
– Dans ce cas, aide-moi à tout ranger.

Les deux jeunes filles démontrèrent l’assemblage de tubes et plongèrent les récipients dans un évier plein d’eau tiède. Tandis que Gwen ajoutait du savon afin d’éliminer les résidus de potion, sa compagne remit les flacons de composants à leur place.
– Qu’est-ce que tu fabriquais ? demanda-t-elle.
– Une potion de vision.

Anticipant les interrogations suscitées par sa réponse, l’apprenti alchimiste ajouta :
– Je voulais jeter un œil à Fabrice.
– Ton petit ami ?
– Oui.
– C’est un joli garçon, approuva Émilie. Tu lui as jeté un sort ?

Les dénégations de Gwenaëlle semblèrent crédibles, car son amie n’insista pas. Elle termina sa tâche, puis revint vers elle.
– Je vais te laisser finir toute seule. Je n’aimerais pas qu’Anne-So me trouve ici.

Alors qu’Émilie traversa le laboratoire afin de rejoindre la porte, celle-ci s’ouvrit à nouveau. Elle réprima un hoquet de surprise en découvrant le visage redouté d’Anne-Sophie. Néanmoins, cette dernière ne lui accorda pas la moindre attention lorsqu’elle quitta la pièce.

mercredi 19 janvier 2011

Chapitre 11 de Limonade - Episode 2

Une fois de plus, les runes proclamèrent le même message. Gwenaëlle les remit dans leur bourse de velours, puis elle versa avec précaution le contenu du bécher dans un bol d’argent. Cet accessoire venait du matériel personnel de son professeur ; elle avait dû ruser et supplier pour en obtenir l’usage.

Les mains tremblantes à l’idée de commettre un impair lors de sa séance de divination, elle se pencha sur le bol. Un rayon de soleil frappait le métal poli et le faisait étinceler dans la pénombre du laboratoire.
– Pourquoi mon sortilège a-t-il échoué ? murmura-t-elle.

Le liquide resta transparent, ce qui indiqua que la question avait été mal formulée. Elle réfléchit quelques instants à une autre manière de découvrir la vérité ; elle n’avait droit qu’à trois tentatives. Si elle ne parvenait pas à trouver les paroles qui lui offriraient la réponse dont elle avait besoin, elle n’aurait qu’à recommencer son élixir de vision.

Afin de trouver l’inspiration, elle retira le crayon de sa chevelure et griffonna au dos des schémas runiques. Les mèches blondes qui retombèrent devant ses yeux furent impitoyablement coincées derrière ses oreilles. Une seule échappa à ce traitement ; elle l’entortilla autour de son index tandis qu’elle écrivit différentes versions de sa question.

Après cinq minutes de réflexion, elle aboutit à une possibilité déplaisante. Le hasard de la magie n’était pas responsable de la rupture du sort qui liait Fabrice à elle aussi sûrement que des chaînes. Il ne pouvait s’agir que de l’intervention d’un autre sorcier ou, si ses soupçons se confirmaient, d’une autre sorcière.
– Qui a brisé mon envoûtement ?

En réponse, le liquide qui remplissait le bol d’argent se troubla. Au lieu du visage d’Anne-Sophie qu’elle s’attendait à voir apparaître, celui d’un garçon aux cheveux courts et châtains clairs se dessina dans les méandres de l’élixir.
– Corentin ! s’exclama-t-elle sous l’effet d’une vive surprise.

Pendant une dizaine de secondes, la potion garda l’empreinte de son ami, puis la magie cessa de faire effet. La jeune fille jeta le liquide à présent trouble et inutilisable dans l’évier. La découverte qu’elle venait de faire la laissait perplexe. Elle ne parvenait pas à comprendre ce qui avait poussé le trop gentil Corentin à rompre son sortilège.

lundi 17 janvier 2011

Chapitre 11 de Limonade - Episode 1

Au fond de la pelouse qui entourait les bâtiments du pensionnat Notre-Dame, le laboratoire de chimie dressait ses quatre murs de brique surmontés d’un toit de tuiles rouges. À travers les volets clos, de minces rais de soleil striaient de lignes lumineuses le sol immaculé et les tables couvertes de carreaux de céramique.

Le chuintement à peine perceptible du gaz enflammé par le bec Bunsen faisait écho à la respiration saccadée de Gwenaëlle. Penché au-dessus de l’agitateur magnétique, son visage de poupée reflétait une intense concentration.

À l’aide d’un crayon, elle avait relevé ses cheveux blonds sur sa nuque afin qu’ils ne la gênent pas durant la préparation de son élixir. Une blouse blanche de chimie préservait son uniforme des projections verdâtres qui jaillissaient du ballon en train de chauffer. La jeune fille jeta un regard au tableau où étaient écrites les instructions pour réaliser sa potion de clairvoyance.

Conformément à la recette, elle ajouta quelques gouttes d’un liquide à l’odeur répugnante dans la mixture. Une puanteur de charogne emplit le laboratoire. Gwenaëlle fronça le nez, mais elle ne cessa pas de surveiller le mélange. À mesure que le nouvel ingrédient se dissolvait, la couleur de la potion passa d’un vert sombre à un jaune si pâle qu’il en paraissait translucide.

Satisfaite de ce changement de teinte, elle versa l’élixir dans un filtre, puis récupéra le liquide clair ainsi obtenu. Elle enclencha la hotte aspirante afin de chasser l’air vicié du laboratoire. Son bécher rempli de réactif, elle retourna sur une table voisine de celle où elle s’était adonnée à l’alchimie.

Un sachet de velours bleu nuit se trouvait sur cette paillasse, à côté de plusieurs feuilles couvertes de schémas dessinés au stylo encre. La jeune fille en sortit une douzaine de pierres gravées de runes. Elle les enferma entre ses mains jointes, puis les lâcha au-dessus du carrelage blanc. Avec des cliquetis minéraux, les pierres runiques se répandirent devant elle.

Armée de ses diagrammes d’interprétation, elle renouvela ses questionnements à propos de son petit ami. Bien qu’elle ne l’ait pas montré à ses amies, l’attitude de Fabrice lorsqu’il était venu la voir dans sa chambre l’avait surprise. Elle avait d’abord attribué ce comportement à un effet aléatoire de son envoutement.

Cependant, elle avait dû se rendre à l’évidence. Son sortilège avait cessé de faire effet sur le garçon. La lecture des runes telle qu’elle l’avait apprise au sein du cours d’approfondissement en histoire ne lui avait pas apporté de réponse précise. Les cailloux se bornaient à lui répéter que les illusions ne valaient pas les sentiments honorables.

vendredi 14 janvier 2011

Chapitre 10 de Limonade - The end

Je dois admettre que pour les mises à jour, ce chapitre à cheval sur deux années a été catastophique. Cependant, il a été l'occasion d'introduire un nouveau personnage important dans le récit.

Ma résolution pour 2011 sera, outre poursuivre l'écriture de ce roman, éviter les cafouillages comme celui survenu dans les premiers jours de janvier.

Pour commencer la lecture à partir du premier épisode du chapitre, il suffit de cliquer sur le lien.

mercredi 12 janvier 2011

Chapitre 10 de Limonade - Episode 11

Toujours sous le coup de la révélation qu’elle venait de faire, les deux garçons restèrent assis. L’espoir de tenir une piste sérieuse s’était transformé en un cul-de-sac. Fabrice retrouva le sens des réalités.
– Tu retournes en cours ?
– Non, mon prof de biologie est encore absent.
– Si seulement, mon prof de philo pouvait en faire autant.

Corentin laissa filer plusieurs secondes de silence, puis il déclara :
– Tu avais raison de croire que les filles du cours d’histoire sont bizarres.
– Je ne pensais pas qu’elles étaient bizarres à ce point. Là, ça me fiche carrément la trouille.

Sur ces mots, l’adolescent ramassa son sac qui trainait par terre et le jeta sur son épaule.
– Si je sèche encore la philo, mes parents vont péter un câble.
– Je t’accompagne.
Ils prirent le chemin du second étage. Bien qu’ils soient déjà très en retard, ils marchèrent d’un pas tranquille parmi les élèves qui se pressaient dans leurs salles de cours.

Juste avant d’entrer dans la sienne, Fabrice se retourna :
– On se voit demain.
– D’accord. A plus !

Un professeur bedonnant et dégarni claqua la porte dès qu’il fut à l’intérieur. Seul dans le couloir, Corentin fit demi-tour et se dirigea vers le portail du lycée.

La frustration qu’il éprouvait lui donnait envie de hurler de toutes ses forces. De peur de passer pour un fou, il s’abstint et se contenta d’enfoncer ses ongles dans ses paumes. Dans un brouillard de colère et de dépit, il monta dans le bus.

Pendant le trajet, il ressortit les dessins de son sac. Il voulait contempler à nouveau la métaphore de Gwenaëlle qui se transformait peu à peu en une effrayante sorcière. Cependant, ses doigts accrochèrent la cité de cristal où Fabrice était retenu prisonnier. Cette représentation énigmatique avait échappé à leurs investigations de la matinée.

D’humeur trop maussade pour avoir envie d’y réfléchir, Corentin le remit en place. Il se promit néanmoins d’en parler le lendemain à son ami. À deux, ils seraient capables d’en percer les mystères.

lundi 10 janvier 2011

Chapitre 10 de Limonade - Episode 10

Fabrice termina le premier son café. Il donna un coup de coude à Corentin qui faillit s’étrangler avec son chocolat chaud. Après une quinte de toux, ce dernier demanda :
– Comment faire pour remonter jusqu’à l’auteur du sortilège ?
– Si tu as annulé l’enchantement, c’est impossible.
– Pourquoi ?
– Contrairement aux runes, les sortilèges ne portent pas de signature. La seule manière de retrouver son auteur est de lui renvoyer l’enchantement et de le suivre à la trace.

Avant qu’il ne pose une autre question, son ami l’interrompit :
– Si on a déjà des soupçons à propos de l’auteur, est-ce possible de la retrouver ?
– Des soupçons ?
– Des candidates à l’envoutement, commença-t-il. D’ailleurs, tu les connais peut-être. Il s’agit de Gwenaëlle Genne et Anne-Sophie Noroit.

À la mention du second nom, Charline se figea. Corentin non plus n’en menait pas large ; il n’admettait toujours pas que sa meilleure amie fasse partie des suspectes. L’adolescent continua à émettre ses hypothèses :
– J’aurais bien ajouté Émilie, Audrey et Laurie dans la liste, mais elles ne s’intéressent pas à moi.

La jeune fille le regardait avec des yeux exorbités, ce qui confirma son ancienne appartenance au groupe de sorcières du pensionnat.
– Je parie que tu sais déjà qu’elles sont en pension à Notre-Dame et qu’elles fréquentent un club d’histoire.
– Ce n’est pas un club d’histoire. Kaenel leur apprend à utiliser les pouvoirs occultes.

Alors que Corentin s’apprêtait à lui réclamer des explications, la sonnerie retentit. La sorcière se leva, abandonnant son gobelet sur la table. L’adolescent la retint par la main.
– Qu’est-ce tu peux nous dire sur ce club, sur leur professeur ?
– Rien.
– Ma meilleure amie est en danger. Je dois la sortir de là !

En dépit de l’émotion qui fit poindre des larmes dans les yeux du garçon, elle demeura inflexible.
– Je ne peux pas vous aider. J’ai promis de ne jamais nuire au groupe.
– Personne ne saura que les informations viennent de toi.
– Si, Kaenel le saura. Et il me fera payer ma trahison, une fois de plus.

Sur ces paroles sinistres, Charline quitta la table. Elle se fondit dans le flot des lycéens et disparut au détour d’un couloir.

vendredi 7 janvier 2011

Chapitre 10 de Limonade - Episode 9

Après avoir récupéré leurs boissons au distributeur, les trois lycéens s’assirent autour d’une table de la cafétéria. Charline réprimait sa nervosité en touillant sans arrêt son café. Corentin non plus n’en menait pas large. Le regard anxieux de la jeune fille lui donnait l’impression de conduire un interrogatoire.

Les minutes qui défilaient sur l’horloge le poussèrent à agir ; la pause ne durait qu’un quart d’heure.
– Pourquoi as-tu gravé ces runes ?
– C’était une expérience, répondit-elle de manière évasive.
– On est au courant que ton sort améliore les tirs, dit Fabrice. On a testé lundi dernier.
– Cet enchantement n’aurait dû fonctionner que pour moi ! En plus, je ne l’avais presque pas chargé. Il devait être à court de pouvoir.

La surprise de Charline incita Corentin à expliquer ses déductions :
– J’ai recopié les runes sur une feuille, ça a dû réactiver le pouvoir des symboles.
– Impressionnant.

Pour la seconde fois de la journée, l’adolescent se distinguait par ses capacités magiques. Pourtant, il n’en éprouvait aucune satisfaction.
– Que sais-tu sur les enchantements de personnes ?
– Pas grand-chose, c’est une magie très dangereuse à manier.
– Dangereuse pour qui ?
– Celui qui créé l’enchantement risque de se consumer s’il utilise trop d’énergie. Quant à celui qui le subit, les dangers sont différents selon la volonté de l’enchanteur.
– Que reste-t-il d’un enchantement une fois qu’il a été défait ?
– Rien. Les souvenirs de la victime se dissipent comme un mauvais rêve. Seul l’auteur peut se rendre compte de la rupture du sort, mais ça n’est pas visible au premier abord.

Les deux garçons échangèrent un long regard. Pour l’instant, ils n’avaient aucun moyen d’évaluer si Charline était digne de confiance. Néanmoins, elle leur donnait l’impression de connaître les sortilèges et leurs effets.

Fabrice se décida à rentrer dans le vif sujet :
– Quelqu’un m’a jeté un sort qui m’a fait tomber amoureux ?

Les yeux bruns de Charline se fixèrent sur Corentin avec une acuité telle que ses joues s’empourprèrent.
– Ce n’est pas moi, protesta-t-il. J’ai juste annulé l’enchantement.
– Comment tu as fait ?
– Avec une formule d’exorcisme.
– Et un grand seau d’eau bénite, très froide, ajouta son ami.

La jeune fille resta bouche bée, puis elle plongea ses lèvres dans son gobelet de café. Ses compagnons l’imitèrent en silence.

mercredi 5 janvier 2011

Chapitre 10 de Limonade - Episode 8

Dès que Corentin sortit de son cours d’histoire, il retrouva son ami devant la porte. Au pas de course, ils se dirigèrent vers la salle où Charline avait cours. Plusieurs groupes de lycéennes quittèrent la salle en bavardant, mais aucune ne correspondait à la description de la sorcière wiccante.

Soudain, une fille aux cheveux courts enduits de gel les dépassa. Ses oreilles percées de toutes parts, son t-shirt à manches longues rayé noir et blanc et ses yeux bridés la désignaient comme étant celle qu’ils recherchaient.
– Charline ! appela Fabrice.

Elle se retourna vers eux, son sac hérissé de clous à la main telle une arme. Corentin avança dans sa direction, puis demanda :
– Qu’est-ce que tu peux me dire sur les attrapes rêves ?

Cette question transforma la méfiance de Charline en une vague de peur. Elle pivota, prête à s’enfuir, mais Fabrice lui saisit le poignet.
– C’est juste une question, dit-il.
– Laissez-moi tranquille ! Je ne veux pas répondre !

Elle balança son sac dans sa direction avec l’intention de le blesser. Les piques de métal et les pins heurtèrent son bras, ce qui l’incita à resserrer sa prise afin qu’elle ne s’enfuie pas. Une réaction aussi violente l’intrigua, car il ne s’attendait pas à susciter une inquiétude pareille.
– Sur le forum « le jardin de Ceridwen », tu es bien ChaChina ?
– Et alors ! couina-t-elle en se débattant.

Elle s’agitait tellement que l’adolescent craignit de lui faire mal. Sous ses doigts, l’articulation de la jeune fille semblait si fragile et il avait peur d’attirer l’attention.
– Si tu ne me lâches pas, je vais hurler !
– Je te lâche si tu promets de ne pas fuir, proposa-t-il.

Corentin était resté pétrifié suite à l’altercation entre son ami et la wiccante. Il reprit néanmoins ses esprits.
– Sur le forum, tu as posé des questions sur les runes du poteau de basquet. Et le lendemain, elles ont été effacées.
– Comment tu sais ça ? cracha Charline.

Elle marqua une courte pause, puis affirma :
– Cora… J’aurais dû me douter que tu n’étais pas une fille.

Cet échange suscita un sourire amusé sur le visage de Fabrice. Ses yeux bruns pétillaient de malice, ce qui laissait présager une utilisation prochaine de cette révélation. Plus attentif aux réactions de son interlocutrice qu’à celles de son ami, Corentin continua :
– J’aimerai vraiment te poser des questions.
– Tu n’avais qu’à m’envoyer un mail.
– À mon avis, tu ne lui aurais pas répondu, répliqua Fabrice.

Il fallut encore une dizaine de minutes aux deux garçons pour convaincre Charline de répondre à leurs interrogations.

lundi 3 janvier 2011

Chapitre 10 de Limonade - Episode 7

Seules les déglutitions de Fabrice entamèrent le silence qui s’était abattu sur le parking. Une fois son déjeuner terminé, il déclara :
– Je me suis renseigné sur Charline. C’est une fille de première L.
– Ça, on le savait déjà.
– Laisse-moi finir ! L’an dernier, elle n’était pas dans ce lycée. Elle a fait sa seconde au pensionnat Notre-Dame.
– Et ?
– Et c’est tout. On me l’a décrite comme une Chinoise gothique.

Bien que très minces, ces indications étaient suffisantes. Les Asiatiques étaient rares à Rennes ; ceux qui arboraient des habits noirs et un maquillage sinistre l’étaient encore plus.
– C’est bizarre qu’elle soit allée dans la même pension que Gwen, s’étonna Correction.
– Je suis prêt à parier qu’elle faisait partie du club d’histoire l’an dernier.
– Pourquoi ?

Fabrice se tut. Pour se donner une contenance, il ouvrit sa canette de coca. Quelques gouttes de sodas lui giclèrent sur les doigts. Il les lécha, puis répondit :
– J’ai l’impression que toutes les filles qui participent à ce club sont bizarres. Il va falloir que je me renseigne, mais j’ai pas trop envie d’en parler pour le moment.

Comme son ami affichait une expression déçue, il ajouta :
– Je ne veux pas t’inquiéter inutilement. C’est juste des soupçons.
– D’accord. Tu m’en parleras quand tu auras plus d’infos.
– Promis.

Écœuré par le sucre contenu dans sa boisson, il proposa sa canette à Corentin. Ce dernier l’accepta et la but d’un trait.
– Pour Charline, on fait quoi ?
– Je sais pas, admit Fabrice. Tu penses que c’est une sorcière ?
– Oui, j’en suis certain.
– Alors, il faut qu’on lui parle.

Afin de savoir où trouver la jeune fille, ils se rendirent dans le bureau des surveillants. Les livres de classe étaient rangés dans une étagère. Fabrice prit celui de la ***classe*** et grâce aux indications qu’il contenait, ils surent où trouver Charline Kim. Ils convinrent de l’aborder à la pause de l’après-midi.

vendredi 31 décembre 2010

Chapitre 10 de Limonade - Episode 6

Une fois l’heure d’anglais terminée, l’adolescent quitta le lycée afin d’aller acheter son déjeuner. D’habitude, il rentrait déjeuner chez sa tante ; bien qu’il apprécie de manger à l’extérieur, ces repas constituaient en dépense imprévue qui entamait le peu d’argent de poche que ses parents lui donnaient.

S’il améliorait ses notes, son père lui avait promis de lui accorder une somme plus conséquente. Jusqu’à présent, il avait toujours considéré que ses résultats scolaires étaient le fruit du hasard. Pourtant, avec l’aide de Fabrice, il était arrivé à maîtriser les équations. La possibilité d’augmenter sa moyenne de quelques points ne lui parut plus aussi irréaliste qu’auparavant.

Ces préoccupations lui tinrent compagnie pendant qu’il se rendait sur le parking du lycée où il avait donné rendez-vous à son ami. Assis sur le rebord du trottoir, il regarda les feuilles des platanes tomber en zigzag, tandis que leurs fruits heurtaient le bitume avec un son mat.

Son repas terminé, il tua le temps en écrasant les akènes sous ses tennis. Ces boules granuleuses libéraient une myriade graines aussi légère que du duvet.
– Tu t’amuses bien ? ironisa Fabrice dans son dos.

Gêné d’avoir été surpris dans une activité aussi puérile, Corentin rougit. Il fouilla ensuite dans son sac pour en sortir la feuille sur laquelle il avait noté ses observations. Comme son compagnon terminait d’engloutir un sandwich, il lui en fit la lecture :
– En examinant le dessin de la femme masquée, j’ai reconnu les trucs qui sont suspendus aux branches. Ce sont des attrapes rêves.
– Qu’est-ce que c’est ? demanda son ami, la bouche pleine.
– Des charmes qui protègent des cauchemars et des influences magiques.
– C’est pareil que ton exorcisme ?
– Non. Les attrapes-rêves ne détruisent pas les sortilèges, ils tes attirent et les emprisonnent.

L’adolescent hocha la tête, mais ne paraissait pas très à l’aise avec ces notions. Corentin poursuivit :
– C’est expliqué sur le forum « le jardin de Ceridwen ». D’ailleurs, la personne qui a écrit toutes les explications sur les attrapes-rêves, c’est ChaChina.
– L’identité virtuelle de Charline Kim.
– Oui. Je pense même que c’est elle qui est représentée sur mon dessin.

Impressionné par cette déduction, Fabrice en oublia de terminer son repas. Il fixa son ami, puis murmura :
– Tu t’es sacrément bien débrouillé.

La timidité de Corentin l’empêcha de trouver réponse. Il se contenta de baiser les yeux sur sa feuille.

mercredi 29 décembre 2010

Chapitre 10 de Limonade - Episode 5

Les bribes d’informations dont il disposait à propos de Charline continuèrent de le titiller alors qu’il examinait l’arbre à grigris. Des mobiles composés de plumes et de brindilles ainsi que des entrelacs de ficelles pendaient de ses branches décharnées. En les observant de plus près, il constata que ces objets étaient des attrapes-rêves. Or, Charline maitrisait la création de ces charmes.

Ce lien frappa Corentin comme une gifle. Il recula le nez de sa feuille et considéra le dessin dans son ensemble. Le masque blanc qui recouvrait le visage de la femme symbolisait son recours à une identité virtuelle, tandis que les spirales gravées dans l’écorce étaient des enchantements runiques.

L’adolescent acquit la conviction que ce personnage enveloppé dans sa cape n’était autre que cette Charline Kim. Il devenait donc urgent de la rencontrer afin de vérifier cette théorie. Cependant, il devait commencer par en avertir Fabrice.

Trop fébrile pour attendre la pause de midi, Corentin sortit une feuille de son sac. Il y inscrivit tout ce qu’il savait à propos de la jeune fille : son goût pour la création de charmes, sa maîtrise des runes. Les ombres qui entouraient l’arbre lui parurent importantes à mentionner. Il ignorait si elles avaient un lien avec le monde réel. Pourtant, une impression néfaste se dégageait de ces lignes bleues entrecroisées.

Au moment où il s’apprêtait à poursuivre son analyse, il entendit Aurélien :
– Salut Corentin. Tu étais en train de dessiner ?
Avant qu’il n’ait le temps de remettre ses feuilles dans leur pochette, le nouveau venu saisit l’une de celles qui représentaient Gwenaëlle.
– Je ne savais pas que tu t’intéressais à la fantasy. Ils sont vraiment très chouettes.

Le compliment ne réussit pas à faire oublier à Corentin la colère qu’il éprouvait en voyant ses créations ainsi observées. Conscient qu’une réaction trop vive trahirait l’importance de ce dessin, il répondit avec modestie :
– J’ai juste gribouillé ça entre deux cours. Il n’est pas terrible.

Il récupéra la feuille des mains d’Aurélien et le rangea avec les autres. Son camarade n’abandonna pas le sujet pour autant :
– Je peux regarder les autres ?
– Non, je ne préfère pas. Ils ne sont vraiment pas terribles.

Il eut beau insister, Corentin refusa de lui montrer ses créations. Les deux adolescents passèrent à autre chose et préparèrent leurs exercices pour le cours suivant.

lundi 27 décembre 2010

Chapitre 10 de Limonade - Episode 4

Fabrice reprit le fil de la discussion :
– En fait, peut-être qu’on arrivera mieux à comprendre tes dessins en prêtant attention aux détails.
– Par exemple, le casque qui est apparu ou alors les livres sur les étagères.

Il acquiesça, puis suggéra :
– Il faudrait examiner tous tes dessins et chercher les symboles cachés. Avec ça nous arriverons peut-être à y voir plus clair.

Corentin se mit aussitôt à l’ouvrage. Alors que son ami recensait chacun des éléments de la série représentant Gwenaëlle sous les traits d’une sorcière, il se plongea dans la contemplation des autres dessins.

L’impression de tristesse qui imprégnait le visage androgyne de l’ange perché sur les murailles attira son attention. La douleur et la solitude de cet être aux ailes de plumes étaient palpables. Ces émotions s’accordaient avec la silhouette tordue de la tour encerclée de tiges de métal.

Aucun élément du monde réel n’apparaissait dans ce dessin. L’adolescent passa à celui sur lequel se trouvait la femme masquée. Le personnage, encapuchonné dans une tenue sombre, se tenait debout sous un arbre. Une multitude de grigris ésotériques étaient suspendus à ses branches noueuses.

Le hurlement de la sonnerie interrompit son examen. Fabrice s’empara de son sac, puis se leva :
– J’ai TP de chimie. C’est pas un cours que je peux sécher.
– OK.
– Par contre, j’ai repensé à ce que tu m’as raconté sur Charline Kim.
– Qu’elle maîtrise assez les runes pour être l’auteure de celles du poteau de basket.
– Oui. Ça serait bien qu’on reparle d’elle.

Pressé par la courte durée de la pause, il s’apprêta à quitter la bibliothèque. Cependant, Corentin le retint.
– On se retrouve sur le parking à midi.
– D’accord, mais ne m’attends pas pour manger. Je serais sûrement retard, dit-il avec un sourire d’excuse anticipée.

L’adolescent le laissa partir. Il attendit que le calme revienne dans la salle de lecture pour retourner à ses dessins.

vendredi 24 décembre 2010

Chapitre 10 de Limonade - Episode 3

Attentif, Fabrice commença par regarder quatre dessins presque identiques. Bien qu’ils soient réalisés au stylo bille sur des feuilles carrelées, un grand soin transparaissait dans ces créations. Des traits entrecroisés figuraient les ombres et les volumes du décor.

Au milieu d’une salle aux allures de crypte se trouvait une femme vêtue d’une longue robe. Son regard était fixé sur le sol dont les dalles étaient recouvertes de roses flétries.
– J’ai déjà vu ce dessin ? demanda-t-il.
– Non, je l’ai dessiné le week-end dernier. Par contre, tu as peut-être vu celui-là.

La feuille que Corentin lui mit dans les mains présentait de subtiles différences avec le précédent. Les fleurs paraissaient plus fraîches et l’expression de la sorcière moins sinistre. Quant aux murs, les étagères qui les recouvraient ne comportaient pas autant de fioles, d’alambic et de livres.

Un détail intrigua Fabrice dans le premier dessin qu’il avait observé. Il pointa un objet posé au milieu des instruments d’alchimie.
– Tu sais ce que c’est ?
– On dirait un casque de moto, s’étonna l’adolescent. Qu’est-ce qu’il fait ici ? Il a l’air complètement anachronique.
– Ce n’est pas n’importe quel casque, c’est le mien ! Je l’ai oublié dans la chambre de Gwenaëlle quand je suis allé au pensionnat.

Corentin resta silencieux, les yeux dans le vague. Il sortit de son mutisme lorsque son ami s’en inquiéta.
– Ça confirme ce que je pensais.
– Et qu’est-ce que tu pensais ?
– Que la femme sur le dessin est une représentation de Gwen.
– Une sorte de métaphore ?

Comme ce terme lui était inconnu, il dévisagea Fabrice avec un air d’incompréhension.
– La métaphore est une figure de style littéraire. Tu verras ça en cours de français, expliqua ce dernier.
– Et ça consiste en quoi ?
– À utiliser une image ou une comparaison détournée afin de décrire quelque chose. Par exemple, il pleut des cordes, c’est une métaphore.

Son interlocuteur marqua une pause, puis se justifia :
– Je suis tombé dessus au bac de français, c’est pour ça que je m’en rappelle encore.
Cette digression avait éloigné les deux garçons de leur point de départ.

mercredi 22 décembre 2010

Chapitre 10 de Limonade - Episode 2

L’adolescent soupira ; sa matinée de cours ne débuterait qu’à dix heures et il n’avait rien prévu pour s’occuper. Une traction exercée sur la poignée de son sac à dos le fit reculer d’un pas. Lorsqu’il se retourna, sur la défensive, il reconnut le sourire de Fabrice :
– Salut Cory !

Agacé par l’emploi de son surnom, l’intéressé marmonna une vague réponse à laquelle son ami répliqua :
– Tu as mangé un croquemort ce matin ?

Cette pique d’humour noir manqua sa cible puisque Corentin haussa à peine un sourcil.
– Non. Pourquoi tu demandes ça ?
– Parce que tu fais une tête d’enterrement. Tu as passé un mauvais week-end ?
– Non. Un week-end normal.

Ce qu’il entendait par normale différait des occupations habituelles des adolescents. Cependant, il n’avait pas envie de s’attarder sur le temps consacré à manipuler les cartes de tarot sous la supervision d’Évelyne. Cette dernière manifestait l’intention d’enseigner à son neveu les bases afin d’exercer plus tard le métier de voyant.

Le vacarme qui résonnait dans le hall était assourdissant. Les murs, recouverts de carreaux de céramique orange et verts, répercutaient les conversations de centaines de lycéens. Bousculé par ceux qui désiraient jeter un œil plein d’espoir au tableau avant le début des cours, Fabrice entraîna son compagnon à l’écart.
– Tu as quoi maintenant ?
– Rien. Mon prof de sport est absent. Et toi ?

Sa réponse fut couverte par le hurlement de la sonnerie. Quand les notes désagréables furent remplacées par le bruit d’une foule en mouvement, il répéta :
– J’ai histoire, mais je n’avais pas l’intention d’y aller. On va regarder tes dessins à la biblio ?

Sans la moindre joie, Corentin acquiesça. Il avait espéré que son ami aurait oublié sa demande du samedi midi.

Une fois qu’ils eurent pris place à une table entourée de rayonnages remplis de dictionnaires, il sortit la pochette contenant ses dessins.

lundi 20 décembre 2010

Chapitre 10 de Limonade - Episode 1

Le lundi matin, Corentin arriva au lycée avec une inquiétude diffuse. La cause de son malaise était rangée avec soin à l’intérieur d’une pochette plastifiée dans son sac à dos. A la demande de Fabrice, il avait emporté toute sa collection de dessins afin qu’ils puissent l’examiner ensemble.

L’ange dans sa tour de métal tordue, la femme masquée sous son arbre et ceux qui représentaient Gwenaëlle, de plus en plus sombres à mesure que les semaines passaient. Bien qu’il espère que son ami saurait trouver un sens à ses dessins, Corentin répugnait à les lui montrer.

Jusqu’à présent, ils avaient été un secret qu’il partageait avec Gwen ; une manière de préserver le lien qui les unissait. Pourtant, il devait accepter l’aide de Fabrice, car ses espoirs de libérer la jeune fille de l’emprise du sorcier n’avaient aucune chance de se réaliser sans sa participation.

Plus âgé et plus confiant, l’adolescent avait fait preuve de son implication en s’introduisant dans le pensionnat Notre-Dame. Il était aussi le seul à connaître les autres filles du club d’histoire. Sans lui, Corentin était forcé d’admettre qu’il ne pouvait aller plus loin que des tirages de cartes et des gribouillis dans les marges de ses cahiers.

Il hésita entre se rendre sur le parking ou attendre dans l’enceinte de l’établissement. Fabrice ne lui avait précisé ni lieu, ni heure de rendez-vous. Ce manque de prévoyance l’agaça, puis il réalisa qu’il aurait très bien pu prendre lui-même cette initiative.

Il traina les pieds jusque dans le hall. Avant de lever les yeux vers le tableau des absents, il regretta de ne pas être resté dans son lit. Intrigué par cette pensée soudaine, il constata que le nom de professeur de sport figurait parmi les absents. Il aurait effectivement pu dormir deux heures de plus ce matin-là.

vendredi 17 décembre 2010

Eclat de rêves n°19

Pour ce numéro 19, l’équipe d’Eclats de rêves a rassemblé les nouvelles retenues après deux appels à texte. Il s’agit donc d’un opus particulièrement bien garni avec une première partie consacrée à la vapeur et une seconde aux chaussures.

A toute vapeur !

Cette partie débute avec une nouvelle de Timothée Rey qui est dans la droite ligne de ses autres textes, difficile au premier abord, mais enchanteur. Dans « C'est vrai, quoi, chacun son tour », il y a un univers original à mi-chemin en la SF et la fantasy, des machines à vapeur bien entendu, un prince impatient de livrer bataille et un vocabulaire aussi riche qu’étonnant. Tous les éléments s’imbriquent pour mener le lecteur jusqu’à une bataille épique dont la chute esquive le tragique avec humour.

L’ambiance touchante de « Ma toute vapeur », la courte nouvelle d'E-Traym, aborde la vapeur sous un autre angle, celui d’un narrateur fasciné par les particules d’eau en suspension. Le talent de l’auteur permet de se glisser dans les réflexions d’un héros dont on ignore s’il est fou ou visionnaire.

Cette même ambiguïté se retrouve dans « Le voyageur pendulaire » de Dominique Molès. Sauf qu’ici, le narrateur n’est pas fou, en tâchant de fuir son propre reflet, il s’enferme dans une gare qu’il est impossible de quitter. Décrire un tel environnement, à fois logique et décalé, est un pari difficile que l’auteur a su relever avec brio.

Pour clore cette partie, Patrick Duclos nous offre en voyage de pure fantasy dans un mode de glace et de neige. « Un sort funeste » nous donne peu à peu les clés de son narrateur dans un monde hostile et glacial. Bien qu’intéressant, j’ai trouvé que le lien avec le thème du numéro était trop ténu. Ce texte souffre de la proximité avec d’autres que j’ai trouvé de meilleure qualité.

Chaussure, etc.

Changement de thème avec la nouvelle fantastique de Jacqueline Dumas qui narre la vie d’un collectionneur de chaussure. Le titre, « Etrange gestation », donne un aperçu de l’événement qui va perturber son existence. Une fois de plus, l’un des auteurs de ce numéro nous offre un voyage sur le fil qui sépare folie de normalité.

Retour à la fantasy avec « Des brodequins pour la paix » où l’absence de magie est remplacée par la force des coutumes. Dans ce texte, Olivier Boile raconte en trois volet la transition entre une paix fragile entre deux tribus, scellée par un combat rituel dont l’enjeu est un paire de chaussures, et une guerre sans pitié. La force de cette histoire est son côté détaché, mais, bien que dénuée de jugement envers ses personnages, elle réussi à rendre leur destin poignant.

Pas une once de magie non plus dans « L'inspiration » de Sébastien Soubré-Lanabère, mais une audacieuse mise en abîme. En effet, le héros de la nouvelle est un apprenti auteur qui décide de participer à l’appel à texte sur les chaussures. Informaticien blasé, ce dernier essaye de s’échapper de son quotidien morne grâce à l’écriture tout en luttant contre une manque d’inspiration. Le réalisme de cette nouvelle est le bienvenu pour clore ce numéro.

Les trop rares illustrations ne parviennent pas à rendre la diversité des textes. Cependant, la couverture réussi à faire la jonction entre les deux thèmes (un train à vapeur rempli de chaussures), sans pour autant les assembler artificiellement (des chaussures à vapeur).

mercredi 15 décembre 2010

Méli-mélo

Je profite de cet intermède entre les chapitres 9 et 10 pour donner quelques nouvelles sans thème précis (en vrac, donc).

L'anthologie "Mystère et Mauvais Genre" des éditions Sombres Rets dont j'avais parlé dans le billet consacré à "Pandémonium City"est enfin disponible. Je suis allée cherchée ma commande au bureau de poste et elle a rejoint aussi sec ma pile à lire. Pour connaître mon avis sur l'ensemble de l'anthologie, il faudra attendre l'année prochaine.

A propos de Limonade, le chapitre 13 est maintenant terminé. J'ai donc trois chapitres d'avance pour la publication sur ce blog, car le chapitre 10 commencera lundi prochain. Les péripéties qui s'annoncent sont des plus variées (exorcisme raté, cambriolage, malédiction). En effet, j'ai voulu éviter le ralentissement de l'action au milieu du roman et j'espère y être parvenue.

La correction des premiers chapitre stagne depuis trop longtemps, mais, heureusement, les vacances de fin d'année sont proche. J'espère avoir une bonne nouvelle à annoncer en janvier.

Pour le moment, je n'ai rien de plus à raconter. Merci d'avoir lu ce billet fort décousu.

lundi 13 décembre 2010

Les dents de l'amour

Il y a maintenant plus d'une année, j'avais flashé sur la couverture de ce roman avec sa peinture vernie rouge-orangée (l'illustration du billet ne lui rend pas justice). Pour cause de budget limité, j'avais laissé ce livre très prometteur sur sa table. J'ai fini par l'acheter cet été et je me suis régalée à la lire, pourtant il y a des hics.

Premier hic, la quatrième de couverture qui tombe à côté de l'histoire. Ca arrive de temps en temps, mais c'est toujours une déception. A l'attention d'éventuels futurs lecteurs, je précise que les animaux ne vont jamais être du moindre secours à Judy.

A mon avis, la grande réussite de ce livre est la manière dont sont dépeints les personnages, Judy, Thomas, l'empereur, ... Les répliques percurantes et les péripéties qui s'enchaînent rendent la lecture agréable. Cependant, je pense qu'il ne vaut mieux pas s'attarder trop longtemps sur ce livre. En effet, au-delà de l'aventure de Jody, jeune vampire qui essaye de se construire une (non-)vie décente, le roman manque de ressorts dramatiques.

Afin de supléer à la quatrième de couverture défaillante de Calmann-Levy, je vais me livrer cet l'exercice délicat :
"Jusqu'à ce qu'elle croise la route d'un vampire blasé, la vie de Jody se résumait à un petit ami risible, une mère horripilante et un job dans une grosse compagnie à San-Francisco. A présent qu'elle est devenue elle aussi un vampire, l'existence de la jeune femme est bouleversé, car, même si elle y a gagné des capacités surhumaines et une plastique de rêve, le quotidien est devenu impossible à gérer. Son unique espoir : trouver un nouveau petit ami capable de la protéger de lui fournir sa dose d'hémoglobine.
Cette lourde tâche va retomber sur les épaules de Thomas, un apprenti-écrivain à la recherche de l'aventure et d'une femme capable de lui briser le coeur. Entre une jolie vampire rousse et un travail de nuit dans un supermarché, il risque d'avoir plus d'ennuis qu'il ne l'espérait."


Pour finir, mon avis personnel est que ce roman mérite le détour. C'est la première fois que je lis le récit d'un vampire obligé d'aller à la laverie automatique pour nettoyer ses vêtements. Le style de l'auteur est un délire permanent et le rythme est accrocheur. Cependant, comme je le disais plus haut, une meilleure intrigue aurait été la bienvenue.

vendredi 10 décembre 2010

Black Mamba n°19

La nouvelle de Richard Mesplède « Quinte Flush » commence comme un western classique qui deviendrait de plus en plus exagéré et illogique au fil des pages. Pourtant, chaque détail en apparence loufoque trouve sa place dans la conclusion, confirmant l’importance accordée à Black Mamba pour la chute. Bon à savoir, ce texte figure aussi au sommaire de l’anthologie « Mystère et mauvais genre » des éditions Sombres Rets.

Le changement d’atmosphère est radical avec les « Futures stars » de Serena Gentilhomme. Dans un décor impersonnel qui tranche avec le saloon crasseux du précédent récit, deux personnages évaporés parlent, s’embrassent et dévoilent leurs secrets. Le décalage entre les attitudes des héros et le fait-divers tragique dans lequel ils sont impliqués apporte une touche d’humour bienvenue.

Je dois admettre que j’ai toujours un brin d’inquiétude avant d’attaquer un texte de Timothée Rey. Dès les premières lignes de « Zap ! », l’influence de son style bourré de néologisme rend l’immersion difficile. Il faut du temps pour s’adapter à la narration et à la technologie employée. Cependant, l’histoire qu’il raconte, une variation SF sur le thème du crime parfait, mérite que l’on s’y accroche.

Pour finir, la nouvelle de Bénédicte Taffin donne une dimension plus intimiste à cet opus avec sa nouvelle « Relation Mère-Fille ». Le mélange entre les technologies SF et les souffrances humaines se fait avec naturel ; chaque élément s’appuie sur l’autre pour amener le récit jusqu’à sa conclusion. Je m’attendais à chute aux allures de révélations, toute en demi-teinte et en émotion contenue, et je n’ai pas été déçue. Je regrette cependant que tant de détails soient restées dans l’ombre à cause du format court inhérent à la nouvelle.

Les dossiers et interviews qui complètent cette revue m’ont davantage intéressée que d’habitude. Par contre, les trois bande-dessinées m’ont moins séduites malgré leur excellente qualité. J’ai trouvé que les illustrations des nouvelles ont été particulièrement réussies dans ce numéro. Les dessinateurs sont parvenus à coller à l’ambiance de tous les textes et, comme je les ai tous aimés, j’ai trouvé tous les dessins vraiment chouettes.

En conclusion, je dirais que ce numéro est celui que j’ai le plus apprécié depuis mon abonnement. Alors que généralement, au moins l’un des textes me laisse de marbre, cela n’a pas été le cas dans celui-ci.

mercredi 8 décembre 2010

Les aventures d'Anita Blake

Je me suis intéressée à cette série il y a presque trois ans, suite aux conseils d’une collègue rôliste et passionnée par les vampires (Masquerade). Le hic, c’est que l’éditeur Fleuve Noir avait décidé d’abandonner cette licence et que nos amis de Milady n’avaient pas encore commencé à la rééditer. J’ai donc passé un temps fou dans plusieurs librairies avant de me procurer le tome 2, « Le cadavre rieur ».

Si l’on excepte le fait que j’ai dévoré ce roman en quelques heures, mes efforts en valaient la peine. Du coup, j’ai fait l’acquisition du tome 1, puis et des suivants. Je me suis régalée à lire les trois premiers volumes, bourrés de péripéties toutes plus exagérées les uns que les. Néanmoins, à partir du quatrième et de l’arrivée des loups-garous, j’ai commencé à trouver que ça faisait trop. J’ai continué jusqu’au six, mais les scènes chaudes avec le(s) vampire(s) m’ont lassées tout autant que les failles de scénarios.

Afin de m’assurer que je n’allais rien rater de la série en abandonnant, j’ai lu les résumés sur Internet. Lorsque j’ai compris qu’au lieu d’une reprise en main, les intrigues passaient de polar fantastique à romance fantastique de type « harem ». En conséquence, j’ai arrêté d’acheter les aventures d’Anita Blake à partir du tome 7.

Cela ne signifie pas que je n’aime plus cette série, d’ailleurs j’ai même recommencé à la lire. Ce sont des lectures agréables, pour autant qu’on ne soit pas trop à cheval sur les incohérences et les intrigues secondaires sous-exploitées.

Je n’ai pas lu plus de livres qui sont qualifiés de Bit-Lit ces temps-ci. Mais dernièrement, une copine m’a conseillé de lire les aventures de Mercy Thompson et je crois bien que je vais me laisser tenter. Quelqu’un à d’autres suggestions ?

lundi 6 décembre 2010

Ma pile à lire de décembre


Six mois après ma première pile à lire, j'ai décidé de récidiver en faisant un bilan sur mes lectures du moment. D'ailleurs, il serait bien que je parle un peu des livres qui étaient mentionnés en juin, car certains étaient vraiment bien.

En cours :
  • Servant of the Underworld
  • Eclat de rêves n°19
  • Black Mamba n°19
  • Nés avec les morts


En tas au pied de mon lit :
  • Squelette sanglant, les aventure d'Antia Blake tome 5
  • Mortelle séduction, les aventure d'Antia Blake tome 6
  • Sorcières et sortilèges
  • Les sombres romantiques
  • Les yeux d'opale
  • L'ange blond
  • Tristesse et beauté


Bien entendu, ma pile à légèrement augmenté en six mois, mais je compte sur des prochaines vacances pour la descendre de quelques étages.

vendredi 3 décembre 2010

Chapitre 9 de Limonade - The end

Un chapitre de plus qui vient de s'achever. Il ne s'agit pas des scènes les plus animées, mais elles avaient leur importance. Pour avoir plongé dans l'écriture de la seconde moitié du roman, je peux vous assurer qu'il y aura des choses plus animées.

Comme d'habitude, il suffit de cliquer sur : épisode 1 pour avoir le début de ce neuvième chapitre.

Bon décembre à tous et à bientôt pour le chapitre 10.

mercredi 1 décembre 2010

Chapitre 9 de Limonade - Episode 11

Le deux-roues de Fabrice était le dernier véhicule stationné sur le parking. Il déverrouilla l’antivol sous le regard de son ami qui s’inquiéta soudain au sujet de la semaine à venir.
– Comment on va faire pour Charline ?
– Qu’est-ce que tu comptes faire ?
– Elle sait sûrement plus de choses que moi sur la magie. Elle aura peut-être des informations à nous donner sur ton sortilège, ou sur Gwen.

La réponse de l’adolescent fut étouffée par la visière de son casque. Il la releva, mais ne partagea pas ses doutes à propos de l’aide qu’ils pouvaient attendre de cette magicienne.
– On verra ça plus tard, dit-il en montant sur sa moto.
– OK. Je penserais à prendre mes dessins.
– À lundi, Cory !

Avant que son ami ne réponde, il démarra et sortit en trombe du parking. Une fois que son ami eut disparu dans la circulation, Corentin se rendit devant le lycée pour y attendre son bus.

Le temps que celui-ci arrive, il plongea dans des souvenirs de l’époque où la famille de Gwen se déchirait. La jeune fille avait passé plusieurs mois enfermée dans un silence farouche duquel aucune de ses tentatives pour l’en faire sortir n’avait abouti.

Une après-midi, il était passé la voir dans sa chambre à l’improviste et l’avait surprise recroquevillée sur son lit pleurant à chaudes larmes. Ne sachant que faire, il était resté debout dans l’embrasure de la porte à la regarder hoqueter. Quand elle l’avait aperçu, elle avait cessé de sangloter et s’était jetée à son cou. Lovée contre lui, elle avait nié son chagrin bien que ses yeux fussent encore brillants de larmes.

Plus jamais il ne vit son amie exprimer sa tristesse de cette manière. Lorsque son père quitta le domicile familial, elle se permit à peine un soupir ennuyé. Seul Corentin parvenait à deviner les émotions qui agitaient son esprit derrière son visage impassible.