mercredi 18 mai 2011

A comme association (3)


Après mon enthousiasmante lecture des romans croisés d'Erik L'Homme et Pierre Bottero, j'ai sauté sur les derniers opus parus. Cette fois, je vais donc commencer dans l'ordre avec le personnage de Jasper.

Nous retrouvons Jasper, jeune magicien de talent, adepte des jeux de mots foireux et raide dingue de sa camarade Ombe, alors qu'il a été mis en vacances forcées par l'association. Sauf que, bien évidemment, les vacances de Noël ne vont pas du tout être aussi normale qu'il l'espérait.

Tout commence par un concert annoncé dans le tome 1, puis un coup de fil passé à Ombe à propos d'étranges personnes qui semblent la rechercher. Comme la jeune fille semble dans une mauvaise posture, Jasper enterre en moins de deux sa mise à pieds pour voler à son secours.

Cette mission de sauvetage, loin de lui donner l'occasion de briller aux yeux de la belle, va lui permettre de faire une rencontre inoubliable avec Erglub, le troll du tome 2 (vous suivez toujours ?).

De même que pour les précédents opus de la série, la maîtrise de l'auteur fait plaisir à lire. L'humour qui suinte de chaque réplique entre Jasper et le troll est un régal. J'ai tout autant apprécié l'évolution des personnages et la découverte du monde des trolls.

Bref, "L'étoffe fragile du monde" ne fait que confirmer tout le bien que je pensais des livres précédents de la série.

lundi 16 mai 2011

Dracula (le seul, l'unique)

Après de longues heures de lecture pas toujours passionnantes, je suis enfin venue à bout d’un monument de la littérature fantastique : Dracula, de Bram Stocker. Ce n’est pas la première fois que je m’intéresse à la littérature vampirique, et ce n’est sûrement pas la dernière non plus. Il était cependant essentiel de revenir à la source.

Je vais passer très vite sur l’histoire car le roman est excessivement connue et qu’il en existe de brillantes adaptations. En ce qui concerne les films sur Dracula, je recommande vivement celui de 1931, réalisé par Tod Browing. Juste pour vous donner envie, le rôle titre est tenu par Bela Lugosi (l’acteur qui a voulu être enterré avec sa cape de vampire) et les effets spéciaux sont tellement datés qu’ils en deviennent poétiques.

« Le clerc de notaire Jonathan Harker est invité par le compte Dracula afin de l’aider à préparer son installation à Londres. Jonathan réalise très vite l’étrangeté de son hôte et, avant d’avoir pu avertir sa fiancée Mina, il est emprisonné au château tandis que le comte se rend en Angleterre. Par malchance, le comte touche terre dans la ville où Mina et Lucy passent leurs vacances. La charmante Lucy devient, sous hypnose, la proie du vampire. Alors que Mina part retrouver Jonathan, Lucy succombe aux morsures de Dracula, en dépit des efforts du professeur Van Helsing et de ses trois prétendants.

Les quatre hommes sont donc obligés de se rendre dans la tombe de Lucy afin de lui enfoncer un pieu dans le cœur. Ils se mettent ensuite en quête du vampire qui l'a transformée et qui se cache à Londres. Leur enquête progresse d’un grand pas le jour où ils rencontrent Jonathan et Mina Harker ; ils parviennent à acculer Dracula qui se venge en asservissant Mina. Afin de sauver la vie et l’âme de Mina, les cinq hommes se lancent à la poursuite du vampire qui a quitté l’Angleterre pour regagner les Carpates. Ils arrivent le retrouver pendant son voyage et le tuent. »

Voilà pour l’intrigue. Si vous avez déjà l’impression de la connaître, c’est normal. J’aime autant vous dire que tout effet de surprise étant éventé à ce niveau, tout le roman repose sur le reste, le style et les personnages.

D’après mon résumé, il parait assez évident que les personnages manquent de complexité alors qu’en fait pas du tout. Certes, c’est un roman qui date de l’époque victorienne, ce qui implique une morale rigide et une faible liberté pour l’auteur. Les gentils doivent être gentils, pieux et dignes dans leur affliction, et le vampire est l'incarnation du mal. Pourtant, les héros passent par toute une palette d'émotions, parfois chevaleresques et parfois emplis de fureur.

Le style mérite tout autant de commentaires, car le format choisi est atypique : une suite de comptes-rendus, de courriers et de journaux personnels. Ce genre, assez proche du roman épistolaire, laisse la part belle aux émotions et à la subjectivité, heureusement contrebalancée par la multiplicité des sources. Par contre, il rend la lecture longue et fastidieuse. Difficile de replonger dans le texte si on a eu le malheur de le poser plusieurs jours d'affilée. Le mieux reste de tout lire d'un bloc, de se laisser emporter par une quête pleine de rebondissements (hélas éventés).

L'une des forces de l'auteur est aussi d'avoir réussi à donner une voix propre à chacun des personnages. Jonathan Harker, prisonnier du château de Dracula, ne s'exprimera pas de la même façon que le docteur Seward qui étudie le cas de Renfield, ni que sa fiancée languissante, Mina Murray.

Je suis sincèrement convaincue que ce roman est une œuvre majeure du courant fantastique, mais, en tant que telle, la lecture n'en ai pas des plus agréables. Ma suggestion serait donc un compromis entre livre et film ; lire "L'invité de Dracula" qui est une nouvelle écrite par Bram Stoker et qui a été retirée du roman avant sa publication, et regarder une bonne adaptation.

lundi 9 mai 2011

Morte saison

Je ne sais pas ce qui se passe en ce moment, mais au niveau des publications de fanzines c'est la morte saison. J'ai tout juste le second numéro des Soupirs de Ligeia à chroniquer, mais je vais avoir un peu de mal à remettre la main dessus.

Histoire de patienter un peu, je vais donc me remettre à chroniquer quelques livres en attendant que le numéro 20 d'Éclats de rêves pointe le bout de son nez. Il devrait aussi y avoir un prochain numéro d'Éveil à paraître dans les prochains mois et peut-être un Black Mamba.

mercredi 4 mai 2011

Chapitre 13 de Limonade - The end

Et voilà, un chapitre supplémentaire que j'espère dense en péripéties et rebondissements. C'est la seule manière que j'ai trouvé afin d'éviter au rythme du roman de ralentir aux alentours de sa moitié.

Pour ceux qui arriveraient en cours de route, le début du chapitre 13 se trouve .

Quant à la suite, elle devrait vous réserver quelques scènes du même ordre. Cependant, les choses vont se calmer pour nos héros durant les vacances de la Toussaint.

J'avoue qu'il va être difficile d'instaurer une ambiance feuilles mortes, pluies et champignons vu que nous sommes en plein cœur du printemps, mais je compte bien relever le défi.

Bonne lecture pour les 11 prochains chapitres !

lundi 2 mai 2011

Chapitre 13 de Limonade - Episode 10

Il s’agissait de Charline qui marchait d’un pas vif. Lorsqu’elle se trouva à proximité, ils aperçurent l’immense sourire qui se dessinait sur ses lèvres maquillées. Avant qu’ils ne l’interpellent, elle sauta au cou de Corentin. Trop gêné pour savoir comment réagir, celui-ci se laissa embrasser sur la joue.
– Qu’est-ce qui t’arrive ?

Le ton sec de Fabrice mit fin aux effusions de la jeune fille. Elle cessa d’étreindre sa victime qui arborait une marque prune par-dessus la rougeur de ses pommettes, mais elle paraissait toujours aussi euphorique. Son affection débordante se déversa ensuite sur l’autre adolescent.
– L’exorcisme a fonctionné ! expliqua-t-elle avec allégresse.
– À quoi tu l’as vu ?

Elle se tourna vers le plus jeune du groupe, puis haussa les épaules.
– Je n’ai plus cette impression étrange, comme si j’étais constamment surveillée. Les cauchemars aussi ont disparu.
– C’est lui qu’il faut remercier, pas moi, protesta Fabrice en essuyant les traces de maquillage sur sa joue.
– Je ne voulais pas que tu sois jaloux.
– Ne t’embête pas pour ça.
– Ta copine te garde à l’œil ?

Il secoua la tête avec une moue chagrinée. La pause étant déjà bien entamée, son ami demanda :
– Tu as pu relire ton cahier ?
– J’ai fait mieux, je te les ai apportés.

La jeune fille lui confia un cahier à la couverture brillante orné d’autocollants en forme de tête de mort.
– Ça ne parle pas que de magie, mais je n’avais pas le temps de recopier juste les passages qui t’intéressent.
– OK. Combien de temps je peux le garder ?

Elle hésita, puis finit pas répondre avec résignation :
– Toutes les vacances, si tu veux.

Il la remercia, porté par une confiance envers l’avenir qu’il n’avait pas éprouvée depuis des mois. Quand la sonnerie signala de façon assourdissante la fin de la récréation, Charline fit demi-tour. Les deux garçons s’apprêtaient à l’imiter, mais Fabrice retint son compagnon par la manche.
– Tu as toutes tes chances avec la sorcière.
– Mes chances de quoi ?
– Sortir avec elle.
– N’importe quoi. Elle t’a embrassé aussi, je te rappelle.

Cet échange suscita un court instant de malaise qui se dissipa aussitôt qu’ils eurent regagné les bâtiments du lycée.

vendredi 29 avril 2011

Chapitre 13 de Limonade - Episode 9

Le lendemain matin, Corentin faillit arriver en retard au lycée. Il s’engouffra entre les portes, juste avant que le surveillant ne les referme. Les joues écarlates, il s’adossa à une colonne carrelée pour reprendre son souffle.
– Salut Cory !

Il releva les yeux et reconnut Fabrice qui souriait largement bien qu’il soit davantage en retard que lui.
– Salut, dit-il d’une voix faible. Il faut que je file en cours.

Sur ces mots, il détala tandis que son ami prenait la direction du CDI d’un pas tranquille.

Deux heures plus tard, ils se retrouvèrent au même endroit. La gêne éprouvée par Fabrice la veille en parlant de sa rupture avec Gwenaëlle s’était évaporée.
– Je lui avais fait passer un message par Anne-So, une copine du collège. On s’est retrouvé tous les deux vers quatre heures dans un café. Je lui ai dit que c’était vraiment galère pour la voir et que je commençais à me demander pourquoi nous sortions ensemble.
– Elle a répondu quoi ?
– Rien, elle avait l’air très surprise. Elle n’arrêtait pas de tortiller une mèche autour de ses doigts en buvant son chocolat.
– Elle fait souvent ça quand elle réfléchit, expliqua Corentin.
– J’ai continué à jouer mon numéro de petit ami inquiet, mais elle avait l’air ailleurs. Alors, j’ai fini par lui dire que je préférais qu’on arrête de sortir ensemble.

Son ami cessa de raconter cet épisode lorsqu’ils arrivèrent au pied de leur escalier préféré. En dépit du froid humide qui s’était abattu sur la cour, une douzaine de lycéens marchaient autour des arbres décharnés.

Corentin souffla sur ses mains pour les réchauffer.
– Gwen t’a semblé triste ?
– Non, pas vraiment. Pourquoi ?
– Hier, je suis allé voir sa demi-sœur et son beau-père à l’hôpital. Ils sont tombés malades et les médecins ne savent pas ce qu’ils ont.

Cette information figea le visage de l’adolescent dans un masque stupéfait. Une ombre de remords traversa ses yeux. Corentin poursuivit :
– Je pense que leur maladie a un lien avec la magie noire.

Il n’eut pas le temps d’approfondir son raisonnement, car une fille en parka violette se dirigeait vers eux.

mercredi 27 avril 2011

Chapitre 13 de Limonade - Epsiode 8

Évelyne revint dans le bureau peu après. Comme le chat ne la suivait pas, son neveu supposa qu’elle venait de le nourrir. Avant qu’il n’ait le temps de quitter le fauteuil, elle lui demanda :
– Fabrice va bien ?
– Oui.

Ce disant, Corentin essaya de se persuader que son ami prenait sa rupture avec sérénité. Après tout, c’était sa décision et il était assez grand pour savoir ce qu’il faisait. Pourtant, il avait l’intuition que les choses étaient plus compliquées, notamment à cause de l’implication de cette Anne-Sophie.

Une remarque de sa tante le sortit de ses réflexions.
– Ça ne le dérange pas que tu l’aies exorcisé ?
– En fait non. Il a l’air de trouver ça normal, voire marrant.
– Gwenaëlle a de la chance d’avoir un petit ami comme lui. Elle va avoir besoin de soutien avec ce qui est arrivé à sa famille.

Afin de faire taire la culpabilité née de son omission volontaire, il s’enquit :
– Tu penses que la maladie de George et Sandra a un rapport avec de la magie ?
– Peut-être. J’ai essayé de faire quelques exercices de divinations, mais ça n’a rien donné. S’il y a un magicien derrière tout ça, il doit être très fort et très dangereux.

La voix d’Évelyne avait pris des intonations tristes, presque inquiètes, en évoquant cette hypothèse. Elle secoua la tête, puis s’intéressa à un tout autre sujet :
– Je n’ai pas eu le temps de faire les courses, donc, pour le dîner, ça sera juste des pâtes.

L’adolescent hocha la tête, puis regarda sa tante redescendre afin de préparer le repas. Dès qu’il eut la certitude qu’elle était trop occupée pour faire attention à lui, il récupéra le grimoire sous son lit et le remit à sa place sur l’étagère.

La fatigue consécutive aux chocs de la journée rattrapa Corentin après le dîner, alors qu’il s’apprêtait à faire ses devoirs. Ses yeux se fermaient tous seuls devant ses cours. Il abandonna ses cahiers sans regret et s’endormit.

lundi 25 avril 2011

Chapitre 13 de Limonade - Episode 7

Au bout d’une demi-heure, il avait compilé dans le cahier de brouillon tout ce qui lui semblait relatif au surnaturel. Sur les cinq pages, les manifestations de ses propres capacités magiques en occupaient presque deux. Cette constatation ne l’enchantait pas le moins du monde.

La sonnerie du téléphone interrompit ses réflexions. Il leva les yeux des lignes mauves du papier de mauvaise qualité, puis y replongea quand il entendit que sa tante avait décroché.

La minute suivante, elle l’appela du couloir :
– Corentin ! Fabrice veut te parler.
Surpris, l’adolescent dévala l’escalier pour récupérer le combiné.
– Allô, Fabrice ?
– Oui.
– Tu as un truc à me demander ?

Un silence embarrassé précéda la réponse de son ami.
– J’ai quitté Gwenaëlle, annonça celui-ci.

Corentin savait qu’il aurait dû éprouver de la tristesse en apprenant cette rupture. Cependant, il ne pouvait s’empêcher de ressentir une forme de soulagement coupable. Pour donner le change, il déclara :
– C’est dommage.
– Non, notre relation était un mensonge, un sortilège.

Avant de poursuivre la conversation, l’adolescent s’assura que sa tante ait quitté le bureau. Bien qu’elle soit au courant de la majeure partie de l’affaire, il ne tenait pas à en faire étalage devant elle.
– Qu’est-ce qui s’est passé ?
– J’avais rendez-vous avec Anne-So, l’une des filles du club de magie. On a pas mal discuté de Gwenaëlle, de mon amnésie et notre histoire.
– Tu lui as parlé de moi ?
– Tu plaisantes ! Je ne fais pas confiance à cette sorcière. Je n’allais pas prendre le risque de lui dire que tu as des pouvoirs d’exorciste.

Cette interruption agaça Fabrice qui reprit sur un ton plus agressif :
– Elle a vraiment insisté sur le fait que Gwenaëlle n’avait pas l’air de tenir à moi. Elle n’a pas fait la moindre allusion à un envoutement, mais elle m’a semblé soupçonner Gwen.
– Gwen n’a rien à voir avec tout ça !
– Arrête de te faire des idées ! À part elle, personne n’avait le moindre intérêt à me jeter un sort.

Ce fut au tour de Corentin de rester silencieux. Son honnêteté et l’affection pour son interlocuteur l’obligeaient à reconnaître le bienfondé de ses paroles. Pour éviter de s’empêtrer dans un échange houleux, il proposa :
– On devrait en parler demain.

Fabrice acquiesça avec un soulagement qui transparaissait à travers le combiné du téléphone. D’une voix radoucie, il changea de sujet :
– Comment ça s’est passé avec Charline ?
– Pas trop mal, on va en discuter à la pause de dix heures.

N’ayant plus de raison de bavarder avant de lendemain, les deux garçons raccrochèrent. Encore troublé par la brutale séparation, Corentin se laissa tomber dans le fauteuil. L’un des coussins émit un piaulement aigu, puis secoua sa fourrure noire. Les yeux entrouverts, Lucifer le foudroya du regard avant de filer en direction de la cuisine.

vendredi 22 avril 2011

Chapitre 13 de Limonade - Episode 6

En arrivant chez sa tante, Corentin se fit le plus discret possible. Il monta les escaliers en silence jusqu’au bureau afin d’y remettre le grimoire. Hélas, le rai de lumière qui filtrait sous le battant signalait qu’Évelyne était en train de lire. Il espéra qu’elle n’avait pas tenté de consulter l’ouvrage qui se trouvait toujours dans son sac à dos, puis il gravit les marches abruptes menant à sa chambre.

Contraint d’attendre un moment plus propice, il retira les marques-pages colorées. Avant de glisser le livre sous son lit, il s’assura qu’il n’avait oublié aucun morceau de papier entre les pages jaunies. Il se laissa ensuite tomber sur sa couette, évidemment couverte de poils noirs.

Les cahiers posés sur son bureau attendaient qu’il daigne s’occuper d’eux, mais il n’en avait aucune envie. Les événements de l’après-midi l’avaient suffisamment secoué pour lui ôter toute volonté d’étudier. Pourtant, il se leva pour aller s’installer sur sa chaise, face à la pile de cours. Il les repoussa d’un geste, puis sortit de son tiroir un simple cahier de brouillon à la couverte indigo.

Bien qu’il trouve un peu ridicule l’idée de tenir un journal de magie, le conseil de Charline ne lui semblait pas dénué d’intérêt. Sur la troisième page, il fit une liste de tous les phénomènes mystérieux survenus depuis la rentrée.

L’exorcisme de Fabrice et son amnésie, les runes gravées sur le poteau de basket, les différents dessins qu’il avait réalisés et les conclusions que son ami en avait tirées ; toutes ces entorses à la réalité telle qu’il la percevait jusqu’à présent. Dans ce fatras d’action et de coïncidences, l’influence du cours de magie de Gwenaëlle était flagrante.

L’approche du dénouement tant espéré rendait l’adolescent nerveux, presque fébrile. Il s’efforça de calmer son esprit, déjà enfiévré par son combat contre les vers d’ombres.

Pour l’instant, il n’avait encore rien de tangible, les révélations de Charline viendraient demain. Il regretta de ne pas avoir réclamé toutes les réponses lorsqu’ils étaient ensemble, puis il se raisonna et se remit à écrire.

mercredi 20 avril 2011

Chapitre 13 de Limonade - Episode 5

Corentin n’avait pas la moindre envie de s’attarder. Tout ce qu’il désirait, c’était de regagner le pavillon de sa tante et sa chambre sous les toits. Pourtant, il patienta dans le couloir que la sorcière finisse de se sécher.

Lorsqu’elle ouvrit la porte, vêtue d’un chemisier piqueté de fleurs mauves qui jurait avec son style habituel, il réprima un sourire ; habillée ainsi, elle paraissait avoir une douzaine d’années.
– Tu penses que l’exorcisme a fonctionné ? demanda-t-il en reprenant son sérieux.
– Je ne sais pas. Avec toutes ses choses bizarres, je suis un peu chamboulée…

Il baissa la voix pour chuchoter :
– Les vers n’en faisaient pas partie ?
– Oui et non. Kaenel me les avait montrés pour me faire peur si j’essayai de retirer la malédiction qu’il a lancée sur moi.
– Qu’est-ce que tu peux me dire sur lui ?

Charline prit une grande inspiration puis déclara :
– C’est un professeur d’histoire au lycée Notre-Dame. Lors de son arrivée dans l’établissement, il a commencé à organiser un cours d’histoire spécial.
– Un cours de magie ?
– Pas au début. On a commencé par apprendre les runes ou la mythologie. Beaucoup de filles sont parties, il était très exigeant.
– Pourquoi ?
– Il voulait faire de nous des magiciennes.

Bien qu’elle n’ait encore fait aucune révélation, l’adolescent buvait ses paroles. Après une courte pause, elle proposa :
– Je pourrais te donner plus de détails, mais il faudrait que je relise mon cahier.
– Ton cahier ?
– Je tenais un cahier où je racontais toutes mes expériences magiques. Ça m’a aidée à comprendre ce que je vivais, à me dire que je n’étais pas en train de devenir folle.

Corentin hésita à la prier de poursuivre. Cependant, il s’estimait trop fatigué pour comprendre toute la portée des déclarations tant espérées.
– On peut en discuter demain au lycée. Tu n’auras qu’à nous retrouver à l’escalier pour la pause de dix heures.
– D’accord.

Ils traversèrent le salon, sans que le jeune frère de Charline ne fasse attention à eux, fasciné par son jeu vidéo.

Devant la porte, la jeune fille sortit de sa poche le bracelet qu’il avait abandonné dans la baignoire.
– Tu avais oublié ça.

Il la remercia et remit le grigri à son poignet. Juste avant qu’il ne parte, elle lui conseilla :
– Tu devrais commencer un cahier. À mon avis, tu vas encore être confronté à des choses étranges…
– J’aimerai mieux éviter, répondit-il sans grande conviction.

Il lui souhaita une bonne soirée, puis la porte de l’entrée se referma derrière lui. Il prit ensuite le chemin de la rue de Courteline.

lundi 18 avril 2011

Chapitre 13 de Limonade - Episode 4

Une violente gifle le ramena à la réalité. Sa joue le cuisait et des pointes de douleurs lui transperçaient la main. Cinq petits arcs rouges marquaient sa peau aux endroits où Charline avait enfoncé ses ongles.
– Tu vas mieux ?

La question mobilisa toute la concentration de Corentin. Petit à petit, son désir de chasser les vers d’ombre reflua, remplacé par une profonde lassitude. Il força ses mâchoires contractées à articuler :
– Oui. Et toi ?

Elle hocha la tête.
– Les choses ont toutes explosé, les unes après les autres.

L’adolescent balaya la salle de bain du regard, mais il ne vit aucun résidu de ces créatures. Hormis son grimoire abandonné sur la machine à laver et le seau vide qui gisait sur le tapis, rien ne trahissait le combat qu’il avait mené.

Devinant sans effort ses pensées, la sorcière déclara :
– Tout a disparu. Les monstres, les lignes de baves et les morceaux…
– C’était une illusion ?
– Non, des créatures magiques. C’est un des sortilèges de Kaenel. Il peut donner une forme aux ombres et les contrôler.

Bien que cette affirmation ne lui apporte aucune certitude qu’un pareil incident ne se reproduirait pas, Corentin éprouva un vif soulagement. S’il était parvenu à mettre en déroute une armée de vers magiques, il pourrait arracher Gwenaëlle des griffes de son professeur.
– Ça va ?

La question de Charline l’arracha à ses réflexions. Il acquiesça, puis reporta toute son attention sur elle. À cause de l’eau bénite, son mascara avait dégouliné, dessinant des larmes noires sur ses joues. Des gouttes tombaient de ses mèches qui, dépourvues de gel, paraissaient lisses comme une étoffe.

Mal à l’aise d’être ainsi dévisagée, elle recula et serra ses bras autour de son torse. Son T-shirt gris adhérait à son corps trop mince et lui conférait une allure de chat mouillé. Comprenant sa gêne, le garçon quitta l’abri de la baignoire pour aller lui chercher une serviette.

Ensuite, il récupéra le livre de magie et le remit dans son sac à dos. Celui-ci pesait de tout son poids sur ses épaules crispées. Il quitta la pièce en silence, afin que la jeune fille puisse se changer.

vendredi 15 avril 2011

Chapitre 13 de Limonade - Episode 3

Son regard embrassait toute la salle de bain et les monstres qui la peuplaient. Elle murmura à voix basse :
– Voilà le cauchemar qu’il m’avait promis.

Corentin supposa qu’elle faisait référence au professeur Kaenel. L’espace d’un instant, il la soupçonna d’être complice de ce mage maléfique. Cependant, le désespoir qu’il lisait sur ses traits effaça ses doutes.
– Ces… choses vont nous dévorer ! glapit-elle.

Sur ces mots, elle se laissa glisser à genoux. Des larmes amères perlèrent le long de ses cils tandis que les vers se tortillaient pour franchir le rebord. Refusant de s’avouer vaincu, l’apprenti exorciste s’accroupit à côté d’elle et lui prit la main.

Sous l’effet de la peur, elle manqua de lui écraser les doigts. Pour en alléger la pression, il remua le poignet. Il éprouva brusquement une brûlure ; la piécette de son bracelet venait d’entrer en contact avec sa peau. De sa main libre, il arracha le grigri qui tinta contre le fond de la baignoire.

La malveillance émanant des horribles asticots le percuta de plein fouet. Pendant une poignée de secondes, il eut l’impression de suffoquer. Il se reprit et, sans le support d’une quelconque formule ou d’un glyphe runique, il concentra sa volonté afin de les repousser.

Le premier vers qui s’aventura sur l’émail blanc reçut de plein fouet l’énergie émise par l’adolescent. Il commença par l’absorber, se gonflant davantage chaque seconde, puis explosa tel un pétard de fête. Ses semblables qui s’approchèrent subirent le même sort. Le bruit des détonations ainsi que les débris projetés sur les murs emplirent la pièce.

Enhardi par cette première victoire, Corentin étendit sa volonté jusqu’aux tréfonds des canalisations afin d’éradiquer la vermine magique.

Il perdit peu à peu conscience de son environnement. Le carrelage bleu maculé d’éclaboussures noires et brillantes se brouilla devant ses yeux. Son cœur qui jusque-là battait à tout rompre se calma, de même que sa respiration, tandis que les sensations provenant de son corps décroissaient.

mercredi 13 avril 2011

Chapitre 13 de Limonade - Episode 2

Ses propres paroles raffermirent la volonté du garçon. Du revers de la main, il lissa le papier où était inscrit le sortilège afin de s’en imprégner une dernière fois. Il s’empara ensuite du seau, puis fit signe à Charline d’entrer dans la baignoire.

Lorsque le liquide froid l’atteignit en pleine face, elle ferma les yeux avec un gémissement. Sans prendre le temps de s’excuser, Corentin lâcha l’anse de plastique pour se ruer sur son grimoire. Il lut les symboles du sort tout en surveillant la sorcière du coin de l’œil.

À mesure qu’il égrainait les syllabes en essayant de leur insuffler de la magie, il remarqua que les ombres de la pièce gagnaient en substance. D’abord normales, celles-ci prirent peu à peu assez d’épaisseur pour se détacher des recoins où elles étaient tapies.

Des espèces de vers noirs et boursouflés surgirent de derrière la machine à laver ou du rideau de douche. Les paupières toujours closes, Charline ne les voyait pas ramper sur le carrelage bleu pâle en direction de la baignoire. Ils abandonnaient derrière eux des traînées sombres qui brillaient sous les lampes comme de la bave d’escargot.

Son compagnon, pétrifié par cette manifestation inattendue, abandonna son sortilège. Il tourna la tête de tous côtés afin de découvrir la source de cette invasion qu’il devinait malfaisante. Soudain, la bonde du lavabo se mit à vomir un flot d’insectes répugnants qui se répandaient sur le sol avec un bruit humide.

L’adolescent réprima un cri, puis il se précipita vers la sorcière aux habits détrempés. Les vers tendirent des tentacules gluants sur son passage. À chacun de leurs contacts, il se sentit dépossédé d’une infime partie de son énergie vitale. Il bondit par-dessus le rebord de la baignoire pour les éviter et percuta Charline.

Étrangement calme, celle-ci sembla se réveiller d’un mauvais rêve. Son sourire inquiet se changea à une grimace affolée dès qu’elle aperçut les vers noirâtres qui recouvraient le carrelage. Les yeux exorbités, elle retint elle aussi un hurlement de terreur.

lundi 11 avril 2011

Chapitre 13 de Limonade - Episode 1

Lorsque la porte de l’appartement de la famille Kim s’ouvrit, Corentin hésita à y entrer.
– Tu comptes rester planté là ? demanda Charline sur le seuil.

Il secoua la tête comme pour chasser ses doutes, puis franchit la porte.

Un parfum d’encens flottait dans le salon et des bruits électroniques provenaient de la télévision. Son regard s’attarda sur les créatures de pixel multicolores. Un enfant aux cheveux aussi noirs et lisses que ceux de la jeune fille pressait avec frénésie les boutons de la manette.
– C’est mon frère, ne fais pas attention à lui.
– D’accord.
– Il ne va pas nous déranger, il joue à Castelvania.

Le ton entendu sur lequel elle prononça ces mots laissait penser qu’elle avait l’habitude de cette situation. L’apprenti exorciste la suivit jusque dans la salle de bain. Sous le poids de l’épais grimoire rangé dans son sac à dos, les bretelles lui écrasaient les épaules.

Il le posa sur le couvercle de la machine à laver, tandis que Charline verrouillait la porte derrière eux. Elle sortit un seau de jardinage rempli à ras bord d’une eau limpide.
– Tu penses que ça suffira ? s’inquiéta-t-elle.
– Oui. Pour Fabrice, j’avais utilisé à peu près cette quantité.
– Super. Alors, on peut commencer ?

Corentin temporisa en ouvrant le livre à la page signalée d’un marque-page rose. Il relut deux fois d’affilée la formule qu’il avait employée sur son ami, puis s’accorda un moment de réflexion. Bien que l’effet final ait été de délivrer Fabrice de l’emprise d’un enchantement, le but initial de ce sort était de le priver de ses pouvoirs magiques. De telles préconisations n’étaient peut-être pas indiquées dans le cas de Charline qui était une authentique sorcière wiccante.

Il feuilla son grimoire à la recherche d’une formule plus appropriée, mais, dans son dos, l’adolescente s’impatientait :
– Tu en as pour longtemps ?
– Je cherche un autre sort. Celui qui a fonctionné sur Fabrice risque d’annuler tous tes pouvoirs.

Après quelques secondes de silence, elle répondit :
– Ça m’est égal…

Corentin n’osa pas lever les yeux de son livre de peur de surprendre les larmes qu’il devinait dans la voix de son interlocutrice. Il retourna à la première page, puis déclara :
– On y va.

vendredi 8 avril 2011

Pénombre n°4 : Cages, barreaux et barbelés

Cela fait déjà un mois que j’ai récupéré mon exemplaire du quatrième opus de Pénombre sur le stand de l’association Transition au festival Zone Franche de Bagneux. Cette fois, le thème retenu est « Cages, barreaux et barbelés ».

La première partie, celle consacrée au thème précité, donne le ton. Dans « La Cave aux mille orbes » d’Alazaïs Clénié, il est question d’une fillette qui s’amuse dans la cave paternelle. Au lieu d’un indescriptible bazar, elle y trouve des sphères lumineuse fort étranges. L’atmosphère sombre et enfantine rend très bien dans cette nouvelle, mais la fin est un peu abrupte.

Ensuite, on découvre un autre type de prison inventé par Kira Nagio. L’intrigue de « Viviane » se base sur le lien intense qu’entretiennent deux enfants, et le monde de contes inventé par le garçon pour sa petite sœur aveugle. La narration éclatée, bien que parfois difficile à suivre, permet de comprendre tous les rouages de l’histoire. Les références à la mythologie arturienne ajoutent un relief supplémentaire à ce texte déjà très riche.

Un sonnet d’Anne-So Deligny intitulé « Fugace » vient couper en deux la partie thématique. Rien à redire sur cette poésie qui colle parfaitement avec l’ambiance du fanzine et qui s’offre même une pirouette finale des plus réussies.

Changement d’univers avec « Le Geôlier des plantes » de Julie Conseil. Le héros n’est plus un enfant, mais un cantonnier appelé à devenir le gardien des plantes de la région. Hélas son apprentissage ne se fera pas sans heurts et péripéties cocasses. J’ai trouvé que l’idée centrale, déjà d’une originalité remarquable, a été traitée avec brio.

En conclusion de cette partie, Blanche Saint-Roch nous livre une nouvelle sombre qui rend à merveille l’atmosphère des catacombes parisiennes. « Les Âmes geôlières des catacombes » suit les pas d’une guide capable de voir les fantômes et qui ne peut s’empêcher de répondre à l’appel d’une créatures prisonnière. Bien que la fin soit prévisible, ce texte reste une lecture très agréable.

Le fanzine se poursuit avec la partie athématique composée de deux nouvelles et d’un article.

Le premier texte est une nouvelle d’Anne Goulard, « Les Cadavres se mettent au vert », qui assure le quota vampirique de ce numéro. Un adolescent, contraint de passer ses vacances à la campagne, fait la connaissance d’une jeune femme qui traîne dans son sillage des aventures nocturnes.

La seconde nouvelle, « De lune et de rêve », se déroule aussi la nuit. Sous la plume de Marthe Machorowski, un homme des îles se souvient de son passé, de ses espoirs déçus et de la magie de ses ancêtres. Une promenade onirique qui s’achève de façon très étrange, sans que cela nuise à l’harmonie du texte.

Afin de compléter cette partie, Tsaag Valren nous narre un récit traditionnel à propos des légendaires cavales du diable. Cet ajout s’intègre parfaitement à la ligne éditoriale de Pénombre et je serais contente de revoir cet auteur dans les pages du fanzine.

Les illustrateurs sont aussi des habitués, je pense notamment à Maïté Nicolas et Miss Gizmo dont j’aime toujours autant le travail. Le travail de mise en page effectué sur la couverture la rend originale et attractive, ce qui n’est pas un luxe pour attirer le chaland.

En effet, la sortie de ce numéro a nécessité une souscription car les ventes sont trop étalées dans le temps et provoquent des trous dans le trésorerie de l’association Transition. Heureusement, le troisième prix décerné par le festival de Bagneux à la nouvelle « Un fauve poids-plume » parue dans les pages d’Éveil (chronique) ainsi que la cinquième place obtenue par « Passage éphémère » parue cette fois dans Pénombre (chronique) ont apporté une visibilité bienvenue.

Pour finir, je dirais que ce numéro est le meilleur de la série. Aucune nouvelle ne m’a semblé en décalage et la qualité des illustrations s’est vraiment améliorée. Je croise les doigts pour que le suivant consacré aux « Horloges et engrenages » sera du même niveau.

mercredi 6 avril 2011

A comme association (2)

Suite au billet de lundi, je vais maintenant parler du premier volume de la série « A comme association » qui s’intitule « La pâle lumière des ténèbres ». Pour commencer, j’ai été assez intriguée par le titre, ce qui est plutôt bon signe (ou pas).

Dans cet opus, on découvre Jasper en tant que narrateur et personnage principal. Ses apparitions dans « Les limites obscures de la magie » m’avaient un peu préparée, mais il est important de ce rappeler qu’il a été présenté à travers le regard d’Ombe. En effet, ces deux personnages sont extrêmement différents, et cette différence va bien au-delà du clivage guerrière-magicien.

J’ai particulièrement apprécié le parallèle réalisé entre deux scènes qui sont racontés dans les deux livres avec deux points de vue différents. Il y aussi une certain homogénéité dans les touches humoristiques puisque les clins d’œil sont présents et que les clichés sont exploités avec la même habileté.

Certes, le narrateur est un peu moins charismatique, et beaucoup plus proche de l’ado moyen. Cependant, cela n’enlève rien au rythme vif de cette aventure. J’ai néanmoins déploré que ce roman ne fasse qu’effleurer une intrigue bien plus complexe. L’auteur nous montre les prémisses d’une aventure des plus palpitante, mais il n’amène pas son narrateur plus en amont. J’espère au moins que les tomes suivants combleront cette lacune.

En conclusion, je ne pouvais pas échapper au mauvais jeu de mots qui se trouve sur la quatrième de couverture :
"Jasper vit à Paris, va au lycée et joue de la cornemuse dans un groupe de rock médiéval. Bon,mais depuis peu, il fréquente aussi le 13, rue du Horla, l’adresse ultra secrète de L’Association. L’organisation a repéré chez lui certaines aptitudes pour la magie et lui a proposé de devenir agent stagiaire. Et les stages de L’Association ne se passent pas vraiment autour de la photocopieuse ! Armé d’une bombe lacrymogène au jus d’ail, Jasper est envoyé chez les vampires pour enquêter sur un trafic de drogue. Attention au retour du jet d’ail !"

lundi 4 avril 2011

A comme association (1)

Attention, cette fois je me penche sur une série de littérature jeunesse. Jusqu’à ces derniers mois, je n’aurais jamais pensé aller trainer dans le rayon jeunesse d’une librairie. Et puis, j’ai entendu parler en très bien de Pierre Bottero, un auteur connu grâce à ses séries de fantasy pour adolescents. Du coup, quand j’ai vu qu’il avait participé à une série d’urban-fantasy avec des créatures fantastique et de la magie, j’ai sauté sur l’occasion, et je suis repartie avec les deux premiers tomes.

Première surprise, les deux livres en question, « La pâle lumière des ténèbres » et « Les limites obscures de la magie », ont été écrit par deux auteurs différents, Pierre Bottero et Eric L’Homme. Histoire d’être fidèle à mon envie de départ, j’ai commencé par me plonger dans « Les limites obscures de la magie » qui est pourtant le second volume.

La découverte d’Ombe, la narratrice incassable et stagiaire au sein de l’Association, est un vrai régal. Etant donné que je suis très vigilante quant à l’emploi des clichés, j’ai trouvé qu’elle avait un parcours assez classique mais une voix propre. On sent que l’auteur connaît son personnage à la perfection, ce qui lui confère un charisme évident.

A la force de l’héroïne s’ajoute un enchaînement de péripéties qui semble taillé pour accrocher n’importe quel lecteur, aussi hyperactif soit-il. Il se passe des tas de choses dans ces 192 pages, sans pour autant verser dans la surenchère. En dépit de la magie qui imprègne cet univers urbain, la cohérence est soignée.

Seul bémol, une trop grande linéarité qui s’explique facilement par la faible épaisseur du livre. Je pense que ce choix rend effectivement ce court roman plus intéressant pour les adolescents, mais ce serait omettre de parler des références multiples au petit monde de la SFFF francophone. Par exemple, le lycée qui porte le nom de Pierre Bordage devrait faire tiquer n’importe quel amateur de littératures de l’imaginaire.

De plus, j’ai trouvé que le ton d’Ombe n’avait à envier aux héroïnes bien trempés que l’on croise aux détours des romans de Bit-Lit traditionnelle. Pour moi, la narratrice est le point fort de ce livre et elle mérite à elle seule que l’on lise l’histoire de bout en bout. J’ajouterai aussi que les clins d’œil sous forme de noms, de clichés détournés et, nouvelle surprise, les furtives apparitions de Jasper, le héros du premier volume, apportent une touche amusante.

Pour finir, je vous livre la quatrième de couverture disponible sur le site créé par l’éditeur :
« Elle s’appelle Ombe, est lycéenne à Paris et adore la moto. Elle a aussi l’incroyable pouvoird’être incassable ou presque. C’est pourquoi L’Association l’a recrutée comme agent stagiaire. Une stagiaire de choc, qui fait des débuts remarqués en explosant une bande de gobelins devant tous ses camarades de classe. Le problème ? La discrétion est une obligation absolue au sein de L’Association, comme le lui rappelle Walter, son directeur. Et à force de foncer tête baissée, Ombe l’incassable risque fort de comprendre ce que « ou presque » veut dire. »

vendredi 25 mars 2011

Mystères et Mauvais Genres (suite)

Dans la chronique détaillée de l’anthologie que j’ai postée, je m’étais promis de rédiger un commentaire général. En effet, j’ai eu l’occasion de lire ce genre d’avis dans les autres critiques de ce même livre et je suis curieuse de voir comment je m’en sortirais.

Tout d’abord, je tiens à préciser que ma critique sera davantage un avis de lecture plutôt qu’un décorticage en règle de « Mystères et mauvais genres ». Déjà, parce que comme je préfère lire des fanzines, je ne suis pas très familières avec le travail des anthologistes (sur ce projet, ce rôle a été assurée par Elie Draco). Et ensuite, parce que je m’attache davantage à la qualité de chacune des nouvelles plutôt qu’à la vue d’ensemble.

Pour commencer, la réalisation graphique de la couverture ne m’a emballée plus que ça. Certes elle est jolie et l’idée de proposer un vote pour départager trois illustrations était une très bonne idée, mais je ne trouve pas que la qualité du dessin donne très envie de l’acheter. En plus, la finesse du matériau utilisé pour ladite couverture la rend très fragile et supportant mal les transports en sac.

Par contre, je reconnais qu’un vrai soin a été apporté à l’intérieur. Le papier est de bonne qualité, les coquilles rarissimes et l’emploi de puce en forme de loupe au lieu des traditionnelles étoiles collait bien avec le thème de l’anthologie.

L’idée de diviser l’ouvrage en trois parties ne m’a pas semblé être très pertinente. En effet, je n’aime pas savoir par avance dans quel univers je vais être plongée. Peu m’importent la science-fiction, la fantasy ou le fantastique, tant que l’auteur pose un décor dans lequel je me retrouve.

Du coup, la première partie, que son titre « Quand l’inconnu s’invite dans le quotidien… » étiquette comme un mini-recueil de fantastique, ne m’a pas procurée la surprise d’un texte que l’on pense réaliste et qui bascule vers les mondes imaginaires.

Pour « En quête de vérité… », on comprend tout de suite qu’il va s’agir d’histoires plus typées « polar ». Cependant, le mélange de textes des genres différents m’a enfin apporté le plaisir de la découverte que j’attendais. A chaque nouvelle histoire, j’ai essayé de deviner dans quel univers se positionnait l’auteur et je me suis souvent laissée bluffée.

Quant à la troisième partie, son titre, « Ces témoignages qui font l’histoire… », pourrait laisser croire à des nouvelles historiques. Pourtant, elle se compose pour moitié de textes fantastiques qui auraient eu leur place dans la première partie de l’anthologie. J’ai beau chercher, je ne comprends toujours pas quelle est la logique sous-jacentes à ce mélange textes fantastique et réalistes.

Il n’en reste pas moins que cette anthologie a été un agréable moment de lecture. Il suffit de lire mes commentaires détaillés sur chacune de nouvelles pour s’en convaincre. Je n’aurais jamais passé autant de temps à les rédiger si je n’avais pas aimé ce livre.

Bien entendu, cela reste de la toute petite édition associative. Néanmoins, « Mystères et mauvais genres » est quand même disponible sur le site de la Fnac, avec une belle étiquette de « Coup de cœur Vendeur » et quelques avis de lecture.

lundi 21 mars 2011

Mystères et Mauvais Genres

Dire que j’ai beaucoup parlé de l’anthologie « Mystères et Mauvais Genres », mais je ne l’avais toujours pas critiquée. Eh bien, c’est chose faite et je vous invite à commencer par sa première partie intitulée : « Quand l’inconnu s’invite dans le quotidien… ».

L’anthologie s’ouvre sur « Latombe, victime professionnelle » que l’on doit à Guillaume Suzanne. Cette nouvelle est plaisante dans son déroulement, les relations entre les personnages ne manquent pas de piquant et l’idée qu’elle supporte est des plus originales. Cependant, la manière de rattacher ce texte au fantastique dans les dernières lignes ne m’a pas convaincue, car elle a un côté trop « deus ex machina ». Il s’agit néanmoins d’une lecture agréable.

La tonalité plus sombre du texte suivant, « Le Marchand de Secrets » m’a séduite. Le parti-pris d’entremêler deux trames temporelles pour aboutir à une double révélation, l’une donnant les clés pour comprendre l’autres est astucieux. J’ai aimé la construction méthodique mise en place par P.R. Tohril dans sa nouvelle, un magnifique exemple de texte à chute à la fois mélancolique et intriguant.

« La mélodie du malheur » est sans le moindre doute le texte qui m’a le plus dérangée dans cette anthologie. Dans cet univers suintant d’une macabre étrangeté, Michaël Moslonka introduit une enfant aussi innocente qu’intelligente au milieu d’une galerie de personnages prisonniers d’un village campagnard au bord de la folie collective. Sur le moment, j’ai pensé à un épisode de Torchwood particulièrement angoissant, mais la nouvelle est encore pire. Ne connaissant pas l’Enfer de Dante, je pense être passée à côté de la plus part des références, ce qui n’empêche pas l’histoire d’être écrite avec un réel talent.

Le nom de Gabriel Féraud ne m’est pas inconnu, mais c’est, à ma connaissance, la première fois que je lis un de ses textes. Pour « Les larmes du Poète », le lecteur est plongé dans l’antre mystérieux d’une sorte de détective privé pour le moins surnaturel. Je serais bien en peine de qualifier davantage le narrateur, car celui est très peu décrit et les mystères qui l’entourent ne se dissipent pas à la fin de l’histoire. C’est selon moi le point faible de cette nouvelle. Le client du détective et la manière dont il résout l’enquête sont quant à elles largement à la hauteur. Une mention spéciale pour l’ambiance et les références sur lesquelles s’appuient le texte, et que j’ai trouvées brillantes.

Cette première partie s’achève sur l’un des textes les plus courts de l’anthologie. En dépit de sa faible profondeur, « La flaque à côté de l’arrêt d’autobus » recèle bien des secrets. Avec une économie de moyens, mais un luxe de détails impressionnant, Christophe Nicolas nous raconte l’intrusion du fantastique dans l’existence d’un personnage ordinaire. Pas une fausse note dans cette petite aventure aux frontières de la logique.

La partie suivante délaisse en partie le fantastique pour explorer des thèmes plus variés. Le titre donné par l’anthologiste est évocateur, dans les textes regroupés sous l’étiquette « En quête de vérité… », il sera question d’enquêtes.

Le changement d’ambiance est radical avec « Le corail d’Altawyris ». Le mélange entre polar sombre et science-fiction lumineuse prend dès les premières scènes écrites par Bruno Grange. Pour ne rien gâter, le côté futuriste de la nouvelle est bien plus qu’un superbe décor. En effet, les personnages et l’intrigue étant extrêmement traditionnels, il revient à la force d’évocation de l’auteur de nous surprendre. Je dois reconnaître qu’il y est très bien parvenu, ce qui rend ce texte très agréable à lire.

On passe ensuite au polar classique dans la nouvelle de Sébastien Ruche, « En l’honneur d’Emily ». Ce récit de vengeance, perpétrée par un homme dont la mémoire effacée lui souffle de venger la mort d’une certaine Emily. L’histoire commence de façon simple, mais heureusement une chute astucieuse, inattendue et fantastique vient relever l’ensemble. A mon avis, ce revirement arrive trop tard pour compenser la linéarité du texte.

Encore un nom familier dans cette anthologie, celui de Lucie Chenu pour « La brigade des Enquêtranges ». C’est encore de la science-fiction, même si l’histoire se déroule sur notre bonne vieille terre, avec de bons vieux policiers qui disposent habituellement de la capacité à voyager dans le temps pour résoudre les crimes. Autant dire que l’univers est sympathique et que le récit est construit avec une précision clinique. Pourtant, je suis restée sur ma faim en raison du manque de développement de l’intrigue.

Comme le laisse supposer le titre « Vade retro Satanas ! », il est question d’exorcisme dans cette nouvelle. Celle-ci relate la traque menée par un duo d’exorcistes afin de chasser le démon qui hante une maison bourgeoise. Bien que ce soient les deux héros, une jeune exorciste et un étrange chien doué de parole, qui retiennent l’attention, l’ambiance dix-neuvième et les personnages secondaires apportent une ambiance tantôt sombre et tantôt ironique. Le souci du détail qui transparait dans les situations et la manière de les décrire rend l’ensemble extrêmement accrocheur. Un vrai coup de cœur pour la plume d’Aurélie Wellenstein !

J’aimais déjà beaucoup « L’inspecteur Bernère contre la mort » avant sa parution en anthologie. En effet, cette nouvelle avait fait un tour sur le forum de Cocyclics et j’avais effectué quelques commentaires. Je suis heureuse de voir qu’ils ont été utiles à David Osmay. Encore une fois, il est question d’une enquête traditionnelle dont le héros est Werbar Bernère, un inspecteur convaincu de la supériorité de son intellect qui doit retrouver le meurtrier d’un zombi dévot sous peine de prendre sa place. L’intrigue parait assez absurde, et même drôle, mais le texte est en plus complètement barré et bourré d’humour.

Pas évident de commenter une nouvelle que l’on connait par cœur. Pourtant, je me suis replongée avec plaisir dans la ville de « Pandémonium City » décrite par Anne Goulard. Afin de résoudre le meurtre d’un ami, le héro dispose d’une capacité bien utile, celle de faire parler les morts. Hélas, il doit composer avec les méthodes traditionnelles de la police, peu versée dans les arts occultes, et les mensonges des vivants. Entre l’ambiance victorienne et la présence des fées, ce texte tire son épingle du jeu grâce à son univers original. Quant au charisme du héro, il aide à rendre crédible la légèreté de l’intrigue.

Pour clore cette anthologie, on retombe dans une partie alternant fantastique et réalisme. J’ai hélas trouvé que « Ces témoignages qui font l’histoire… » manquait un peu de cohérence et c’est celle que j’ai le moins apprécié, en dépit de quelques bons textes.

A première vue, le récit de « L’âme damnée de Yeun » que nous livre Arnaud Cabanne est une sordide histoire à cheval sur la psychiatrie et la légende de l’Ankou. Pourtant, la manière dont l’auteur parvient à entraîner le lecteur dans son histoire la rend très prenante. Son allure de conte d’horreur et la chute la rendent intéressante à défaut d’être vraiment originale.

Je ne me suis pas attardée sur « Quinte Flush », la nouvelle de Richard Mesplède car elle a déjà fait l’objet d’une critique détaillé lorsque j’ai commenté le numéro 19 de Black Mamba.

La mauvaise surprise de cette anthologie a été « Samba Luna ». Non pas que j’aie quelque chose contre le style d’Ombeline Duprat, plutôt chargé et évocateur, mais je ne suis pas attirée par la littérature érotique, et même rebutée par la littérature pornographique. L’intrigue trop légère n’est pas parvenue à m’embarquer et ne m’a semblé qu’un prétexte pour décrire les ébats des protagonistes. J’ai conscience que mon avis est extrêmement tranché, mais il reflète ma propre sensibilité et je comprends que certains puissent y trouver leur compte.

Pour conclure cet ouvrage, la nouvelle de la fin revient à Cyril Carau. Sa nouvelle, « Un homme fort », mélange les narrateurs et les époques pour narrer la vie d’un truand d’honneur américain et ses faits de gloire lors de la libération de l’Italie, puis de Marseille. Au-delà de l’aspect historique, l’émotion qui se dessine entre les lignes rend cette histoire douce-amère particulièrement poignante.

Comme ce commentaire est déjà très long, je donnerais mon avis général sur l'anthologie dans mon prochain billet.

See you soon...

vendredi 18 mars 2011

Bilan de milieu de roman

Alors, pour commencer ce bilan sur l'avancée de Limonade, je vais sortir quelques chiffres de mon chapeau :
- 12 chapitres, soit près de 275 000 signes (en comptant les espaces)
- 16 mois, sans compter les poses d'inter-chapitres qui me permettent de rendre ce blog un peu plus interactif
- 1 histoire courte
- 10 fanzines chroniqués ainsi que quelques livres
- 200 billets et des poussières pour raconter tout ça

Pour en revenir au roman, je suis en plein dans une période de remise en question. Les projets qui pointent le bout de leur nez sont alléchants, mais nécessitent de reprendre les chapitres les uns après les autres pour en extirper les coquilles, maladresses de style et incongruités flagrantes. Au passage, merci à ceux et celles qui m'en ont signalé.

Les épisodes publiés sur le blog ne changeront pas, autant par choix assumé que par paresse, assumée elle aussi. Les modifications seront, je l'espère, transparentes pour les nouveaux lecteurs, les autres ayant eu le temps d'oublier mes débuts pas toujours très brillants.

Concernant la progression du roman, elle va continuer à son rythme. Pour le moment, je publie toujours des chapitres écrits à l'avance, mais je vais renouer très prochainement avec ma (mauvaise) habitude de l'épisode écrit le dimanche, le mardi ou le jeudi soir.

Au programme, un basculement plus marqué vers le monde surnaturel et une atmosphère plus sombre, déjà amorcée dans le chapitre 12. La seconde partie de Limonade ne sera pas une partie de plaisir pour Fabrice et Corentin.

A très bientôt pour la suite de leurs aventures.

lundi 14 mars 2011

Chapitre 12 de Limonade - The end

Ce chapitre est déjà fini ! J'en suis la première étonnée puisqu'il marque le milieu de l'aventure. Pour revenir au début (et comprendre ce qui va se passer par la suite), c'est ici.

Cette étape mérite de plus amples développements, je ne vais donc pas m'attarder sur ce billet et en préparer un plus complet en cours de semaine.

vendredi 11 mars 2011

Chapitre 12 de Limonade - Episode 11

La nature des émotions qu’il percevait ici était subtilement différente de celles du couloir. L’atmosphère contenait une majorité de tristesse, mais des ondes de colère pulsaient autour des malades et les enveloppaient d’un cocon délétère.

De plus, il eut beau observer du coin de l’œil tous les recoins de la chambre, aucune créature noire n’y avait trouvé refuge. Il eut l’impression qu’une autre forme de magie était à l’œuvre, plus nuisible que de simples persistances.

Mal à l’aise, il finit par demander à sa tante la permission de l’attendre à l’extérieur. Avec un vif soulagement, il quitta la chambre. Il dut ensuite se contraindre à ne pas courir pour traverser les couloirs.

Une fois dehors, il respira un air propre. La senteur des feuilles d’automne broyées sous les pas des visiteurs chassa les relents hospitaliers. Alors qu’il tentait d’oublier les perceptions inquiétantes qui l’avaient assailli dans la chambre, il se rappela de son rendez-vous avec Charline.

Il avait promis de pratiquer un exorcisme en fin d’après-midi. Bien qu’il n’ait aucune idée sur la manière de procéder, il ne pouvait rejeter sa demande. Avec la malédiction qui s’était abattue sur les membres de sa famille, Gwen avait plus que jamais besoin de son aide.

Tandis que sa tante s’efforçait d’apporter un peu de réconfort aux malades, il se remémora le sortilège qui avait eu le bonheur de fonctionner pour Fabrice. Par chance, le livre prélevé dans la bibliothèque ésotérique se trouvait encore sous son lit. Il avait même laissé les marques-pages à l’intérieur, ce qui faciliterait ses recherches.

mercredi 9 mars 2011

Chapitre 12 de Limonade - Episode 10

Une fois à l’intérieur, l’odeur qu’il avait remarquée à l’accueil se fit plus présente. Les vapeurs chimiques des médicaments lui piquaient les narines. Toujours précédé de sa tante, il parcourut les couloirs le regard rivé sur le linoléum moucheté de brun.

À la périphérie de son champ de vision, il crut apercevoir des créatures d’ombre qui rampaient sur les murs beiges. Il se sentit écrasé par l’intensité des énergies néfastes qui envahissaient cet hôpital. Elles lui vrillaient le crâne, alors il posa sa main gauche sur le bracelet.

Une légère amélioration l’aida à relever les yeux vers le dos de sa tante qui avançait au milieu des patients et des infirmières. Il la vit emprunter un couloir perpendiculaire, puis entrer dans une chambre. Les perles de jades s’incrustaient dans sa paume, mais il avait la certitude que, s’il lâchait son grigri, il partirait en courant.

Deux lits métalliques occupaient chacun un côté de la pièce. Bien qu’elle soit inconsciente à cause de la maladie, Corentin reconnut la petite sœur de Gwenaëlle. Elle portait une blouse d’hôpital aux discrets motifs mauves et une barrette dorée retenait une mèche châtaine sur son front.

Les cernes sombres qui entouraient ses paupières closes et l’absence de couleur sur ses joues lui donnaient un air macabre. Pourtant, les appareils aux écrans bicolores et aux diodes clignotantes auxquels elle était reliée paraissaient fonctionner normalement.

Son père reposait à quelques mètres, juste sous la fenêtre de la chambre. La lumière du jour faisait ressortir sa barbe naissante et son nez volumineux. Il semblait lui aussi dormir, mais son sommeil n’avait rien de naturel.

Alors qu’il s’attardait sur les circonvolutions du tube d’un cathéter, l’adolescent sursauta. Les pièces de cuivre de son bracelet étaient devenues brulantes. Comme sa tante n’avait rien remarqué, il réprima ses questions et poursuivit son examen.

lundi 7 mars 2011

Chapitre 12 de Limonade - Episode 9

En ce début d’après-midi ensoleillée, les routes qui menaient à l’hôpital Pontchaillou dans le nord de Rennes étaient dégagées. Évelyne et son neveu traversèrent le centre-ville sans ralentissement, puis stationnèrent sur le parking.

Bien qu’ils soient protégés du vent par les bâtiments hauts de quatre étages, les arbres avaient perdu l’intégralité de leur feuillage. Les débris brunâtres crissèrent sous les pas de l’adolescent qui observait les alentours. Avec leurs murs de crépi blanc décorés de lignes de peinture verte ou bleue, cet hôpital paraissait récent. Cependant, l’impression néfaste persistait à la manière d’une énergie sombre crépitant autour de lui.

Absorbé par ses réflexions, Corentin dut courir pour rattraper sa tante qui se dirigeait vers l’accueil. Dès qu’ils eurent franchi les portes coulissantes du sas, une odeur désagréable l’assaillit ainsi qu’une impression de plus en plus inquiétante. Il resta à distance le temps qu’Évelyne se renseigne sur la chambre où se trouvaient Sandra et Georges Mariot.

D’abord réticente, la secrétaire médicale finit par se laisser convaincre. Elle lui indiqua le bâtiment concerné sur le plan punaisé à droite du comptoir, puis elle décrocha le téléphone qui venait de se mettre à sonner.
– Tous les hôpitaux sont comme ça ? demanda Corentin.

Sa tante ralentit l’allure et se tourna vers lui.
– Qu’est-ce que tu veux dire par là ?
– Une impression bizarre. Un truc sombre et triste, sans être malveillant.

Il s’efforça de trouver de meilleurs mots pour exprimer son ressenti, mais il manquait d’expérience dans ce domaine.
– Beaucoup de gens meurent et souffrent ici. Ça laisse des traces qui perturbent les médiums…
– Tu les sens ?
– Non. Contrairement à toi, je n’ai pas plus besoin du bracelet pour atténuer mes perceptions.

Cette information raviva les inquiétudes de l’adolescent à propos de ses pouvoirs. Il décréta néanmoins que se préoccuper de cela à cet instant précis était un comportement égoïste. Sur les talons d’Évelyne, il pénétra dans le bâtiment indiqué.

vendredi 4 mars 2011

Chapitre 12 de Limonade - Episode 8

Dans l’obscurité de sa chambre, Corentin écarquilla les yeux. La bouche ouverte, il aspira une grande goulée d’air. Ses doigts enserraient la couette avec une telle force qu’il craignit de déchirer le tissu. Il décontracta les muscles de ses bras et de ses épaules qui étaient tétanisés, puis fixa le plafond.

Les étoiles fluorescentes au-dessus de lui étaient réduites à de faibles étincelles jaunâtres. Toute une nuit s’était écoulée jusqu’à cet éveil brutal. Il était incapable de se souvenir des images effrayantes qui avaient mis fin à son sommeil. Quelque part, il supposa qu’il valait mieux les oublier.

Les chiffres rouges de son radioréveil lui apprirent qu’il était bientôt l’heure de se lever. Il attendit dans son lit que la sonnerie de se mette en marche, puis débuta sa journée d’une humeur maussade.

Le fond de café à l’intérieur d’une tasse abandonnée sur la table de la cuisine trahissait que sa tante avait veillé très tard. De toute manière, il n’avait pas envie de lui parler. Un message sur la porte du réfrigérateur l’informa qu’elle se rendrait à l’hôpital aux alentours de quatorze heures. Il ajouta qu’il l’accompagnerait, sans préciser que c’était avec l’espoir que Gwenaëlle soit au chevet de sa famille.

Son trajet jusqu’au lycée, puis les cours qui occupèrent sa matinée ne parvinrent pas à le distraire de ses préoccupations lugubres. Il n’eut de cesse de triturer le lien écarlate qui lui enserrait le poignet. Le bracelet se composait de douze fils distincts sur lesquels étaient enfilées six perles de jade ainsi que deux pièces cuivrées.

L’adolescent supposa que les propriétés de ce bijou étaient similaires à celles des attrapes-rêves de Charline. Cependant, ses pensées se détournèrent de la jeune fille pour se tourner vers Gwenaëlle, comme l’aiguille d’une boussole vers le nord.

Il ne chercha pas à voir Fabrice et regagna le domicile de sa tante au plus vite. Évelyne l’accueillit avec un pauvre sourire :
– Tu veux vraiment venir avec moi à l’hôpital ?

Corentin confirma sa décision et, après un repas rapide, ils montèrent tous les deux dans la voiture.

mercredi 2 mars 2011

Chapitre 12 de Limonade - Episode 7

Lorsqu’elle redescendit au bout d’une dizaine de minutes, elle arborait une face lugubre.
– Tu avais raison, il est arrivé malheur à la famille Mariot-Gennec.

L’emploi du nom de la mère de Gwen accolé à celui de son nouvel époux intrigua l’adolescent. Il n’eut néanmoins pas le courage de réclamer des explications. Sa tante poursuivit :
– Sandra et Georges Mariot sont tombés gravement malades. Ils ont été hospitalisés dans l’après-midi. Monique Gennec était bouleversée, j’ai promis que j’irais les voir demain.
– Et Gwenaëlle ? l’interrompit-il.
– Elle va bien. Les médecins ne savent pas ce dont ils souffrent. Mais, comme ton amie n’est pas rentrée depuis des semaines, elle a dû échapper à la contagion.

Un soupir de soulagement échappa des lèvres de Corentin, puis il se reprit. Si sa prémonition se révélait exacte, le beau-père et la sœur de sa meilleure amie courraient un grave danger. Contrairement à ce que semblait croire sa tante, leur maladie n’était peut-être pas naturelle. Sinon, il ne parvenait pas à expliquer l’intensité des sensations qu’il avait éprouvées ; elles relevaient sans le moindre doute de la magie.

Il garda néanmoins ces considérations pour lui-même et s’enferma dans un mutisme volontaire. La nouvelle avait ébranlé sa tante qui, au lieu de passer la soirée à lire ou à bavarder, s’enferma dans la pièce dédiée aux arts occultes dès la fin du repas.

Son neveu ignorait ce qu’elle fabriquait derrière la porte close. Il regagna sa chambre et s’effondra sur le lit où il dérangea Lucifer en plein milieu d’une profonde sieste.
– Fiche le camp, sale matou ! lâcha l’adolescent en réponse au miaulement contrarié du félin.

Celui-ci darda sur lui des prunelles vertes emplies de dédain, puis se roula en boule sur l’oreiller. Corentin le porta sur la première marche de l’escalier abrupt avant de fermer la porte. Par automatisme, il prépara son sac pour le lendemain. Il fit ensuite un détour par la salle de bain et s’allongea. Les poils de chat sur sa taie d’oreiller le firent éternuer, mais il trouva bien vite le sommeil.

lundi 28 février 2011

Chapitre 12 de Limonade - Episode 6

Évelyne se déplaça dans son antique Peugeot jusqu’au lycée Jean Lurçat. Elle récupéra son neveu complètement ensommeillé à l’infirmerie, puis le ramena à son domicile. En chemin, elle s’inquiéta :
– Qu’est-ce qui t’arrive ?
– Je me sens mal. Comme si ma tête allait exploser ou ma peau se déchirer…
– Mets ça, dit-elle en désignant un bracelet accroché au rétroviseur intérieur.

Trop sonné pour réfléchir, Corentin obéit. Il eut un mouvement d’hésitation en se rappelant le bracelet maudit que sa tante avait donné à Fabrice. Cependant, il passa quand même l’entrelacs de fils de couleur et de perles vert pâle à son poignet droit.

Il se sentit soudain beaucoup mieux. La part rationnelle qui subsistait dans son esprit attribua sa guérison au remède de l’infirmière, mais il avait la certitude que le grigri en était la cause réelle. Avec un sourire aux accents inquiets, Évelyne demanda :
– Ça va mieux ?

Il acquiesça et profita de la fraîcheur de la vitre contre son front. Sans intérêt particulier, il observa les véhicules immobilisés dans les embouteillages de la fin de journée. À sa gauche, sa tante ne cessait de marmonner tandis qu’elle s’efforçait de slalomer entre les voitures.

Lors d’un virage brusque, l’adolescent nota qu’elle portait un bracelet similaire au sien. Il comprit alors qu’il n’était pas le seul à percevoir les mauvaises vibrations qui l’entouraient.
– Qu’est-ce qui s’est passé ?
– Je ne sais pas encore. Quelqu’un dans notre entourage court un grave danger.

Cette affirmation assécha en un instant la bouche de Corentin.
– Qui ? demanda-t-il.
– Je l’ignore, mais comme c’est une personne que nous connaissons tous les deux, le recoupement sera plus rapide.

Oppressés par ce sentiment de malheur indéfinissable, ils achevèrent le trajet dans le silence le plus complet.

Une fois dans son pavillon, Évelyne laissa Corentin reprendre ses esprits dans la cuisine tandis qu’elle épluchait son carnet d’adresses.
– Appelle les Gennec, la supplia-t-il.

Elle monta à l’étage afin de téléphoner aux voisins de sa sœur pendant que son neveu sirotait une tisane de thym au goût déplaisant.

vendredi 25 février 2011

Chapitre 12 de Limonade - Episode 5

La vive satisfaction que Corentin éprouvait suite au revirement de Charline se teintait néanmoins d’inquiétude. Les ombres qu’il avait couchées sur le papier lui avaient paru menaçantes ; il ignorait la méthode à employer pour les faire disparaître. Pourtant, il n’avait guère le choix. Comme l’avait déclaré la jeune fille, il devait réussir un second exorcisme afin de sauver son amie.

Quand son professeur de mathématique débuta la leçon consacrée aux fonctions, il ne put s’empêcher de fixer le tableau. Aux explications de monsieur Joly se superposaient celles de Fabrice et, pour la première fois depuis septembre, elles lui parurent limpides. Il s’efforça de compléter ses connaissances, puis de résoudre les exemples.

Ce cours se déroula à une vitesse peu commune, mais les suivants retrouvèrent un rythme ennuyeux.

Au fur et à mesure de l’avancée de la journée, une impression désagréable envahit Corentin. Ce malaise était trop diffus pour lui apporter davantage qu’un sentiment lugubre. Pendant son cours de français, il essaya en vain de mettre des traits sur ce qu’il percevait de façon indistincte. Hélas, il n’obtint qu’un fatras de lignes qu’il réussit à transformer en un dragon, à la joie d’Aurélien qui récupéra le dessin.

La dernière heure de la journée fut la pire. Son pressentiment s’accentuait, tout en restant hors de portée. Des frissons parcouraient sa peau comme des arcs électriques, hérissant tous les poils de son corps. Son crâne lui semblait s’alourdir de minute en minute et il finit par demander à son professeur la permission de se rendre à l’infirmerie.

Il devait avoir l’air véritablement malade, car Aurélien fut prié de l’accompagner. Ce dernier porta même son sac, tellement l’adolescent paraissait à bout de force. Ne sachant que faire de lui, l’infirmière lui ordonna de s’allonger.
– Si tu es malade, dit-elle, il vaut mieux que tes parents viennent te chercher.
– Je peux rentrer en bus.
– Je refuse de te laisser partir, si tu dois t’évanouir dès que tu auras fait un pas dehors. Maintenant, repose-toi !

La femme referma le rideau. Le claquement de ses talons sur le sol carrelé l’accompagna jusqu’à son bureau. Les pages du carnet de correspondance tournées sans précaution crissèrent, puis une conversation étouffée suivit le cliquetis des touches du téléphone.

L’infirmière revint le prévenir que sa tante viendrait le chercher. Elle lui proposa ensuite un cachet d’aspirine et un verre d’eau qu’il accepta sans conviction.

mercredi 23 février 2011

Chapitre 12 de Limonade - Episode 4

Elle s’assit en biais sur les marches de béton froid avant de préciser ses intentions :
– Il est hors de question que je vous révèle quoique ce soit à propos du cours d’approfondissement en histoire et du professeur Kaenel.
– Dans ce cas, tu peux t’en aller.

La réplique de Fabrice figea son compagnon. Ce dernier lui adressa un regard à la fois inquiet et furieux qui disparut face à son sourire en coin. Corentin haussa les épaules, laissant à son ami la conduite de la discussion.
– Je ne vais pas m’en aller parce que j’ai un marché à vous proposer.
– Un marché ?
– Oui. Ton ami muet est exorciste ?

Les deux garçons échangèrent un regard, puis l’intéressé lui répondit :
– Je suis arrivé à annuler un envoûtement. Je ne sais pas si j’arriverais à recommencer.
– Si tu veux sauver ta meilleure amie, il va falloir que tu réussisses. C’est ma condition.
– En gros, je te débarrasse des ombres et tu me dis tout ce qui s’est passé au pensionnat ?

Les lèvres de Charline s’arrondirent de surprise.
– Tu peux voir les ombres ?
– Pas exactement, mais je sais qu’elles sont autour de toi. Tous tes attrapes-rêves, c’est pour les tenir à distance.

Elle acquiesça, plus soulagée que terrifiée.
– Je croyais devenir folle, confessa-t-elle dans un souffle.

Avant que Corentin ne puisse esquisser un geste de réconfort, elle bondit sur ses pieds.
– C’est d’accord ? demanda-t-elle d’une voix trop aiguë.

L’adolescent réfléchit un instant, bien qu’il ait la certitude de ne pas avoir le choix. Les bras de Fabrice entourèrent soudain ses épaules.
– Si tu veux un exorciste, tu n’as qu’à en trouver un autre, dit-il sur un ton espiègle.

Sa joue tiède et à peine piquante appuyait contre l’oreille de Corentin. Ce dernier pouvait sentir la respiration de son ami dans son dos et le sourire qui déformait sa bouche.

La scène arracha Charline à ses sombres pensées. En dépit de ses yeux brillants, elle plaisanta à son tour :
– Sois pas jaloux !
– On essaye le rituel demain après-midi ? proposa l’apprenti exorciste.
– Plutôt le soir, quand mes parents seront au travail.
– J’apporterai mon livre, mais ça serait plus simple si tu t’occupais de l’eau bénite.
– OK. Il en faut combien ?
– Un grand seau, répondit Fabrice du haut de son expérience.

La jeune fille salua ses compagnons, puis tourna les talons. Elle regagna les bâtiments du lycée à grandes enjambées.
– Tu peux me lâcher maintenant, dit Corentin en se tortillant.

Son ami obtempéra, au bord de l’hilarité. Il parvint à retrouver son sérieux au moment où la sonnerie retentit dans la cour. Ils se séparèrent afin de retourner dans leurs salles de classe respectives.

lundi 21 février 2011

Chapitre 12 de Limonade - Episode 3

Au lieu de répondre, Fabrice désigna une silhouette qui traversait la cour afin de les rejoindre. Il murmura :
– Sorcière en approche.

Son ami se retourna pour faire face à Charline Kim qui s’avançait en direction de leur escalier. Elle se trouvait encore trop loin pour les entendre ; il en profita donc pour dire à voix basse :
– Je me demande ce qu’elle nous veut ?
– Nous dire la vérité sur le cours de magie du pensionnat Notre-Dame.
– Ça serait trop beau pour être vrai.

La jeune fille était à présent toute proche. Ils reconnurent les piques de métal plantées dans les bretelles de son sac et sa coiffure ébouriffée à grand renfort de gel. Sa parka violine s’ouvrait sur un top noir orné d’une illustration de chatte aux griffes ensanglantées.
– Sympa ton t-shirt, persifla l’aîné des garçons.

Avec une grimace, Charline écarta les pans de sa veste pour dévoiler le motif dans son intégralité. Un message proclamait « Dress to kill » en lettres de sang et un collier à pointes donnait au félin un air punk.
– C’est une copine parfaite pour ton chat, fit remarquer Fabrice.
– C’est vrai, Lucifer l’aimerait beaucoup.

Bien que cet échange lui demeure hermétique, la nouvelle venue resta debout devant l’escalier. Elle fixait les deux garçons en silence, sans parvenir à les mettre mal à l’aise.
– J’ai une proposition à vous faire, déclara-t-elle.
– Alors, installe-toi.

En réponse à la suggestion de Fabrice, elle fit glisser son sac à terre, puis s’étira. La lisière de son top remonta jusqu’à son nombril et dévoila une bande de peau bistre. Sa poitrine menue déforma légèrement l’illustration qui paraissait hésiter entre le mignon et le gothique.

vendredi 18 février 2011

Chapitre 12 de Limonade - Episode 2

Les garçons s’installèrent à l’écart, sur les marches qui menaient à la cantine. Un ciel gris dans lequel apparaissaient ça et là des trouées bleues recouvrait la ville. En l’absence de vent, les feuilles brunes des arbres de la cour s’accumulaient autour des troncs entourés de grillage.
– Vivement les vacances, dit Fabrice sur un ton maussade.
– Oui. Vendredi soir, on sera tranquille…

La perspective d’une semaine de congés pour la Toussaint était des plus alléchantes. Débarrassé de ses obligations scolaires, Corentin pourrait consacrer davantage de temps à l’étude de la magie wiccante et aux tarots. Il conservait aussi l’espoir de passer du temps en compagnie de Gwenaëlle.

Une vague de nostalgie lui serra le cœur, puis il retourna à ses préoccupations immédiates.
– Tu te souviens du dessin de la ville de cristal ?
– Oui, celui que tu as sorti au cours de maths. Tu m’as représenté dans un genre de labyrinthe.
– Il avait quelque chose de spécial ?
– Pas vraiment, mais j’aimerais savoir si tu as une idée sur ce qu’il signifie. Tu sais, le truc de métaphore…

Fabrice examina la feuille tendue par son compagnon.
– C’est bien moi. Par contre, tout ce qu’il y a autour ne me dit rien du tout.

Avec une pointe d’inquiétude, Corentin récupéra sa création. Il l’observa quelques secondes, puis la remit dans son sac et déclara :
– En général, je dessine lorsque je pense à un truc précis, mais pour celui-là, c’était différent. J’avais l’impression que les images voulaient absolument sortir de ma tête et…
– Continue, l’encouragea son ami.
– J’avais très mal à la tête au début. Je n’arrivais pas à arrêter d’y penser, jusqu’à ce que je le termine.
– Tu as terminé par quoi ?
– Toi.

Devenir le sujet d’un présage ne paraissait pas être au goût de l’adolescent. Ses efforts pour rester calme et détaché n’échappèrent pas à son compagnon quand il suggéra :
– Ce dessin était peut-être une mise en garde.
– Une mise en garde contre quoi ?
– Comment veux-tu que je le sache ! C’est toi le…

Il s’interrompit tout à coup. La confusion qui se lisait sur son visage trahissait ses regrets de s’être laissé emporter. Il s’apprêta à s’excuser, mais Corentin lui sourit.
– Je ne sais pas très bien ce que je suis. Alors, je pense qu’on devrait en rester là.

mercredi 16 février 2011

Chapitre 12 de Limonade - Episode 1

La perspective d’entamer une exténuante journée de cours suffisait à démotiver Corentin. Cependant, la soirée lui avait permis de surmonter la déception causée par le refus de Charline. Il n’avait pas l’intention d’abandonner la première piste sérieuse dont il disposait afin de comprendre ce qu’il était advenu de Gwenaëlle.

Il préférait néanmoins parler à Fabrice de son intention de harceler la lycéenne jusqu’à ce qu’elle lui révèle les mystères auxquels elle avait assisté. Les deux heures de cours qui le séparèrent de la pause lui semblèrent s’étirer en longueur.

La présence d’Aurélien à côté de lui le dissuada de sortir le dessin qu’il désirait soumettre à la sagacité de son ami. La curiosité de son camarade serait impossible à satisfaire s’il apercevait les tours de cristal ou le labyrinthe. De plus, l’adolescent ignorait ce qu’il serait capable d’imager s’il reconnaissait Fabrice au milieu de ce décor fantastique.

Lorsqu’enfin, Corentin put quitter le cours d’espagnol, il s’engouffra en trombe dans l’escalier. Ses yeux bleus arrivaient juste au-dessus des crânes des autres lycéens, il réussit donc à voir son ami arriver de loin. Comme à son habitude, celui-ci portait un sweat-shirt de couleur et un jean aux revers élimés à force de marcher dessus.

Ils échangèrent d’abord un sourire, car le brouhaha autour d’eux les empêchait de parler à moins de se trouver côte à côte.
– Du nouveau ? commença le plus âgé.

L’adolescent haussa les épaules.
– Qu’est-ce que tu aurais voulu qu’il arrive ?
– Charline n’est pas revenue sur sa décision ?

Il secoua la tête en signe de dénégation, puis il lui fit part de son intention de réclamer des explications à la jeune fille. En conclusion, il déclara :
– Pour l’instant, elle est la seule personne qui puisse nous aider à savoir ce qui est arrivé à Gwen.
– J’ai une autre piste, affirma son ami.

Avant que Corentin n’exige des précisions, il poursuivit :
– Je m’occupe de ça mercredi après-midi. Promis, je te dirais ce qu’il en est demain soir.
– D’accord.

lundi 14 février 2011

Un Léo pour la Saint-Valentin

A ma base, je ne comptais pas faire de billet spécial pour la Saint-Valentin. Et puis Vilie m'a envoyé cette très jolie illustration et j'ai eu de la partager sur ce blog. Elle représente le personnage principal de la nouvelle Pandémonium City, Léopold le nécromancien.



Pour ceux qui s'en rappellent, Vilie avait aussi illustré ce billet consacré à l'anthologie Mystère et Mauvais Genres.

vendredi 11 février 2011

Recherches et autres blagues

Une fois n'est pas coutume, je vais faire appel à la science de mes lecteurs. En effet, dans le cadre de la correction des premiers chapitres de Limonade, je me suis rendue compte que je manque de connaissance dans des domaines comme la cartomancie, la magie wiccante ou encore les runes.

Je sais qu'il faut que je me documente sur le sujet, mais je ne sais pas par où commencer. Donc, si vous avez quelques pistes ou connaissances sur le sujet, cela m'aiderait beaucoup.

Merci d'avance et désolée pour l'absence de billet de mercredi dernier.

lundi 7 février 2011

Rue Farfadet

Cette nouveauté des éditions Mnémos faisait partie de mes cadeaux de Noël et, pour une fois, il n’a pas eu le temps de rejoindre ma pile à lire. Après la décevante lecture du roman de space-fantasy « Les yeux d’Opale », j’avais besoin de quelque chose de plus original.

Dès les premières lignes, j’ai été emballée par la féerie urbaine qui imprègne « Rue Farfadet ». La ville qui a servi de modèle est identifiable sans le moindre doute possible et il est amusant de chercher de quels lieux sont inspirés les noms des rues et des quartiers où se déplace le héros. En parlant du héros, celui a pour seul originalité d’être un non-humain : un elfe banni de sa forêt pour un crime dont le lecteur ignore tout (et qui ne sera pas révélé).

Si l’intrigue policière et la manière dont se déroule le récit sont des directement inspirées roman noir. Pourtant, l’ambiance XIXe est suffisamment bien rendue pour ne pas se laisser éclipser et apporter une touche d’originalité au roman. Les elfes et autres créatures qui peuplent cette cité sont variées et sympathique. Cela ne m’a pas surpris de trouver un mot de remerciement à Pierre Dubois pour la qualité de ses ouvrages sur le Petit Peuple.

Pour une fois, je n’ai rien à redire à la quatrième de couverture mise à disposition par l’éditeur. Je vous la livre donc telle quelle :
« Panam, dans les années 1880 : les humains ont repris depuis longtemps la main sur les Peuples Anciens. Sylvo Sylvain a posé son havresac dans la rue Farfadet, gouailleuse à souhait. Chapeau melon vissé sur le crâne, clope au bec, en compagnie de son fidèle ami Pixel, il exerce la profession exaltante de détective privé et les affaires sont nombreuses ! Des adultères à photographier, des maris jaloux, des femmes trompées, etc. Ni très rémunérateur, ni très glorieux que tout ceci. Alors, Sylvo fréquente assidûment les bars, les cafés et les lieux de plaisir en tout genre où son charme envoûte ces dames...
Jusqu’au jour où, lors d’une banale enquête de routine, il se trouve mêlé à une machination dépassant l’entendement. Le voilà, bien malgré lui, chargé de l’affaire par l’un des trois puissants ducs de Panam. Saura-t-il tirer son épingle de ce jeu compliqué et dangereux ? »

En conclusion, je dirais que ce livre est une vraie réussite pour peu que l’on aime les romans policiers classiques. Tellement classique selon moi que l’un des rebondissements majeurs est tombé à plat.

vendredi 4 février 2011

Chapitre 11 de Limonade - The end

Pour une fois, le chapitre s'est focalisé sur Gwenaëlle et ses consoeurs. J'ai pensé que son point de vue éclaircirait pas mal de choses, même s'il détonne à côté de ceux de Corentin et Fabrice. J'espère que la différence est visible, tout en restant dans la continuité du roman.

C'est le moment de réclamer des chapitres consacrés aux autres personnages, puisque mon avance s'est considérablement réduite cet hiver. D'ailleurs, les commentaires sont toujours les bienvenus si vous avez des remarques (bonne/mauvaise) ou des erreurs à signaler.

Et comme d'habitude, vous pouvez retrouver le début de ce chapitre en cliquant ici. Le chapitre 12 débutera le 14 février, alors en attendant je vais poster quelques morceaux de blabla et des critiques de livres.

mercredi 2 février 2011

Chapitre 11 de Limonade - Episode 8

Anne-So mit fin à l’examen du schéma et s’excusa avec tant de détours que, en fin de compte, il ne s’agissait même plus d’excuses.
– Tu as dû être mal informée, susurra Gwenaëlle avec des intonations aussi sucrées que perfides.
– Ça me surprendrait beaucoup.

La confiance que son aînée témoignait à son rapporteur était des plus intrigantes. La plus jeune des sorcières se promit d’investiguer dans cette voie. Elle n’eut pas le temps de passer en revue des mouchards potentiels, car la porte de la salle s’ouvrit dans un grincement.

Sur le seuil se tenait une silhouette masculine.
– Maître, saluèrent simultanément les deux lycéennes.

Il leur répondit par une inclinaison de la tête. Les mèches mi-longues qui encadraient son visage lui glissèrent devant les yeux. Il les remit en place avec une négligence raffinée, puis s’adressa à Gwen :
– Tu as fait bon usage de la coupe de vision ?
– Oui. Je peux vous la rendre dès maintenant, si vous la voulez.
– Non, c’est bon. Tu peux la garder encore quelque temps.

La jeune fille savoura l’attention que lui portait leur professeur aux dépens de sa rivale. Lorsque celui-ci la pria de le suivre, sa fierté augmenta encore d’un cran. Elle quitta la pièce sous le regard courroucé d’Anne-So à laquelle incombait désormais la tâche de remettre les tables et le pendule à leurs places respectives.

lundi 31 janvier 2011

Chapitre 11 de Limonade - Episode 7

Gwenaëlle baissa les yeux sur le sable, puis acquiesça. Les toutes premières lignes qui étaient apparues l’accusaient, mais elles étaient désormais invisibles. Cela pouvait signifier qu’une magie supérieure à la sienne avait détruit son œuvre, ou qu’elle bénéficiait d’une chance insolente.

Le reste du dessin se tordait sous l’effet de pouvoirs variés, sans permettre d’en dégager un schéma précis. Aussi, elle demanda :
– Tu as trouvé la réponse que tu cherchais ?

Le silence de son interlocutrice équivalait à une dénégation. Elle retira le socle et faillit le jeter à terre de rage ; un bruit métallique résonna dans la salle. Pourtant, Anne-Sophie ne distingua guère plus de signes d’une quelconque infraction aux règles du convent.

La jeune fille la laissa s’user les yeux sur le sable grisâtre. À présent plus sereines, ses pensées revinrent sur le visage de Corentin dans la coupe de divination. La question qu’elle avait posée à l’élixir ne contenait aucune ambigüité, mais elle éprouvait le besoin de s’en assurer.

Plutôt que de prendre le risque de préparer une nouvelle potion, elle décida de trouver la première occasion pour lui parler de Fabrice. Au cas où la rupture du sortilège qu’il avait opérée serait involontaire, elle devrait faire preuve d’astuce pour lui soutirer des informations. Il n’était pas question pour elle de révéler quoi que ce soit à propos de ses activités magiques.

Ces préoccupations ramenèrent les bribes de souvenirs qu’elle conservait de sa relation avec l’adolescent. Elle avait éprouvé un agréable frisson lors des instants qu’ils avaient passés ensemble. Pourtant, elle attribuait ce bien-être à la satisfaction de damner le pion de sa rivale et non à d’éventuels sentiments pour ce garçon.

La perte de l’emprise qu’elle maintenait sur lui représentait néanmoins un affront à ses talents de magicienne qu’elle n’envisageait pas une seule seconde de laisser impunie. Le fait que Corentin soit parvenu à briser le sortilège l’intriguait tout autant qu’il la contrariait.

vendredi 28 janvier 2011

Chapitre 11 de Limonade - Episode 6

Tout au fond du couloir, une salle de dimensions modestes avait été réservée au cours d’approfondissement en histoire. Précédée d’Anne-So, la jeune fille y pénétra avec une boule d’inquiétude au fond de la gorge.

Les tables, rassemblées au centre de la pièce, étaient surmontées d’un pendule monté sur un socle de métal argenté. Cet objet était employé lors de séances collectives, pourtant aucune des autres membres du convent n’était présente. Gwenaëlle s’en inquiéta :
– Où sont les filles ?
– J’ai quelque chose à vérifier avant de les faire monter.

Cette fois, la voix de son interlocutrice avait perdu toute trace d’amabilité. De moins en moins à son aise, la jeune fille s’assit. Elle fit semblant de lisser les plis de sa jupe afin d’essuyer ses paumes humides contre ses cuisses. Anne-So prit place à son tour devant le pendule, puis annonça :
– J’ai appris que tu as utilisé un envoutement afin de manipuler un être humain.
– Ce sont des mensonges ! s’exclama Gwen avec tous les accents de vérité possibles.
– C’est ce que j’ai l’intention de découvrir.

L’assurance de la terminale dissimulait en partie la certitude de sa victoire. Cependant, face à elle, Gwenaëlle ne s’avouait pas vaincue ; elle avait confiance en ses capacités.

Elle plaça ses mains sur les tiges métalliques du socle de façon exactement symétrique à celles de sa compagne. Au lieu de fermer les yeux, cette dernière les gardait grands ouverts et fixés sur elle. L’éclat qui brillait au cœur de ses iris bruns trahissait une colère qu’elle s’efforçait de dissimuler.

Cet aveu involontaire réjouit la jeune sorcière. Elle avait visé juste en ensorcelant Fabrice ; la colère affaiblissait sa rivale. Pourtant, lorsque le cristal de roche s’anima, elle réprima un frisson. Les premières lignes que le pendule traça dans le sable blanc reflétaient des perturbations magiques. Elle fronça les sourcils pour tâcher de les déchiffrer, mais d’autres marques se superposèrent à celles qui l’incriminaient.

À la fin de l’examen magique, le tracé était complètement embrouillé. Anne-So le contempla, perplexe.
– Il y a beaucoup d’influences très fortes autour de toi.

mercredi 26 janvier 2011

Chapitre 11 de Limonade - Episode 5

Après avoir remis en ordre le laboratoire, elles verrouillèrent la porte, d’abord avec une clé, puis avec un enchantement. Elles traversèrent ensuite la pelouse pour rejoindre les bâtiments qui abritaient les classes. Le gravier de la cour crissa sous les semelles souples de leurs mocassins.

Sans s’en rendre compte, Gwenaëlle trainait des pieds ; elle tâchait de deviner la raison de cette convocation. Plutôt que se ronger les sangs, elle évoqua une possibilité :
– Le professeur a demandé à me parler ?
– Non, pas encore.

Cette réponse sèche laissait planer une désagréable menace, ce qui incita la jeune fille à ralentir le pas. Dans la poche de son blazer, elle effleura le cristal que lui avait confié le professeur. Grâce à celui-ci, elle serait en mesure de lancer un unique sort. Ses pouvoirs étaient encore trop faibles pour lui permettre de se passer de ce support magique, mais son maître lui avait assuré qu’elle deviendrait vite autonome.

La confiance qu’il lui témoignait apaisa ses inquiétudes ; Anne-Sophie n’oserait pas s’en prendre directement à elle. Pour cela, elle serait d’abord obligée de prouver qu’elle avait volontairement enfreint les lois du convent.

L’envoutement de Fabrice représentait sa seule entorse à la règle qui stipulait que l’usage de la magie était interdit dans le but de manipuler l’esprit des êtres humains. Les précautions dont elle s’était entourée afin de réaliser ce sortilège lui garantissaient qu’elle resterait dans l’ombre, même dans le cas où la magie cesserait d’opérer. Les autres sorcières ne pouvaient donc pas être au courant de son infraction.

Les deux filles gravirent les escaliers en silence jusqu’au dernier étage. Les salles qui s’y trouvaient avaient été aménagées récemment pour accroître la capacité du lycée. À la différence des autres classes, elles ne disposaient pas des hautes fenêtres qui transformaient la pièce en fournaise sous l’effet du soleil et en glacière dès les premiers frimas. Les étroites ouvertures pratiquées dans la toiture d’ardoise apportaient toute la lumière nécessaire et évitaient les regards indiscrets.

lundi 24 janvier 2011

Chapitre 11 de Limonade - Episode 4

Gwenaëlle termina sa vaisselle, puis elle essuya avec soin le matériel de chimie. Son attitude désinvolte et innocente ne masquait qu’en partie l’inquiétude que la présence de la terminale suscitait chez elle. Elle s’efforça de garder le contrôle ; le professeur ne lui avait pas interdit de s’exercer à l’alchimie en dehors des heures de cours.

Après l’avoir observée des pieds à la tête, Anne-Sophie demanda :
– Tu préparais une potion ?
– Oui, j’avais besoin d’un élixir de vision.
– Pourquoi faire ?

Plutôt que de répondre directement, la jeune fille prit un air gêné. Elle passa une main dans ses cheveux et accrocha une mèche qu’elle tritura.
– Je voulais être sûre que mon copain n’était pas avec une autre fille. Je l’ai trouvé bizarre tout à l’heure, minauda-t-elle.

Le visage de son interlocutrice se décomposa, en dépit de la maitrise qu’elle exerçait sur ses sentiments. Gwenaëlle avait vu juste en séduisant Fabrice ; les années n’avaient pas amoindri l’affection que la sorcière nourrissait pour lui.

Au prix d’un immense effort, Anne-So reprit le contrôle de ses émotions.
– Tu devrais faire plus attention. Il faut éviter de nous faire surprendre en train de faire des choses que les autres ignorent.

Une pointe de mépris transparaissait dans sa manière de prononcer « les autres ». En revanche, sa sollicitude à l’égard de Gwen étonna cette dernière. À présent qu’il y avait un garçon entre elles, elle aurait parié que la terminale lui vouerait une haine profonde.

Elle se contraignit à une amabilité de façade pour mieux dissimuler la convoitise qu’elle entretenait vis-à-vis de l’ascendant de sa rivale sur le convent.
– Personne ne vient ici après les cours.
– Ce n’est pas une raison, nous devons être très prudentes. À cause de toi, il a fallu jeter un sort à la surveillante générale.

Elle se mordit les joues pour ne pas rejeter la faute de cet incident sur Fabrice. Une fille amoureuse ne se comporterait pas ainsi et il lui fallait donner l’illusion d’une relation sincère.
– Je suis désolée, murmura-t-elle, le regard baissé sur le carrelage.
– Heureusement, ta potion d’oubli lui a effacé la mémoire. Tu es vraiment douée pour l’alchimie.

Gwenaëlle fit passer sa grimace pour un sourire ; elle pressentait que ce compliment n’était là que pour enrober une perfidie. Lorsqu’Anne-So lui annonça qu’elles devaient se rendre toutes les deux dans la salle dévolue à l’apprentissage de la magie, elle craignait déjà le pire.

vendredi 21 janvier 2011

Chapitre 11 de Limonade - Episode 3

Gwenaëlle n’eut pas le temps d’approfondir le sujet. La porte du laboratoire s’ouvrit dans un grincement épouvantable. La silhouette d’Émilie se découpa dans l’embrasure.
– Gwen, appela la nouvelle venue, aveuglée par la faible luminosité.
– Qu’est-ce qu’il y a ?

Contrariée d’être surprise à pratiquer la magie en solitaire, la jeune fille préféra dissimuler ses runes et ses graphiques. Lorsque son amie la rejoignit, tous ses accessoires magiques avaient regagné son sac. Elle profita qu’Émilie traverse une bande de lumière pour apercevoir son expression pincée.
– Anne-So est venue pour te voir, annonça cette dernière.
– Pourquoi ?
– Elle n’a rien dit, mais elle avait l’air furieuse. Elle a envoyé les deux autres à ta recherche.
– Tu lui as dit que j’étais là ?

Le ton sec de sa question encouragea une réponse rapide. Gwenaëlle se radoucit lorsque son amie lui affirma avoir gardé le secret.
– Je pense qu’elle est allée chercher son pendule. Elle ne va pas tarder à te trouver ici.
– Dans ce cas, aide-moi à tout ranger.

Les deux jeunes filles démontrèrent l’assemblage de tubes et plongèrent les récipients dans un évier plein d’eau tiède. Tandis que Gwen ajoutait du savon afin d’éliminer les résidus de potion, sa compagne remit les flacons de composants à leur place.
– Qu’est-ce que tu fabriquais ? demanda-t-elle.
– Une potion de vision.

Anticipant les interrogations suscitées par sa réponse, l’apprenti alchimiste ajouta :
– Je voulais jeter un œil à Fabrice.
– Ton petit ami ?
– Oui.
– C’est un joli garçon, approuva Émilie. Tu lui as jeté un sort ?

Les dénégations de Gwenaëlle semblèrent crédibles, car son amie n’insista pas. Elle termina sa tâche, puis revint vers elle.
– Je vais te laisser finir toute seule. Je n’aimerais pas qu’Anne-So me trouve ici.

Alors qu’Émilie traversa le laboratoire afin de rejoindre la porte, celle-ci s’ouvrit à nouveau. Elle réprima un hoquet de surprise en découvrant le visage redouté d’Anne-Sophie. Néanmoins, cette dernière ne lui accorda pas la moindre attention lorsqu’elle quitta la pièce.

mercredi 19 janvier 2011

Chapitre 11 de Limonade - Episode 2

Une fois de plus, les runes proclamèrent le même message. Gwenaëlle les remit dans leur bourse de velours, puis elle versa avec précaution le contenu du bécher dans un bol d’argent. Cet accessoire venait du matériel personnel de son professeur ; elle avait dû ruser et supplier pour en obtenir l’usage.

Les mains tremblantes à l’idée de commettre un impair lors de sa séance de divination, elle se pencha sur le bol. Un rayon de soleil frappait le métal poli et le faisait étinceler dans la pénombre du laboratoire.
– Pourquoi mon sortilège a-t-il échoué ? murmura-t-elle.

Le liquide resta transparent, ce qui indiqua que la question avait été mal formulée. Elle réfléchit quelques instants à une autre manière de découvrir la vérité ; elle n’avait droit qu’à trois tentatives. Si elle ne parvenait pas à trouver les paroles qui lui offriraient la réponse dont elle avait besoin, elle n’aurait qu’à recommencer son élixir de vision.

Afin de trouver l’inspiration, elle retira le crayon de sa chevelure et griffonna au dos des schémas runiques. Les mèches blondes qui retombèrent devant ses yeux furent impitoyablement coincées derrière ses oreilles. Une seule échappa à ce traitement ; elle l’entortilla autour de son index tandis qu’elle écrivit différentes versions de sa question.

Après cinq minutes de réflexion, elle aboutit à une possibilité déplaisante. Le hasard de la magie n’était pas responsable de la rupture du sort qui liait Fabrice à elle aussi sûrement que des chaînes. Il ne pouvait s’agir que de l’intervention d’un autre sorcier ou, si ses soupçons se confirmaient, d’une autre sorcière.
– Qui a brisé mon envoûtement ?

En réponse, le liquide qui remplissait le bol d’argent se troubla. Au lieu du visage d’Anne-Sophie qu’elle s’attendait à voir apparaître, celui d’un garçon aux cheveux courts et châtains clairs se dessina dans les méandres de l’élixir.
– Corentin ! s’exclama-t-elle sous l’effet d’une vive surprise.

Pendant une dizaine de secondes, la potion garda l’empreinte de son ami, puis la magie cessa de faire effet. La jeune fille jeta le liquide à présent trouble et inutilisable dans l’évier. La découverte qu’elle venait de faire la laissait perplexe. Elle ne parvenait pas à comprendre ce qui avait poussé le trop gentil Corentin à rompre son sortilège.